‹ Les volcans de la terreChapitre 24 sur 28 · C. Lago di Nemi · texte numérisé non relu

C. Lago di Nemi

E. Val le Ariccia.

B. Campo d'Annîbale.

D. Lago d'Albano.

Les chiffres de i à 6 mdiquent les emplacements successifs de l'axe éruptif principal.

devraient leur forme elliptique à la jonction de deux cratères. Toutes ces bouches ont rejeté des produits meubles et quelques masses de lave, en petite quantité il est vrai, mais offrant quelques particularités pétrographiques.

Deux filons de plusieurs mètres d'épaisseur se sont injectés dans les roches préexistantes à l'orient du Nemi.

La forme des fonds de Nemi et d'Albano, plus régulièrement circulaire et plus profonde dans la partie méridionale des deux conques, conduisit Sabatini à penser que l'activité se prolongea davantage dans

MEDITERRANKE

les cratères qui formaient la partie méridionale de ces deux cavités que dans ceux du nord et la disposition des produits amena le savant à conclure que l'activité volcanique se déplaça successivement de Nemi vers Albano, puis vers Ariccia.

Pendant ces diverses phases d'évolution de la cheminée principale, des orifices secondaires se formaient sur les flancs du massif en quantité assez considérable. Sabatini en a relevé près de cinquante, plus ou moins bien conservés et il est probable que les érosions en ont fait disparaître un grand nombre.

Toutes ces bouches secondaires se sont ouvertes de préférence sur les versants du nord et du sud-sud-ouest et presque toutes au-dessus de la cote de 1 5o mètres ; on a même retrouvé les traces distinctes de deux petits cratères dans le Campo d'Annibale. Mais quelques bouches, et non des moins importantes, apparaissent aussi vers la périphérie du massif, notamment au NE., du côté de Tivoli. Tels le cratère de Castiglione, situé à lo kilomètres au SO. de la ville et plus au sud, entre ce cratère et la cité de Colonna, les deux cônes de Monte Falcone et de Monte Massimo.

Ces appareils adventifs du Laziale sont ou de simples cratères, ou plus souvent des cônes avec ou sans orifice apparent. Ils sont en général d'autant plus grands qu'ils sont situés plus bas sur les pentes ; les plus considérables ayant jusqu'à un kilomètre et demi de diamètre à la base, les plus petits quelques dizaines de mètres. Leur hauteur au-dessus de la plaine voisine varie de 5o à 200 mètres.

On a voulu voir dans la disposition de ces évents secondaires, des alignements réguliers selon des fractures radiales. Pour quelques appareils, comme les trois petits cônes du NE., près Rocca Priora, l'alignement est en effet remarquable et l'on peut conclure à une fente originelle commune, mais la plupart des autres bouches d'éruption sont isolées et assez irrégulièrement disposées sur les pentes. 11 se fait même que la seule fracture plus ou moins reconnaissable du massif présente une disposition oblique, perpendiculaire même par rapport à celle des génératrices. Elle s'étend de l'E. à l 'O. à travers toute la partie septentrionale de l'Atrio di Mol ara et est assez nettement visible entre les deux collines de Castellacio et de Ceraso qui forment au NE. les restes du cratère tusculan. Cette faille est jalonnée par cinq ou six cônes adventifs.

La plupart des appareils secondaires du Laziale doivent se relier à

ITALIE ET SICILE Laziale*

la cheminée principale et s'embrancher sur le filon éruptif central à de faibles profondeurs, mais il en est, et surtout vers la base du massif, qui ne doivent avoir avec Taxe éruptif du volcan que des rapports assez éloignés. Les blocs sédimentaires mêlés aux produits qu'ils ont rejetés montrent qu'ils ne doivent pas leur origine à une dislocation du massif volcanique, mais à des fentes du sous-sol profond. On ne peut non plus déterminer les relations existant entre cônes adventifs et grands appareils et indiquer à quelle phase volcanique; grand cône, cône supérieur ou cuves d'Albano, de Nemi, d'Ariccia, tel ou tel orifice secondaire se relie. Probablement même en est-il qui appartiennent à plusieurs de ces phases.

Une grande partie des laves du Laziale a été rejetée par les appareils adventifs, surtout par les orifices situés dans les régions inférieures, ceux des hautes pentes ayant plutôt expulsé des matériaux meubles. Le Castiglione a émis à l'E. et à TO. deux coulées, longues de 5 kilomètres, larges de looo mètres, qui sont descendues parallèlement vers le NNO. jusqu'au bord de l'Aniene. Les cônes de Falcone et de Massimo s'élèvent au-dessus d'un champ de lave formé par leurs coulées, qui n'a pas moins de 12 kilomètres carrés de surface.

Les premiers produits du Laziale sont représentés par des tufs lithoïdes, contenant de la leucite, de la magnétite, du mica noir, de Taugite verte et noire, de la sanidine, parfois des ponces, ce qui fit supposera certains auteurs, et cette hypothèse n'est pas définitivement écartée, que lors des premières phases volcaniques il devait y avoir sur l'emplacement du Laziale, un volcan plus ou moins acide, un pré-Laziale. Mais tous les autres produits du massif albain sont essentiellement leucitiques, comme si le magma originel fût surtout formé de roches à leucites.

Comme pour les autres volcans romains, les tufs sont ou lithoïdes ou incohérents avec des termes de passage d'un état à l'autre. Ces derniers ont été rapportés sans discussion à des éruptions de cendres. Les autres seraient dus, selon certains auteurs, à d'énormes coulées boueuses dégorgées des cratères, quoiqu'on les retrouve à des hauteurs supérieures à 5oo mètres sur les monts calcaires des environs. Selon d'autres auteurs, parmi lesquels Sabatini, il ne faudrait y voir que des masses de cendres empâtées par les eaux météoriques et consolidées grâce à la petitesse et l'altération des éléments. Pour quelques- " unes des couches de base il est à noter que leur chute dans les eaux

MÉDITERRANÉE marines dut avoir aussi une certaine influence sur leur consolida-

i tion.

De la base au sommet du volcan on trouve une succession assez régulière de ces matériaux encore plus ou moins meubles ; des tufs franchement lithoïdes d'abord, abondants entre Tivoli et Colonna, aux environs de Valmontoneet de Cori, et dans les basses vallées occidentales; des tufs granuleux jaunâtres et des tufs contenant des pierres ponces ; puis dans toute la partie moyenne du massif des tufs terreux jaunes et des tufs argileux; enfin des cendres, des sables et des lapilli et, autour des cuves d'Albano, le peperino — « pepe », poivre dont le produit a la couleur — , tuf résistant, contenant des blocs calcaires arrachés au soubassement et des inclusions de toutes sortes, si innom brables qu'elles le font ressembler à un ciment terreux. Ces matériaux propres aux cuves d'Albano, peut-être d'Ariccia, peuvent atteindre des épaisseurs de loo mètres. A ces divers produits meubles du Laziale se mêlent en quelques endroits des couches de pouzzolane et de conglomérats volcaniques.

Les laves du Laziale, beaucoup moins abondantes que les matériaux meubles, s'intercalent surtout dans les tufs moyens et supérieurs. Ce sont principalement des leucitites presque exclusivement composées de pyroxène et de leucite. Parfois Taugite et la néphéline apparaissent assez nettement. L'olivine et le mica noir sont rares. La mélilite est commune dans certaines coulées, notamment dans celle de Capo di Bove, et celles qui appartiennent aux grands orifices du NE. et au grand cône extérieur. Cet élément peut même devenir si abondant que la roche qui la renferme est considérée comme une variété à part, une mélilitite. Sabatini divise les leucitites du Laziale en deux catégories, selon que les deux temps de cristallisation, pâte et grands cristaux, sont bien indiqués ou peu apparents.

On a signalé des phénomènes d'altération très importants dans ces laves du massif albain, surtout dans celles qui avoisinent les orifices. Dans certaines d'entre elles, la leucite a été transformée en feldspath sous l'action d'eaux calco-sodiques. Dans la plupart, la roche compacte et sombre s'altère graduellement en une roche huileuse et verdâtre, appelée sperone. Pendant les phases de cette dernière transformation le pyroxène jaunit, la magnétite et le mica noir diminuent, la néphéline et la mélilite deviennent rares, disparaissent même; un grenat en grains fins apparaît quelquefois. Cette transformation dont on

ITALIE ET SICILE I^aziale*

retrouve les stages successifs en des spécimens divers, se fit sans aucun doute à la faveur de fumerolles abondantes.

Les autres laves, rares d'ailleurs, sont des leucotéphrites, avec grandes leucites pouvant atteindre 2 centimètres, des feldspaths abondants. On ne les trouve qu'en quelques points sur le bord de la conque de Nemi au versant occidental, et dans le fond des vallées en blocs roulés par les eaux. Celles du Tavolato, sur la voie Appienne, près des portes de Rome, sont devenues classiques ; la haùyne bleue y abonde.

Les dernières manifestations du Laziale eurent certainement rhomme pour témoin; des objets appartenant à des industries humaines ont été recueillis dans les cailloux supérieurs de Tor di Quinto. Il semblerait même que des explosions secouèrent la montagne aux premiers âges de Rome. Denys d'Halicarnasse rapporte qu'aux temps de EUadio Silvio, roi d'Albe-la-Longue, le lac d'Albano déborda et ravagea la cité sans qu'aucune surabondance de pluie put expliquer la catastrophe. Tite Live raconte également que vers l'an 1 14 de Rome, il y eut une pluie de pierres sur le cône central du Laziale et que le même phénomène se reproduisit encore vers l'an 540 de la même ère. [Sabatini.]

Aujourd'hui l'activité du Laziale est presque nulle. La montagne est souvent secouée par les tremblements de terre. Mais on signale à peine quelques sources thermales dans le versant occidental du massif. Les travertins sont plus abondants. Ils forment au midi, aux environs de Cisterna, des croûtes assez considérables, et au nord-est, dans toute la région voisine de Tivoli.

De même qu'au NO. et au N. de la région déprimée où les forces internes ont édifié les quatre massifs romains, au SE. de cette région, de petites masses volcaniques se sont injectées également dans les déchirures de l'écorce. Dans les monts Sabatini, Tiburtini et Lepini et surtout dans la vallée du Sacco, les explorations géologiques, quoique peu nombreuses encore, relèvent quantité de petites masses de tufs et de laves isolées et éparpillées parmi les roches sédimentaires. Une grande partie de ces produits et notamment la plupart des matériaux d'origine meuble doit être rapportée aux grands volcans riverains du Tibre, mais une autre partie appartient incontestablement à des points d'éruption locaux, l-n petit cône d'éruption, le

MEDITERRANEE

Volcanetto di Goppaeli, situé à 8 kilomètres à TE. de Rieti et à 722 mètres d'altitude fut découvert par Verri en 1879. Les paysans rappellent « roche dure » et en effet les laves s'y montrent en forme de culot. Les relations de la roche avec les terrains sédimentaires voisins font penser à Verri que l'éruption eu lieu entre l'éocène et le miocène. On s'est demandé si l'existence de ce petit volcan avait quelque rapport avec les tremblements de terre fréquents et violents qui se produisent dans la contrée. D'après Brucchietti, l'épicentre du sisme de Rieti, survenu le 28 juin 1898, se serait trouvé sous le volcan de Goppaeli.

En 1896, Viola décrivait toute une série de noyaux volcaniques de petites dimensions dans la vallée du Sacco. Sur les bords et dans le fond de cette plaine de 1 5o mètres d'altitude moyenne, autour du confluent de la Cosa et du Sacco, près de Ceccano, dans un rayon de 7 à 8 kilomètres, une quinzaine de culots laviques apparaissent, plus ou moins disséminés dans les produits meubles. Ce sont les

Ernici, ainsi désignés, assez faussement d'ailleurs, du nom des monts qui les dominent au nord.

Trois de ces culots de lave sont appuyés aux falaises des Lepini, entre Morolo et Giuliano; le plus grand d'entre eux n'a pas î 5oo mètres de long. Les autres sont dans la plaine, serrés en groupe et offrant même l'apparence de véritables collines volcaniques.

A 5 kilomètres au SO. de Ceccano, le Collame est un cône de tuf aplati, de 2 kilomètres de diamètre à la base; il contient quatre petites masses de lave. Mais il doit probablement sa forme à l'érosion. Ses tufs sont horizontaux. A côté, au S., le Sant Arcangelo, autre petit massif d'éruption, aurait, d'après Branco, une petite dépression cratérique. A 3 kilomètres de Ceccano au SE., quatre affleurements de laves se montrent dans les tufs; un d'eux est un filon de 2000 mètres de long dirigé N. — S. et coupant la rivière Sacco.

Les deux derniers groupes, le Pofî, situé à 8 kilomètres à l'E. de Ceccano, le Ticchiena à 10 kilomètres au N., sont les plus importants par leur volume et les dimensions de leurs laves. Tous deux couvrent une surface d'environ i5 ou 20 kilomètres carrés. Le premier a six noyaux de laves dont l'un s'étend sur 4 kilomètres de long, le second n'en a que deux, de dimensions à peu près semblables.

Tous ces matériaux sont constitués par des roches basiques assez

ITALIE ET SICILE Emicl

peu variées. Pofi a fourni des basaltes, les laves de Collame sont des leuco-basaltes, celles des environs de Ceccano des basaltes labradoriques. A Ticchiena la leucotéphrite domine et les laves qui s'appuient aux Lepini sont surtout des leucitites.

Des cendres, des lapilli, des scories et de bombes forment les tufs où s'intercalent ces produits compacts.

Toutes ces roches apparurent le long de failles assez nettement reconnaisse blés. Les monts Lepini et Ernici sont essentiellement constitués de calcaires crétacés, surtout turonien, fortement plissés. Le fond de la vallée est composé de calcaires, d'arènes, de sables et d'argiles éocènes, principalement éocène supérieur formant de petits synclinaux et anticlinaux et de quelques couches de conglomérats quaternaires sur les bords des rivières. Toute cette région a été fortement disloquée. La vallée représente un compartiment affaissé limité par de grandes failles, au syd surtout du côté des Lepini. Des défoncements d'importance secondaire apparaissent à leur tour à l'intérieur de cette dépression. L'abaissement fut post-éocène, car on a retrouvé sur les Lepini et les Apennins voisins des assises du tertiaire inférieur semblables à celles de la vallée, concordant avec le crétacé sousjacent.

D'après Viola, les laves n'apparurent que lorsque le réseau des cours d'eaux eut à peu près conquis son allure actuelle, c'est-à-dire dans le quaternaire, car la pente générale du terrain, les accidents de relief assez prononcés au midi de la plaine devaient à l'origine forcer les eaux à se déverser dans la campagne de Rome et ce n'est que lorsque le Laziale présenta de ce côté un obstacle à la marche des eaux que peu à peu la rivière chercha vers le SE. une brèche de sortie.

La vallée du Sacco contient, en plus de ses laves et de ses tufs, des nappes de travertins quaternaires qui comptent parmi les plus étendues de ritalie. Au S. d'Anagni ils couvrent une surface de près de 5o kilomètres carrés, un peu moins au S. de Ferentino et sur les rives de la Cosa. Des sources diverses apparaissent également dans cette contrée volcanique et celles de Ferentino (sulfureuses) sont très importantes.

Il faut peut-être aussi relier à ces phénomènes les suintements de bitume visqueux et noir qui coulent de la roche calcaire à Castro (8 kilom. au SE. de Ceccano) et près de Monte S. Giovanni et Filettino. Toutefois ces émissions paraissent aussi en rapport avec les

phénomènes atmosphériques, car on a observé que c'est en été seulement qu'elles se produisent [Ponzi],

Roccamonflna*, parfois Rocca Monfina, s'est installé sur le prolongement sud-oriental des Lepini, vers le point où ces chaînes perdant l'énergique cohésion qu'elles présentent entre les vallées du Sacco et du Sisto commencent à se fragmenter en massifs isolés. Ainsi se montrent autour du volcan et dans le domaine même de ses produits le Monte Majo (940 mètres) et ses contreforts au NO., le Monte Camino (900 mètres) au N., les arêtes étroites dont le Monte Maggiore (1,037 Piètres) est le piton suprême au SE., et au S. la curieuse montagne de Massico, allongée sur 10 kilomètres du NE. au SO. et dominant du haut de ses 8î i mètres les plaines environnantes.

Au sud de cette région montucuse s'étale à perte de vue la plaine uniforme de Capoue et d'Aversa, haute à peine de 20 à 40 mètres au-dessus de la mer proche et où se traîne paresseusement le Voltumo. Au nord passe, à l'altitude de 100 mètres, la longue avenue empruntée par le Sacco, le Liri et le Volturno moyen, séparant des chaînes lépiniennes, les Apennins de Cassino et, au NE. même du Roccamonfina l'énorme citadelle de la Matese.

La base du massif volcanique n est pas nettement arêtée par un périmètre régulier; elle s'étale largement^ l'E. et au SE. dans les plaines de Pietramelara et deTeano, elle se prolonge aussi vers le NO., le NE. et le SO. entre les monts sédimentaires Toutefois on peut lui donner à peu près 25o kilomètres carrés de surface.

Au premier aspect le Roccamonfina révèle déjà une origine distincte de celle des montagnes qui lui font cortège. Plus régulier dans sa forme générale que dans la disposition de sa hase, il s'élance d'un jet en cône parfaitement dessiné. Le sommet est échancré par une vaste chaudière circulaire de 5 kilomètres de diamètre, aux parois abruptes, raide et consistante dans sa partie occidentale où elle atteint à la Frascata 85o mètres d'altitude, plus morcelée et plus basse au N., à l'E. et au S., et dont le fond est occupé presqu'en entier par une intumescence irrégulière, le Monte Santa Croce, piton suprême du massif, pointant à i,oo5 mètres au-dessus des mers.

La montagne est encore amplement boisée. Les amas de laves plus copieux ont permis aux flancs occidentaux de garder plus de consistance et de régularité que les autres versants du massif où les rivières

ITALIE ET SICILE Roccamonflna*

ont profondément afïouillé les tufs. De toutes parts les eaux fuient avec régularité sur les flancs du pourtour gagnant le Garigliono qui longe le bord occidental du massif au pied des Lepini, le Volturno moyen qui paraît dans la plaine au NE avant de contourner vers le SE. les monts de Capazzo, et le Savone qui descent au midi et se perd dans les plaines de Carinola.

Quelques villes se sont bloties dans la verdure de la cavité supérieure, d'autres occupent sur les versants inférieurs, le bord des plaines fertiles ou des grandes routes de traverse. Telle est au SO. l'antique Sessa, cité des Arronces qui avaient fait de la fière montagne une forteresse redoutable.

La littérature géologique est assez pauvre en ce qui concerne le Roccamonfina. Les ouvrages d'Abich et de Pilla (i), qui comptent parmi les plus importants, sont déjà vieux de plus d'un demi-siècle et d'ailleurs trop imbus des idées de L. de Buch ; ils considèrent le volcan comme le plus bel exemple de cratère de soulèvement fourni par l'Europe. Les ouvrages les plus importants sont celui de Moderni traitant de la structure du massif et celui de Bucca traitant des produits. Washington et Deecke ont également publié sur le volcan quelques bons articles.

Comme l'indique son relief, le sous-sol du Roccamontina est très accidenté. Les montagnes qui le limitent ou qui émergent de ses produits sont essentiellement formées d'assises crétacées plongeant en sens divers et supportant quelques lambeaux de couches éocènes. Le tertiaire inférieur se montre également dans la plaine septentrionale. Le pliocène apparaît en petits paquets au NO. du volcan. Enfin le quaternaire borde les cours d'eau, tapisse en grande partie les plaines du nord, et forme en entier avec les tufs volcaniques celles de la Campanie. Un dépôt de la même époque, reste d'un ancien fond lacustre, couvre la partie nord-occidentale de l'Atrio formé par l'arête extérieure du Roccamonfina et les collines internes.

Toute cette région du sous-sol est coupée de failles, en grande partie conséquentes des affaissements des plaines du nord et du sud. Le Garigliano coule dans une fente du sol d'âge postérieur à la fin du

'1) H. Abtch, Erhebungskrater ttnd dev Volcan von Roccaynonjina, Berlin, 1841 — L Pilla, Application de la théorie des cratères de soulèvement au volcan de R(tccamonJina, Mém. Soc. i^é(»l. France, Paris 1844, p. 1 63- 180, figures.

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tertiaire ; les assises pliocènes qui le bordent des deux côtés, aux environs de S. Ambrogio présentent des différences de niveau pouvant dépasser loo mètres.

Il est difficile de fixer l'âge du Roccamonfina ; les terrains pliocènes sont trop éloignés pour qu'on puisse indiquer la relation qui pourrait exister entre eux et le massif volcanique, bien qu'il soit probable que les premières éruptions aient eu lieu vers la fin du tertiaire. En tous cas le volcan était en pleine activité au quaternaire inférieur, comme l'attestent les argiles blanches de Rocca d'Evandro, remplies de matériaux volcaniques. Il semble même que l'activité se soit prolongée jusqu'au début de la période historique. Un disque de plomb a été trouvé dans les tufs volcaniques et près de Sessa les explorations ont mis à jour des fondements d'amphithéâtre, recouverts par des couches de matériaux de projection. Certains auteurs prétendent même que la dernière manifestation du Roccamonfina eut lieu en 269 avant l'ère vulgaire. Les sources thermales et minérales sont aujourd'hui les indices atténués de l'ancienne activité du volcan. Elles sont assez abondantes le long de la faille du Garigliano.

La structure du Roccamonfina est très simple et révèle, du moins autant que la superposition des matériaux, leur nature et leur état de conservation le permettent, trois phases bien marquées dans la succession des manifestations volcaniques. Nous ne savons rien de l'allure primitive des appareils ; l'édification d'un grand cône qui dut avoir 2000 ou 3 000 mètres de hauteur et qu'une gigantesque explosion finale décapita est le premier stage connu de l'évolution du massif : il est représenté par la masse externe du volcan et sa grande cavité terminale.

Pendant le cours de cette période, d'énormes quantités de lave s'échappèrent du cratère ; on les voit affleurer en nappes continues dans toute la partie occidentale du massif, des bords de la cuve aux rives du Garigliano et sur tout le reste des versants en lambeaux, petits mais innombrables. Les matériaux pulvérisés furent aussi abondants et durent former à la montagne un vaste manteau ; ils se montrent un peu partout au fond des ravins et surtout à la périphérie du massif; ils s'étendent même jusqu'aux environs de Capoue. La partie inférieure de ces matériaux de projection baigna très probablement dans la mer. Presque partout ils sont durcis et prennent parfois une structure columnaire. Moderni rapporte à cette première

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phase volcanique la formation de 12 cônes adventifs, de faibles dimensions, disséminés surtout aux flancs septentrionaux et sudsud-orientaux. La plupart d'entr*eux ont donné jour à des projections et à de petites coulées de quelques centaines de mètres.

Avec la seconde phase, la cheminée centrale s'ouvre de nouveau et la pierre brûlante se répand dans le fond de l'ancien cratère. Ainsi se forment le Monte Santa Croce et les collines voisines , Mais un fait curieux se produit ; le mode de formation général se transforme ; le volcan d'abord stratique, devient domique. Moderni chercha vainement trace de cratère ou de coulée appartenant à cette période sur les flancs des buttes internes ; il ne trouva qu'une masse de roche, compacte et homogène, coupée de fentes verticales. Sur les flancs du grand cône, quatre des appareils adventifs de la première période s'ouvrent à nouveau et neuf autres apparaissent ; trois d'entre eux, s'alignant à l'ouest, semblent avoir une fente radiale commune pour origine. Ces orifices secondaires rejetèrent, quelques-uns par un véritable cratère, des tufs et des laves. Les produits meubles, lithoïdes à la base, terreux au sommet, recouvrirent les pentes du massif, laves et tufs antérieurs, en couches assez minces et ne s'étendant pas, d'ailleurs, à plus de 6 kilomètres au delà des bords de la grande cavité, excepté au NO. du côté de Mignano. Les laves formèrent de nombreuses coulées, parmi lesquelles celle du Friello au N., celle de Copelle au SSE. atteignent des longueurs de 3 à 4 kilomètres, des largeurs de 5oo à 1000 mètres.

On ne peut dire avec certitude, si c'est le dôme central qui le premier se forma, ou si ce furent les cônes adventifs de cette période. Moderni pense que l'apparition des laves de Santa Croce eut iieu avant celle des orifices secondaires et attribue même en partie à la formation du cumulo-volcan interne, et par suite à l'obstruction de la cheminée centrale, la venue des produits par les conduits latéraux.

Enfin, la troisième phase volcanique fut marquée par la formation de deux petits orifices dans le cratère, au nord et au sud, de quatre cônes sur les flancs extérieurs, et la réouverture de trois des appareils secondaires déjà existants. Les laves qui sortirent de ces bouches adventives, moins abondantes que celles de la période précédente, formèrent de petits paquets, comme ce fut le cas, par exemple, dans le cratère, ou coulèrent en nappes peu étendues de un ou deux kilomètres de longueur maximum et de quelques cents mètres de largeur.

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Les produits meubles, également peu abondants, couvrent surtout les bords et le fond du grand cratère et les environs des orifices de cette période. On ne peut, du reste, préciser leur étendue et leur épaisseur exactes : ils ressemblent beaucoup aux tufs de la première période et n'ont pu en être nettement différenciés qu'en quelques endroits.

En somme, le Rocca Monfina a présenté dans la succession de ses phases, deux phénomènes principaux : une diminution graduelle de Tampleur des éruptions et de l'abondance des produits rejetés ; une diminution analogue dans les dimensions et le nombre des conduits. Ces deux caractéristiques du volcan sont sans aucun doute en relation intime, mais qui de Tune ou de l'autre eut rinfluence primordiale? Les produits montant en quantité de moins en moins abondante, et par suite exigeant moins d'effort pour être rejetés, les orifices devenaient-ils inutiles, moins larges et moins nombreux ? ou le rétrécissement et même l'obstruction des orifices amena-t-il la diminution du rejet i Peut-être faut-il remonter plus haut dans la recherche des causes et attribuer aux fractures du soussol et à leur jeu et aux transformations du magma l'influence première, la déterminante principale dans le mécanisme volcanique.

La nature des produits du Roccamonfina permet de les classer en trois grandes catégories principales, correspondant aux trois phases de structure, mais on ne voit point dans l'évolution d'un type à un autre, une marche graduelle.

Les premières laves furent des leucitites, sombres et compactes, très semblables à celles du Laziale, riches en leucites et en augites et contenant un peu de feldspath plagioclase; des téphrites leucitiques, en général altérées aujourd'hui, moins abondantes, un peu postérieures, grises, finement granulées, mais où la leucite n'est pas toujours visible à l'œil nu, le plagioclase est plus abondant que dans la roche précédente. Les tufs de cette période, très fins, sont essentiellement leucitiques.

La seconde phase présente dans la nature de ses produits une certaine complexité; des types assez différents apparaissent et se localisent suivant leur composition. Ainsi tout le massif intérieur, Monti Santa Croce et Laitani, et rien que ce massif est formé d'une roche rouge ou d'un gris sombre, composée surtout d'augite, de biotite et de feldspath plagioclase; c'est le trachytede Pilla, la trachydolerite de vom Rath ; Bucca et les auteurs modernes la classent panni

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les andésites augitiques, car elle n*a pas plus de 55 p. c. de silice. Sur les flancs du grand cône, les bouches adventives rejettent des trachytes et un peu de leucitophyre ; les premières laves essentiellement composées de sanidine avec des amas d'augite, de magnétite et de biotite varient quelque peu de couleur et de composition minéralogique et se rapprochent en quelques endroits de l'andésite centrale ; les secondes sont remarquables par les leucites de dimensions énormes, de plus de quatre à cinq centimètres de diamètre, qui se détachent sur une pâte presqu'exclusivement composée de feldspath orthodase.

Les tufs de cette époque contiennent de nombreuses sanidines, des ponces et des fragments de lave; ils supportent une sorte de conglomérat trachytique et des couches de pooces.

La dernière phase est marquée par une venue de basalte, noir ou rouge foncé, formé de plagioclase, d'augite et d'olivine et totalement dépourvu de leucite et de népheline. Des cendres et des lapilli accompagnèrent cette émission.

On ne peut donc voir une gradation générale dans la nature des laves successivement vomies par les bouches du Roccamonfina. Une augmentation d'acidité remarquable a caractérisé les premières périodes, tandis que les dernières manifestations indiquaient un retour aux types basiques. La leucite prédominante d'abord fait place au plagioclase puis à la sanidine, qui caractérise la seconde phase ; elle disparaît à mesure que le feldspath augmente dans la proportion des minéraux constituant. Dans la dernière phase la sanidine à son tour s'efface et l'olivine apparaît, comme élément sinon prédominant, du moins caractéristique.

Isole Pontine (Oenotrides, Enotridi, Palmarie etc. des Anciens) désigne le groupe insulaire qui parsème le golfe de Gaëte à rONO. d'Ischia et se développe à une cinquantaine de kilomètres des côtes.

En réalité cet archipel se divise en deux groupes distincts, les Pontine proprement dites et les deux Ventotene et San Stefano, séparés tant par le relief du socle qui les porte que par la nature des produits qui les constituent.

Le socle des Pontine proprement dites commence à se différencier des versants qui s'abaissent régulièrement vers les fonds tyrrhé-

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niens à la cote de 5oo mètres. Au NO., au S. et au SE. la base est assez nettement indiquée et dessine une ellipse de 3o à 40 kilomètres de longueur, NO. -SE., de 3o transversalement. Au NE., au contraire, ce socle se relie au continent par un large pédoncule où les points les plus bas n'atteignent pas 200 mètres au-dessous du niveau marin.

Toute la partie sud-orientale de ce plateau sous-marin, qui s'avance en s'élargissant vers la haute mer, s'isole vers 400 mètres de fond et n<î forme plus qu'une petite masse conique dont la partie supérieure surgit au-dessus des eaux en un récif aride et noir, haut de 19 mètres ; c'est le Scaglio délia Botte. Le reste du plateau garde sa cohésion jusqu'au niveau bathymétrique de 100 mètres. Plus haut, la partie nord-occidentale se sépare à son tour de la masse générale et vient former au-dessus de la mer l'ile de Palmarola entourée de ses petits récifs. La terre émergée a dans ses grands traits l'allure d'un toit à crête dentelée, long de 2 kilomètres du S. au N., large de 700 mètres; ses bords sont abrupts, quelques promontoires se détachent hardiment de ses flancs, quelques baies la découpent en amphithéâtre. L'altitude de la longue échine se maintient à 200 mètres environ au-dessus des eaux, mais vers le milieu, une sorte de brèche la coupe en deux et rabaisse sa hauteur à quelques dizaines de mètres Palmarola a quelques beaux vignobles entretenus par un petit nombre d'habitants.

La partie centrale du socle des Pontine, longue crête de 20 kilomètres du SO. au NE. se décompose encore vers 40 mètres de fond. Une partie au NE. forme l'île de Zannone, pyramide régulière haute de 184 mètres, à base triangulaire, avec un ou un kilomètre et demi de côté, un angle pointant au N., presque inabordable, à peine habitée par quelques forestiers. L'autre partie forme au SO., vers le centre de l'archipel, la masse émergée la plus importante du groupe, la grande Ponza. L'île a l'allure générale d'un croissant à convexité tournée vers Palmarola; elle mesure sept kilomètres d'un bout à l'autre; sa largeur varie de 2 kilomètres à quelques dizaines de mètres. Moins régulière que les deux îles du NE. et du NO. elle se divise en trois parties de physionomie bien distincte, séparées par des étranglements; au centre un massif rectangulaire ; au nord une longue « pointe de lance » que prolonge, à quelques centaines de mètres l'île de Cavi, et plus loin vers Zannone une suite de récifs ; au sud un bloc pyramidal à base quadrangulaire. l/aiète suprême de l'île est à i5o mètres en

ITALIE ET SICILE Isole Pootlne

moyenne au-dessus des eaux ; elle s'abaisse un peu vers le NE., tandis qu*au SO., au Monte Guardiar elle se redresse jusqu'à 283 mètres. Excepté en cette partie méridionale où la dureté de la roche a gardé des f)entes adoucies, les érosions ont partout déchiré les versants de Ponza et Tassaut continu des vagues a haché les bords en falaises inabordables. L'île a quelques cultures et comme à Palmarola des vignobles en garnissent les pentes; la petite ville de Ponza, sise au bord de la baie sudorientale, au nord du Monte Guardia, compte quelques milliers d'habitants.

Quoique déjà bien connues dans leur détail, les Ponza ont été trop morcelées par les chocs de la mer pour qu'on ait pu en reconstituer la structure générale et en indiquer l'histoire géologique. Ce ne sont plus que des fragments. Toutefois elles présentent encore, au point de vue structural et pétrographique, quelques aspects caractéristiques. C'est à Sabatini que nous devons les meilleurs travaux sur le groupe volcanique.

Le seul affleurement sédimentaire pouvant donner un indice du sous-sol des Ponza apparaît dans la partie nord-orientale de Zannone, formant bordure sur une largeur de quelques centaines de mètres. Ce sont des calcaires compacts, plongeant au NE., cristallinisés en certains points par le voisinage des roches éruptives et s'appuyant sur des dolomies et des schistes divers différemment inclinés. On ne sait encore exactement Tâge de ces roches, les fossiles étant rares et mal conservés. Les auteurs s*accordent toutefois assez pour placer la dolomie dans le Trias et certains indices lithologiques sembleraient indiquer que le calcaire supérieur est d'âge éocène.

On a trouvé également des roches non volcaniques formant de petites strates diversement inclinées à Ponza cette fois, au NO. de l'île et surtout dans la partie méridionale, jusqu'à loo mètres d'altitude et entre des produits divers. Ce sont des tufs essentiellement calcaires constitués de fragments de gastéropodes, de bivalves, de foraminifères, de bryozoaires et d'échinidés. Sabatini en conclut à une première phase sous-marine du massif dont Ponza fit partie. De plus, les espèces trouvées font supposer que les éruptions eurent lieu vers la fin du pliocène et le début du quaternaire. D'ailleurs, les fumerolles qui jaillissent encore abondamment dans la partie septentrionale de l'île permettent également d'attribuer aux éruptions ponzienncs un âge assez récent.

MÉDITERRANÉE

De même qu^elle a les tufs calcaires et les fumerolles, la grande île possède encore la série complète des roches que l'on rencontre dans le groupe et présente la structure la plus caractéristique.

La masse principale est formée par un tuf rhyolitique vitreux en partie, parfois bulleux, gris, peu consistant, à éléments généralement arrondis, avec fragments de ponces et de roches trachytiques. C'est la brèche trachytique de Doelter. La silice abonde et les grains de quartz sont bien visibles. Dans toute la partie septentrionale de Tile et à Cavi, ce tuf est complètement décomposé par les fumerolles qui y ont formé des dépôts ferrugineux et sulfureux.

Ce tuf est à la fois le produit le plus ancien de Ponza et le plus abondant; c'est également un des plus acides.

Des rhyolites franches viennent en second lieu, suivant le degré d'ancienneté : roche compacte, blanchâtre, grise ou violacée avec des quartz globulaires bien visibles et contenant 74 pour cent de silice. Elles constituent la véritable charpente de Ponza et c'est à leur solidité que l'île doit d'avoir pu résister aux chocs violents de la mer. Elles se sont, en effet, injectées en puissants filons dans les matériaux meubles antérieurs, véritables murailles, généralement verticales, larges parfois de plusieurs centaines de mètres, soutenant l'édifice déjà si fragmenté. La disposition de ces produits présente un aspect tout à fait caractéristique; tous ces filons se groupent en deux systèmes ; plus de dix d'entre eux divergent autour de la baie de Ponza et ont fait supposer à quelques géologues que l'axe éruptif principal, dont ces filons ne seraient que des branches radiales, devait se trouver dans le voisinage de la ville. Il faut rapprocher cette façon de voir des remarques de Dolomieu sur l'aspect même de la baie, si régulièrement circulaire et que le savant considérait comme un véritable cratère. Les trois ou quatre autres filons, divergent également, mais de façon beaucoup moins nette autour du Calo d'Infierno, au NE. de l'île. La plupart de ces masses injectées se prolongent sur les côtés en branches et apophyses assez considérables. Parfois elles se terminent en coupoles si régulières que certains auteurs n'hésitèrent pas à considérer les rhyolites de Ponza comme des laccolithes.

Sans doute la venue de cette roche exerça une influence considérable sur les tufs antérieurs et il faut attribuer en grande partie à leur action la transformation qui affecte la nature des tufs dans leur voisinage.

Planche VII.

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