‹ Les voix intérieuresChapitre 44 sur 67 · A UN POËTE · texte numérisé non relu

A UN POËTE

Ami, cache ta vie et répands ton esprit.

Un tertre, où le gazon diversement fleurit ;

Des ravins où l'on voit grimper les chèvres blanches

Un vallon, abrité sous un réseau de branches

Pleines de nids d'oiseaux, de murmures, de voix.

Qu'un vent joyeux remue, et d'où tombe parfois.

Comme un sequin jeté par une main distraite.

Un rayon de soleil dans ton âme secrète ;

Quelques rocs, par Dieu même arrangés savamment

Pour faire des échos au fond du bois dormant ;

Voilà ce qu'il te faut pour séjour, pour demeure !

C'est là, — que ta maison chante, aime, rie ou pleure.

Qu'il faut vivre, enfouir ton toit, borner tes jours.

Envoyant un soupir à peine aux antres sourds,

Mirant dans ta pensée intérieure et sombre

La vie obscure et douce et les heures sans nombre,

Bon d'ailleurs, et tournant, sans trouble ni remords,

Ton cœur vers les enfants, ton âme vers les morts !

Et puis, en même temps, au hasard, par le monde.

Suivant sa fantaisie auguste et vagabonde.

Loin de toi, par delà ton horizon vermeil.

Laisse ta poésie aller en plein soleil !

Dans les rauques cités, dans les champs taciturnes.

Effleurée en passant des lèvres et des urnes,

Laisse-la s'épancher, cristal jamais terni.

Et fuir, roulant toujours vers Dieu, gouère infini.

Calme et pure, à travers les âmes fécondées,

Un immense courant de rêves et d'idées.

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