A L'AUTEUR
Oui, puisqu'il plût à Dieu de te faire poète, Courage donc, jeune homme, au front plein de fierté ! Et, malgré les clameurs de la foule inquiète,
Redis-nous plus souvent tes chants de piété,
Chante aussi nos forêts, notre rive coquette, La jeunesse, l'amour et les beaux soirs d'été ; Exalte les grands noms que l'Histoire répète,
Célèbre les aïeux, chante la liberté !
Chante avec les ruisseaux, les oiseaux et la brise, Rappelle-toi toujours que l’art nous civilise
Et fait naître l'espoir dans tout cœur ulcéré. Souviens-toi que chacun se doit à sa patrie,
Et que l’homme oubliant son talent, son génie,
Est indigne d’avoir au front ce feu sacré.
Août 1877.
RÉPONSE
Penser avant d'écrire est un principe exprès : [1 est trop d'écrivains qui ne pensent qu'après. .
Ayant ces deux beaux vers gravés dans la mémoire, Je dévrais, n'est-ce pas ? en faire mon profit ; Mais le désir d'écrire, hélas ! parfois me fit
Oublier ce conseil d'un écrivain notoire !
Dis ton mea culpa, car tes vers m'ont fait croire Que j'étais un poète et même un érudit...
Alors, ai-je besoin de me creuser l'esprit
Avant d'écrire ? oh ! non — pour d'autres cette histoire...
Soudain je m'aperçois que ma vilaine lyrs Ne rend que des sons creux... Allons, avant d'écrire,
J'aurais dû, mon ami, penser et repenser !
Désormais je mettrai ce précepte en pratique, Ainsi je serai noins mordu par la critique
Dont la terrible dent ne cherche qu'à blesser !
Août187;.