‹ Les volcans de la terreChapitre 22 sur 28 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ITALIE ET SICILE

Grâce à leurs monts fumants, le Vésuve, TEtna et quelques-unes des îles Lipari, qui, pendant toute la période historique, n'ont cessé de vomir des laves et de projeter des cendres et des blocs éruptifs, grâce aux autres massifs volcaniques dont Thomme ne connut peut-être pas les colères, mais que la science fait revivre aujourd'hui, grâce aux salses, aux solfatares, aux mofettes, qui, le long de l'Apennin et dans les collines siciliennes rejettent au de hors des boues ou des gaz méphitiqu^S, l'Italie et la Sicile, avec le cortège des îles qui les entourent, sont devenues, à bon droit, les terres classiques du volcanisme. Cette primauté leur était fatalement réservée, tant par leur position au centre de la Méditerranée, qui eut dans l'histoire des hommes une importance capitale, que par le grand nombre des évents volcaniques qu'elles possèdent, la variété de leurs formations et de leurs produits, leur activité, leur aspect, leur beauté. De tous temps l'attention des hommes fut attirée vers ces monts, sièges de phénomènes grandioses, soit qu'ils y vissent les manifestations des forces divines, qu'ils vinssent y chercher l'explication d'un des phénomènes les plus redoutables et les plus mystérieux encore de l'évolution du globe terrestre, ou simplement l'émotion que procure à l'artiste les grands spectacles de la nature.

L'Italie et la Sicile avec les îles qui les avoisinent, les Ponza, Ischia, Capri, les Lipari et les Egades, Pantellaria, Malte, Linosa et Lampedusa et peut-être aussi la Sardaigne, la Corse et l'Archipel toscan, font partie d'un même système, non seulement par le voisinage

MEDITERRANKK

de leurs volcans et les théories qui les ont embrasses dans une même conception, mais encore par leur relief, leurs formations géologiques et surtout par les phénomènes tectoniques, plissements et dislocations auxquels elles ont été soumises. » ; • '

Dans ses grands traits brographiques, ce système est assez simple et présente d'un bout à l'aup-e une grande homogénéité. C'est une longue échine sinueuse de i,5oo kilomètres, d'une largeur moyenne de loo kilomètres, se détachant des Alpes maritimes au nord-ouest pour aller se relier par des plateaux sous-marins aux chaînes de l'Atlas tunisien. Mais que de variétés pittoresques dans ce grand ensemble! Simple arête d'abord en Ligurie, abrupte et ravinée, d'un millier de mètres d'élévation moyenne, la chaîne se relève et se divise pour former l'Apennin étrusque, aux nombreuses crêtes parallèles, entre lesquelles s'étendent de charmantes vallées. Quelques sommets, dépassant ici la zone des forêts, atteignent 2,000 mètres d'altitude. Vers le sud-est, dans les Abruzzes et le Napolitain, de larges et puissants massifs, des plateaux à l'aspect karstique, profondément découpés par les rivières ou séparés par des bassins lacustres, font suite aux chaînes toscanes. Cette région de l'Italie centrale est assez chaotique, et les massifs s'y succèdent et s'y relient sans alignement bien marqué. La plupart des volcans italiens se sont édifiés sur leur versant occidental ; toutefois le Vultur, isolé au milieu des sédiments secondaires et tertiaires, se dresse sur le versant opposé en face des plaines de Foggio et des tavoliere, « tables » basses et uniformes qui prolongent l'Italie dans la direction de Corfou. Aux monts du Napolitain font suite les massifs sauvages de la Calabre, à la structure cristalline. La chaîne s'est rétrécie, mais non abaissée. Les dômes arrondis et boisés de la Sila s'élèvent à i,5oo, 1,700 et même 1,900 mètres au-dessus des eaux; les pointes de l'Aspromonte à 1,938 mètres. Puis la chaîne recommence au delà du détroit de Messine, formée des monts Nébrodici (1,846 mètres), du massif découpé de la Madonie (1,975 mètres), des collines et des bas plateaux de la Sicile occidentale. Au nord elle est bordée par le groupe volcanique des Lipari. Au versant méridional des Nébrodici, l'Etna, le géant des monts italiens, domine la plainte de Catane et les eaux de la mer Ionienne. Plus loin vers le sud, sur le plateau sous-marin de la mer de Sicile, quelques monts volcaniques élèvent encore leurs produits au-dessus des eaux.

ITALIE ET SICILE

Quant à la Corse et la Sardaigne, elles s'alignent rigidement du nord au sud, formant un ourlet, un bombement régulier à la partie supérieure très déchiquetée toutefois, et se relient, au nord aux avant-monts toscans, au sud aux chaînes de TAtlas par des plateaux sous-marins.

Par l'élégance de son allure générale, la succession des arêtes montagneuses de ses plateaux et de ses massifs, la disposition des vallées, des lacs, des promontoires et des plages, par l'ensemble des phénomènes géographiques qui la caractérisent, l'Italie, avec son cortège d'îles et de petits archipels, a pu justement être considérée comme le terme de passage entre la joyeuse Egéide, morcelée et variée à l'infini, et la grave Ibérie aux formes massives.

Les dépressions marines qui bordent ce système et dont les effondrements lui ont, en grande partie, donné son aspect actuel, se disposent par rapport à l'alignement général des terres d'une façon assez symétrique.

La mer Thyrénienne, si admirablement régulière, et le golfe de Ligurie, prolongement nord-oriental de la vaste mer des Baléares, baignent toute la partie que l'on pourrait considérer comme interne, par rapport au système montagneux. Les deux cavités descendent rapidement à des profondeurs de 3,ooo mètres, excepté toutefois au voisinage des îles toscanes dont le socle sous-marin unit au continent la chaîne formée par la Corse et la Sardaigne. A moins de 5o kilomètres des -côtes de Calabre, la mer Thyrénienne offre des fonds de plus de i,ooo mètres. La grande cavité triangulaire semble avoir formé sur ses bords, lors de son effondrement une succession de cuvettes secondaires entaillant la côte de golfes et de baies arrondis, bien marqués dans l'Italie méridionale.

La mer Ionienne, plus vaste et non moins profonde que la mer Thyrénienne, n'eut certes pas la même importance dans la formation du système italien ; elle n'en baigne d'ailleurs qu'une faible étendue de côtes, du golfe de Tarente à la pointe sud-orientale de la Sicile. Mais c'est de son côté que se trouvent l'Etna et les mont Hybléens aux roches basaltiques. Si, comme le supposentla plupartdes géologues, le retrait et l'effondrement subséquent de l'écorce terrestre est la cause de la sortie au jour de matières fluides contenues à l'intérieur du globe, il est permis de penser que la formation de la cavité ionienne eut dans l'apparition des laves de l'Etna et'^des autres roches volca-

MEDITERRANEE

niques de la Sicile, une part d'influence aussi considérable que celle de la mer Thyrénienne.

Comparées aux grandes profondeurs des mers Thyrénienne et Ionienne celles de l'Adriatique et de la mer de Sicile sont peu importantes. Le sol de ces mers forme des terrasses assez élevées dont la longue péninsule italienne et Tîle triangulaire ne sont que les parties les plus saillantes. Le bassin de l'Adriatique n'a que 200 mètres de profondeur moyenne. La fosse qui s'ouvre à l'ouest du Monténégro descend à plus de i ,000 mètres au-dessous du niveau des eaux, mais elle n'a que peu d'étendue. Avec la plaine du Pô qui la continue vers le nord-ouest, l'Adriatique forme un vaste géosynclinal où s'accumulent les assises modernes, marines et fluviales.

La mer de Sicile ne compte également que 200 à 3oo mètres de profondeur moyenne. La terrasse qui lui sert de fond domine presque abruptement les mers Thyrénienne et Ionienne. Le bord sous-marin prolonge les rivages de la Sicile, d'un côté vers l'ouest pour les relier aux côtes tunisiennes, de l'autre, vers le sud, parallèlement au méridien vers les rives de la Tripolitaine. Toutefois, une vaste coupure creuse cette terrasse d'un profond sillon (plus de 1,000 mètres) aligné parallèlement au bord méridional de la Sicile entre Pantellaria et Malte.

La plupart des formations géologiques prennent part à la constitution du sol de l'Italie et de la Sicile. Quoique ces deux régions commencent à peine à faire le sujet d'une étude méthodique, elles sont pourtant assez connues dans leurs grands traits pour qu'on ait pu en indiquer la géologie et la tectonique générales.

Toute la partie méridionale de la longue péninsule et la presqu'île nord-orientale de l'île qui la prolonge, de la vallée du Crati en Calabre septentrionale aux monts Pélores ou Peloritains qui dominent Messine, sont formées par des gneiss, des granits et des schistes, probablement archéens. Les terrains primaires sont peu représentés. En Toscane, dans les Alpes apuannes notamment, dans les monts pisans et les collines qui s'élèvent au midi de Sienne, on en a trouvé quelques massifs importants, formés d'assises siluriennes, carbonifères et surtout permiennes. Quelques lambeaux de terrains semblables ont été signalés également en Calabre et en Sicile. La plupart des géologues voient dans ces roches cristallines et primaires, les restes d'une Thy-

ITALIE ET SICILE

rénide aujourd'hui disparue, vaste massif qui non seulement occupait remplacement de la mer thyrénienne mais se prolongeait également vers l'occident dans la mer des Baléares. La Corse, la Sardaigne et les îles toscanes, aux roches granitiques et schisteuses anciennes, auraient résisté, de même que les massifs calabrais et toscans à l'effondrement complet du système. C'est contre ce massif résistant que se sont formés les plis de l'Italie et de la Sicile.

Les terrains triasiques et jurassiques sont plus abondamment représentés que les terrains primaires. Ils entourent comme des auréoles les massifs ahtérîeurs de la Toscane, pointent en crêtes et s'alignent presque en chaînes au-dessus des sédiments plus récents de l'Apennin étrusque et surtout des monts Sabins. C'est également leurs assises qui forment la charpente de la chaîne dont la presqu'île de Sorrente est la partie occidentale. Mais c'est surtout en Basilicate et en Sicile que ces terrains prennent de l'importance. Ils forment en ces provinces de nombreux plissements qui sont venus se mouler contre le noyau archéen de Calabre et des monts Pélores. Ces plis se reliaient probablement vers l'orient, entourant le noyau à l'est; l'effondrement de la mer Ionienne en aurait fait disparaître la majeure partie.

Vers l'ouest, le raccordement des chaînes siciliennes à celles de l'Atlas tunisien semble également probable, mais les rapports qui existent entre les deux régions sont assez complexes ; ils ont fait le sujet d'une des questions les plus délicates et les plus discutées de la géologie et les opinions des savants qui se sont attachés à la résoudre, ont varié avec le degré de connaissance qu'ils avaient de la structure de récorce en ce point du globe, et surtout avec les conceptions générales qui dominent la science tectonique.

Coquand et Suess supposèrent d'abord qu'avant la formation du détroit qui s'étend du cap Bon au promontoire de Marsala, les chaînes des deux contrées se raccordaient simplement et directement. Mais une étude plus approfondie de l'allure des plis vint bientôt compliquer et même combattre cette manière de voir. E. Haug fit remarquer que s'il y avait raccordement entre les plis siciliens et tunisiens ce ne pouvait être que par rebroussement. En eôet, les plis siciliens, qui d'une façon générale se dirigent de l'est à l'ouest, dévient et déjà en Sicile occidentale ils s'alignent vers le nord-ouest. Dans les îles Egades ils sont franchement dirigés vers le nord-nord-ouest. De même en Tunisie, les plis d'abord dirigés du sud-ouest au nord-est, prennent

MEDITERRANEE

peu à peu une direction nord. Les deux faisceaux de rides montagneuses ne pouvaient donc se relier qu'en formant au sud de la Sardaigne un angle très aigu ouvert vers le sud-est. Le savant français allait plus loin. Malgré les ressemblances que présente le sol des deux contrées, les dissemblances qu'il y voyait, soit dans la composition des terrains, soit surtout dans la présence ou l'absence chez l'une de ces régions de couches caractéristiques chez l'autre, lui paraissaient suffisantes pour assurer qu'il n'existait aucun lien entre les deux régions. Il voyait au contraire assez de similitude entre l'Apennin romain et les montagnes tunisiennes pour faire passer à travers la mer Thyrénienne, la chaîne intermédiaire entre les Alpes et l'Atlas.

Mais, quelque temps après, le problème se posait à nouveau et avec d'autres éléments. La plupart des terrains secondaires de la Sicile étaient reconnus comme) formant des lambeaux de recouvrement, paquets sédimentaires reposant sur un substratum de hasard, dans ce cas-ci plus récents. Ces masses isolées, que l'on avait prises pour des îlots entourés de terrains plus jeunes, forment les restes d'une, ou de plusieurs nappes de charriage, c'est-à-dire de vastes plis, fortement couchés, parfois jusqu'au delà de l'horizontale, étirés et plus ou moins plissés par les efforts tangentiels, morcelés par les érosions, pareilles à celles qui ont formé la plus grande partie des Alpes et des Carpathes.

D'après Lugeon et Argand, des lentilles de roches triasiques et jurassiques ont été entraînées par une immense coulée d'argile éocène, dont l'origine serait sous la mer Thyrénienne et la partie antérieure sous la mer de Sicile. A cette nappe, qui recouvrait probablement toute la Sicile, il faut peut-être rattacher les lambeaux que Termier vient de trouver dans le Djebel Ouenza près de la frontière de Tunisie et d'Algérie. [C. R. Ac. d. S. Paris, juillet 1906, p. iBy.] Lugeon et Argand voient même des masses charriées dans les schistes primaires des monts Pélores et n'hésitent pas à dire que « tout l'ensemble de l'arc cristallin de Calabre doit être considéré comme un arc de charriage. » [Haug, Lugeon et argand, C. R. Ac. d. S. Paris, avril 1906, p. 966 et looi et mai, p. i io5 et 1 107].

Quoi qu'il en soit, c'est précisément dans ces terrains secondaires charriés que résidaient les différences essentielles entre Tunisie et Sicile. Les terrains que Ton peut considérer comme autochtones des deux régions présentent les plus grandes affinités. Il faut donc en revenir à la première façon de voir, quelque peu modifiée, il est vrai.

ITALIE ET SICJLE

C'est en Sicile qu'il faut chercher les chaînes intermédiaires entre Alpes et Atlas. Mais le raccordement se fait par un angle de rebroussement. De plus, toute cette région a été soumise à des phénomènes de plissements et de bouleversements intenses dont témoignent les lambeaux de recouvrement.

La charpente du système italo-sicilien est essentiellement constituée par les terrains de formation crétacée et tertiaire, éocène surtout. Sans compter les roches volcaniques, presqu'exclusivement éogènes et quaternaires, les matériaux postérieurs au début du tertiaire entrent pour les deux tiers dans la composition du sol de l'Italie, pour les quatre cinquièmes dans celle des terrains siciliens. Les puissantes masses de calcaires crétacés, alternant avec quelques couches de schistes et de grès, dominent de loin en loin les assises éocènes des Apennins étrusques qu'elles supportent. Elles se développent largement dans les plateaux abruzzes, les monts Sabins et se prolongent vers la Basilicate à travers toute la Campanie. Quelques « paquets » ont été signalés aux versants orientaux de la Sila et de TAspromonte. En Sicile le calcaire est moins apparent. Toutefois il se rencontre soit avec le Trias et le Jura aux plissements desquels il a participé, soit isolé au milieu des sédiments tertiaires.

Les plateaux uniformes de l'Apulie, les contreforts du Gargano dont le soubasçement est jurassique et le petit anticlinal de Conero au sud d'Ancône, sont également de formation crétacée; mais leur relation avec les masses apennines ne sont pas bien connues. Il semblerait, vu leur disposition générale du sud-est au nord-ouest, leur structure, les mollusques qu'elles renferment, les piètre nérd, roches caractéristiques mêlées à leur constitution, que ces formations de l'Italie orientale se rattachent géologiquement aux chaînes dinariques qui dominent à Test la fosse adriatique. Les plis des Alpes il lyriques se dirigeaient probablement à travers la mer pour venir s'insérer dans l'Apennin. Peut-être se moulaient-ils également autour d'un ancien noyau; on peut croire qu'il y eut une Adriatide dont témoigneraient les sables de provenance archéenne que les vagues lancent souvent sur les plages de l'Italie orientale et les fragments de schistes cristallins que contiennent les conglomérats tertiaires des monts Pesaro et les marnes miocènes de la Romagne méridionale.

Tous les Apennins ligures et toscans sont formés de puissantes couches d'argiles éocènes fortement plissées. Entre Pise et Florence,

— 2oq —

MEDITERRANEE

M. de Stefani a compté 28 plis se décrochant en coulisse et entre lesquels s'écoulent les rivières. L'éocène se montre encore en masses compactes dans la partie méridionale des Abruzzes, en Campanie et en Basilicate. Mais ses plissements sont ici peu distincts, morcelés et décrochés par les fractures. En Sicile, les monts Nébrodici et quelques collines à Touest appartiennent également en majeure partie à ces formations.

Les dernières assises tertiaires et les dépôts quaternaires, très importants encore, s'étendent surtout sur le versant extérieur de Tare montagneux dans l'Emilie, les Marches, les Abruzzes et TApulie, séparant les formations antérieures de l'Apennin et des régions qui appartiennent au domaine illyrique. Toutefois la mer pliocène s'est avancée fort loin dans l'intérieur du côté occidental et ses dépôts ont comblé les dépressions et relié les divers massifs toscans. En Sicile, les formations du tertiaire moyen et supérieur s'étendent surtout dans la partie méridionale. Ils ont ennoyé en grande partie les plissements déjà formés; par leur constitution ils ont quelque analogie avec les dépôts du bassin parisien. Vers le sud on les retrouve dans les îles de Malte et de Gozzo. Ces terrains postérieurs à l'éocène ne sont pas plissés mais il§ ont toutefois subi à diverses reprises de fortes oscillations. Les dernières ont porté le pleistocène jusqu'à plus de 1,000 mètres d'altitude (Sabatini).

L'Italie et la Sicile sont des pays jeunes. Ils forment peut-être le système montagneux le plus récent de la planète. Quel qu'ait été l'état de cette partie de la Terre pendant les premiers âges de sa consolidation, elle doit sa configuration actuelle à deux grands phénomènes tectoniques postérieurs aux temps secondaires : des plissements et soulèvements se reliant aux grands efforts qui ont constitué les chaînes alpines et des effondrements appartenant au groupe d'affaissements méditerranéens.

C'est au déclin des temps éocènes, peut-être en même temps que se formaient les Pyrénées, qu'eurent lieu les principaux plissements italiens et que s'esquissa la longue arête montagneuse. Plus tard le domaine continental s'accrut encore par le soulèvement des assises du tertiaire moyen et supérieur et du quaternaire. Mais ces derniers mouvements ne déplacèrent les terrains que dans un sens vertical ; on n'a point constaté de plissement parmi les sédiments qui les composent.

ITALIE ET SICILE

Il faut encore ajouter quelques mouvements d'oscillation locaux qui se sont produits même pendant la période historique; la plupart des volcans du système en ont subi les effets.

Quant aux nappes de charriage, leur formation fut post-éocène, puisque les argiles de cette époque ont participé à leur déplacement. Mais il ne nous est pas possible encore de fixer exactement leur lieu d'origine, d'expliquer leur formation, leurs déplacements et morcellements, ni d'indiquer leurs rapports avec la tectonique générale de la région et ce qui pour nous serait surtout intéressant, les relations qu'elles pourraient avoir avec le volcanisme; la chaîne des Lipari et Ustica ne se trouvent-elles pas au nord de la Sicile, du côté d'où sont venues les nappes, et l'Etna ne s'est-il pas édifié à travers ces nappes si, comme le dit Termier, des lambeaux de recouvrement se trouvent au midi du volcan ?

Les dislocations et effondrements de la Thyrénide débutèrent sans doute vers la fin des temps secondaires ; elles ne s'achevèrent qu'avec le quaternaire, comme l'atteste la riche faune de mammifères trouvée dans l'îlot de Pianosa (au sud de l'île d'Elbe) où le lapin subsiste aujourd'hui à grand'peine. C'est parce que la Thyrénide s'affaissait et se morcelait peu à peu, dit A. de Lapparent, que les terrains récents de l'Apennin ne se sont pas dressés contre elle en rides montagneuses, mais se sont soulevées comme par un mouvement de bascule. En même temps que se produisait ce vaste affaissement, des cirques d'effondrement secondaires se formaient en. certains points de la périphérie, creusant les côtes de vastes golfes et baies limités par des promontoires faisant partie de l'écorce primitive et dont les bords sont souvent abrupts; la presqu'île de Sorente et l'île de Capri qui la prolonge constituent un de c cshorsts, nettement découpé par la baie de Naples au nord, par celle de Salerne au midi. Dans l'intérieur des terres, des failles considérables prolongeaient ou accompagnaient ces affaissements; la partie méridionale de la péninsule italienne fut particulièrement déchirée. Ne faut-il pas voir dans la fréquence et l'ampleur des tremblements de terre qui, de nos jours, désolent encore à chaque instant la Calabre la continuation du phénomène? Ces secousses nous indiquent peut-être que le sol est encore en voie de modification.

La formation du bassin thyrénien fut sans doute accompagnée de celle du bassin de la mer Ionienne. Mais les recherches sont ici plus

difficiles, toute trace d'ancien continent ayant absolument disparu. De ce côté, des dépressions secondaires jalonnent également les bords de la grande cavité, et la plaine de Catane peut être prise comme exemple. Nul doute que toute la région où s*est élevé TEtna et la plaine fertile qui s'étend au midi formaient encore une même baie de la mer aux âges pliocènes et même quaternaires.

La formation de l'Adriatique et de la mer de Sicile paraît postérieure à celle de la merThyrénienne. L'existence de la fosse adriatique, du moins dans sa partie occidentale, ne doit pas remonter plus haut que le pliocène, puisqu'on observe des tufs calcaires au-dessus de ces terrains dans les îles Pianosa et Trimiti qui s'élèvent au nord du Monte Gargano, au sud-ouest des îles dalmates. La Sicile, Malte et la Tunisie étaient encore réunies à la fin des temps tertiaires, comme l'attestent les fossiles trouvés de côté et d'autre. Malte et les îles voisines ne sont que les fragments d'un horst faille et morcelé. Dans les anfractuosités des roches on a trouvé des restes de grands mammifères.

Les produits volcaniques de l'Italie et de la Sicile se sont présentés au jour sous des formes diverses et à des époques différentes. Mais ce sont surtout les volcans proprement dits, monts à cratère ayant vomi des laves et les salses ou volcans de boue, qui caractérisent les deux régions. De plus, la venue au jour des matériaux qui constituent ces appareils eut lieu, autant qu'on peut s'en rendre compte, depuis le milieu des temps tertiaires et pour la plupart d'entre eux elle se prolonge encore de nos jours.

Quelques roches éruptives d'âge permien ou triasique se montrent en Toscane ; elles font partie, avec les granits, les porphyres et les diverses variétés diori tiques de la Corse, du grand massif thyrénien. Dans les Apennins étrusques et dans les « Monts métallifères », c'està-dire les collines de la Toscane centrale et sud-occidentale, les roches ophitiques sont très développées; leur âge est très discuté ; quelquesuns placent leur formation aux temps crétacés, d'autres aux temps éocènes. D'après Tra verso il y aurait dans l'apparition des roches éruptives de l'Apennin étrusque une certaine régularité. L'ordre de formation serait le suivant : Iherzolites et serpentines, euphotides et diabases, granits et microgranulites c'est-à-dire de roches de plus en plus acides, comme si le magma qui les avait produit se fut successivement enrichi en silice [A. DE Lapparent]. De plus des veines

ITALIE ET SICILE

métallifères généralement contemporaines de ces formations, se ramifient en un immense réseau dans les sédiments toscans et les sources thermales et minérales en une infinie variété y jaillissent de toutes parts. La Toscane possède à elle seule près du quart des sources médicinales de l'Italie et des îles voisines et quelques-unes, telles celles du Monte Catini, celles de San Giuliana, et les « Bagni di Lucca » au nord de Pise sont universellement célèbres. Ces sources sont généralement en rapport avec les filons métallifères, mais un grand nombre d'entre elles doit toutefois être relié aux volcans modernes.

Mais toutes ces formations, dykes, culots ou filons, nous paraissent rudimentaires. Il semble que, par ces diverses manifestations, les masses ignées internes se soient essayé, en ce point de la Terre, au grand travail qu'elles allaient accomplir plus tard en édifiant les nombreux massifs volcaniques qui se disposent vers le sud, le long du système montagneux.

Les volcans de l'Italie et de la Sicile forment, en effet, un ensemble remarquable, dans lequel chaque partie garde une individualité bien nette. Leur disposition le long de l'axe montagneux, leur âge à peu près semblable et surtout les relations qu'ils paraissent avoir avec les phénomènes tectoniques qui ont amené la formation du système les relient évidemment. Mais que de variétés dans les produits rejetés, la position, l'aspect et le mode d'éruption de chacun d'eux ! Comme terme de passage entre l'ensemble et le détail, on peut considérer des groupes secondaires, formés par un ou plusieurs de ces appareils réunis suivant tel ou tel caractère.

On a cru voir dans l'alignement géométrique de certains volcans un argument en faveur d'une communauté de rapport. Telle la ligne qui joint le Vultur aux îles Ponza, par le Vésuve, les Champs Phlégréens et Ventotene; celle, plus célèbre, qui réunit le Vésuve à l'Etna par Stromboli ou Lipari et Volcano ; certains auteurs attachent également quelque importance aux alignements parallèles du Rocca Monfina — Vésuve et îles Ponza — Champs Phlégréens; d'autres ont même vu dans la succession des massifs, Lipari, Volcano, Etna, monts Hybléens et Pantellaria, autant de fournaises formant un demi-cercle volcanique. Mais quoi qu'il y ait de vrai dans ces remarques, elles semblent bien ne résulter que d'un examen superficiel des rapports des volcans, entre eux et avec les contrées environnantes, car elles ne tiennent compte ni du voisinage des foyers, ni de leur position relati-

MKDITERRANEE

vement à Taxe montagneux ou aux bassins d'effondrements, ni de la similitude ou diversité des produits.

La première remarque générale que Ton peut faire en considérant les volcans italiens et siciliens, c'est leur position aux deux côtés de Taxe montagneux et sur les bords des cuvettes marines.

Les monts volcaniques de la Toscane méridionale, de la province romaine et de la Campanie, avec les îles qui s'étendent vers le large, jalonnent le flanc interne du système orographique, tout morcelé de cassures de ce côté. Ils appartiennent à quelques-unes des dépressions secondaires qui bordent le bassin effondré de la mer Thyrénienne.

Les massifs de Bolsena ou Monti Vulsini, des Cimini, de Bracciano et des monts Lazial ; forment un groupe à part parmi les volcans italiens et doivent probablement la venue au jour de leurs matériaux à une même fracture du sol. Ils paraissent s'être dressés dans un vaste synclinal compris entre les chaînes de l'Apennin central et les collines de la Toscane sud-occidentales, que prolongent de loin en loin vers le sud-est, quelques petits massifs côtiers. Les mers pliocène et quaternaire colmatèrent de leurs dépôts cette dépression et les volcans s'y édifièrent ensuite. C'est également une région déprimée de l'écorce qui contient, entre les monts Lepini, les collines de Caserte et la péninsule de Sorrente, le Rocca Monfina, le Vésuve et les Champs Phlégréens, autre groupe volcanique.

Certes, dans sa théorie du mécanisme volcanique, le professeur Cordenons pouvait se servir du Vésuve comme exemple de volcan situé dans un synclinal ; il aurait pu se servir de même de tous les monts éruptifs de la Campanie ou du groupe qui commence au massif de Bolsena et se termine au volcan Lazial; mais il s'en faut de beaucoup que tous les monts ignivomes de la Terre occupent une position semblable, par rapport aux accidents géologiques, comme le laisse supposer la théorie du savant Italien. Pour ne citer qu'un exemple s'opposant à cette manière de voir, la chaîne des Puys d'Auvergne ne se dresse-t-elle pas près du sommet d'un vaste anticlinal? D'ailleurs, en Italie même, quelques volcans ont accumulé leurs produits sur des bombements du sol qui sont peut-être des anticlinaux. Tels le Monte Amiata, le plus septentrional des volcans italiens, situé un peu au sud de Sienne, de même également, le Monte Tolfa à 60 kilomètres au nord-ouest de Rome. Chose curieuse, ces deux massifs sont presqu'exclusi vement composés de roches trachy tiques.

ITALIE ET SICILE

Les îles Ponza appartiennent également au bassin effondré de la mer Thyrénienne, mais se relient-elles à l'un ou l'autre des groupes de r Italie occidentale ou forment-elles comme le Monte Amiata et le Monte Tolfa un massif à part ^ Leur isolement et la nappe d'eau qui cache les accidents géologiques environnants ne {permettent pas de préciser ces divers rapports. Toutefois leur position à l'intérieur du golfe de Gaete semble indiquer une relation entre elles et les volcans de la Campanie, puisqu'ils appartiennent tous à un même bassin d'effondrement secondaire. De plus elles prolongent vers l'ouest la chaîne que forment le Vésuve, les Champs Phlégréens, Ischia et Ventotene.

Les îles éoliennes constituent bien un système distinct. De même que les volcans romains et napolitains, c'est du côté interne de l'axe montagneux qu'elles s'élèvent et dans le domaine de l'effondrement thyrénien. Mais, tandis que ceux-là se sont édifiés dans les chaînes plissées de l'Apennin, la place où les îles éoliennes se dressent semble plutôt avoir appartenu au domaine de l'antique Thyrénide. Le grand groupe éolien, auquel il faut joindre Ustica, petite île volcanique située au nord de Palerme et dans le prolongement de la chaîne occidentale des Lipari, se trouve à l'intérieur du vaste amphithéâtre formé par les montagnes de la Calabre et de la Sicile septentrionale ; il se dresse plus particulièrement sur le prolongement sous-marin du flanc nord de la Sicile. L'étude des tremblements de terre dont toute cette région est à chaque instant la proie, et surtout celui de 1783, a amené les géologues à formuler quelques considérations intéressantes. Une grande zone sujette aux vibrations, jalonnée de failles d'ailleurs, s'étend le long de l'arête montagneuse, décrivant un arc de 90 à 100 kilomètres de rayon, dont le centre se trouverait au nord -est de Stromboli. De plus, des « lignes sismiques » se détachent de cette zone extérieure, ou la coupent pour converger vers les Lipari. D'après Suess, il y aurait coïncidence entre ces lignes et les lignes volcaniques. Dans l'aire limitée par la zone périphérique, l'écorce terrestre s'affaisserait en forme de cuvette et il se formerait des fissures radiales, qu'accompagneraient les tremblements de terre et que jalonneraient, du moins pour quelques-unes, les volcans éoliens. Les quelques îlots qui avoisinent Panaria, formeraient avec cette île, le point de convergence. Ils auraient constitué, d'après Hoffmann et Judd, un volcan au vaste cratère, duquel rayonnent les trois branches de l'étoile formée par le groupe éolien : Stromboli, Volcano et Ustica.

MKDnFHPWKE

Le Monte Vultur. massif isolé sur le versant oriental de l'Apennin ^. %\ix le Ix^rd de la zone des sédiments non plissés, se trouve déjà dans la région des fractures qui caractérisent l'Italie méridionale. On ne constate toutefois aucun effondrement im|X)rtant dans le voisinage immédiat du ma^^sif. Quand il reieta les produits qui l'ont formé, la mer quaternaire en baignait presque le versant oriental. Elle s'étendait dans le vaste synclinal compris entre l'Apennin et les massifs crétacés du Garganoet de IWpulie.

\ première vue. la pr^sition de l'Etna et des rochers volcaniques qui apparaissent au tianc nord des monts Hybléens semblerait être également au versant externe de Taxe montagneux. Mais si, en réalité, les chaînes plissées de la Basilicate se raccordent aux chaînes de la Sicile, de structure et d'âge semblable, en contournant à Torient les massifs anciens de la Ca labre, l'Etna et les massifs voisins se trouvent en pleine zone de plissement. D'un autre côté ils occupent, de même que le Vésuve et les volcans voisins, un de ces effondrements secondaires qui bordent les grandes cuvettes maritimes.

Enfin les îles volcaniques encore émergées, ou n'ayant eu qu'une émersion de courte durée, qui se dressent dans la mer de Sicile. Panteliaria, Linosa et Giulia, aujourd'hui indiquée par une petite butte à l'ouest du Banco Terrible forment une dernière série volcanique. Ici les relations entre volcans et accidents géologiques sont franchement indiquées. C'est précisément dans l'angle formé par le rebroussement des chaînes sicilio-tunisiennes que ces volcans se sont établis, ajoutant un nouvel exemple à ce mode spécial de groupements des volcans, dont les monts d'Auvergne, les îles volcaniques qui prolongent vers le large les massifs du Kamerun, les archipels des Maldives et Laquedives sont d'autres types bien connus. Mais il semble toutefois que ce n'est qu'indirectement que Pantellaria et les îles voisines se rattachent à cette disposition géologique spéciale. Leur relation avec l 'effondrement de cette partie de l'écorce est certainement plus étroite. C'est en effet sur le pourtour nord-occidental de la longue coupure qui s'étend au nord-ouest de Malte qu'elles se dressent et leur apparition fut, autant qu'on peut s'en rendre compte, immédiatement postérieure à l'affaissement, tandis que les derniers plissements importants des chaînes qui se dressent au nord avaient eu lieu à la fin de l'éocène. Il est juste de remarquer toutefois que ce fut probablement à la faveur de cette disposition des chaînes plissées que

ITALIE ET SICILE

se produisit Tefondrement sicilien, situé ainsi dans une zone faible de l'écorce.

La sortie des masses ignées contenues à l'intérieur du globe, suivit, en Italie et en Sicile, les deux grandes séries d'efforts qui ont donné à ces régions leur physionomie actuelle; les plissements alpins et les effondrements méditerranéens II est hors de doute que l'activité volcanique remonte, en ces contrées, à Tépoqu^ miocène. Peut-être même a-t-elle débuté antérieurement à cette époque; mais il n'est pas de signe qui nous en indique exactement les premières manifestations, car que pouvons-nous dire de Tàge des volcans insulaires, la partie la plus ancienne de leur masse nous étant cachée par les eaux. Les Lipari, par exemple, qui ont probablement rejeté les premiers produits du domaine italien-sicilien, n'ont-elles pas pu accumuler, pendant de longs siècles, une énorme masse de matériaux, avant que les dépôts pliocènes, les plus anciens connus, vinssent se mêler à leurs laves [Bergeat]? D'ailleurs les opinions sur l'âge d'un grand nombre de volcans italiens et siciliens varient suivant les géologues.

Quoi qu'il en soit de ces lacunes dans nos connaissances, on peut dire que l'ère des grandes éruptions volcaniques, en Italie et en Sicile, s'ouvrit vers la fin des temps tertiaires. Au quaternaire inférieur elle atteignait son maximum d'intensité. Pour quelques-uns de ses foyers elle se prolonge encore de nos jours.

D'après Bergeat, ce fut au début du pliocène et dans les îles Éoliennes que l'activité volcanique se manifesta d'abord. Elle devait s'y maintenir jusqu'aujourd'hui, avec des phases diverses de repos et d'intensité, des déplacements de l'un à l'autre des appareils. Lipari, Stromboli et Vulcano constituent, à l'heure actuelle, les trois centres vitaux du groupe. Mais déjà bien avant, aux âges miocènes, des rochers ignées s'étaient fait jour au nord-ouest du lieu qui devint plus tard le sol de Rome, et le Tolfa, le Cerveteri et quelques autres petits massifs environnants s'étaient édifiés. Leur acticité devait s'éteindre au début du pliocène.

Au pliocène supérieur, les îles Ponza, Ischia et les monts Hybléens rejetaient leurs premiers produits. Ischia seule continua d'être active pendant la période de l'histoire humaine; la dernière éruption y date du quatorzième siècle.

Avec le pléistocène, quaternaire inférieur, apparaissent le Monte Amiata, les volcans de la province romaine et de la Campanie, les

EUROPE MEDITERRANEENNE

îles Ventotene et Scoglio Stcfano, le Vultur, TEtna et les îles de la mer de Sicile. De tous ces volcans, la plupart sont encore en pleine activité ou ont eu des éruptions il y a moins d'un siècle. Les volcans latins, le Rocca Monfina, le Vultur çt Linosa peuvent être considérés, non comme éteints, mais réduits à Tétat de solfatare. D'après quelques géologues, les monts Laziali au sud de Rome et le Rocca Monfina étaient encore actifs au début de l'Histoire.

Actuellement les forces volcaniques se manifestent donc surtout dans la partie méridionale du système; en Campanie, dans les îles Éoliennes, en Sicile et dans la mer de Sicile. Ce sont évidemment ces volcans, et parmi eux, ceux qui se trouvaient le plus rapprochés des grandes agglomérations humaines qui ont le plus attiré l'attention des savants et des voyageurs. Quelques-uns sont parfaitement connus. Ils ont servi de type à telle ou telle théorie, et leur mode d'activité le plus caractéristique a été pris comme terme de comparaison pour les autres montagnes brûlantes du globe. L'étude des relations qui pourraient exister entre la plupart d'entre eux a été trop peu approfondie pour qu'on ait pu en retirer des données intéressantes. Les uns ont vu des coïncidences, d'autres des alternances, dans le jeu des éruptions. Maintenant on s'accorde généralement à déclarer qu'il n'existe aucun lien entre les époques et les modes d'éruption de ces divers foyers. 11 ne faut toutefois rejeter aucun moyen d'investigation et un sérieux examen de la succession des éruptions dans les volcans italiens amènerait peut-être des résultats intéressants, élargissant quelque peu nos conceptions sur les mystérieux foyers qui alimentent ces montagnes fumantes. Suess n'a-t-il pas trouvé une coïncidence entre l'augmentation d'activité du Stromboli et les tremblements de terre de la Ca labre ?

Les volcans italiens et siciliens offrent une étonnante variété de produits. Presque toute la série des roches volcaniques y est représentée. Suivant les remarques de Marcel Bertrand [Bull. Soc. Géol. France, 3* série, t. XVI, p. SyS, Paris, 1888], d'une façon générale, les roches acides apparurent les premières et les éruptions postérieures devinrent de plus en plus basiques. Une grande traînée de roches acides, rhyolites, liparites, trachytes, pantellérites, s'étend de l'Amiata à Pantellaria par les monts Cimini, le Monte Tolfa, les îles Ponza, les premiers tufs de la Campanie et les îles Éoliennes. Puis il s'opère une décroissance dans l'acidité des produits, et

ITALIE ET SICILE

enfin apparaissent des laves leucitiques et des laves labradoriques dont les volcans latins, le Rocca Monfina, le Vésuve, le Vultur, quelques-unes des Lipari et l'Etna sont en majeure partie formés.

Mais que de variétés et même d'inversions et d'alternances dans l'apparition de ces matériaux ! Il faut mentionner tout d'abord les basaltes feldspathiques qui forment les plus anciens matériaux connus de la plupart des îles Éoliennes et auxquels succédèrent des andésites, des lipari tes même. Si Stromboli donne des laves basiques, basaltes et dolérites, contenant à peine 5o p. c. de silice, Lipari et Vulcano émettent, sous forme de verre volcanique, d'obsidienn'.'s et de pierres ponces, des roches riches en silice. Au Vulsini, on voit à la fois une série de laves à acidité décroissante et une série à acidité croissante.

A côté de ces massifs complexes, on peut en constater d'autres très homogènes. Ainsi TAmiata n'a rejeté que des laves acides, et presqu exclusivement trachytiques, tandis que l'Etna a vomi des roches fortement basiques, plus spécialement labradoriques. Bien plus, tel volcan basique e§t surtout riche en potassium (Vésuve), tel autre en calcium (Etna).

Quant aux salses, volcans rejetant une matière boueuse sous forme de coulée, et projetant parfois des blocs, à la faveur d'émanations abondantes de gaz, faut-il y voir, du moins en Italie et en Sicile, un autre mode éruptif et les considérer comme ayant des rapports avec le volcanisme? Les avis des auteurs sont partagés. Toutefois, si nous ne pouvons affirmer qu'elles sont en relations avec un foyer souterrain, magma central, ou poche englobée dans la lithosphère, puisqu'on peut prétendre que les gaz proviennent soit de dépôts organiques, soit de détritus divers intercales dans les sédiments, il n'est pas douteux que le mécanisme même qui leur a donné naissance, montée des gaz, élargissement des ouvertures, accumulation des matériaux autour des bouches, est semblable à celui des autres volcans [A. Robin].

Les salses italiennes et siciliennes forment deux groupes principaux, disposés tous deux aux versants extérieurs de la grande chaîne montagneuse, parmi les terrains du tertiaire supérieur, l'un dans l'Apennin étrusque, au sud de Modène et de Parme, l'autre en Sicile méridionale, au nord de Girgenti. Quelques salses s'ouvrent égale-

EUROPE MÉDITERRANÉENNE

ment au sud de la plaine de Catane. Les salses italiennes et siciliennes sont généralement petites et froides.

La série des roches volcaniques récentes de Tltalie commence en Toscane et dans la province romaine par une suite de massifs particuliers présentant, par leurs formes, leurs produits et leur emplacement, certaines relations. Presque tous ont surgi à travers les collines bordières qui semblent former, en cette partie de la péninsule, comme une avant-chaîne à la grande arête apennine, dont la mer pliocène les séparait jadis complètement. Ces avant-monts qui se groupent assez cahotiquement n'offrent d'ailhurs pas de caractère géologique bien tranché. Par ses assises primaires, secondaires et tertiaires inférieures, irrégulièrement disposées et présentant des lacunes nombreuses, il semble que toute cette région serve de terme de passage entre Tanciennc Tyrrhénide qui se dressait à l'ouest et les chaînes récentes des Apennins. Ce n'est plus le massif aux roches archéennes et paléozoïques et ce n'est pas encore la charpente montagneuse aux assises mézozoïques et éogènes.

Tandis que dans la dépression que la mer pliocène venait de combler, ou du moins dans la partie méridionale de cette dépression, les forces internes édifiaient de vastes massifs complexes, aux produits surtout basiques, elles ne formaient sur le sommet ou les flancs des montagnes bordières que de petits appareils aux formes presque toujours élémentaires, composés de roches exclusivement acides. Les deux petits noyaux de Radicofani et de San-Venanzio, dans lesquels on signale des roches basiques, se trouvent précisément dans la région des dépôts pliocènes. On peut donc voir des relations entr^ ces deux noyaux et les petits massifs occidentaux en même temps qu'avec les vastes volcans du sud.

Les premiers culots volcaniques se trouvent à une dizaine de kilomètres à l'ouest de Volterra. On leur donne le nom des villages les plus proches :

Oroiatico et

Montecatini. Ce ne sont, en somme, que de petits noyaux irréguliers, de quelques centaines de mètres de largeur moyenne, perdus dans les collines où naît l'Era, affluent de l'Arno. La roche qui les compose est un trachyte parfois stratifié, parfois bulleux ou même pon-

ITALIE ET SICILE Montecatlni, Gampiglia

ceux ; trachyte à oligoclase d'après les uns, trachyte normal d'après d'autres. On a signalé également une andésite péridotifère. Les géologues s'accordent pour donner à ces culots un âge postérieur au soulèvement qui suivit la période pliocène. Ils se trouvent dans les assises éocènes et miocènes; celui d'Orciatico recouvre en partie l'argile pliocène.

Plus au sud, au nord-est du promontoire de Piombino qui fait face à l'île d'Elbe, une autre masse éruptive de faibles dimensions, le volcan de

Gampiglia occupe le versant occidental du Monte Calvi (646 m.). La roche est très acide. Elle se rapprocherait des microgranulites d'après les uns, des trachytes quartzifères, des liparites ou des névadites d'après d'autres. A l'est, elle repose sur des assises liasiques et crétacées et un peu de miocène. A l'ouest, elle est recouverte par des alluvions modernes. Elle daterait très probablement, comme les autres masses éruptives récentes de la région, de l'époque postpliocène. Le volcan de Gampiglia aurait la forme d'un laccolite ; il est certain, dit Washington, que les dykes cachés sont nombreux dans la région. C'est parmi les calcaires du Monte Calvi que se trouvent les beaux filons de porphyres quartzifères de Campiglia, si riches en gisements minéraux.

Roccastrada, trois petits massifs situés à une vingtaine de kilomètres de Massa Maritima, sont formés d'une névadite se rapprochant beaucoup de celle de Campiglia et contenant plus de 70 p. c. de silice. En certains points, elle prend une structure fluidale; sur d'autres, elle est -plutôt vitreuse ou perlitique. Son éruption fut également postpliocène. Elle s'est injectée dans les assises primaires, éocènes et pliocènes et on retrouve des débris volcaniques dans les alluvions quaternaires de la vallée de la Bruna.

A peu près égaux en dimension aux noyaux précédents, celui de

Radicofanl, situé vers 900 mètres d'altitude sous la ville de ce nom, à l'est du Monte Amiata, et les deux évents de

San-VenanziO, situé à 25 kilomètres au sud-ouest de Pérouse, ont rejeté, on le sait, des produits moins acides. On a signalé des andésites dans le premier, mais la plupart des géologues s'accordent

KUROPE MÉDITERRANÉENNE

pour voir dans la roche principale un basalte plus ou moins varié, offrant des couleurs diverses, une structure tantôt prismatique, tantôt vésiculaire ou scoriacée. Quant au San Venanzio, ses laves, connues sous le nom de « venanzites », ne contiennent pas plus de 42 p. c. de silice. Les argiles pliocènes forment le socle à travers lequel ces roches sont venues au jour et qu'elles recouvrent aujourd'hui.

Le premier massif volcanique de quelque importance de cette rangée est le

Monte Amiata; c'est, d'ailleurs, le volcan le plus élevé de l'Italie continentale. Il se dresse à 60 kilomètres au sud de Sienne et domine toutes les collines de la Toscane méridionale et de la province romaine du haut de ses 1,734 mètres. Les ruisseaux qui naissent sur ses flancs et qui descendent dans toutes les directions, alimentent l'Ombrone au nord et à l'ouest, l'Albegna au sud, le Tibre à l'est.

La montagne volcanique couronne un bombement sédimentaire auquel elle forme une sorte de chape et, quelque imposant que soit son aspect, elle ne représente en somme qu'un faible volume. Sa base, ovale légèrement aplati, n'a que ro kilomètres de plus grand axe, de l'est à l'ouest ; sa régularité n'est interrompue que par quatre ou cinq prolongements, s'allongeant comme des tentacules vers le nord et le sud-est. La cime la plus haute s'élève dans la partie nord-orientale du massif; à l'est, elle tombe en précipices à pic, dus certainement à un grand affaissement; au sud, et surtout à l'ouest, des bosses isolées, atteignant 1,600, i,3oo et 1,200 mètres d'altitude, lui servent de contreforts. La limite inférieure des produits volcaniques s'abaisse à 800 mètres au-dessus du niveau marin à Test, à 600 mètres environ du côté opposé. Le mont est encore en grande partie boisé et les forêts de châtaigniers en entourent la base, tandis que le hêtre s'est emparé des régions supérieures.

L'Amiata a bien l'aspect d'un strato-volcan, mais ses coulées sont devenues tout à fait indistinctes et toute trace de cratère a disparu. Quelques auteurs, toutefois, croient en avoir retrouvé des vestiges. D'après Verri, la bouche éruptive doit être cherchée au nordest du massif, au flanc de la butte principale sur laquelle il signale des scories.

Le Monte Amiata est presqu'entièrement composé de trachyte; trachyte foncé, à pâte vitreuse et à petits éléments (trachyte rhyolitique

1TAL[E ET SICILE Monte Amiata

de vom Rath, « peperino » des habitants de la contrée), qui se montre surtout à la base du massif; trachyte à grands et beaux cristaux de sanidine à la cime et dans la partie occidentale. Mais les variétés sont nombreuses; parfois la roche tend vers la liparitc, type plus acide, parfois vers l'andésite, type plus basique. Artini récolta même, au versant nord du massif, une roche scoriacée de couleur grise qu'il appelle andésite augitique. A cette diversité de composition s'ajoutent des différences de structure et d'aspect, dues à des variations internes, ou des phénomènes de la dynamique externe. Dans la partie occidentale, la roche est granitoïde. En d'autres points, la stratification en bancs horizontaux lui donne l'aspect d'un gneiss. Plus loin, elle s'est divisée en prismes. Les blocs et les scories prennent parfois une certaine importance et les tufs abondent, soit qu'on les trouve intercalés dans la masse rocheuse, soit qu'ils s'étalent à la base, entraînés par les pluies ou les torrents.

Les anime di sasso, « âmes de la pierre » des indigènes, inclusions riches et variées mêlées au trachyte du Monte Amiata, atteignent des dimensions souvent considérables : Lotti signala un spécimen de 60 centimètres de diamètre. Elles sont généralement de forme ellipsoïdale, de couleur brune ou noire, d'aspect schisteux. Les minéralogistes pensent que la plupart d'entre elles sont des quartzites anciens arrachés au sous-sol du volcan [L.\CROIX].

Le soubassement du volcan est formé de roches secondaires et tertiaires. Le lias et le crétacé se montrent au sud, à l'est et au nord-est formant la partie supérieure des collines environnantes. Mais ce sont principalement les roches éocènes, calcaires, schistes et arènes, avec amandes de roches ophitiques intercalées, qui servent de socle aux roches volcaniques. Le miocène ne se montre qu'un peu au nord du volcan; le pliocène, aux puissantes couches argileuses, n'apparaît que sous forme de petits lambeaux dans le voisinage immédiat. Dans la partie sud orientale du massif, un de ces lambeaux est sous-jacent aux roches volcaniques et sert plus ou moins à fixer l'âge des premières éruptions. D'après la plupart des géologues, l' Amiata repose sur un anticlinal, une a bosse » sédimentaire semblable à celle du Labbro ou autre colline des environs. L'épaisseur des roches volcaniques serait par suite peu considérable et Verri ne lui donne pas plus de 100 mètres en moyenne. Lorsque les roches éruptives parurent au jour, à la faveur d'un réseau de fractures, l'érosion avait certainement déjà for-

EUROPE MEDITERRANEENNE

tement décapé le massif et mis à nu les terrains intérieurs ; on a trouvé des débris de roches crétacées dans un dépôt de cinabre à Test du volcan.

Superposé, en partie du moins, aux argiles pliocènes et. de plus, aucune trace de matériaux volcaniques semblables à ses produits n'ayant été trouvée dans ces assises du tertiaire supérieur, c'est donc bien à l'époque postpliocène que le volcan entra en activité. Les géologues s'accordent encore pour assurer que le massif participa au soulèvement postpliocène et que sa hauteur en fut, par suite, fortement accrue; c'est sans doute à cette période mouvementée que se produisirent les grandes cassures orientales. Mais à quelle époque l'activité cessa-t-elle ? On ne sait exactement. Les nombreuses et puissantes sources thermales qui jaillissent à la base du volcan, les eaux sulfureuses et ferrugineuses, saturées d'acide carbonique, les émanations diverses pourraient faire croire à un reste très atténué de vie. Mais c'est là un fait général en Toscane et il serait peut-être erroné de voir entre ces manifestations et le Monte Amiata des rapports directs.

L'Amiata est également très connu par les gisements divers que l'on exploite à sa base : cinabre, mercure, terre de Sienne, terre d'Ombre, gypse, soufre, etc., produits dont le mode de formation, du moins pour la plupart, est encore assez douteux.

Monte Tolfa est le second massif assez important. C'est un véritable groupe de petites collines surmontant une bosse sédimentaire, enlacée à l'est et au nord par la Mignone et son affluent la Virgenese. Civita-Vecchia n'est qu'à une dizaine de kilomètres au sud-ouest. La forme générale du groupe rappelle celle d'un triangle équilatéral, de 7 à 8 kilomètres de côté, un angle pointant vers le sud. Le plus haut sommet de la région, situé au sud ouest près d'Alumiere, est à 61 5 mètres d'altitude; d'autres cimes ont 5oo, 400, 3oo, et même moins de 200 mètres de hauteur au-dessus de la mer. Autour du volcan, des lambeaux plus ou moins étendus, plus ou moins épais de roches éruptives ont été isolés de la masse principale par l'érosion. Le Tolfaccio, qui s'étend à quelques kilomltres au sud, est le plus vaste. Les roches qui composent le Tolfa sont très acides et contiennent environ 68 p. c. de silice. Diversement désignées par les auteurs, ce sont tantôt des rétinites, tantôt des névadites, des tosca-

ITALIE ET SICILE Monte Tolfa

nites ou des liparites. En somme, des variétés de rhyolites. Les grands cristaux de sanidine, d'oligoclase et de biotite ou d*augite abondent dans la pâte microlitique ou partiellement vitreuse de la roche. Généralement brune, grise ou noire, cette pâte prend une couleur verdâtre lorsqu'elle est teintée par des matières chloriteuses, une couleur rose ou jaune lorsque c'est l'oxyde de fer qui s'y mêle. Mais les produits du Tolfa sont presque partout fortement décomposés et il est difficile de s'en procurer un bel exemplaire. Ils se présentent le plus souvent déchirés par des vésicules dues au vide laissé par les bulles de gaz. Parfois ils sont disposés en bancs stratifiés. Les quelques amas de scories que l'on rencontre ça et là indiqueraient des périodes d'explosions chez ce volcan. Dans la partie méridionale du Tolfa, Stefani reconnut une « coulée » de roche que Rosenbuch considère comme une « leucitite » pareille à celles des grands volcans romains. Mais ce n'est là qu'une petite masse isolée provenant sans doute du Bracciano, le vaste massif qui s'étend à l'est et dont la plupart des produits ressemblent à cette roche.

Les terrains crétacés supérieurs affleurent au sud du Tolfa, de dessous la rhyolite et forment une sorte d'anticlinal, sur le flanc nordest duquel s'appuient les couches éocènes et les roches éruptives. Mais la plus grande partie du soubassement du volcan semble être constituée par les divers calcaires de l'éocène inférieur et moyen. Dans toute la partie orientale les produits volcaniques plongent sous un vaste lambeau, formé de couches marneusees presque horizontales du pliocène inférieur et à l'angle nord-ouest sous les assises calcaires du pliocène supérieur. Les éruptions du Tolfa auraient donc été antérieures à la dernière période tertiaire et compteraient parmi les plus anciennes manifestations volcaniques de l'Italie. La dégradation avancée des matériaux témoignerait également en faveur de cette façon de voir.

Quelques auteurs se basant sur l'aspect filoniforme de certains produits du Tolfa avaient cru reconnaître une seconde période éruptive postérieure à la sortie des rhyolites, mais cet accident est certainement dû à la décomposition de matériaux volcaniques par les sources et les émanations sulfureuses si abondantes dans la région. Comme à l'Amiata de riches gisements minéraux entourent le Tolfa.

Galvario. Masse conique (542 m.) à base elleptique (3 kilom.

EUROPE MEDITERRANEENNE

de long E. W.) est un autre volcan trachytique. Il se dresse à 6 kilom au nord-ouest du Bracciano au milieu des tufs des Sabatini. Mais on peut voir au pied nord les assises éocènes sous-jaeentes et sur la face sud les couches du pliocène inférieur s'appuyant sur des produits de rejet; le volcan est donc également miocène. On peut en dire autant des huit petits noyaux trachytique de

San Vito et de

Rota, larges à peine de quelques centaine de mètres et qui se succèdent à 5 kilomètres vers le sud.

Le dernier volcan de la région bordière est le

Cerveteri, ainsi désigné par le voisinage (3 ou 4 kilomètres au sud) de la petite ville de Cerveteri, fameuse par les tombes étrusques qu'on y a trouvées. C'est une suite de petites collines assez régulièrement disposées en forme de chaîne, de l'est-sud-est à l'ouest-nord-ouest sur 7 kilomètres de longueur et s'étalant dans l'autre sens sur 3 kilomètres en moyenne. La plus haute de ces collines atteint 430 mètres d'altitude. De même qu'au Tolfa, l'érosion en a séparé quelques lambeaux.

Les produits du Cerveteri sont un peu différents de ceux du Tolfa et se rapprochent davantage des matériaux rejetés par le Monte Amiata. Ils sont, en général, formés par un trachyte à sanidine et plagioclase et un peu de biotite, d'augite ou d'hypersthène. La pâte multicolore est en grande partie vitreuse et devient en certains points une obsidienne ou une pierre ponce, mais parfois elle prend une structure perlitique. Le trachyte du Cerveteri tend parfois vers la rhyolite, parfois vers l'andésite. Il contient en moyenne 64 p. c. de silice.

Le Cerveteri est presque entièrement entouré par les tufs du Bracciano. Mais, au nord-ouest, on aperçoit les couches crétacées et éocènes plonger sous le trachyte, tandis qu'au sud les assises du pliocène inférieure se montrent un peu au delà des tufs basaltiques. D'après quelques auteurs, des lits pliocènes et même pos^liocènes auraient été recouverts par les produits du volcan.

L'activité du Cerveteri aurait débuté après celle des Sabatini, le grand volcan basique voisin, au commencement de l'époque quaternaire, mais elle se serait éteinte bien avant que ce dernier n'eût cessé toute manifestation.

ITALIE ET SICILE Gerveterl, Vulsini

Vulsini. — Volcans qui forment le premier grand groupe romain. Le massif est également connu sous le nom de BOLSENA, qui est celui du lac situé au cœur de la région et de la ville qui occupe le bord nord-oriental de ce lac : c'est la Fakuna des Etrusques, la Vulsinium des Romains, la Volseno du moyen-âge.

La région vulsinienne forme un ensemble complexe, présentant à la fois une belle harmonie générale et une grande diversité dans le détail A l'opposé de ce qui a dû se passer dans les montagnes du nord et de l'ouest, où les forces internes n'ont dressé que des volcans embryonnaires, de simples accumulations d'une même roche, il semble qu'ici, ces forces aient travaillé, suivant des phases étonnamment diverses. Elles ont amené sur le sol, crevassé en plusieurs points, toute une série de roches très différentes par leur constitution minéralogique, quoique gardant des points communs, et passant graduellement d'un type à un autre. Des épisodes d'exaspération ou de lent épanchement ont fait de ces produits des matériaux incohérents ou des laves compactes. De plus, une soi te de rythme s'est établi dans la marche du phénomène : d'une part dans le déplacement des orihces de sortie, d'autre part, dans les oscillations du degré d'acidité des matériaux successivement rejetés ; enfin, dans la disposition et l'activité de nombreuses sources thermales et minérales. Les agents dynamiques externes se sont ensuite emparé du massif; ils l'ont creusé, déchiqueté sur certains points, mettant à nu son squelette, usé et nivelé sur d'autres, voilant sous une couche de dépôts, ou une nappe liquide, le relief et la constitution de sa surface. La flore, puis l'homme, avec ses cités, ses cultures, ses routes et ses chemins de fer, ont à leur tour influé sur la physionomie du massif et lui ont imprimé, suivant les cas, plus de charme pittoresque, moins de sauvagerie, mais parfois aussi, par suite d'incurie et d'ignorance du dernier venu, plus de laideur. On sait que la région vulsinienne, à Tair pur et au sol fécond, fortement peuplée dans l'antiquité, est maintenant relativement dénudée et déserte, et périodiquement envahie par les fièvres paludéennes.

Le soubassement sédimentaire des Vulsini paraît assez fortement accidenté ; il est constitué en majeure partie par de puissantes couches d'argiles pliocènes qui ont comblé les dépressions intermédiaires aux différentes chaînes qui entourent le massif. A l'est du système, c'est une chaîne de montagnes régulières, courant du N.-N.-O au S.-S.-E.,

EUROPE MÉDITERRANÉENNE

avec une altitude moyenne de 5oo mètres et des sommets dépassant looo mètres en quelques points, formée de roches triasiques, jurassiques et éocènes. Une autre arête, celle de Cetina, de hauteur et de direction semblables à la précédente, et formée de terrains jurassiques et éocènes, vient en contact immédiat avec les roches volcaniques, dans la partie septentrionale du massif. A Touest et au nord-ouest, le sol est moins régulièrement disposé; les collines qui forment de ce côté la bordure du massif sont constituées par des assises du permien, du triasique, du crétacé et de Téocène, et atteignent i,ooo mètres de hauteur moyenne sous TAmiata. 5oo à peine dans les plus hauts sommets du Bellino. Les petits massifs de Santa Anna (environ 3oo m.), de Sorano (509 m.) et de Torlonio (568 m.), le premier permien, les deux autres éocènes et le dôme jurassique plus vaste du Monte Canino (484 m.), qui affleurent au milieu des produits volcaniques, se rattachent à cet ensemble. Quant aux nombreuses couches éocènes, que l'on voit apparaître dans la partie méridionale des Vulsini, ils ne dépassent pas 200 mètres en moyenne sauf une petite butte éocène (829 m.) isolée, signalée par Sabatini, dans les tufs de la partie sud-orientale du groupe volcanique.

D*une façon générale, le socle des Vulsini s'incline du nord au sud avec une altitude moyenne de 25oà 3oo mètres. Au point de contact des roches volcaniques et abstraction faite des profondes découpures et des grands abaissements dus à l'érosion, l'argile atteint 400 mètres dans la partie septentrionale du massif et ne se trouve qu'à 100 mètres au-dessus du niveau de la mer à la périphérie des tufs, au sud-ouest.

Le domaine vulsinien présente un pourtour d'une grande régularité, limité à l'ouest par la Catesina et la Fiora, à Test par le Stridobone la Paglia et le Tibre, plus vaguement arrêté au sud-est vers le Cimini et, au sud-est. par l'absence même de ses produits. C'est une ellipse presque parfaite, de 40 kilomètres de grand axe, est-ouest, d'un peu moins transversalement. Les épaisses coulées de laves qui se sont répandues dans toute la partie occidentale et septentrionale du massif en ont maintenu le contour avec fermeté. Presque tout le front nord est terminé par un falaise lavique de 100 mètres de hauteur moyenne. Dans la partie sud-orientale, l'abondance des matériaux communs aux deux groupes voisins opposait également un obstacle à l'action des eaux. Mais dans la partie sud-occidentale et surtout dans toute la région vulsinienne qui se tourne vers le Tibre, formées en grande

ITALIE ET SICILE Vulsini

partie de matériaux incohérents, les érosions ont emporté des quantités énormes de produits, et mis à nu le soubassement sédimentaire jusque bien loin dans l'intérieur du massif. Les plateaux de tufs bordés de vallées profondes s'avancent vers la plaine du Tibre en longues péninsules, tortueuses et étroites, que prolongent, comme des archipels et des îlots, pour quelques-unes du moins, d'autres lambeaux déjà détachés du corps du volcan. L'œuvre destructrice, due surtout au déboisement, devient menaçante pour l'homme, et il n'est point douteux que dans un avenir prochain, si l'on ne remédie rapidement à cet état de choses, les édifices de Bagnorea et autres cités voisines s'écrouleront dans les vallons avec les tranches de tuf et d'argile.

Le plus grand accident que présente le massif des Vulsini est sans contredit la vaste dépression qui en occupe la partie presque centrale, avec un déplacement de quelques kilomètres vers le nord-est. L'énorme cuvette n'a pas moins de i8 kilomètres de diamètre entre les crêtes opposées; la nappe lacustre a encore 12 ou i3 kilomètres du nord au sud, 10 transversalement.

L'arête qui entoure cette chaudière, d'altitude assez variée, atteint dans toute la partie orientale et septentrionale une hauteur de 5oo à 600 mètres. Quelques pics s'élèvent pourtant plus haut et le Poggio dçl Torrone, le piton suprême des Vulsini, situé au nord même de Bolsena, dresse son front jusqu'à 702 mètres au-dessus des eaux marines. C'est de cette partie du massif de même que de la butte de Montefiascone, au sud-est du lac, que le paysage se déploie avec le plus de magnificence. Le regard se promène des cimes de l'Amiata au nord à celle du Cimino, au midi, les unes et l'autre bleutées par l'éloignement. Au loin vers l'orient, par delà la vaste plaine du Tibre, se dressent les crêtes des Apennins, tandis qu'à l'horizon de l'ouest scintille la mer Tyrrhénienne. Aux pieds même du spectateur s'étend la belle nappe lacustre aux bords escarpés; sur les longues pentes externes, les forêts de châtaigniers et de chênes s'entremêlent avec les étendues de tufs arides ou de laves raboteuses, les tapis des prairies, les bouquets de vignobles et d'olivettes autour des cités : de toutes parts rayonnent les vallées étroites et sinueuses.

Au nord-ouest du lac, la crête s'abaisse à 460 mètres, mais pour se relever aussitôt et garder dans toute la partie occidentale une altitude moyenne de plus de 600 mètres. Mais au sud elle s'abaisse de nouveau

EUROPE MÉDITERRANÉENNE

et tout le bord méridional n'a plus^ue 400 et même 33o mètres de hauteur moyenne. C'est d'ailleurs de ce côté que ï^ trop plein du lac se déverse par la rivière Marta, qui porte à la mer Tyrrhénienne le surplus des eaux à travers une gorge étroite bordée de laves et de tufs. L'éloignement de la crête du bord du lac est vaguement proportionnel à son altitude et varie de 2 kilomètres à 3 et même 4.

Le niveau du lac esta 3o5 mètres, Le fond s'incline assez régulièrement, excepté au sud, où se dressent l'île conique de Bisentina et celle de Martana en forme de croissant. C'est vers le centre que se trouve la plus grande profondeur, 140 mètres, soit iSg mètres au-dessus du niveau marin, donc à une centaine de mètres plus bas que le niveau moyen du sous-sol sédimentaire.

L'immense bassin cratériforme de Bolsena devait évidemment attirer fortement l'attention des géographes et des géologues et tout naturellement être considérée comme la bouche principale, le cratère, du volcan vulsinien. Telle fut l'opinion de Barbieri et de la plupart des savants qui l'avaient précédé dans l'étude de cette région. Telle est également l'opinion de Stoppani et de Stefani qui voient dans la cuvette vulsinienne une des plus vastes chaudières du globe, qui lors de l'activité du volcan se serait sans cesse élargie par la chute des parois dans la cheminée. D'autres savants et parmi eux vom Rath et Verri, considèrent plutôt la cavité de Bolsena, comme une région effondrée, dont l'affaissement serait dû au vide produit par la sortie des masses internes à travers les cheminées et les bouches environnantes.

Mais une étude attentive des bords du lac de Bolsena rend ces hypothèses peu vraisemblables. Ces bords présentent, en effet, une structure très différente suivant qu'on les étudie en tel ou tel endroit. Dans toute la partie occidentale ils sont formés de couches de tufs surmontant des coulées de lave, régulièrement inclinées vers le lac et qui semblent se prolonger sous les eaux en pente très atténuée. Au nord, au nord-est et à l'est la structure du sol est moins simple; les laves que l'on aperçoit dans cette partie du massif ne forment que des noyaux peu importants ou de petites coulées et les tufs affectent des pendages qui, au premier aspect, semblent assez cahotiques. D'une façon générale pourtant, le versant s'abaisse en gradins, dont les bords sont le plus souvent relevés et semblent des cônes adventifs; aussi la plupart des rivières de la partie orientale de la cavité coulent-elles parallèlement aux rives du lac avant de gagner une

ITALIE ET SICILE Vulsini

cluse transversale. Au sud-est du lac, s'ouvre le Valli de Montefiascone, large cratère, qui dut appartenir à une chaudière plus vaste encore, en partie effondrée sous les eaux. Quant à la partie méridionale, très irrégulière, elle est surtout formée de tufs horizontalement stratifiés et surmontés de quelques amas coniques. Plusieurs petites coulées de laves s'avancent de ce côté en forme de promontoire dans les eaux. Le sol se prolonge sous la nappe liquide jusqu'à près de 2 kilomètres sans grande dénivellation, mais au delà, dans le voisinage des îles, il plonge assez brusquement d'une centaine de mètres avant de reprendre une pente insignifiante.

Il est possible qu'un ou plusieurs cratères se soient ouverts à l'endroit où se trouve la vaste cavité lacustre, mais comme on le voit, cette cavité elle-même n'a certes pu former un véritable orifice volcanique. Et s'il faut admettre quelque effrondrement ce n'est qu'avec toutes réserves. Aucune dislocation importante n'a été constatée dans les bords du lac et il n'est pas douteux qu'un affaissement aussi considérable n'aurait manqué d'en produire.

Moderni, le géologue qui a le mieux et le plus complètement étudié la région ne voit dans la dépression de Bolsena qu'une simple vasque due à l'érosîon et dans laquelle se seraient accumulées les eaux. Les matériaux rejetés, appartiendraient à quatre centres éruptifs distincts et bien définis situés autour du bassin lacustre. Mais cette dernière hypothèse non plus ne satisfait pas entièrement l'esprit. Il est étonnant, en effet, qu'en cette région médiane your les trois plus grands groupes vulsiniens reconnus par Moderni, et où par conséquent, les matériaux rejetés eussent dû s'accumuler en couches plus nombreuses que partout ailleurs, se creuse une dépression de plusieurs centaines de mètres de profondeur, affectant non seulement le massif volcanique, mais même le sous-sol sédimentaire. De plus, tandis que le bassin présente tant de régularité dans son allure générale, les groupes volcaniques qui l'entourent offrent de grandes déformations : il semble que la cavité vulsinienne résulte non de la disposition des groupes volcaniques mais d'efforts encore inconnus, ayant eu pour conséquence sa formation en même temps que la déformation des massifs environnants. Quelle que soit la valeur de ces diverses hypothèses, aucune n'est satisfaisante et la question reste posée.

Le premier groupe vulsinien est celui de Latera, situé à l'ouest du lac, et dans lequel tous les auteurs s'accordent pour voir un vrai

EUROPE MÉDITERRANÉENNE

massif volcanique. Il occupe presque toute la moitié occidentale de la région vulsinienne et doit sa forme en croissant à la dépression occasionnée dans son flanc oriental par la cuvette de Bolsena. L édifice bizarre, qui n'a pas moins de 35 kilomètres de long, du sud au nord, alors qu'il en compte 20 à peine d'est en ouest se creuse vers son centre en une énorme cuve de 8 à 9 kilomètres de diamètre, dont l'arête abrupte, garde une hauteur moyenne de 600 mètres, excepté dans sa partie occidentale où elle a presque complètement disparu. C'est la partie orientale de cette arête qui constitue le bord occidental de la cuvette de Bolsena. Un second cratère, de moindres dimensions (6 kilomètres du S.-O. au N.-E. sur 3 kilomètres transversalement) dont le fond est connu sous le nom de Piano di Vepe s'ouvre dans la partie septentrionale de cette première chaudière avec l'arête de laquelle il se confond en partie. Il est également effondré à l'ouest et contient à son tour dans son enceinte sudoccidentale une troisième bouche d'éruption, large d'un peu plus d'un kilomètre et dont la vasque admirablement circulaire est occupée par le beau lac de Mezzano. Les altitudes relatives du sol de ces trois cuves sont indiquées parla petite rivère Olpeta; issue du lac circulaire à 455 mètres d'altitude elle serpente vers l'est entre les coulées qui ont en partie comblé le Piano di Vepe, puis tournant vers le sud, elle descend dans les marécages du Piano di Valentano, fond jadis lacustre du grand cratère (400 m. d'altitude) et s'échappe enfin vers le sud-ouest, à travers tufs et laves pour porter ses eaux à la Fiora.

En plus de ces trois orifices, de nombreux cônes et bouches secondaires se montrent sur les arêtes et les flancs du Latera ; Moderni n'en compte pas moins de 2.5 plus ou moins reconnaissables. Deux d'entre eux ont jailli à près de i5 kilomètres des bouches centrales; le Monte Rosso, auN.-O. dans les calcaires éocènes; le Monte Calvo, au S.-O. en pleine vallée de la Fiora.

De tous les groupes vulsiniens, le Latera est sans contredit, celui qui possède le plus de solidité, non seulement à cause de la disposition régulière des orifices et, par suite, des filons qui y aboutissent, mais encore à cause des énormes monceaux de lave qui protègent et consolident les matériaux incohérents rejetés par le volcan. Les produits meubles, en grande partie transformés en tufs, atteignent au versant nord du volcan des épaisseurs pouvant dépasser 100 mètres. De ce côté ils présentent des accidents curieux : tantôt ils ont l'aspect

ITALIP: ET SICILE

Vulsini

de couches plissées avec petits synclinaux et anticlinaux, tantôt ils offrent une stratification entrecroisée. Ici une butte de tuf formée de couches concaves est logée dans une excavation ouverte parmi des

VULSINI

'^^>^^^j^^Amyf^]M^::m^^m:m'\

E.d»Gr. w'uu

Page 1