‹ Les volcans de la terreChapitre 6 sur 28 · ARMÉNIE · texte numérisé non relu

ARMÉNIE

Ce nom vague d* « Arménie », d'origine arabe, qui changea souvent de signification politique, et qui s'applique maintenant d'une manière générale à toute la haute contrée que peuplent les Arméniens, en Perse, dans la Turquie d'Asie et dans la Transcaucasie russe, peut être employé aussi pour la région géographique occupant toute la racine de l'Anatolie, circonscrite par les montagnes des Kurdes, le lac Urmiah, les campagnes transcaucasiennes, la mer Noire, le haut Euphrate, la plaine du Tigre, au sud des avant-monts du Taurus, et la vallée du Grand Zab. Cet espace montueux, inégal, à quadruple versant — Caspienne, Pont-Euxin, golfe Persique et plaines intérieures de riranie, — peut être évalué à la superficie d'au moins 400,000 kilomètres carrés. Du côté de l'est, la frontière vraie embrasse, par delà le Tchorok, les montagnes du Lazistan, puis se recourbe autour des sources de l' Euphrate du nord, nées dans le bassin d'Erzeroum, et comprend le massif du Bingôl-dagh, pour se diriger vers l'aigueverse du haut Tigre.

Si les frontières de ce territoire sont imprécises dans les détails, les traits principaux sont d'une grande vigueur : les deux vallées de la Kura et de l'Araxe, qui entament si profondément les massifs de TAnti-Caucase ; les deux bassins lacustres de Gok-tchai et de Van; enfin les trois dépressions extérieures, disposées en forme de triangle autour de la contrée, la Caspienne, la mer Noire et l'ancienne mer comblée au sud par les alluvions de l'Euphrate et du Tigre. Les foyers

ASIK ANTKRIEl KK

d'éruption volcanique sont nombreux dans cette région, dont ils ont puissamment modifié l'architecture.

Au nord, faisant face aux alignements réguliers du Caucase, les monts de TArménie sont limités de la manière la plus précise au point de vue géographique et géologique. Toute la partie moyenne de la vallée que parcourt la Kura se compose de dépots quaternaires disposés par couches régulières et formant plaine ou pénéplaine, les monts se terminent tous par des promontoires abrupts que des courants d'eau rapides séparent les uns des autres. A l'ouest de Tiflis, dans la haute vallée de la Kura et sur le versant du Pont-Euxin, le pourtour des montagnes arméniennes est moins précis, cependant les terrains qui se développent en un long croissant au sud des avantmonts caucasiens se composent en entier de couches tertiaires, percées çà et là de roches éruptives, diabases, diorites et porphyres que les cartes géologiques russes représentent comme formant d{^^ saillies étroites et très* al longées dans le sens de l'est à l'ouest.

La grande largeur du plateau montueux d'Arménie et la hauteur de ses remparts et de ses massifs ont eu pour conséquence la formation de grandes dépressions intérieures encore ou jadis emplies par des eaux lacustres. La double mer d'Urmiah, qui se trouve sur le territoire persan, est l'une de ces cavités fermées, dépourvues même de tout ruisseau de sortie vers l'extérieur. Le lac Sevan ou Gok-tchaï, plus haut placé dans les montagnes, a du moins un émissaire qui emporte l'excédent de ses eaux dans le fleuve Araxe. De même le Khaldis-gol et diverses autres nappes d'eau parsemées sur le haut plateau qui sépare les sources de l' Araxe et de la Kura, déversent le trop plein de leurs réservoirs dans l'un ou l'autre des deux fleuves. Quant au lac de Van, presque aussi grand en superflcie que le lac d'Urmiah, mais de profondeur plus considérable, il aurait un écoulement souterrain par son extrémité occidentale, au sud du Nimrud-dagh; les eaux du lac s'épancheraient peut-être dans la rivière de Bitlis. peut-être en quelque autre affluent du haut Tigre.

Les lacs actuels de l'Arménie sont peu de chose en comparaison des mers intérieures qui s'étendaient autrefois entre les différentes chaînes. Toute la région centrale, au nord-ouest de l'Ararat, était occupée jadis par de vastes nappes lacustres ayant laissé d(îs traces de leur séjour par les couches d'ail uvions de divers âges, qui atteignent en certains endroits une très grande épaisseur.

ARMKNIE

Ces nappes liquides, divisées en deux lacs principaux, ont été partiellement comblées par les débris qu'ont projetés les volcans des alentours, mais leur assèchement provient surtout du travail d'érosion qui s'est produit dans les vallées fluviales et leur a fourni une issue vers la Caspienne. Ainsi l'Araxe s'est ouvert un premier défilé entre l'Ararat et les montagnes d'Erivan, puis il s'est creusé un passage sinueux et très profond à travers les montagnes maintenant disjointes qui s'élèvent au nord du lac d'Urmiah. De même, la rivière Kura, dont les sources s'entremêlent avec celles de l'Araxe, s'échappe par une étroite et très pittoresque porte de rochers entre les monts Meskhi et les Trialethi, à l'ouest de Tiflis. Il est évident que des grands changements dans l'aspect général de la contrée ont dû se produire par l'effet des comblements de lacs et des érosions fluviales. Mais la physionomie de l'époque géologique due à l'apparition des volcans s'est maintenue dans ses grandes lignes et les foyers d'éruption se montrent toujours dans la majesté de leurs contours au-dessus des vastes plaines, qui remplacent les anciennes mers intérieures.

Des tremblements de terre ont fréquemment secoué les montagnes de l'Arménie, mais c'est principalement au nord, dans la plaine de la basse Kura et dans toute la dépression d'entre Caspienne et mer Noire, que se sont produits les sismes les plus désastreux, notamment autour de Chucha et de Chemakha comme centres. En effet, cette dépression fait partie du grand « géosynclinal » qui se prolonge du golfe Persique à la Méditerranée. [SUESS, MONTESSUS DE BaLLORE.]

La partie la moins insuffisamment connue de l'Arménie est la région du nord annexée à l'immense Russie. Les voyageurs, géode, siens, géologues, géographes, ont pénétré dans cette partie de la contrée, surtout du côté de l'ouest, et en ont dessiné les traits; mais, dans le territoire persan et surtout dans les districts turcs de l'Arménie, sauf dans les régions comprises entre l'Ararat, le Bingôl et le Nimruddagh, l'œuvre d'exploration est beaucoup moins avancée : les itinéraires scientifiques n'y forment pas encore un réseau complet.

La M Montagne-Noire » ou Kara-dagh, qui termine le plateau d'Iranie à l'angle nord-occidental, se compose principalement de masses granitiques et de roches archéennes, mais les formations

ASIE ANTKRIKURE

éruptives anciennes, diorites, porphyres, mélaphyres, curent aussi une part considérable dans l'architecture de la contrée. Les basaltes et les andésites de date plus récente sont relativement rares; la carte de Stahl n'en montre que sur le versant méridional de la chaîne, dans la vallée du Ahar-tchaï, un des affluents du bas Araxe. Au nord de la percée que s'est ouverte ce fleuve dans son cours moyen, l'âpre arête de montagnes, qui se redresse immédiatement au-dessus d'Ordubad et qui se dirige vers le nord- ouest, est presque entièrement composé de roches éruptives, diorites et basaltes, dont les plus hautes aiguilles, striées de neige, même en été, dépassent 3,3oo mètres; même le Gion-dagh, qui s'élève directement à l'est de la ville arménienne de Nakhitchevan, en dehors de la chaîne majeure, atteint 3, 612 mètres de hauteur. Le Kapudjich, dominant l'arête principale, a 3,918 mètres-

L'ensemble de cette chaîne, moins connue sous le nom général de Dar Alagôz (Daralaghez) que par ses diverses appellations locales, présente un aspect de plus en plus jeune par ses formations à mesure qu'il se rapproche du bassin qui renferme les eaux du Gok-tchaï : d'immenses nappes de basalte recouvrent les dômes et les deux versants de l'occident et de l'orient : on ne voit que des champs de laves et de tufs sur un espace de plus de 100 kilomètres de l'ouest à l'est, de la vallée de l'Ara xe à celle du Terter.

En se dirigeant vers l'est, parallèlement à la rive méridionale du Gok-tchai, les cônes les plus élevés de cette zone d'éruption sont désignés par Dubois de Montpéreux dans l'ordre suivant :

Guzel-dara-dagh (3,6oo m).

Tanlck (3,409 m.).

Djanl (3,486.).

Gliak-boulak«(3,332 m.).

Dig-beliakan (3,480 m.), mentionné par Dubois sous le nom de E)i k-Tchapiliakad .

Ala-Gheliarim. Cette dernière montagne, entourée de lacs et de laguets, que retiennent des murs de lave, a versé jusque dans le ▼oisinage du Gok-tchaï des longs fleuves de matières fondues qui remplissent les vallées : çà et là, des cônes adventices profilent leurs cratères ébréchés d'o j les cendres ont été projetées au loin. L'un d'eux,

AHM EN I Ë Guzel-dara-dagh, Abdul-Assar

Adul Assar (3,029 m.) se dresse complètement isolé près de l'angle sud-occidental du lac Gok-tchaï. Le tombeau d'un saint, auquel il doit son nom, couronne la cime écrasée du volcan [DUBOIS DE MONTPÉREUX].

Sur le versant méridional de la chaîne des volcans s'étend le vaste bassin du Zangezur, d'une hauteur moyenne de 1,200 mètres, qui fut autrefois un lac à peu près aussi étendu que le Gok-tchaï. Les cendres volcaniques et les conglomérats de scories s'y sont entassés en couches de plusieurs centaines de mètres en épaisseur, que les eaux d'érosion, qui se jettent dans les torrents tributaires de l'Araxe, ont ravinées profondément ; des sources impétueuses, qui s'étaient perdues sous les éboulis, reparaissent au jour en jets magnifiques au-dessus de bancs imperméables. Les terrasses de cendres sont partiellement cultivées en céréales, mais la plus grande surface de la plaine est un immense pâturage, où l'on voit pendant la saison d'été jusqu'à cinquante mille bergers venus avec leurs troupeaux de toutes les vallées environnantes.

Au centre du bassin lacustre de Zangezur se dresse un groupe de montagnes coniques de formation basaltique :

Kizil-Bogaz (3,621 m.).

Ichikll f3,567 m.).

Ketohal-dagh (3,2 17 m.).

Les laves issues de ces montagnes se terminent en escarpements grandioses, de couleurs et de nuances diverses, gris, verts, bleus, et même d'un rouge écarlate, qui ont été découpés en divers endroits par les eaux d'érosion et par l'action des météores, de manière à former des aiguilles, des pyramides, des pylônes, des colonnes inégales. La bourgade de Ghirussi, — le Korîss des Arméniens, — doit son nom, qui signifie a village des Piliers », à son hémicycle prodigieux de pointes et de saillies dentelées dans lequel se groupe l'amphitéàtre de ses maisonnettes à terrasses. Au-dessus, les roches de tuf sont percées de cavernes qui servent d'étables et de greniers aux habitants de Ghirussi [DE Seidlitz]. L'ancien bourg était situé à quelques centaines de mètres plus haut, sur le plateau des pâturages. Des fumées s'échappent ça et là des cavernes, mais elles sont dues au séjour de l'homme dans l'intérieur de la roche et non à l'action d'un foyer volcanique [Mad. Chantre].

La rangée de montagnes qui limite au nord-est le bassin de Zange-

ASIK ANTKRlKrKK

zur et le sépare de la vallée de la Kura, a reçu le nom de Kara-bagh ou « Jardin Noir •). C'est une contrée où se succédèrent en sens inverse les migrations des peuples et que Ton connaît sous diverses appellations dans l'histoire : Arhan chez les Persans et les Juifs, Ran chez les Arabes, Rani chez les Grousiens. Dans son ensemble, cette chaîne est beaucoup moins élevée que le Dar Alagôz : ses principales cimes varient de 2,000 à 2,5oo mètres d'altitude et sont composées de roches éruptives beaucoup plus anciennes ; les éruptions de basalte et d'autres laves relativement modernes ne s'y présentent qu'en massifs étroits et de faible saillie ; mais la région est celle qui dans l'Arménie est la plus fréquemment agitée par des secousses. La paine de Zangezur fut le centre des sismes du 20 juin 1840.

En se prolongeant vers le nord-ouest au delà du fleuve Terter, le Kara dagh change de nom et devient le Chah-dagh ou « Mont Royal », dû à l'aspect superbe de ses grands sommets presque toujours neigeux. C'est une des chaînes les mieux connues de l'Asie Antérieure, car de Tiflis on la voit se profiler au loin vers le sud-est, et le chemin de fer principal de la Transcaucasie en longe tous les promontoires avancés, en parcourt les terrasses et les cônes de déjection.

Le Chah-dagh, haut de 3, 000 à 3,400 mètres par ses pics les plus élevés, se compose partiellement de dépôts crétacés, disposés en longues bandes, mais la masse principale des rochers est d'origine éruptive : ce sont des diabases, des diorites, porphyres et syénites. Cependant la carte géologique russe signale des éruptions de basalte qui se sont produites ça et là dans l'épaisseur de la chaîne. Le plus grand épanchement de lave s'est produit au sud-ouest de la ville de Yclizavetpol (Elisabethpol), dans la vallée du Kochkar.

Au delà du val de l'Akstafa, où passe la grande route de Tiflis à Erivan, par le col de Delijan, l'arête du Chah-dagh change de nom et constitue un autre domaine géologique.

Le versant méridional de la chaîne plonge en escarpements rapides, même en précipices, en parois verticales vers le grand lac Sevanga, le Gok-tchaï ou « l'Eau Bleue » des Tartares. Ce bassin, entouré de tous les côtés par des monts d'origine éruptive, est une mer d'aspect fort mélancolique, à cause du manque d'arbres et du rude climat. La glace recouvre le lac pendant de longs mois. Il appartient à la région des hauts plateaux, puisque son altitude est de 1,903 mètres [MarkOV].

ARMÉNIE Akhmangam

En réalité, il se compose de deux cuvettes, unies par un seuil d'une trentaine de mètres, le « grand Lac », au sud-est, et le « petit Lac », au nord-ouest, ayant ensemble une longueur d'environ yS kilomètres. Ce dernier est le plus profond, atteignant 85 mètres vers son extrémité occidentale. Près de là, le courant de sortie, la Sanga (Zanga), emporte en été vers TAraxe le surplus des eaux lacustres. [Dubois de Montpéreux.]

Immédiatement au nord du golfe d'où s'échappe la Sanga, se montre un monticule de laVe noirâtre, haut d'une soixantaine de mètres : c'est le

Sevan, qui porte depuis neuf siècles un monastère arménien d'aspect lugubre, souvent lieu d'exil redouté.

La Sanga forme limite entre des régions distinctes au point de vue géologique. Au nord sont les diabases du Ghah-dagh ;au sud, à l'ouest, sont les basaltes d'origine récente qui jaillirent des volcans du plateau. [Markov.] La plus haute cime de cette chaîne d'éruption en domine l'extrémité septentrionale.

Akhmangam, aux laves multicolores et souvent rayées de neiges; il atteint 3,617 "hêtres et développe son cratère parfaitement conservé sur un pourtour d'environ 600 mètres. [VOZKOBOINIKOV.] L'Akhmangam donne son nom à l'ensemble du chaînon, dont le lac Goktchaï baigne la base orientale : cette arête ne comprend pas moins de onze pitons volcaniques à cratères visibles, contenant des neiges en hiver, des mares en été. [VOZKOBOINIKOV.]

Les principaux sommets de la chaîne, qui s'alignent au sud de l'Akhmangam, sont les suivants :

Naltapa, volcan à la double cime.

Akh-dagh (3,270 mètres).

Daviaghez, l'égal de l'Akhmangam en hauteur, d'après la carte de Lynch.

Arkhachin ou Arkhachan (3,i58 mètres).

Le torrent de Garni (Garni-tchaï), dont les cascades supérieures plongent des flancs de l'Akhmangam et de l'Akh-dagh, parcourt un véritable chaos de basaltes en blocs, en rangées, en colonnades. Les parois de roches brûlées diffèrent par le coloris, rouge, bleu, vert : les

ASIE ANTERIEURE

indigènes disent qu'elles ont été peintes par les démons. Un des sites les plus sauvages a été choisi pour la construction du « couvent de TEnfer », le Kegart ou Aïrivank, creusé partiellement dans le tuf et dans les laves. De nombreux tertres funéraires, appelés « tombeaux des Ogous ou des Géants », s'élèvent en divers endroits de la région. [Berge.]

Entre le pied oriental de rAkhmangam et la rive lacustre, un groupe volcanique a été nommé d'après sa forme :

Utch-Tapalar ou les « Trois Collines », comme un massif similaire, situé à près de 200 kilomètres au nord-ouest, sur les bords de la haute Kura.

Au sud, la vallée du Vedi (Vedi-tchaï) limite la chaîne de l'Akhmangam, qui reprend plus loin pour former la série de monts volcaniques déjà mentionnés sous le nom de Dar Alagôz. Au nord, un chaînon formant l'éperon occidental des Chah-dagh, est également d'origine éruptive récente. C'est le Dara-Tchiktchak.

L'ensemble des massifs, de sombre aspect, qui forment l'angle occidental des énormes bastions du Chah-dagh se termine par des promontoires d'éruptions basaltiques et par des amas de tufs que les torrents ont étalés dans toutes les cavités du plateau et auquel un ancien lac a mêlé des couches de coquillages. Le bassin en forme de niche latérale dans laquelle est blottie la ville de Gimri (Alexandropol) est en entier empli de pierrailles, de coquilles et de cendres, auxquelles l'eau très abondante de l'Arpa-tchaï et des torrents tributaires donne une singulière fertilité. De toutes parts, les montagnes présentent les traces des éruptions ou des anciennes coulées rocheuses. La ville d'Erivan elle-même, se dressant sur un massif de colonnes basaltiques, appartient à l'ensemble du paysage des volcans. Mais le groupe le plus superbe de la contrée, et celui qui en modifie le plus la forme et le relief, est la haute montagne qui s'élève au sud-est, entre les deux bassins de Gimri et d'Erivan.

Ala-gOz ou le « mont Bigarré » (1) se présente en un massif presque isolé, de forme grandiose : en y comprenant les contreforts et les

(1) A moins, comme le pense ('arl Ritter [Asieu, vol. X, p. 436), que ce mot viennediinom arménien Arakadz ou Aragaz, déjà mentionné par Moïse de Khorène.

ARMKNIE Ala-gOZ

saillies produites par les coulées de lave, le pourtour de la montagne est d'environ i5o kilomètres : c'est dire que par la puissance de sa masse il dépasse l'Ararat ; cependant il est moins élevé (4,190 ou 4,095 m.?) et pendant l'été il est complètement libre de neiges, si ce n'est dans les fissures et les cratères. A l'ouest, il est limité par le cours sinueux et changeant de l' Arpa-tchaï ; au sud, la vallée de l'Araxe le sépare de son rival, le Masis ou Ararat ; à l'est, ses précipices se terminent brusquement au-dessus des gorges où coule l'Abaran-su, affluent de l'Araxe. C'est au nord seulement que l'Ala-gôz se rattache aux montagnes du Dara-Tchiktchak, mais par un seuil d'environ 2,100 mètres [LYNCH] qu'emprunte la grande route carrossable d'Alexandropol à Erivan. La butte conique de Golgat, haute de 2,480 mètres, soit .de près de 1,000 mètres au-dessus du plateau, occupe le milieu du seuil, immédiatement au nord de la route.

Les flancs rocailleux de l'Ala-goz sont en maints endroits recouverts au bas de la montagne par une belle végétation ; au nord, de belles prairies, très riches en fleurs au printemps, recouvrent les terres noires et fécondes jusqu'à plus de 2,5oo mètres ; à 2, 160 mètres on voit encore quelques chênes; les genévriers montent jusqu'à 2,460 mètres [Radde]. Au sud, les cultures sont aussi fort belles et s'élèvent assez haut sur les pentes de la montagne, mais au sud-est, sur le côté du volcan qui regarde Erivan et Etchmiadzin, on ne voit que des étendues pierreuses.

Le sommet du cône, divisé par de profonds ravins, se montre dans la diversité des nuances qui lui ont valu son nom de « mont Bigarré », du noir verdàtre des obsidiennes au rouge brûlé des scories, à la couleur bleuâtre des basaltes et au blanc grisâtre des pierres ponces, que l'on confond souvent avec la neige, fort abondante en hiver. Le sommet du volcan se divise en pointes (j^ aiguës comme des dents de requin », sur lesquelles les neiges ne peuvent s'attacher [Leclercq.] : elles croulent dans les gouffres qui furent les anciens cratères et dont le fond est occupé maintenant par de petits lacs. Dubois de Montpéreux raconte que des amas de soufre se sont accumulés au. sommet d'une paroi inaccessible : les paysans arrêtés au pied de la roche tirent des coups de fusil sur la soufrière pour en détacher des fragments. Sievers a gravi la cime le plus haute en 1871.

L'Ala-gôz possède aussi des « tombeaux de Géants » comme les montagnes d'Akhmangam : d'énormes dalles de trachyte, d'environ

ASIK ANTERIEURE

5 m. 5o de longueur, et certainement apportées de main d'homme, recouvrent ces tombes mystérieuses [Radde et SiEVERS].

Des hautes cimes, la vue est incomparable sur les vastes plaines des alentours, sur l'enceinte de volcans au nord et à Test et sur le géant Ararat, qui se dresse au sud, de l'autre côté de TAraxe ; c'est peut-être à cause de cet admirable horizon que, par un pieux calembour, les musulmans ont donné à l'Ala-gôz le nomd'Allah-goz, « Œil de Dieu ».

Les sources sont fort peu nombreuses sur les pentes recouvertes de cendres, mais elles s'élancent avec force de la base du volcan, aux endroits où les amas du tuf noirâtre reposent sur des couches d'argile imperméable. Ces eaux alimentaient jadis les cultures des villes nombreuses qui parsemèrent la plaine merveilleusement fertile où se rejoignent les trois abondantes rivières, Araxe, Abaran, Sanga.

Au nord du col de Golgat, les monts de Dara-Tchiktchak s'abaissent graduellement vers l'ouest et bientôt après sont interrompus par un seuil qu'emprunte le chemin de fer d'Alexandropol à Tiflis, en passant en souterrain au-dessous d'un col de 2,3 1 8 mètres La chaîne se renoue au delà et prend un aspect de grande régularité parce qu'elle est coupée brusquement à l'ouest par les falaises de l'ancienne mer d'Akhalkalaki. Le plateau partiellement érodé par les eaux qui s'étend à Test vers le Chah-dagh est ainsi très nettement limité. L'ourlet rectilignedu plateau de l'Arménie centrale a reçu des Russes le nom de Gorî Mokrîya ou de « Montagnes Humides », car il reçoit, en effet, les pluies fort abondantes que lui apportent les vents de la mer Noire. Mais cette chaîne mouillée fut autrefois une rangée de montagnes flambantes.

Ghichtapa (2,281 m.), puis

Aglagan (3,070 m.) se succèden*t au nord-est d'Alexandropol, appuyés sur des contreforts puissants, que circonscrivent de profondes vallées d'érosion. Puis s'alignent du sud au nord :

Karakach (3,109 m.);

Emlekli (3, 106 m.), à la pointe conique d'une grande régularité, qui le distingue nettement des sommets voisins;

Agrlkar (2,968 m.), qui se termine par une double couronne, reste d'un cratère ébréché. Mais déjà la chaîne se recourbe graduellement vers l'ouest.

ARMÉNIE Ala-gSz, Grand Abul

Dali-dagh (2,666 m.), qui s'élève à l'angle de la chaîne.

Samsar (3,285 m.) la termine en un superbe promontoire, dressé au-dessus de la plaine d'Akhalkalaki. Le cratère ovale de ce volcan n*a pas moins de trois kilomètres en longueur, et l'une de ses coulées se prolonge au nord-ouest sur la plaine : elle a formé barrage pour le beau lac de Tahiz-khuro, situé à 1,200 mètres plus bas environ et sans écoulement apparent : mais Radde croit à l'existence d'un courant souterrain.

Au delà de ce lac se montre un volcan complètement isolé, le

Tavkoteii (2,809 m.l. Toutes ces montagnes sont composées de roches andésitiques et trachytiques [RadDE. VaLENTIN].

L'hémicycle que forme la chaîne des Gorî Mokrîya en se recourbant à l'ouest, puis au sud, se termine par le

Grand Abul, masse hardie qui s'élève à 3,3o2 mètres, soit à i,5oo mètres environ au-dessus de la vaste plaine, jadis lacustre, d'Akhalkalaki : de beaux pâturages revêtent les pentes fort inclinées de la montagne, consistant en roches trachytiques; à la base orientale dort le lac de Toporavan, retenu par les débris d'éjection lancés par le Grand Abul. Le sommet de ce volcan commande un panorama de l'Arménie, que Lynch dit être supérieur en magnificence à celui de l'Ararat lui-même. Immédiatement au sud du Grand Abul, une autre cime d'éruption, depuis longtemps éteinte, le

Petit Abul (2,8o3 m.), présente aussi un merveilleux tableau, quoique d'étendue moindre. Pour gravir l'une ou l'autre montagne, on part généralement du village du même nom, aux ruelles encombrées de fumier.

A l'est des Gorî Mokrîya, des bassins jadis lacustres forment les bassins supérieurs où naissent les deux rivières Khram et Borchala, rivières d'abord paisibles, puis torrents furieux dans leur traversée des monts Somkhet. Cette chaîne, d'assises paléogènes, nettement découpée en fragments distincts par les cours d'eau, est le prolongement nord-occidental de ces monts du Chah-dagh, qui commencent dans la région du Kara-bagh et se dressent en muraille à l'est du Gok-tchaï. Interrompus parla vallée profonde de l'Akstafa, ces monts se poursuivent au sud de Tiflis et se terminent à l'est de cette ville par le groupe des Trialethi, que domine au sud une arête de volcans

ASIE ANTKRIKURE

éteints, ayant épanché d'énormes coulées de laves grises. Sur tout le pourtour de ce massif se montrent, alignés en superbes gradins, les ruines des anciens fleuves de scories. En maints endroits, les murs de trachytc présentent l'aspect de forteresses prodigieuses. Des calcaires et des grès d'origine éocène et oligocène forment le socle de ces montagnes en couches d'épaisseur variable.

Toute activité plutonienne a cessé en apparence dans cette contrée pittoresque; cependant les eaux thermales sulfureuses qui ont fait donner son nom à Tiflis (Tpilissi) sont peut-être le témoignage persistant du bouillonnement des laves intérieures. Elles jaillissent au sud-ouest de la ville, dans une fissure où se produit le contact des schistes et du porphyre. De nombreuses sources de même nature naissent en des conditions analogues dans la partie occidentale de la vallée, en amont de Tiflis.

Le domaine de l'activité volcanique relativement récente commence dans la région de campagnes basses, là où la rivière Kura a percé le défilé de Bordjum, et où les ruines des anciennes forteresses se mêlent aux débris des roches volcaniques. L'entrée supérieure du défilé, par laquelle se vidèrent les eaux de l'ancienne mer intérieure d'Akhalkalaki, se voit en aval de la cité d'Akhaltzikh, ancienne place forte, couronnée par une pittoresque citadelle. La roche qui porte les ouvrages militaires ruinés est un amas de coquillages alternant avec des couches de trass et des conglomérats de lave apportés par des inondations des temps géologiques tertiaires et quaternaires. Au pied même de la citadelle, le sol a été percé par un jet de basalte s'épanouissant maintenant sous la forme d'une grande panoplie. [Du BOIS DE MONTPÉREUX.]

Akhaltzikh est commandée au sud par un groupe de volcans désigné sous le nom de

Dokhus-Punar, montagne aux multiples cimes, de hauteur sensiblement égale; la plus élevée atteint 2,995 mètres. Des nombreux cratères, les coulées se sont répandues dans tous les sens vers le bassin d'Akhalkalaki et ses plaines latérales.

Le Dokhus-Punar est presque complètement entouré par un cercle d'eaux courantes que forment la Kura et ses aflluents. Il constitue, en réalité, un véritable massif insulaire rattaché aux montagnes tertiaires d'Arzian, dans le massif du Pont, par un isthme étroit ayant l'aspect

ARMENIE Dokhus-Punar, Utch-Tapalar

d*une muraille; l'altitude en serait à peine inférieure à celle du groupe de cônes d'éruption.

D'autres blocs de volcans s'élèvent, en forme d'îles, au milieu du plateau, constituant le faîte de partage entre le haut bassin de la Kura et celui de l'Araxe. Ces deux blocs isolés sont désignés dans leur ensemble sous le nom de Khaldir, qui appartient aussi à un grand lac, enfermé de tous les côtés par des coulées de laves et des talus de cendres : c'est le Khaldir-gôl, haut de 2,089 mètres. Au nord et au nord-est, d'autres lacs, moins élevés, sont épars dans la plaine. L'ancien volcan qui domine à l'est le Khaldir-gôl, Utch-Tapalar ou les « Trois Collines », se développe, en effet, du nord au sud, comme un mur crénelé, partant de distance en distance des tours ruinées. La pointe la plus élevée del'Utch-Tapalar atteint 2,984 mètres. Le sommet occidental du massif, de l'autre côté du lac,

Kichir-dagh, est plus élevé : c'est le géant du plateau d'Akhalkalaki. Il s'élève à 3,117 mètres, soit de i ,200 à i ,3oo mètres au-dessus des campagnes de l'ancien lac.

Les scories qui forment, avec les cendres, le terrain superficiel du bassin sont en maints endroits comme cimentées par les éléments calcaires mêlés aux débris volcaniques. Dubois de Montpéreux émet l'opinion que les eaux du lac d'autrefois avaient une haute température, et la preuve en serait la puissance d'incrustation que possédaient les ciments naturels du bassin. Quelques buttes s'élevant brusquement de la plaine uniforme témoignent de la poussée de l'ancien foyer volcanique. [LYNCH.] Le village de

Khertvis, situé sur les pentes d'un bloc de laves, au confluent de la Kura et du ruisseau d'Akhalkalaki, reposerait, d'après Dubois de Montpéreux et Lynch, sur les ruines d'un volcan, dont les premières laves, percées en maints endroits par des matières trachytiques, de formation plus récente, ont pris de « fantastiques attitudes ». Plus au sud, sur les bords de la Kura, un lac bleu dit

Sfllflk ou « lac des Sangsues » serait un ancien cratère. Immédiatement à l'ouest, la rivière passe dans une cluye dont les roches volcaniques fissurées en masses inégales ressemblent à de gigantesques tours. [Lynch.] La curiosité la plus remarquable de cette contrée est la ville ruinée de Vardzia, la « Forteresse des Roses », adossée à une

ASIE ANTERIEURE

paroi de cendres trachytiques, d'environ 3oo mètres de hauteur, dans laquelle on a creusé de nombreuses habitations. Les grottes, pareilles à des trous noirs, s'ouvrent en multitude sur les murs blanchâtres des tufs, rayées çà et là par les bancs de scories brunes. Les galeries creusées dans le roc servaient d'habitations, de boutiques, de magasins, d'écuries, appartenant aux habitants d'en bas et à la garnison de la citadelle, dressée jadis au point le plus élevé de la ville. On attribuait à la reine Tamar, souveraine légendaire de la Géorgie, la construction de la célèbre forteresse des Roses, aujourd'hui renversée.

Au sud du groupe volcanique de Khaldir, le haut bassin de l'Araxe forme le prolongement du haut bassin de la Kura, suivant une pente opposée : même aspect d'ancienne étendue lacustre, même amphithéâtre de montagnes se développant sur trois côtés de l'horizon, mêmes cônes insulaires de montagnes éruptives. La partie la plus unie de la contrée est la campagne, déjà mentionnée, d'Alexandropol : là se réunissent, au nord-ouest de TAla-gôz, toutes les eaux supérieures qui donnent à l'Arpa-tchaï son abondance liquide, plus considérable que celle de l'Araxe, le fleuve qui garde le nom jusqu'à son embouchure dans la mer Caspienne.

Le col de partage entre la Kura et l'Araxe, sur la route d'Akhaltzikh à Alexandropol, se trouve à l'altitude de 2,o3o mètres. Au sud d'Alexandropol, la route d'Erivan passe à l'ouest de l'Ala-gôz dans une tranchée que dominent des masses de tuf s'élevant de plusieurs centaines de mètres au-dessus de la plaine.

L'espace triangulaire limité par les deux cours d'eau forme une terrasse irrégulière dite le Ghurangel et parsemée de nombreux cônes éruptifs, tels :

Al^Ja-dagh (2,696 m.),

Kotur-dagh (2,689 m-)»

Jagluga-dagh (2,782 m.),

Hadji-Khalili-dagh (2,766 m.),

Buga tapa-dagh (2,457 m.), toutes montagnes aux laves très poreuses, ayant projeté des cendres sur tout le pays; des villages misérables habitent des grottes creusées dans ces amas de tufs. [Hamilton.] Les débris rejetés par ces cônes forment une terrasse d'un millier de mètres moins élevée qui se dresse

ARMENIE Volcans de Kars

en haute falaise au nord de Tétroite vallée dans laquelle serpente TAraxe. Les escarpements de la falaise permettent de voir la succession des coulées qui se sont épanchées des bouches d'éruption voisines, au-dessus des marnes et des grès. [LYNCH.] On voit même les traces d'une coulée qui traversa TAraxe et remonta la pente opposée. Les villages jadis fortifiés de Surmali et de Kara-Kala (Noir-Château) ont été construits sur cette chaîne basaltique de la rive méridionale. Le fleuve, qui coule maintenant dans une gorge de plus de loo mètres en profondeur au-dessous de la falaise, fut donc arrêté dans son cours et a dû scier peu à peu la digue de laves qui lui barrait le passage. [Dubois de Montpéreux.]

Kars, la cité militaire fameuse, tant de fois prise et reprise, est aussi un point d'éruption volcanique. Ses maisons, ses murailles noires s'élèvent sur un bloc de basalte également noir, et les forts qui limitent le camp retranché couronnent également des monts d'origine éruptive.

La région dont Kars est le centre a tout particulièrement souffert des tremblements du sol. Ani, l'ancienne capitale de l'Arménie, située à l'est de Kars, au pied de l'Alaja-dagh, fut renversée par une secousse sismique au commencement du XIV^ siècle ; on indique d'ordinaire la date de iSigpour cet événement. [Lynch.] Plus au sud, dans la vallée de l'Arpa-tchaï, Bagaran, Erovandachat, furent aussi démolies par les frémissements du sol. Il n'est pas une seule église ancienne élevée dans cette contrée de l'Arménie qui n'ait été « lézardée, fissurée, renversée » par les tremblements de terre. « Des fragments énormes de maçonnerie ont été lancés comme des quilles, abattues par un coup de boule». [Dubois de Montpéreux.] Toutefois il faut dire que les traditions incertaines se mêlent à la légende dans l'histoire de l'Arménie et qu'on attribue aux violences de la nature de nombreuses ruines qui sont l'œuvre du temps ou des hommes.

L'étroite vallée du haut Araxe, dont la branche septentrionale remonte en dehors du territoire russe dans l'Asie turque, jusqu'au seuil de partage d'Erzcrum, où commence le bassin de l'Euphrate, eut certainement, comme le district de Kars, de nombreux foyers d'éruption. La plaine alluviale qui s'étend dans les fonds, sous le nom de Pasin, fut un ancien lac et l'on distingue nettement sur les flancs des montagnes encaissantes les traces des niveaux lacustres successifs.

ASIE ANTERIEURE

Les marnes du sol sont recouvertes de tufs et parsemées de blocs volcaniques écoulés des montagnes du nord. La capitale de la vallée,

Hasan kala (1,700 m.), dominée par des fortifications que Ton dit génoises, ce que ne prouve d'ailleurs aucun document historique [Garl Ritter], a, sur la rive droite de l'Araxe, d'w innombrables» et d'abondantes sources thermales, de températures dififcrentes, bitumineuses, ferrugineuses et calcaires; la plus chaude déoasse 40 degrés [Brant]. Le mont qui commande au nord d'environ 33o mètres la place de Hasan kala est presque entièrement isolé dans la vallée : ce fut un volcan insulaire.

Au nord se dressent de grandes ruines de roches trachytiques. Pas un arbre ne se montre sur les parois et les saillies des montagnes.

La chaîne qui limite l'horizon occidental du plateau de Kars et qui déverse au nord-ouest les premières eaux du Bardus tchaï, l'un des affluents du Tchorokh, est le

Soghanlu-dagh ou Saghanlu, dont l'arête a pour cime principale le piton d'Allah Akbar (3,oi6 m.). Le village ruiné de Bardus ou Bardes occupe une chaudière volcanique d'un aspect grandiose. Les cimes environnantes formées en partie de sables coquilliers, sont pour la plupart revêtues de laves poreuses, de basaltes et d'obsidiennes; une des parois qui dominent Bardus à l'ouest, paraît être une masse compacte de scories vitrifiées : le voyageur Ouseley y voit la source d'un ancien fleuve de laves qui s'écoula comme une nappe liquide. A droite, à gauche s'élèvent des colonnades de basalte, superposées de terrasse en terrasse, comme des temples gigantesques. La source chaude d'Ab-i-Garm jaillit au bord du torrent. Des forêts de pins et de belles nappes de gazon, fréquemment arrosées par les pluies, qui tombent en abondance dans ces montagnes du Pont, contrastent avec les roches noires et bleuâtres qui font saillie de toutes parts. [Hamilton.]

Les Alpes du Pont, qui développent leur arête parallèlement au littoral de la mer Noire, entre la basse vallée de Tchorokh et celle du Yichil-Irmak,sur une longueur d'environ 700 kilomètres, consistent en roches granitiques et syénitiques ainsi qu'en assises sédimentaires de grès et de calcaires, appartenant surtout à la période crétacée; mais les géologues y signalent aussi de « petits chaînons éruptifs, des amas

ARM EN I K Soghanlu-dagh

de cônes et de jets mélaphyriques de porphyre amygdalaire»).[DUB01S DE MONTPÉREUX.] Tchihatchef les qualifie de dolérites et dit qu'elles ont percé les roches surincombantes pendant les âges crétacés. . La carte géologique représente une série de roches éruptives tertiaires comme formant la crête même de la chaîne majeure dans toute la partie limitée à Test par le Tchorokh, à l'ouest par le Kharchut ou rivière de Tireboli. La ville capitale de la contrée, Trébizonde ou Tirabzon. repose elle-même sur une roche trachytique : de là le nom de Boz Tepe ou de « mont Gris », que lui donnent fréquemment les Turcs. Palgrave nous dit que, dans la région de la crête principale, Tactivité volcanique paraît avoir eu lieu avant la période glaciaire : les seuls indices des foyers souterrains seraient les nombreuses sources thermales qui jaillissent à la base des monts et dans les hautes vallées. Le même auteur attribue aussi au volcanisme de la contrée les fréquents tremblements de terre qui en agitent le sol.

En remontant la vallée de TAraxe au delà des gorges d'Ordubad et des promontoires extrêmes du Kara-dagh, on traverse successivementrAkh-tchaï et le Zangmar-tchaï. Ce dernier cours d'eau, descendu des escarpements du Tandurek, passe vers le milieu de sa vallée au pied d'un rocher dont les talus inférieurs portent la bourgade de

Maku (1,296 m. d'après Lynch, i,r8o m. d'après Kiepert). Cette agglomération pittoresque est un lieu historique fameux, souvent visité par les conquérants et les peuples en marche. Il s'élève sur un talus, au pied d'un rocher percé d'une énorme caverne : on dirait une gueule prodigieuse s'ouvrant pour engouffrer la ville.

La grotte n'a pas moins de 200 mètres de large et l'arcade du cintre se développe d'environ 400 mètres ; un castel habité par un chef kurde s'élevait, au commencement du XIX^ siècle, dans le fond même de la caverne. Le toit de l'antre est formé par une puissante coulée de lave qui s'est épanchée sur la roche calcaire ; dans les- environs on voit de nombreux puits naturels dont l'eau des torrents a foré le cintre en passant, au-dessous des laves dures, dans la roche inférieure plus friable. Le rocher de Maku est complètement isolé, et les ruisseaux d'irrigation s'unissent autour de ses parois. Au nord, les

ASIE ANTERIEURE

chaînons de montagne qui se ramifient dans les campagnes et sur les bords marécageux de l'Araxe appartiennent déjà à la montagne par excellence qui est le centre et la gloire de TArménie.

MasiS, c'est-à-dire le « Grand », le « Sublime », ainsi que rappellent les Arméniens, est le massif volcanique aux deux monts inégaux que la géographie classique désigna sous le nom d'Ararat, mot d'origine et de signification discutée. Les Turcs et les Tartares le connaissent mieux par les noms d'Arghi-dagh, « montagne de TArche » ou Aghri-dagh, « montagne Escarpée ». Les Persans l'appellent Kuhi- Nuh, « montagne de Noé » ; d'après Chardin, ils le disaient aussi Sahat-toppin, la « montagne Heureuse ». Le mot Ararat employé dans l'histoire n'indique pas seulement le double sommet, mais aussi tout le pays des Arméniens; c'est dans ce sens qu'on le trouve employé dans les Septante et dans Josèphe (RiTTER). D'ailleurs ce nom d' Ararat voyageait autrefois d'une façon quelque peu indécise dans les géographies de l'Asie antérieure. Cari Ritter énumère encore beaucoup d'autres appellations employées pour le fameux volcan.

Les deux montagnes unies, le Grand Ararat et le Petit Ararat, sont disposées suivant l'alignement du nord-ouest au sud-est, le cône principal étant celui qui s'élève à l'extrémité septentrionale, immédiatement au-dessus de la vallée sinueuse de l'Araxe, dans les campagnes jadis lacustres où le rejoignent la Sanga et l'Abaran. Des villes sainte-i de l'Arménie. Ktchmiadzin, Erivan, des promontoires et des cimes de l'Ala-gôz, on voit les deux cifnes se succéder dans leur admirable rythme, rayées d'ombre et colorées par la lumière qui se nuance diversement dans l'atmosphère transparente. Le matin, les soirs, une teinte rosée s'éiend sur les rochers et les neiges. A la surface de la Terre, il n'est guère de montagne qui se présente plus majestueuse et plus simple de formes. Sur le piédestal commun qui s'élève en pente régulière au-dessus de l'horizon se recourbent harmonieusement les profils des deux montagnes, ici le grand dôme revêtu de neige, là le cône, de hauteur moindre, avec l'échancrure suprême de son cratère.

La hauteur totale de l'Ararat au-dessus de la plaine dépasse 4 kilomètres d'un seul jet, la plaine de l'Araxe, au-dessus de laquelle s'élève le volcan, ayant seulement 832 mètres au-dessus du niveau marin. De loin la coupole principale semble parfaitement arrondie ; elle se com-

ARMÉNiK Masis

pose en réalité d'un double dôme, celui de Test, s'élevant à 5, 120 m., tandis que la rondeur occidentale atteint 5, 1 56 mètres. Quant au Petit Ararat, il pointe à l'altitude de 3,921 mètres.

Avec l'ensemble de ses contreforts, le Masis au double cône occupe une superficie d'environ 960 kilomètres carrés, limitée sur son pourtour par les débris de couches dévonicnnes et carbonifères qui jadis constituaient le sous-sol de la région, ainsi qu'en témoignent nettement les roches sur lesquelles se sont épanchées les laves de Maku [Chantre].

Parfaitement isolée sur sa face du nord et du nord-est par le cours de TAraxe, au sud-est par les campagnes de Maku, la double montagne est nettement dégagée du côté du sud et du sud-ouest par de profondes dépressions, oà naissent, à 2,000 mètres d'altitude environ, de hautes sources de TEuphrate; un seuil aux douces ondulations et des champs de lave séparent en cet endroit le bassin du grand fleuve et celui de l'Araxe par la rivière de Maku. Le Masis ne se relie en vigueur à d'autres cimes que par un chaînon occidental d'une hauteur moyenne d'environ 2,100 mètres, que l'on désigne spécialement sous le nom d'Aghri-dagh : c'est l'isthme de rochers qui relie le haut volcan à l'ensemble du système anatolien.

Le massif de l'Ararat sépare les trois domaines politiques de la Turquie asiatique, de la Russie et de la Perse. La délimitation des trois empires passe sur le col de Sardar-Bulak, ouve.-t à l'altitude de 2,445 mètres entre la Grand et le Petit Ararat. Mais les frontières imposées par le canon et déterminées officiellement dans les traités de paix peuvent être modifiées par de nouveaux conflits guerriers et de nouvelles combinaisons diplomatiques, tandis que les habitants euxmêmes gardent les traditions d'un passé lointain. Pour les Arméniens, le Masis est le centre même de leur pays, depuis l'époque où Noé en fit présent à leur ancêtre Haïk. Et non seulement ils prétendent que la montagne superbe est bien le milieu de leur propre héritage, mais ils voient aussi en elle la borne centrale de tout l'Ancien Monde, et leur prétention se trouve plus justifiée que ne le sont des aflSrmations analogues chez tant d'autres peuples qui voient dans leur plus haute cime le temple par e.xcellence de l'univers. Ainsi que Humboldt et Ritter le remarquèrent déjà, l'Ararat est bien situé vers le milieu des lignes de plissement qui se poursuivent de l'extrémité méridionale de l'Afrique au détroit de Bering [Leclercci].

ASIK ANTKRIKURE

On sait que chez les fidèles Arméniens, de même que dans les communautés chrétiennes, TArarat était tenu en vénération particulière comme la montagne sur laquelle se serait arrêtée Tarche de Noé lors de la baisse des eaux du déluge. Il est vrai que dans Tantiquité d'autres peuples orientaux, au nord et au nord-est de la Chaldée, revendiquaient pour d'autres sommets, situés dans leur propre territoire, l'honneur d'avoir été choisis par Dieu comme la montagne sainte par excellence, de laquelle devait descendre l'humanité nouvelle. Mais peu à peu Topinion « orthodoxe » s'était prononcée en faveur du Masis. Aussi la croyance s'était-elle fermement répandue que toute ascension du volcan était impossible et que même les tentatives d'escalade seraient châtiées par l'intervention divine, car u la montagne est la sainte mère du monde ». disaient les moines d'Etchmiadzin.

Cependant Tournefort essaya de gravir l'Ararat, en 1700. mais son insuccès donna une apparence de raison aux indigènes. Un siècle plus tard, en 1809, Morier échoua également dans sa tentative. L'Ararat fut escaladé, pour la première fois, par Parrot, en 1829, quoique les religieux de la contrée l'aient accusé d'une grossière supercherie. Il avait fait sa montée par le versant du nord. Enfin, seize années plus tard, Abich fit l'ascension du sommet oriental par la voie, plus facile, du nord-est. La première ascension d'importance géodésique fut celle de Chodzko, qui gravit la cime avec cinq compagnons et soixante cosaques : la montée, retardée par l'orage, n'avait pas duré moins de sept jours, puis les travaux de nivellement et de triangulation durèrent cinq jours pleins ; un vrai campement s'était établi sur le haut sommet. Désormais les moines fanatiques du couvent d'Etchmiadzin ne pouvaient plus affirmer que la sainte montagne restait interdite aux pas humains. [Annuaire du Club alpin français, 1776.] Les observations d'altitude faites par Chodzko ont été obtenues au moyen de 1 20 stations faites dans le cercle d'horizon et le plus grand écart entre les diverses hauteurs ne dépassa pas 6 mètres. Les coordonnées de la pyramide du Grand Ararat sont, d'après l'astronome Fedorov :

Latitude N. 39» 42 24", longitude E. de Greenwich 44" 17' b\".

La limite inférieure des glaces se trouve, d'après Parrot, Abich et Radde, entre 4,200 et 4,300 mètres. A 4.338 mètres Radde a observé des draba en fleur au pied même d'un glacier. La limite des glaces est donc sur l'Ararat d'environ i,5oo mètres plus élevée que sur le

ARMÉNIE Masis

mont Blanc, où cette limite est de 2,800 mètres environ, malgré la faible différence de latitude. C'est à l'isolement de TArarat et à Textréme siccité de l'atmosphère qu'il faut attribuer la fusion si rapide des basses neiges sur le mont Ararat. [CHANTRE.]

La cime du Grand Ararat étant actuellement recouverte de glaces et de neiges, les explorateurs de la montagne n'ont pu en reconnaître le cratère, et l'on suppose qu'il s'est graduellement comblé après l'époque de la grande activité du volcan. Lors de l'ascension de Chodzko, un sondage de i5 mètres n'atteignit pas le roc au-dessous de la neige accumulée. La neige fondante produit d'innombrables ruisselets entre trois et quatre mille mètres d'altitude; aussi les habitants des quelques villages établis sur le pourtour du volcan montent avec leurs troupeaux à mesure que l'eau fait défaut, et, suivant les torrents et les suintements, viennent planter leurs tentes jusqu'au pied des glaciers. On ne connaît que trois fontaines sur les flancs du Grand Ararat : c'est grâce à l'une d'elles qu'est né le village d'Argouri, sur la face septentrionale des monts. Au sud, dans la dépression de Bayazed, des eaux jaillissent en abondance, et l'on dit qu'une rivière souterraine se dirige à Test vers la vallée de Maku. Des fontaines d'eau sulfureuse, fréquentées par les malades et dispensées par une caste de médecins héréditaires, sourdent des laves au- sud de la grande montagne.

Quant au pic secondaire, il n'atteint pas la limite des neiges persistantes, et, durant les mois d'été, il montre presque partout la roche nue. Le cratère est alors parfaitement dégagé, et l'on peut en examiner la structure, où les scories alternent avec les cendres. On a constaté que l'intérieur de ce cratère est très souvent atteint par la foudre : les orages qui s'amassent autour de la montagne la harcèlent de leurs éclairs. Les parois de la coupe terminale sont remplies de fulgurites, pareilles à des faisceaux de lances.

L'activité du volcan paraît avoir eu sa période principale entre les dépôts crétacés et ceux des âges tertiaires, quoique les superstitions populaires aient toujours vu en lui un dieu redoutable, qui se réveille fréquemment pour engloutir ses ennemis : c'est ainsi que, d'après Moïse de Khorène, il aurait « dévoré » le roi Artavast II pendant la première moitié du 11^ siècle de l'ère vulgaire. Chantre considère comme des assertions vagues et sans authenticité le dire des écrivains arméniens à propos d'un réveil du cratère suprême qui se serait

ASIE ANTERIEURE

produit deux fois depuis vingt-quatre siècles. Les voyageurs européens croyaient l'Ararat complètement éteint lorsque, en 1840, se produisit un très violent tremblement de terre dont Torigine eut certainement le volcan pour centre initial et que Ton attribue à une explosion des gaz emprisonnés. Le 20 juin, vers le coucher du soleil, le village arménien d'Argouri (ou Agouri), haut de 1,800 mètres, fut soudain recouvert, avec ses jardins et ses champs, par des amas de rochers, de pierres et de glaçons, que suivit une avalanche de neige fondue et de boue : tout le flanc de la montagne, jusqu'à la plaine inférieure, disparut sous la traînée de débris. Le mouvement sismique semble avoir été peu ressenti dans les campagnes d'outre-Araxe, mais au nord-est et à l'est, même au sud-est, quatre secousses successives renversèrent des milliers de maisons. Heureusement que tous ies travailleurs des champs se trouvaient encore en dehors de leurs demeures. Sur les pentes basses de TArarat, des tissures parallèles au cours de l'Araxe s'ouvrirent en maints endroits sur une largeur moyenne de 4 mètres, puis se fermèrent après avoir rejeté de l'eau douce, du sable, et même, dirent uniformément les spectateurs, des « matières lumineuses » pareilles à des flammes.

Dans toute la contrée, ondulant par l'effet du sisme, les fontaines tarirent en grand nombre, tandis que de nouvelles sources jaillissaient en des endroits naguère stériles. Tout le régime de l'Araxe se trouva changé : à 3o kilomètres de l'endroit où les gaz avaient trouvé leur issue, des gouffres se creusèrent dans le lit fluvial ; ailleurs il se dessécha, disparaissant dans les profondeurs; des jets d'eau bouillante s'élancèrent des crevasses. Quatre jours après, dans la matinée, les débris retenus sur les pentes de la montagne par la prise de la glace se détachèrent en même temps que la masse des eaux enfermées dans les ravins et le fleuve de fange recouvrit de nouveau toutes les déclivités basses de la montagne.

Les vibrations du sol continuèrent pendant un mois environ.

Ainsi que s'exprimait Vozkoboïnikov dans son rapport officiel, les arrachements de rochers qui s'étaient produits sur les pentes supérieures de la montagne u permettaient de voir jusqu'au cœur du volcan » ; mais les neiges, les débris, puis le gazon ont de nouveau recouvert les talus et un village de Tartares, fort misérable d'ailleurs, remplace l'ancien village arménien. Le laboureur s'imagine pourtant volontiers voir fumer la montagne, pendant les heures brù-

Lks Volcans de la Tkrre

le masis et l'ala-gôz

Planche II

C dcC

SJiftJJvn i3e J T<*H-s.t'ivii

2Ô 3S0 4d g'oKil.

Société Belge d'Astronomie.

ARMÉNIE Masis

lantes de la journée, lorsque les vapeurs s'amassent en écharpe autour du dôme neigeux ; mais au coucher du soleil, la nuée se dissipe et l'atmosphère reprend sa pureté.

La plus grande irrégularité de forme dans le dôme suprême du Grand Ararat est produite par les cicatrices de la récente explosion et par les ravins qui se sont formés au-dessous. Tout ce flanc de TArarat a été fracturé, déchiré en deux. Les parties restantes de l'ancienne pente surplombent la cassure et l'enferment entre leurs murailles à pic, qui maintiennent dans l'intérieur du ravin une ombre perpétuelle. [LYNCH.]

Les éruptions les plus récentes paraissent avoir eu lieu sur le versant occidental et les pentes du sud-ouest. Les laves des deux Ararat sont principalement des andésites, roches d'acidité moyenne. Elles sont d'ailleurs très diverses d'aspect, les unes compactes, les autres caverneuses, passant du noir foncé au vert, au jaune, au rouge [ABICH] ; la nuance prédominante de la roche est le jaune pâle, légèrement rosé [Lynch], coupé de veines bleuâtres. Certaines laves ont l'aspect de la poix, d'autres ont l'éclat du verre le plus brillant [Parrot]. Nulle part on ne voit jaillir de fumerolles, et la neige, non contaminée par les gaz sulfureux, garde toute sa blancheur. Des roches archéennes non volcaniques, notamment des calcaires, se voient encore au sud de la montagne, dans la dépression de Bayazed. [Behaghel.]

Le bouleau est presque le seul arbre qui pousse sur l'aride Masis. Cependant le botaniste Radde indique quelques autres espèces arborescentes. Le genévrier se montre jusqu'à la cote de 2,400 mètres. Sur la terrasse d'Aguri, à près de 2,000 mètres, croissent les noyers, les abricotiers, les saules et les peupliers d'Italie. On sait aussi que la vigne croît sur les pentes inférieures de la montagne : c'est là, d'après la légende, que le patriache Noé aurait planté le premier cep.

Chodzko affirme en termes positifs que des bisons vivent sur le mont Ararat : il en discerna deux très distinctement avec ses lunettes d'approche.

A l'ouest du col de Sinak, hérissé de laves, qui rattache le Masis à l'Agri-dagh proprement dit, la chaîne, qui mérite bien son nom, — r « Apre », r « Escarpée », — se prolonge vers l'ouest en formant un

ASIE ANTERIEURE

rempart à crête étroite. Les hauts sommets de la chaîne, consistant en roches éruptives, dépassent 3,ooo mètres.

Tchlngil-dagh (3,245 m.) et

Khama dagh (3,36o m.) se profilent à une hauteur de plus de 1,000 mètres au-dessus des brèches de la chaîne qui font communiquer les deux versants, au nord la plaine de l'Araxe, au sud, la vallée de Gernevik, également tributaire de l'Araxe par la plaine jadis lacustre où se trouve la pittoresque cité de Bayazed. De ce côté, la noire chaîne, contrastant avec la verdure des fonds et les eaux courantes, présente un des tableaux les plus saisissants de l'Asie-Mineure. Le (' lac des Poissons » Baluk-gôl, d*où s'épanche le Gernevik, est un grand lac irrégulier qu'entourent de toutes parts, à Touest, au nord, à l'est, les parois de la roche brûlée, formant le pourtour d'une immense chaudière.

Au nord-ouest de ce bassin, le volcan de

Perli-dagh atteint 3,247 n^^tres. Il projette vers la jonction des deux vallées Araxe et Arpa tchaï un promontoire aigu, qui se termine près du village de Kulpi, où l'on exploite les carrières et les salines (( les plus anciennes du monde ». Là, on se trouve au véritable centre de l'Arménie; en face, le fleuve se divise en mille canaux d'irrigation et les anciennes capitales ruinées rappellent lantique prosj">érité du Hasaïdan, dévasté depuis par les tremblements de terre, les fièvres et les guerres.

Immédiatement à l'ouest de Kulpi se dresse un autre piton volcanique, le

Takhal Tau ou Takyal-tu, formé à sa base de strates marneuses roses et bleues, alternant çà et là avec des couches de grès. La masse de lave qui s'est épanchée du cratère pour recouvrir ces diverses roches leur a fait subir un travail de cuisson, et même a produit de fort beaux marbres métamorphiques. L'altitude du Takhal Tau est de 2,685 mètres. [LYNCH.]

Au sud des plaines du Khaldiran et du plateau de Kars, l'arête de l'Aghri-dagh garde son aspect superbe dans toute la région où les neiges et les eaux cachées du versant méridional alimentent le Muradtchaï ou haut Euphrate. Les monts

Achakh-dagh (3,271 m.),

Ach-Bulak-dagh (2,761 m.),

AKMKNiK Perli-dagh, PalandOken

Boz-dagh (2,927 m.), Kavalik-dagh (3,o38 m.),

Kuseh-dagh (3,435 m.), le plus majestueux de tous, dominé par un dôme régulier, se succèdent dans la direction de l'est à l'ouest jusqu'au seuil de Deli baba ou du « Père Fou » (2,257 rn-)^'"^! passe la route de Hasan kala sur l'Araxe, à Karakilissa sur l'Euphrate, à la rencontre de toutes les eaux supérieures.

L'arête volcanique s'abaisse peu a peu jusqu'à la percée de l'Araxe méridional ou Bingol su, que déversent les parois septentrionales du Bingôl-dagh. Mais l'arête volcanique de l'Aghri-dagh se continue sous d'autres noms à l'ouest du détilé où passe le Bingol-su, et même se redresse à plus d'un millier de mètres au-dessus de la cluse (1,775 m. d'après Lynch».

PalandOken (3,262 m.) ou Palandoken, montagne angulaire qui s'élève au sud d'Erzerum, s'appuyant sur de nombreux massifs iné gaux ; c'est là que serpente le sentier le plus fréquenté entre Erzerum et Much dans la vallée du haut Murad : le seuil du passage est à 2,983 mètres d'altitude et passe à côté d'une véritable « chaudière » que la plupart des voyageurs, même des géologues (ABICH), s'accordent à considérer comme d'origine volcanique, mais qui fut puissamment remaniée, semble-t-il, par l'action des glaces; les débris poussés en dehors du cirque par les moraines se sont étalés en un large éventail de talus dans la plaine d'Erzerum [LYNCH]. Une partie de la montagne se compose de calcaires et de serpentines, mais les pointes aiguës qui entourent la chaudière sont bien d'origine éruptive relativement récente et des coulées de lave se montrent le long des parois [Lynch]. Kotschy parle aussi des « roches brûlées » du Palandoken.

La partie occidentale du massif qui domine la grande chaudière est formée par une pittoresque montagne,

Eyerli, de hauteur égale à celle du Paland(*)ken. A la base septentrionale du double volcan s'étend la plaine d'Erzerum, elle-même d'origine volcanique par ses alluvions que les eaux ont stratifiées en couches régulières. Aux alentours immédiats d'Erzerum s'élèvent des cônes plus ou moins irréguliers d'où s'épanchèrent des laves : le chaînon de partage peu saillant qui sépare le bassin du Pasin

ASIK ANTKRIEURK

OU liant Araxe de celui du Kara su ou de 1' « Eau noire », source marécageuse de l'Euphrate septentrional, présente quelques-unes de ces masses éruptives.

Les monts de Tekman, qui forment le versant méridional du Palandôken et de rEyerli, vers le haut Bingôl, ont çà et là des coulées de laves recouvrant leurs strates calcaires.

SiChtChik ou Cheikhjik (d'après Lynch) est le plus symétrique des volcans qui bordent la plaine d'Erzerum, il est orienté directement au nord-ouest de la cité et stm altitude est de 3,184 niètres [LYNCH]. Placé à l'extrémité terminale de la chaîne de Ghiaur-dagh ou « mont des Infidèles », il se distingue nettement par sa forme de tous les pitons environnants. Ses pentes gracieusement recourbées s'élèvent insensiblement de la plaine basse du Kara-su(2,o8om.) puis dessinent en lignes égales les déclivités brunes et noires de leur cône au large cratère, revêtu d'une terre noire que le printemps orne de fleurs; nulle part dans les prés d'Arménie la flore n'est plus riche en espèces ni plus éclatante en couleurs [MORITZ WagnkrI que dans cette belle coupe de volcan, bien abritée des tempêtes. Du milieu du cratère a jailli une masse conique de cendres trachytiques. En bas, dans la plaine d'Erzerum, les thermes sulfureux de Lidja ou Ilidja attirent de nombreux baigneurs pendant la belle saison des années paisibles.

\ l'ouest, les chaînes de montagnes qui bornent des deux cotés la vallée du haut Euphrate s'abaissent par degrés jusqu'au grand coude où le fleuve prend la direction du sud, en amont d'Erdzinjan. Les pitons ne dépassent guère 2,5o() mètres, mais la chute des neiges y est fréquente. Lynch, traversant le col de Kop-dagh (2,760 m.), ne put se rendre compte de la géologie des monts environnants. Kotschy les considère comme de formation volcanique.

Au sud de la chaîne de l'Aghri-dagh. une deuxième arête de montagnes presque parallèle, est également hérissée de volcans. Le plus oriental est le

Tandurek* ou Tanturlu, c'est-à-dire le u Réchaud n, appelé aussi Sunderlik-dagh ou la « Montagne du Poiile » ; les premières cartes russes lui donnèrent le noin de Khor ou Khori : il s'élève immédiatement au sud-ouest de l'Ararat, à l'angle des monts d'où se prolonge à l'est le promontoire de Maku. Ce massif est celui de toute l'Arménie qui a conservé les plus nombreuses traces de l'an-

ARMKNiE Sichtchlk, Tandurek

cicnne activité; en 1862, Abich le signale même comme étant en (y ignition permanente ». Tandis que dans TArarat, l'explosion d Aguri peut être considérée comme une sorte d'accident, indépendant du bouillonnement intérieur des laves, les fumerolles qui s*échappent constamment et avec force des fentes du Tandurek témoignent d'une poussée très énergique des gaz enfermés dans la chaudière intérieure du « Réchaud ». Ce n'est pas dans le principal cratère du volcan que se produit ce jaillissement des vapeurs. La coupe terminale, d'environ 2,000 mètres en circonférence et de 35o mètres en profondeur, est complètement en repos, et même un petit lac dort au fond de la cuvette de forme ovale ; c'est à l'est de cette dépression que se dresse la plus haute pointe du volcan, atteignant 3,565 mètres. De grands gisements de soufre emplissent les cavités du versant septentrional [Maunskll.].

Les fumerolles les plus abondantes consistent en vapeurs non sulfureuses, qui s'élancent d*une caverne du versant oriental de la mcmtagne, avec une température moyenne de 100 degrés centigrades. Vn souffle puissant résonne incessamment au fond du gouffre, et l'on raconte que pendant les nuits, ce fracas mugit comme un tonnerre lointain. Pendant l'une des guerres russo-turques de la Transcaucasie, des troupes ennemies, campées sur les versants opposés de la montagne, crurent à une attaque nocturne et se mirent l'une et l'autre en mouvement .

L'axe qui passe par cette caverne de vapeurs grondantes, le fond du grand cratère et une deuxième bouche d'éruption, également en repos, aboutit, vers la base nord-occidentale du Tandurek, aux très abondantes sources sulfureuses de Diyadin, qui recouvrent le sol de leurs incrustations calcaires, très inégales, très imprévues de formes et diversement colorées par les éléments chimiques mélangés aux vapeurs. L'abondance des concrétions déplace f- rcément les issues, et les sources se font jour à travers des failles fort éloignées les unes des autres. Suivant les voyageurs qui se sont succédé pendant le XIX^ siècle dans cette région, que les luttes des Kurdes el des Arméniens ont rendue souvent périlleuse, l'aspect des sources a^rès fréquemment changé. Tandis que Taylor vit danser comme des fantômes blancs une multitude de petits geysir de 2 à 3 mètres de haut, ur, tourbillonnant au-dessus de l'oritice principal, Abich ne vit que de simples jaillissements de source quelques années après. En 1859, un sisme.

ASIK ANTKKIKl KK

qui ébranla toute la contrée jusqu'à Krzerum, changea toute la topoLjraphie des fontaines. Les valétudinaires des environs, qui connaissent bien les vertus curatives des eaux de Diyadin. vont y faire volontiers un séjour [x^ndant les mois de la belle saison, lorsque les dissensions civiles ne désolent pas le pays. Nul doute que Diyadin ne devienne tôt ou tard un des centres les plus actifs de la thérapeutique thermale, car nulle contrée ne présente une plus grande richesse en ruisseaux d'eaux minérales, plus d'intérêt au point de vue des curiosités naturelles et une plus grande magnificence d'horizon. Du reste, l'Arménie dans son ensemble appellera certainement la foule des malades et des visiteurs, car elle l'emporte certainement en diversité d'eaux thermales sur les régions de TKurope occidentale les plus riches à cet égard, telles que la Bohème, les Pyrénc^es et l'Auvergne.

A l'ouest du Tandurek, la vallée du Murad-tchaï continue de traverser un pays modelé dans une très grande partie de son relief par des coulées de lave. A peu de distance en aval des sources de Diyadin, le fleuve naissant disparaît sous un tunnel de basalte, qui se continue en avant par une profonde tranchée verticale creusée dans la lave par le long travail des eaux,

L'ensemble de la chaîne qui continue à l'ouest le Tandurek est généralement désigné sous le nom d*Ala-dagh ou de « mont Bigarré », sans doute à cause de la richesse de ses prairies. Les montagnes s'abaissent peu à peu et se terminent au bord du Murad par le promontoire de

Gui Tepe (»7t')Ç) m.) où les laves, les terres et les sables volcaniques s'entremêlent en un véritable chaos. Les eaux d'un ancien lac ont remanié les restes des antiques éruptions. Comme une île au milieu de cette ancienne mer, entre le Murad et l'un de ses affluents, au nord-est de la ville de Melazkert, se dresse le

Kartvln-dagb, haut d'environ 2,5oo mètres. C'est un cône assez régulier, formé de laves noires dont les fentes sont garnies de fleurs au printemps [Lynch] ; à sa base, la ville de Melazkert est elle-même bâtie sur un bloc de lave qui descend jusqu'au bord du fleuve. La plaine est parsemée de débris volcaniques, témoins de coulées antérieures.

Plus à l'ouest, de l'autre côté du fleuve, se montre la longue arête du

Khamur-dag^h, dominant au sud l'amphithéâtre énorme formé

ARMÉNIE Khamur dagh, filngOl-dagh

par la plaine de Khinis. Le Khamur-Jagh peut être considéré comme le prolongement sud-oriental du superbe Bingol-dagh, mais il se recourbe en croissant vers le nord-est ; le Murad le longe au sud, à la base de ses raides escarpements, tandis qu*au nord, la rivière de Khinis, affluent du Murad, limite parfaitement le chaînon.

Les fondements de la montagne sont probablement constitués par des calcaires éocènes. Ils apparaissent en certains endroits, notamment au nord-est, de façon très évidente; les dépôts lacustres, étalés en couches profondes, que séparent des bandes de lave basaltique, compacte dans la partie inférieure de la chaîne, scoriact^e vers le haut, en forment la charpente la plus marquée. Quelques pics d'origine éruptive dominent l'étendue unie et étroite, table de lave pleine de bulles (augite-andésite), qui forme le sommet. L'un d'eux se dresse près du village de Karaogli. Un autre plus à Touest, le

Koli-Baba, portant au sommet de son cône, le tombeau du saint homme qui lui a donné son nom, a épanché quelques coulées de lave.

Lynch ne trouva pas de cratère sur le massif du Khamur. Il vit sur le plateau, à la base occidentale du Koli-Baba, un grand lac de forme irrégulière au sud-est duquel s'étendait un autre bassin de moindres dimensions mais de forme presque circulaire. Tous deux devaient être profonds : la nappe liquide qui les remplissait était d'un bleu intense.

Bing^Ol-dapgh ou, le u mont aux mille Sources », aux « mille Marais », aux « mille Lacs », ainsi nommé des nappes d'eaux, des mares et des innombrables ruissellements que forment les neiges fondantes dans les cavités et les ravins laissés par les anciens glaciers. Les plus hautes sources du Murad et de TAraxe naissent respectivement, les premières dans la cuve orientale, les secondes dans la cuve occidentale qui forment les points d'éruption principaux du volcan.

Le Bingôl-dagh occupe la partie centrale du plateau de i,5oo à 2,000 mètres d'élévation qui constitue le toit de l'Asie antérieure, on peut voir en lui le massif le plus digne de se comparer avec le Masis. Mais il contraste singulièrement, par la variété de son aspect, avec la majesté superbe de l'Ararat, et il lui est inférieur en élévation d'au moins deux milliers de mètres.

L'allure générale du massif affecte la forme d'un plateau parallélo-

ASIE ANTERIEURE

gramme couvrant une surface d'environ 600 kilomètres carrés; le petit axe, de 20 kil. dirigé du nord au sud, le grand axe, de 35 kil. suivant la direction de l'est-sud-est à l'ouest-nordouest.

Cette table de 2,5oo à 2,800 mètres d'élévation, dont l'unité de niveau est un fait remarquable dans cette contrée chaotique, s'incline en longues pentes vers le nord et va se fondre dans les contreforts des monts de Tekman et de TAk-dagh. A l'est, au sud, à l'ouest, au-dessus des plaines respectives de Khinis, de Gumgum, de Litchig» elle s'arrête brusquement, plongeant en falaises abruptes et sauvages, hautes d'un millier de mètres et dont Tallure rectiligne, parallèle à la direction des axes du massif, est à peine dérangée par les gorges qu'y ont creusées les torrents. Toutefois, de ce côté non plus, le massif n'est pas complètement dégagé. Par les angles méridionaux il se relie à d'autres systèmes montagneux, notamment avec le Khamur au sud-est.

En différents points, sur le plateau, et dans les plaines du pourtour, de petites masses coniques de lave indiquent des centres d'éruption, mais il semble que le foyer principal des matières brûlantes se soit ouvert dans la partie sud-orientale du plateau. Deux énormes chaudières de près de cinq kilomètres de diamètre, ouvertes toutes deux au nord, indiquent peut-être le lieu d'émission des cheires qui coulèrent de tous côtés. Une arête commune les sépare. Le rempart abrupt qui les ferme au sud est constitué par une arête unique, longue de huit kilomètres environ et dirigée suivant le grand axe du massif. Vers son milieu, au point où elle rencontre la crête communequi séparelesdeux chaudières, s'élève une forteresse naturelle de rocher. C'est le « Kara Kala », le « château noir » ainsi nommé à cause de son aspect sombre. Ce n'est pas le sommet suprême du massif. Les deux pointes les plus élevées se dressent aux extrémités de la grande arête : à l'ouest le Bingôl Kala, le « château du Bingôl )) (3,280 mètres); à l'est le Demir Kala, « château de Fer» (3,284 mètres), ou Timur Kala «château de Timur », peut-être en souvenir du passage dans ces régions du sanglant conquérant mongol. De ces fiers sommets dominant de plus de 5oo mètres le niveau du plateau, se détachent vers le nord deux chaînons; ce sont les bords oriental et occidental des deux cratères. Une muraille de lave appuyée au Bingôl Kala se dresse dans le chaudron occidental. Raide et nue, elle se termine par une masse conique plus raide encore : c'est

ARMÉNIE BingOl-dagh

TAghri Kala, u l'Apre- Mont » de Lynch. Deux autres chaînons, chaires de lave ou tout au moins chaînons couverts de blocs volcaniques, se détachent l'un vers le sud-est du Demir Kala, l'autre vers le sud-ouest du Bingôl Kala, enserrant les affluents du Gumgum su, dans le chaos des talus couverts de rocs éruptifs qu'ils prolongent l'un vers l'autre au sud du grand rempart. Le ruisseau se précipite •dans la direction du sud à travers une effroyable barranque. A l'endroit où passe la grande falaise méridionale, deux collines volcaniques se dressent comme deux piliers d'une porte gigantesque aux bords du plateau, dominant le ruisseau d'un millier de mètres. Du pilier oriental, masse composée principalement de calcaire autant qu'en put juger Lynch, s'est épanchée vers le sud-est une coulée de lave d'au moins dix kilomètres de longueur. Elle forme le rebord de la falaise et contribue à unir le plateau du Bingôl à la chaîne de Khamur.

Les glaces antiques contribuèrent à modifier quelque peu l'aspect du volcan. Les moraines prolongeant vers le nord les trois chaînons septentrionaux, les stries tracées sur les parois intérieures des deux cratères et les brèches qui interrompent ces cuves au nord, indiquent l'existence de deux glaciers dans les cratères et leur marche vers le nord. Aujourd'hui l'hiver ne laisse en disparaissant du Bingôl-dagh qu'une couche de neige couvrant la paroi méridionale de la chaudière occidentale. Les Kurdes viennent jusqu'au sommet faire paître leurs troupeaux parmi l'herbe qui pousse dru sur le bord des flaques, parsemée de campanules et de molènes, fleurs particulières au Bingôl dagh. La masse de matière fondue qui s'est épanchée en tous sens, mais surtout vers le nord, à l'état presque liquide, se compose surtout d'andésite basaltique finement granulée et contenant des cristaux d'augite bien distincts. A l'est du Kara Kala, Lynch trouva des blocs de lave quelque peu scoriacés ayant en certains endroits l'apparencede briques rouges (augites-andésites compactes); par place ils montraient des traces d'obsidienne.

Les dernières éruptions de lave sont composées de roches beaucoup plus huileuses et de teneur plus acide que la nappe de lave égale et régulière qui constitue la surface du plateau. [LYNCH.]

Le Bingôl-dagh n'eut pas l'importance historique d'un Ararat. Toutefois Oswald, compagnon de Lynch, découvrit au versant méridional du Bingôl Kala, parmi les blocs de lave, une large pierre

— (il —

ASIK ANTKRIEURK

portant des inscriptions cunéiformes à demi effacées : elle avait probablement dû servir à marquer la frontièi*e du temps des rois de Van et d'Arménie. (Strecker.)

A la tète de la grande coupure dans laquelle s'élance le Gumgum su, une colline conique et gracieuse dont le temps a respecté la dure écorce de lave, est un lieu de pèlerinage pour les Kurdes. Au sommet une tombe, entourée d'un enclos de pierre, protège depuis des siècles le corps du Goshkar Baba. « le père Cordonnier ». ix saint homme avait eu le suprême bonheur de chausser les pieds du Prophète.

Autour de la puissante masse du Bingol, de petits centres éruptifs parsèment la contrée, foyers secondaires du vaste lac de matières en fusion. Au sud, à l'ouest, au nord-ouest, les collines de calcaire sont percées de cheminées volcaniques et coiffées de laves récentes.

Les formations volcaniques continuent de se montrer à l'ouest du Bingôl-dagh dans la région chaotique de montagnes délimitée en forme de péninsule par les deux branches du haut Euphrate, au nord le Kara-su ou Frat proprement dit, au sud le Murad-tchaï. Le hameau de Mazgerd, groupe de cabanes, dans un bassin de cendres volcaniques s'inclinant vers le Murad, est dominé par un rocher superbe, qui porte les ruines d'un autel du feu, visible à une grande distance. Les débris de cette construction sacrée sont visités avec vénération par les indigènes des alentours, musulmans, chrétiens et gens de religions hybrides. [Taylor.]

Plus à l'ouest, divers points d'éruption ont déversé des laves sur les couches crétacées du Dersim-dagh. [EllsworTH HuNTINGTON.] Dans la partie la plus étroite de sa gorge, non loin de Kharput, le Murad passe entre deux parois de basalte, dont les murailles se dressent par ressauts successifs à 5oo mètres du côté méridional, et à plus de 800 mètres au nord, entre les deux rebords des falaises. La distance en ligne droite est d'environ 8 kilomètres. [El.LSWORTH Hl-NTINGTON.)

La grande ville d'Arabkir, au N.-O. du confluent des deux Euphrate,occupe le fond d'une dépression environnée d'escarpements d'un basalte noir; mais l'industrie des habitants a changé le gouffre sombre en jardin; les murs formidables de l'enceinte de laves n'apparaissent qu'à travers la verdure des grands arbres.

ARM KN I E Sipan -dagh

Le massif du Bingol est nettement séparé des monts volcaniques du lac de Van, par la profonde vallée du Murad-tchaï et par les pleines, jadis lacustres, qui s'étendaient au delà. Les volcans riverains du lac de Van se dressèrent en îles ou en monts péninsulaires.

Sipan-dagh, appelé aussi Seiban et Sub-khan - de Subshanullah : « Dieu soit louéî » — doit à scm isolement, aux neiges qui en recouvrent le sommet pendant dix mois de l'année, une majesté d'aspect qui l'a fait comparer à l'Ararat et au Demavend, quoiqu'il soit inférieur en altitude à ces deux montagnes ; cependant le Sipan-dagh paraît être, depuis l'ascension de Lynch, beaucoup plus élevé qu'on ne l'admettait jusqu'alors. D'après Fanshawe Tozer, sa hauteur aurait été d'environ 3, 600 mètres, l'ancienne édition de Stieler marquait l'altitude de 3, 800 mètres ; Brant, en 1840, s'accorde à peu de chose près avec Tozer; mais il semble que tous ces escaladeurs ne parlent que de la masse de la montagne formant le socle des nombreux cônes d'éruption supérieurs. Or. Lynch a mesuré tous les pitons du cratère terminal avec le plus grand soin et ses mesures obtenues à diverses reprises par l'étude du point d'ébullition lui ont donné une altitude dont la moyenne est celle de 4,178 mètres.

Le Sipan-dagh est donc l'un des colosses de l'Amiénie. La coupe terminale est bien distincte, formée d'une dépression régulière de >5o mètres en profondeur dont le mur septentrional s'est effondré. La neige l'emplit en hiver; au printemps, un petit lac occupe le fond de la cavité, puis une prairie émaillée de fleurs revêt toutes les pentes.

Les couches de laves dont on aperçoit dans les ravins les tranches superposées se composent de basalte, mais on y trouve aussi de nombreux fragments d'obsidienne [MaIjNSEU.]. Les roches de la base percées par l'éruption consistent en calcaires [LYNCH].

Autour du cratère se dressent des pitons de scories blanchâtres, d'où Ton contemple, en une courbe de 3oo kilomètres, l'immense horizon des montagnes de l'Arménie, de l'Ararat au Bingôl-dagh. Au sud, la nappe éclatante du lac de Van, avec les monts de son pourtour, occupe une grande partie du panorama, mais d'autres lacs se montrent aussi dans le champ de la vue, et sur le versant méridional même de la montagne de Sipan, TAghirgol ou « lac Immobile » emplit un cratère latéral; plus à l'ouest, apparaît un autre bassin

ASIK AN TKRIEIRK

lacustre, le Nazik, dont l'eau insipide emplit une cavité du faîte de partage dressé entre le lac de Van et la vallée de THuphrate : lors de la fonte des neiges, deux ruisselets s'épancheraient de part et d'autre, l'un dans le lac, l'autre dans le fleuve.

Les Arméniens voient dans le Sipan-dagh une montagne sainte, à peine inférieure à l'Ararat, et leurs légendes nous disent que, dans ses pérégrinations, l'arche toucha le Sipan avant de s'arrêter définitivement sur le Masis. Lorsque les survivances païennes se maintenaient encore dans le christianisme d'Arménie, les Haïkanes avaient l'habitude de sacrifier tous les ans un mouton sans tache au bord du cratère. (M. Wagnkr.) Maintenant les Musulmans pieux sont tenus de louer Allah en apercevant la montagne : de là le nom qu'elle a reçu. [MArNSKLl..]

Le chaînon qui se continue à l'ouest du Sipan-dagh et qui se recourbe au nord pour enfermer la cavité du lac Nazik. est également percé de volcans, entre autres le

Bilecyan, où Lynch et ses comj>agnons crurent distinguer un cratère herbeux. Qiioi qu'il en soit, on reconnaît très bien les coulées de lave qui s'en sont épanchées. Le Murad est obstrué dans son cours par une puissante cheire de basalte.

De même, sur le bord du lac de Van, entre les deux villages d'Adeljivas et d'Akhlat, les roches calcaires et poudingues de cailloux roulés sont percés par des laves et des pierres* ponces. [LYNCH.] Dans toute la chaîne qui s'étend à l'ouest du Sipan, jusque par delà le Murad. des phénomènes identiques ont été observés.

Nimrud-dagh. H est peu de monts volcaniques sur la Terre, orfrant une coupe aussi admirablement circulaire que celle de cette « montagne de Nemrod ». Ce volcan typique, posé entre le bassin du lac de Van à l'est et la plaine de Much à l'ouest, a eu certainement dans l'histoire géographique et hydrologique de la contrée un rôle considérable. Il est très probable, en etfet, que la dépression qu'occupent maintenant les eaux du lac et la vallée où coule le Kara-su ne formaient qu'un même bassin à une époque antérieure.

Les énormes masses de lave qui se sont épanchcx*s du Nimrud lui ont formé, par leur disposition, une sorte de trépied. Vers le sudsud-ouest, un premier flot de matières fondues a coulé précisément

ARMÉNiK Nimrud-dagh

au-dessus de la brèche profonde du Taurus arménien, par où s'écoulait un des émissaires supposés du lac de Van. Des cheires de lave rouge et brune se terminent en promontoires abrupts et coupés de crevasses au fond desquelles naissent et s'écroulent, dans la direction du sud, les eaux torrentueuses, en partie minérales et thermales qui forment le Bitlis-su. Le sommet de cette gigantesque coulée, ou plutôt de ce monceau de coulées, issues soit du cratère, soit de fissures situées plus bas, affecte la forme d'un plateau ondulé et stérile, connu sous le nom de Rava. Large d*une douzaine de kilomètres, élevé de i ,900 mètres environ au-dessus des mers, il descend par un gradin de 200 mètres aux rives du lac de Van. A l'ouest, il s'incline par deux terrasses régulières, parsemées de blocs volcaniques, vers la plaine de Much, de 5oo mètres moins élevée. Sur la table même du plateau se dresse en falaises verticales une masse de trachyte isolée; c'est le Kerkur-dagh, très vieille et très grosse bosse volcanique que la broussaille a envahi. Lynch n'y découvrit aucune trace de cratère. Mais de loin il crut reconnaître quelques cônes parasites entre le Kerkiirdagh et la chaudière principale du Nimrud.

Au nord de la chaudière principale, un autre plateau, formé d'un grand nombre de coulées interrompues de gradins, se divise en deux branches. L'une s'étend dans la direction du nord-ouest, probablement jusqu'à la rencontre des roches volcaniques du Biledjan et des chaînes de roches stratifiées qui se prolongent à l'ouest du Sipan jusqu'aux rives du Murad. L'altitude moyenne de cette traînée, qui va s'élargissant comme un éventail, dépasse deux mille mètres. Le sommet est pavé de lave basaltique et surtout de turf. Sur le côté méridional, quelques coulées de lave sont de nature rhyolitique. On v voit aussi des obsidiennes. L'autre traînée prolonge vers le nord-est, dans la direction d'Akhlat, ses cheires et ses promontoires. A la base orientale, un lit de lave sombre et vitreuse s'est probablement échappé d'une fissure. De loin Lynch remarqua sur le sommet quelques points d'éruption spéciaux.

Entre les trois grands contreforts du Nimrud s'étendent trois bassins, dont l'un, celui de l'est, est occupé par les eaux du lac de Van. Certaines coulées, qui s'avancent en promontoires déchiquetés dans les flots, montrent qu'elles ont été déposées sous l'eau.

Le cratère du Nimrud ne le cède en rien, par sa régularité, au rythme de l'ensemble. Sa forme est très légèrement ellipsoïdale, le

ASIK ANTKRIKURK

plus petit axe, d'environ 7 kilomètres, étant dirigé parallèlement au méridien. Quelle fut la cause de cette étonnante disposition ? Au sud et au nord, sur la face de la falaise qui atteint ici sa plus grande élévation, les couches de lave sont parfaitement horizontales. Elles s'inclinent progressivement en s*éloignant vers l'est et vers l'ouest, suivant plus ou moins l'allure générale de la crête. Il semble donc que les bords du cratère ont été plus fortement entamés à l'est et a l'ouest (précisément vers les points ol\ ils descendent sans contreforts vers la plaine de Much et la dépression de Van) sans que l'aspect général de la coupe ait perdu de sa régularité.

L'n lac d'un bleu intense occupe la moitié occidentale de la cuve (2,335 mètres d'altitude); l'eau en est fraîche et très pure. Lynch n'y vit aucun poisson. Il doit être très profond, vu la verticalité des falaises qui le dominent de i5o, 3oo et même 600 mètres. L'autre segment du cratère est formé par un plancher de lave d'une centaine de mètres plus élevé que le niveau du lac, dans lequel il tombe à pic. Des cônes d'éruption se dressent sur ce plateau accidenté. L'un d'eux, dans la partie septentrionale, sépara du lac occidental une petite nappe d'eau de couleur vert- jaunâtre. Des bulles s'en échappent à des intervalles réguliers, mais elles sont dues probablement aux gaz dégagés par des plantes sous-lacustres et la température élevée des eaux, à l'époque oj Lynch visita le cratère, dépendait peut-être des rayons du soleil. Les sources minérales en élèvent peu à peu le niveau et lui donnent un goût détestable. Le point le plus élevé du Nimrud se trouve à quelques dizaines de mètres au nord du bord septentrional de la coupe; il atteint 3, 020 mètres.

La montagne est presque nue, des myosotis et des roses trémières gigantesques, dressent çà et là, leurs fleurs blanches ou bleues. Dans les ravins du cratère, les ours se cachent dans les bouquets de genévriers, de trembles, de bouleaux, disent les Kurdes.

D'après Lynch, qui contourna tout le volcan et passa huit jours dans le cratère, le Nimrud portait plus haut un cratère plus étroit à une époque très lointaine. Les premières laves, acides et visqueuses (augite-andésitc rhyolitiquej, qu'il épancha ne se répandirent pas très loin. Elles apparaissent surtout sur la falaise intérieure du cratère. Mais les cheires de basalte que vomit ensuite la chaudière constituèrent la vraie charpente de la montagne : elles forment le plateau de Rava et les deux grandes traînées du nord-ouest et du nord-est. L'activité du

ARMÉNIE Nimrud-dagh

volcan se ralentit, les explosions ou les eftbndrements abaissèrent les murailles du cratère; l'eau en remplit une moitié, l'autre prit la forme qu'elle montre encore aujourd'hui. C'est peut-être à cette époque que jaillirent les petits cônes parasites qui couvrent la montagne. Quelques explosions de cendres marquèrent les dernières manifestations volcaniques. Aujourd'hui, le Nimrud n a pas une spirale de fumée. De loin, un nuage semble parfois s'élever du cratère, mais il est dû aux poussières de pi erre- ponce que le vent soulève.

Le lac ou la « mer » de Van, le Tosp des Arméniens, dépend trop, dans sa formation même, des mouvements orogéniques de la contrée pour qu'il ne soit pas décrit comme une dépendance naturelle des volcans de l'Arménie : c'est peut-être à bon droit que des géographes attribuent à l'apparition du Nimrud-dagh l'endiguement des eaux qui séjournent maintenant dans le bassin fermé du lac. Des trois grandes cavités lacustres de l'Arménie, celle-ci est certainement la la plus considérable; si elle est légèrement moins étendue que le lac d'Urmiah, — 3,690 kilomètres carrés, comparés à 4,000 ou davantage, suivant l'abondance des pluies, ~ elle est en moyenne beaucoup plus profonde et représente, par conséquent, une masse d'eau plus importante. Son altitude moyenne, qui est de 1,625 mètres, — plus haute de 336 mètres que le lac d'Urmiah, — n'est pas assez élevée pour que la contrée riveraine ait à soutfrir des grands froids; cette région de l'Arménie ne se trouve pas reléguée sous un climat polaire comme les bords du Gok-tchaï, et la cité de Van, de même que les autres villes de la province, a pu, grâce aux conditions tempérées du milieu, acquérir et garder longtemps un rôle important dans l'histoire de l'Asie antérieure.

D'après les traditions locales et quelques témoignages précis des annalistes, le niveau du lac de Van a fréquemment changé ; ainsi la baie nord-orientale, peu profonde d'ailleurs, n'existait pas autrefois, et deux rivières y serpentaient au milieu des campagnes; d'anciennes constructions se verraient encore au-dessous des eaux. Au commencement du XVIie siècle, le niveau du lac s'éleva de 3 à 4 mètres, puis s'abaissa de nouveau; en i83o, une nouvelle ascension de l'eau se produisit, et deux années après une deuxième dénivellation ramenait l'eau du lac à son affleurement ancien. Il paraît que, dans la dernière moitié du XIX*^ siècle, la crue se renouvela, et que nombre de pro-

ASIK ANTKRIKURE

montoires se changèrent en îles et en îlots : dans la partie sud-occidentale du lac, le demi-cercle des plages s*élève plus haut de décade en décade dans rhémicycle formé par le cratère ébréché de

Cheikh Ora, qui baigne dans les tiots ses deux cornes avancé*es. Ce cratère, changé en port, est, avec l'incomparable Nimrud-dagh, un des tableaux les plus admirables de formes que présente l'Arménie. .

La montée de l'eau dans la cuvette du lac Van s'expliquerait, d'après les riverains, par ce fait que les canaux de décharge souterrains, qui s'ouvraient autrefois vers la vallée de Bitlis, se seraient oblitérés, soit par le dépôt de concrétions calcaires, soit par l'effet d'écroulement de rochers. Quoi qu'il en soit, la forte salinité des eaux lacustres prouve que les eaux pures descendues des montagnes du pourtour séjournent longtemps dans le bassin du Van et s'y saturent peu à peu des substances chimiques laissées par l'évaporalion : les poissons ne vivent que dans les embouchures des rivières atiiuentes, et tout à fait exceptionnellement, après la fusion des neiges, dans les couches liquides superficielles du lac.

La région de Van est, comme celle d'Erzerum, et comme la plaine d'P>ivan, une des contrées où les ébranlements sismiques sont le plus fréquents et le plus redoutables. Au mois de février 1801, on a ressenti des secousses qui n'ont pas duré moins d'une heure [DKVKr.AYj.

Au sud de Bitlis. et d'ailleurs dans toute la contrée montagneuse de l'Arménie et du Kurdistan, qui s'étend au sud et au sud-est du lac de Van, jusque dans la vallée du Cirand-Zab, jaillissent de nombreuses sources minérales, chaudes et froides, les unes sulfureuses, les autres acidulées; l'une d'elles, à 8 kilomètres environ au sud de Bitlis, a formé en travers de la rivière un barrage de dépots calcaires, ayant plus d'une cinquantaine de mètres en longueur et 10 mètres de hauteur; le cours d'eau a dû se déplacer. La route passe à travers ce barrage naturel par un tunnel que la légende n'a pas manqué d'attribuer à la reine Sémiramis [MviNSKU.!.

Karadja-dagh, le massif volcanique dont les promontoires se dressent superbement au nord de la grande plaine de la Mésopotamie, jadis prolongement du golfe Persique, est un des traits les plus précis de l'orographie asiatique. Comme une île superbe, il aligne ses pitons

— fis —

ARMÉNIE Kara^ja-dagh

noirs dans Tisthme qui sépare le haut Tigre du haut Euphrate et directement au sud de la concavité que décrit le Taurus arménien par l'ensemble de ses falaises méridionales. Les crêtes parallèles des basaltes et des trapps du Karadja-dagh pointent dans la direction du nord, ce qui a permis de comparer tout le massif à une flèche placée au centre du grand arc formé par le Taurus : la corde en serait indiquée par les montagnes de Mardin et d'autres alignements de sommets entre Tigre et Euphrate.

Les pitons les plus élevés du Karadja-dagh dépassent 1,900 mètres en altitude, faible hauteur relative au-dessus des seuils de 800 mètres qui le séparent du Taurus et de la chaîne de Mardin; néanmoins l'escalade de ces pointes est fort pénible à cause de l'escarpement des pentes, de la multitude des pierres roulantes et des aspérités que présentent les coulées de lave rayonnant sur tout le pourtour du Karadja-dagh. Les vallées d'érosion, et en certains endroits les coupures à parois perpendiculaires que les torrents ont creusées dans ces laves ajoutent aux difficultés du parcours. Un des épanchements de basalte s'est prolongé au nord-est jusque dans le voisinage immédiat de Diarbekir, et le torrent qui rejoint le Tigre près de cette ville, après avoir creusé dans les scories une profonde vallée, coule au sortir de sa cluse à la base d'un mur de basalte d'une hauteur de 70 mètres. Une légère croûte de terres argileuses recouvrant la surface des basaltes montre que ces coulées ne sont pas d'époque récente.

Pendant toute la période historique des conflits et des guerres, la forteresse naturelle du Karadja-dagh eut une importance de premier ordre et les positions stratégiques de la contrée l'ont prise pour point d'appui.

La chaîne crétacée de Mardin, dont les cimes d'environ i,5oo m. se prolongent au sud de Diarbekir dans la direction de l'est et du sudest, s'abaisse peu à peu en se rapprochant du Tigre. Deux massifs de basalte la terminent dans le voisinage du fleuve :

Hamka-dagh et

Elim-dagh. Enfin, de l'autre côté du Tigre, les monts de

Buhtan ou Bothan (1,060 mètres) et de

ZakhO (760 mètres), sont des amas de basaltes et de roches augitiques, dominant superbement la ville insulaire de Djezireh, dont

ASIK ANTKRIKURE

tous les édifices, citadelles, murailles et ponts, sont construits en laves [RlTTKR]. Sur les deux rives, les masses noires ou bleuâtres des basaltes contrastent avec les escarpements grisâtres des calcaires, percés de cavernes où vivaient jadis des indigènes troglodytes et où se réfugient encore des bergers avec leurs troupeaux.

Bibliographie

LIVRES

Comme pour le chapitre précédent, il importe de consulter l'ouvrage de Carl Ritter pour Tétude des volcans d'Arménie. Le volume X de VErdkunde von Asien contenant un résumé ou des extraits de tous les livres de voyages et d'histoire publiés sur l'Arménie avant 1843, il sera inutile de citer ici ces documents.

Dubois de MontpÉREUX (F.). Voyage autour du Caucase (1833-34). 6 volumes avec atlas. Paris, 1839-43.

Wagner (Moritz). Reise nach dem Ararat und dem Hochland Arménien (1843).

Vivien de Saint-Martin. Description historique et géographique de r Asie Mineure, 2 vol., Paris, 1845.

KOCH. Reise im Pontischen Gebirge, etc. Weimar, 1846.

KOCH UND ROSEN. Wanderungen im Oriente, Weimar, 1846,

CWOÏ^ZKO. Ascension du Grand- Ararat (i85o). Club alpin français, 1876.

P. DE TCHIHATCHEFF. Asie Mineure, description physique, statistique et archéologique, 8 vol. L'ouvrage est complété par la carte de Kiepert, publiée en 1867 ^^^^ ^^ ^i" 20 des Ergàm^uîigshefte dj Petermann.

BIBLIOGRAPHIE

Le même. Sur r orographie et la constitution géologique de quelques parties de r Asie-Mineure et de r Arménie,.. Comptes rendus de TAcadémie des Sciences. Paris, i858.

KOTSCHY. Reise von Trape^unt, etc. et Neue Reise nacli Klein- Asien. Petermann's Mittheilungen, 1860.

StreckER (W.). Topographische Mittheilungen iiber Hoch- Armenien*. Berlin, 1861.

Le même. Beitràge :{ur Géographie von Hoch- Arménien. Zeitschrift der Gesellschaft fur Erdkunde zu Berlin. 1869.

Taylor (J.-G.). Journal of a Tour in Armenia, Kurdistan^ and Upper Mesopotamia...in 1866. Geographical Journal, 1868, page 281 .

FreshfieiJ) (D.-W.). Travels in the Central Caucasus and Rashan, including visit to Ararat... London, 1869.

Le botaniste GrsTAVE Radde et son collaborateur SU'ERS ont publié divers articles dans les Petermann's Mittheilungen à partir de 1871. A lire. Bas Bingiil-dagh, même publicaticm 1877. Les observations de Radde ont été complétées depuis par le géographe russe VOZKOBOIMKOV.

MOUNSEY (A. -H.). Journal through the Caucasus and the interior of Persia. London, 1872.

COLE (G.-R. FITZ-ROY). lYanscaucasia. London, 1877.

ABICH (H.). — Geologische Forschungcn in den Kaukasischen Làndern. 3 parties et un atlas. Wien, 1878-87.

Fanshawe Tc)ZI:r. Turkish Armenia and Eastern Asia Minor. London, 1881.

Chantre (E.). Exploration dans le Kurdistan et l'Arménie. Comptes rend, du Congrès nat. Soc. franc, de géogr. de Lyon.

Le même. Rapport sur une mission scientifique en Arménie russe. Paris. i8q3.

M ARKOFE (!:.). Expédition scientifique au Caucase, etc.. Bull, de la Soc. belge de Géogr. 1888, page 577.

Le même. Geophysik des Goktsha-sees. Freiburg, 1896.

Deveeay (A.). Autour des lacs de Van et d'Ourmiah. Rev. Scient. XLIX, pages 553-57. P^'^ns, [892.

MUELER SlMONlSlP.). Du Caucase au golfe Persique... Paris.

Leclercq(J.). ]'oyage au mont Ararat. Paris, 1892.

BIBLIOGRAPHIE Maunsell (F.-R.). Kurdistan, Geographical Journal. Loncion,

Bryck {],).Transcaucasia and Ararat, London, 1896. 4® édition.

Lynch (H.-F.-B.). Armenia, 2 volumes, avec bonne carte au I : i,ooo,oooe. Longmans, Green and C<J, London, 1901. Cet ouvrage capital mérite une mention toute spéciale ; les questions relatives à l'étude de l'Arménie y étant traitées avec un grand souci de la vérité et une belle simplicité de langage.

Ellsworth Huntington. Through the Great Ca on of the Euphrates River. Geographical Journal, 1902.

HOGARTH (D.-G.). The nearer East, 1903.

Il n'y a guère d'ouvrage traitant plus ou moins directement de la géologie volcanique en dehors de ceux qui sont mentionnés plus haut. On doit cependant mentionner le Geographical Journal et les Mittheilungen de Petermann qui renferment divers articles se rapportant à l'orographie de l'Arménie.

CARTES

Dans les ouvrages, voir surtout celle de LYNCH, mentionnée plus haut.

Les meilleures cartes ont été publiées par la section caucasienne de r Etat-Major russe; au 1 : 2 10,000^ et au i : 420,000^ et au i : 840,000^ ; mais ces documents ne sont pas tous entrés librement dans le commerce. On se procure facilement les deux bonnes cartes allemandes dont les titres suivent :

H. KlEPERT. Nouvelle carte générale des provinces asiatiques de r Empire ottoman di\i i : i,5oo,oooe.

Le MEME. Spe^ial'Karte des Tûrkischen Arméniens au I : 5oo,oooe.

Page 1