‹ Les volcans de la terreChapitre 9 sur 28 · HAURAN · texte numérisé non relu

HAURAN

Dans son acception générale, ce nom, l'ancien Aoraniiis, provenant peut-être du mot hébraïque Hor, dans le sens de « montagne des Grottes », s'applique à un plateau de contours ovalaires qui embrasse, au sud des campagnes de Damas, un espace de i35 kilomètres sur une longueur moyenne de 120. Dans ce vaste domaine, d'environ 16,000 kilomètres carrés, des plaines contrastent avec des monts, mais partout la couche supérieure du sol, dont l'altitude moyenne atteint 55o mètres, est d'origine éruptive et, dans toute sa partie méridionale, elle se décompose en une terre rouge, d'une extraordinaire fécondité. Le nom d'Ard-el-Hamra, « Terre Rouge », se confond avec celui de Hauràn dans le langage des Bédouins. Sur le pourtour du Hauràn, les limites sont précisées, à l'est par les terres jaunes du Harra, provenant de la décomposition de laves différentes;

SYRIE Haurftn

au sud par la terre blanchâtre ou « couleur de fromage » qui recouvre les roches du Hamad ou de la steppe. Enfin, les terres noires des alluvions bordent, du côté de Damas, le pied des terrains à sol rougeàtre. [Stuebel].

La formation basaltique du Hauràn et des autres volcans du désert syrien est évidemment moins ancienne que celle du Hermon. Ses foyers brûlaient probablement à l'époque où le golfe Persique baignait son versant oriental ainsi que les calcaires et les grès sur lesquels est édifiée Paimyre [BURTON].

La terre du Hauràn produit spontanément beaucoup de seigle sauvage, plante qui n'est pas cultivée en Syrie; de même Forge et Tavoine, céréales précieuses pour les laboureurs de la contrée, appartiennent à la flore endémique du Hauràn [Wetzstein] : c*est probablement de là que les peuples civilisés ont reçu, par l'intermédiaire des anciens Hittites, ces plantes alimentaires qui ont pris une si grande importance dans la vie des nations. La terre rouge du Hauràn produit le meilleur froment, ou du moins le plus apprécié de la contrée, très remarquable par la translucidité du grain. Jamais on ne fume le sol : le moindre engrais aurait pour conséquence de faire pousser la plante en feuilles au détriment de la récolte.

La partie orientale du Hauràn et celle du sud ont changé d'aspect pendant les temps historiques, grâce aux travaux des cultivateurs. La terre rouge était autrefois cachée par une dalle continue de lave d'une faible épaisseur, divisée en d'innombrables fragments par l'effet du climat. Les paysans se sont livrés à un labeur gigantesque pour dégager le sol meuble de ces débris superficiels, que partout on voit maintenant se dresser en murs et en pyramides. Mais ces travaux d'épierrement ne sont plus continués, par suite des guerres et des massacres. La région sud-orientale du Hauràn n'a plus que quatorze lieux habités, tandis qu'on y voit encore les restes, en certains endroits admirablement conservés, d'environ trois cents villes et villages. La région fut autrefois l'un des grands centres de culture du monde asiatique, et les archéologues rivalisent d'admiration dans les récits qu'ils nous font des restes architecturaux de la contrée. Même les villes souterraines, qui servaient de refuge aux gens du Hauràn, lors des invasions ennemies,étaient ornées avec un grand art et suivant un style original, qui témoigne d'une remarquable initiative, due évidemment à un état de longue indépendance nationale. C'est à l'emploi d'énormes blocs de

ASIE ANTERIEURE

lave dans leurs constructions que les indigènes durent d*être considérés jadis parleurs voisins comme des géants, des « Rephaïm ».

Bien que le Hauràn soit une des régions volcaniques les plus homogènes dans son ensemble [Stuebel], cependant il se divise naturellement en deux parties ayant chacune son aspect spécial. La partie septentrionale est un plateau, le

Le^ja, l'ancienne Trachonitide : les deux mots ont à peu près le même sens et signifient régions de « refuge » rocheuses, hérissées de saillies et presque inaccessibles. [Wetzstein.] Les deux « Trachones » dont parlent les anciens auteurs comprennent d'une manière générale le Ledja, qui est la Trachonitide proprement dite, mais aussi tout le Haurân, et, du côté de l'est, les massifs volcaniques du Diret et-Tulûl et du Safah, qui sont le « deuxième Trachone ».

La partie méridionale du Hauràn est dite parfois le Djebel -ed-Druz, la « Montagne des Druzes », d'après les habitants actuels du versant oriental et de la plaine féconde qui s étend à l'est vers le Harra. Le ravin dit du Kanawat, qui descend des faîtes du Haurân pour déverser ses eaux de pluie dans le Jourdain par le Cheriat el-Menadir, est la division naturelle entre le Ledja et le Grand Haurân ou montagne des Druzes. D'après Wetzstein, il ne faudrait voir dans le Ledja qu'une immense coulée descendue du sud-est au nord-ouest des montagnes du Hauràn. On distingue spécialement deux fleuves de lave, aussi faciles à reconnaître du haut d'un observatoire de montagne que les cours d'eau serpentant dans les plaines. Les quatre montagnes :

Tell-Ghili&n;

Garftret ech-Chemftliye ;

Djemal. et

Garftret el-Kibliye, alignées du nord au sud, à l'extrémité septentrionale du massif, comme une « batterie de canons » furent les trous de coulée par lesquels s'épancha la cheire orientale. Le cratère égueulé du Tell-Chihàn, le plus vaste de toute la région volcanique, présentant un ovale d'environ i,5oo mètres de tour, s'ouvre visiblement vers le plateau du Ledja. Le cône du volcan, s'élevant à 400 mètres au-dessus du plateau, porte à sa pointe, comme

SYRIE Haurftn

la plupart des autres montagnes du Hauràn, le tombeau d*un chef bédouin, que Ton aperçoit de tout le cercle de Thorizon, depuis le Hermon jusqu'au Safah. D'autres pointes et des cratères furent utilisés comme forteresses naturelles.

El-K16b, ou le « Cœur » au centre même du massif haurànique, est le volcan, dont les issues, avec celles des moindres cratères des alentours, tournées vers le nord-ouest, épanchèrent les flots de la coulée de lave occidentale, origine du Ledja : on le poursuit du regard jusqu'à Mismiyé, ville ruinée située au bord du ravin qui sépare du Haurân le système du Djebel- Mani. Une forêt recouvrant les hautes pentes et le fond du cratère, montre des paysages uniques dans ces montagnes du désert syrien.

Les monts du Hauràn sont d'une faible altitude moyenne au-dessus du socle qui les porte; leur hauteur absolue n'atteint 2,000 mètres par aucune des cimes. Stiibel dit expressément que la plus haute saillie du Hauràn est formée par le

Djebel-Djena, qui s'élève à î,8o2 mètres, à l'est du Klêb : des coulées inclinées de lave constituent la partie supérieure de la montagne, dont les cavités s'emplissent de neige en hiver, jusque vers la fin de mars, tandis qu'en été les troupeaux des Bédouins viennent y pâturer l'herbe rare.

Entte les deux grandes sources de lave, d'où se sont déversées les cheires du Ledja, surgissent les cimes d'autres volcans :

Abu-Tumôs;

Umm-Uchdûkh ;

Umm-Dubêb;

Guwelll; *

Agelat.

Umm-Dubêb est percé dans tous les sens de galeries creusées par des troglodytes d'origine inconnue. Parmi toutes ces montagnes, la plus remarquable par la régularité presque mathématique de son cône, est l'Umm-Uchdûkh ; on n'y voit les traces d'aucune explosion, mais seulement des scories et des laves, celles-ci ayant encore un aspect de fluidité comme si elles venaient de sourdre de la montagne.

ASIK ANTKKIFaRK

Dans la rivière de Luva, qui coule au nord du volcan, Teau et la nappe onduleuse des laves semblent entraînées par le même courant [Wetzstein]. Le cratère de rUmm-Uchdûkh, qui a plus de 5oo mètres en circonférence, se creuse à une grande profondeur, jusqu'au niveau de ia plaine inférieure : lors de la visite de Wetzstein, en i858, un beau mûrier croissait au fond du gouffre.

La partie méridionale du massif haurànique dresse également des cônes volcaniques réguliers, presque tous couronnés de ruines :

Tell Abdm&r (1447 m.) porte des débris de temples mahométans.

Tell-Skhar(i657 m.) est revêtu à la cime des larges dalles d'un cimetière de Druzes. Cette montagne, située à l'angle sud-oriental du Hauràn, est celle d'oj l'on peut embrasser le panorama le plus étendu, sur les monts du Safah, les espaces monotones du Harra et les plaines cultivées qui les séparent du Hauràn. Du centre d'éruption où l'on se trouve, il semble q\iç les coulées de lave se sont épanchées la veille : les âges ont passé sur les fleuves de pierre rouge sans y laisser leur trace.

Tell-Salkhad, qui s'élève sur le promontoire méridional du massif et domine une ancienne route romaine, présente le curieux spectable d'un cratère aménagé en forteresse. Au sud-est, sur la même voie romaine,

Kllidr Imt&n est fameux dans toute la contrée par son lieu de pèlerinage, dont les sanctuaires sont dressés sur la pointe même du volcan. Cette montagne, presque isolée dans la plaine, se distingue des cônes du Hauràn proprement dit par la nature massive de ses roches, parsemées de cristaux d'olivine brillants et que l'on dirait de loin revêtues de plaques violettes de métal [WETZSTEIN].

Très nombreux dans le Hauràn et sur son pourtour sont les autres monts ou monticules éruptifs, autant de cheminées de la grande usine intérieure, mais il serait oiseux de mentionner toutes ces pointes, ces cratères et crevasses : on doit se borner à signaler les montagnes remarquables par leur forme, leur attitude, leur position et le pittoresque de leurs ruines. Fort curieuse aussi, dans la dépression qui

SYRIE Haurftn, DIret et-Tulûl

sépare Je Hauràn du Harra sont les buttes dans lesquelles les anciens habitants de la contrée ont creusé les galeries en labyrinthe de leurs cités souterraines. Ces remarquables hypogées se trouvent presque toutes dans le voisinage de la ville de Skhakka, au sud du cratère de

Tell Habis, gouffre qui s'ouvre au milieu de la plaine bouleversée par ses éruptions et d'où sort au nord -est une énorme coulée.

D'après Gustave Rose, toutes les roches ignées du Hauràn se composent de scories poreuses et de dolérites fort semblables à celles du Puy-de-Dôme, des cristaux de labradorite grisâtre, d'olivine jaune et verte, d'augite noire sont parsemés dans l'épaisseur des laves.

DIRET ET-TULUL et SAFAH.

A l'est de la plaine de Damas, qui se termine par le lac marécageirx de Bahret el-Atèbe, se prolonge du sud-otiest au nord -est un étroit passage désert à bon droit redouté pendant les époques de trouble politique et de brigandage : c'est le Derb el-Ghazawat ou le « Chemin de la Razzia ». Cette dépression est la limite précise d'un autre champ volcanique non moins remarquable que le Hauràn et qui, d'après l'opinion de Wetzstein, aurait encore été dans sa période d'activité à des âges historiques plus récents, tant les laves ont de fraicheur et d'éclat. Cette contrée d'éruption ou Trachone oriental, n'a pas de nom général dans le langage populaire, mais les géologues ont fini par s'accorder en le désignant par l'appellation arabe de DiRET ET-TuLUL « le pays des Monticules ». Le très grand nombre des petits cônes d'éruption, dispersés sur un très vaste plateau de laves trachytiques, porte les géologues à croire que le foyer commun de toutes ces scories se trouve à une faible profondeur et que son volume primitif limité, de toutes parts, a été facilement épuisé. [A. STUEBEL.]

Les petites élévations qui parsèment le grand épanchement de lave à la hauteur variable de quelques dizaines de mètres jusqu'à 200 mètres ou davantage, n'ont point toutes la forme classique du cône régulier se redressant vers un piton central et se creusant au sommet d'une

ASIE ANTERIEURE

coupe régulière. Quelques-unes des hauteurs ont l'aspect d'une longue boursouflure déchirée au sommet, ou sur une de ses faces; d'autres ressemblent à des coquilles d'œuf jaillissant du sol et diversement rompues sur leur pourtour. Wetzstein explique ces formations par la naissance de véritables pustules ou ampoules pleines de gaz qui firent explosion au-dessus de la surface. Nulle part ces restes de bulles n'ont projeté de pierres ni déversé de lave; on remarque d'une façon ti'ès nette que ce furent de simples poches à gaz.

Mais la partie la plus remarquable du Dîret et-Tulûl est celle que nous présentent les Kiyan (au singulier Ka ou Kra) que l'on remarque surtout dans la partie méridionale de la contrée. On dirait que la masse de la substance épanchée a fait retrait çà et là, de façon à ménager des espaces intermédiaires, des vides de dimensions inégales ayant en moyenne de 5o à loo pas de largeur, mais se développant en

iXaprèsWeixsteirv.

Fig. I

longues sinuosités, jusqu'à des kilomètres de distance : ce sont des retraites où les brigands, parfois aussi des révoltés et des opprimés trouvent un asile absolument sur; nulle force armée n'oserait les

SYRIE DIret et-Tulûl, Safah

poursuivre dans cet âpre labyrinthe : c'est pour cela que les bandes assyriennes, et toutes celles qui leur ont succédé dans la domination du pays, voyaient surgir de terre des flots de rebelles, aussitôt après leur passage. Les sentiers passent au-dessus du dédale entre les précipices; quelques-unes de ces parois étroites sur lesquelles on s'avance en tremblant semblent n'être que de simples lamelles de verre, rouges ou noirâtres.

La falaise sud-occidentale du Dîret et-Tulùl, composée de couches de lave s'étant arrêtées à peu p#ès à la même distance de leur lieu de sortie, est désignée sous le nom de Waàr à cause de la nature poreuse de ses laves. Les indigènes font d'étranges récits sur ces falaises mélangées singulièrement d'une argile jaunâtre qui ressemble à de gigantesques ossements [BURTON] : on dit qu'en cet endroit les enfants d'Israël ont été « pétris dans le rocher ». [Wetztein.]

La butte que les Bédouins signalent comme digne du premier rang est

El-Akir, centre géométrique du massif; on l'appelle aussi Cheikh ct-Tulùl, le « chef des Monticules ». Au nord-est s'élève la

Um-el-Ma^ze, ou la «mère delà Chèvre», presque complètement isolée. Les diverses buttes, vues de ce cône central, présentent toutes, dans la direction de l'est, une sorte de « queue » formée par la poussière que le vent régulier de l'ouest arrache aux parois du volcan pour la déposer à la surface du plateau [BURTON]. Au nord, le promontoire extrême du massif est le

TulôSU^wa. A l'est c'est le

Mekhûl, ou r {( Œil noir ». Au nord-est se dresse le

Rigm-el-Mara, pris généralement comme lieu de passage entre le Dîret et-Tulûl et les grandes plaines volcaniques du Harra. Les Bédouins Chtaye en utilisent les pâturages étendus. Au sud-est la pointe la plus saillante du pays est

Li'ESd Durs ou Ed-Zirs, la a Dent », ainsi nommée à cause de sa orme escarpée. A sa base occidentale la fontaine d'Umm-Niràn ou « Mère du Feu » s'échappe d'une grotte de basalte, versant une onde fraîche que l'été même ne parvient pas à tarir [BURTON].

Le Safah proprement dit groupe ses pitons au sud du Dîret et-Tulûl,

— qi —

ASIE ANTERIEURE

dont il est séparé par une petite dépression de pâturages. Le plateau sur lequel se dressent ses bouches d'éruption est moins élevé en moyenne d'un peu plus de loo mètres que le Dîret et-Tulûl, mais les volcans y ont une saillie plus forte. L'ensemble des coulées, qui recouvre une superficie d'environ 3oo kilomètres carrés, paraît de loin presqu 'horizontal, grâce à la fluidité des laves qui se sont épanchées suivant une f>ente presqu'indécise [A. Stuebei.] ; mais les cônes ont grand air et les Arabes les comparent, bien qu'ils soient au nombre d'une dizaine, aux doigts d'une njain se redressant vers le ciel. Le Safah est la u montagne Nue ». Chaque coulée ressemble à un lit de fonte, hérissé d'énormes boursouflures par l'explosion des gaz. La formidable région, où ne se sont hasardés que de rares voyageurs, apparaît encore aujourd'hui telle qu'elle était à l'époque de sa formation. Ses coulées de lave brillent comme du métal fondu'; du flanc des cratères semblent s'épancher des torrents aux flots noirs et rouges ; des arches jetées d'une roche à l'autre paraissent comme figées au-dessus d'un fleuve brûlant. La rangée méridionale présente un aspect véritablement effroyable : en abordant ces montagnes, on se demande si le feu n'y couve pas toujours. Les bords de quelques volcans sont hérissés de laves floconneuses semblables à des flammèches et diversement inclinées, comme sous l'effort du vent; il est probable qu'elles se déposèrent en arborisations légères et qu'elles se sont, en effet, recourbées sous l'impulsion des courants aériens.

Presque tous les cratères du Safah s'ouvrent, non au sommet des cônes épars sur la noire surface du plateau, mais dans l'épaisseur même des laves. Partout on voit des gouffres arrondis semblables aux vides formés par les bulles de gaz dans les scories ; mais ces vides ont jusqu'à 3oo mètres de largeur et 20 à 5o de profondeur. Les uns sont isolés ; d'autres sont tangents ou bien séparés seulement par des murs étroits, simples parois de verre rouge ou noirâtre.

Dans ce a morceau d'Enfer » les bouches du Tartare souterrain, les « gefâgifs))^ sont vraiment innombrables; ce sont autant de chaudières dans lesquelles bouillonnait la pierre fondue. Des scories formant un ourlet extérieur à ces Kilauea en miniature, prennent souvent l'aspect d'écorces, comme si elles avaient fait partie d'un tronc d'arbre dont la masse centrale aurait disparu [Wetzstein].

Sur le Safah la seule végétation est celle des lichens blanchâtres qui s'attachent au basalte. L'eau qui tombe sur les scories et les cendres

— (Vi —

SYRIE Safah, Harra

se perd dans les interstices et ne reparaît qu'à la base des laves, au contact des argiles çà et là transformées en roches cristallines par la chaleur des matières ignées.

Le géant du Safah est 1'

Abu-Ghanim, haut de SyS mètres, composé de laves un peu moins fluides que celles du plateau qui lui sert de socle : de nombreux cônes de très faible saillie se pressent autour de lui. Au sud le

Snetaa n'est qu'un squelette de volcan ; les parois extérieures du cratère se sont partiellement écroulées et la cheminée supérieure, soutenue par quelques piliers, reste suspendue au-dessus d'un abîme ; de minces lames de verre, des stalactites de lave frangent la surface d'arrachement.

Tell es-Safah, au centre du massif, est désigné de loin comme le doigt médian de la main formée par le Safah, tandis qu'au sud le

Khnesir est désigné comme le petit doigt. Quelques Arabes habitent temporairement les dépressions du Safah après les temps de pluie, mais s'enfuient dès les premiers jours de chaleur.

Au sud-est du Safah, le Ruhbê, contraste délicieux avec l'Enfer de la montagne voisine, est un véritable Paradis arrosé par quatre ruisseaux qui pendant la saison d'hiver s'unissent en un lac charmant. Pas un arbre ne croît dans cette plaine fertile, entièrement consacrée à l'agriculture, bien que les indigènes n'aient pas un seul instrument et ne labourent point le sol. La récolte naturelle provenant de la simple semence dans la terre féconde, produit en moyenne 80 et même 100 fois le grain qu'on y a jeté. Le produit de la moisson est porté par les indigènes sur un champ de lave où se fait le travail de battage.

La grande plaine monotone du

Harra, qui s'étend au sud de la Trachonitide orientale, est aussi un H pays brûlé » : il se compose principalement d'une mince couche de basalte découpée par le retrait en d'innombrables dalles ayant en certains endroits une régularité presque géométrique. Les petits cailloux et graviers qui s'arrêtent dans les fissures contribuent à donner à l'ensemble une apparence artificielle de carrelage véritablement étonnante.

ASIE antp:rieure

Ailleurs le Harra est entièrement formé d*un sable noirâtre tellement meuble qu'on peut le dire presque fluide et que les animaux risquent de s'y enliser. Le Harra fait déjà partie du désert qui s étend vers les bouches de TEuphrate. Cependant les nécessités du commerce entre TEuphrate et la grande dépression syrienne ont justifié l'établissement dans cette contrée de postes commerciaux et militaires : les archéologues y étudient de nombreuses ruines à statues et inscriptions [Graham].

D'âpre WeUsttin ( I ) •

Pis. -j

(i) Cette gravure montre l'aspect régulier des dalles du Harra tormées!par le basalte.

LIVRES

Carl Ritter. Die Erdkunde, vol. XV, XVI et XVII, Berlin, i85o-55, contenant le résumé des ouvrages importants parus avant leur composition.

MOLYNEUX. Expédition to the Jordan and the Dead Sea, Journ.of the Roy. Geogr. Soc. Londres, 1848, vol. XVIII, p. 104.

F. Lynch. Narrative ofthe U. S. expédition to the river Jordan and the Dead Sea. i volume. Londres, 1849. •

Le même. Officiai report ofthe U, S. expédition to explore the Dead Sea and the Jordan. Baltimore, i852.

De SaulcY. Voyage autour de la mer Morte en 18S0-S1. Paris, i853, 2 volumes avec atlas.

Le MÊME. Voyage en Terre Sainte, Paris, i865, 2 volumes avec esquisses topographiques et plans.

L. Porter. Fiveyears in Damascus, with travels and Researches in Palmyra, Lebanon, etc. Londres, i855, 2 volumes.

G. Rey. Voyage dans le Hauran et aux bords de la mer Morte en j85y et i858. i volume.

Le MÊME. Essai géographique sur le nord de la Syrie. Bull, de la Soc. de Géogr. de Paris, avril 1873, p. 337.

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Le même. Mittheilungen tiber Haurân und die Trachonien, Même revue, 1859, p. 265.

Le même. Reisebericht iiber Haurân und die Trachonien 1860, Ouvrage très remarquable par ses observations consciencieuses sur les Trachones.

ROBINSON. Physical Geography of the Holy Land, Londres, i865.

V. GUÉRIN. DescHption géographique^ historique et archéologique de la Palestine (Judée). Paris, 1868-69, 3 volumes avec cartes. (Samarie), 1875. (Galilée), 1880.

L. hhKYET. Essai sur la géologie de la Palestine.., Paris, 1869, et Annexes des Sciences géologiques. Paris, 1872, t. III, art. n^ 5.

Le même. Note sur la formation du bassin de la mer Morte j etc. Bull, de la Soc. géologique de France, 2« série, t. XXII, p. 420.

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O. Fraas. Drei Monate am Libanon. Stuttgart, 1876.

De Luynes. Voyage à la mer Morte, à Petra et sur la rive gauche du Jourdain. Paris, 1876, 3 volumes avec atlas. Un groupe de savants accompagnait l'explorateur : Mauss, Vignes, Lortet et d'autres. Lortet fit la troisième partie de l'ouvrage, se rapportant à la géologie.

Conder. Tent Work in Palestine. Londres, 1879, 2 volumes.

Le même. Heth and Moab. Exploration in Syria... Londres, i883, avec cartes.

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Le même. Grund^uge der Géologie und physikalischen Géographie von Nordsy rien, Berlin, 1891.

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M. VON Oppenheim. Zur Routenkarte meinerReise vonDamascus nach Bardàd im i8ç3. Petermanns Mitteilungen, 1896.

A. Stuebel. Das Nordsjrrische Vulkangebiet Diret et-Tulùl, Haurân, Dschebel Mâni und Ds-chôlân.,. Leipzig, 1903.

A lire également les nombreux articles, d*un haut intérêt, de la « Palestine Exploration Fund », ceux de P. Krusch dans le Zeitschr. fiir prakt. Geol. Berlin, 1897, de L. FlNCKH et de W. POTZ dans le Zeitschr. der deutsch. Geol. Gesells. de Berlin.

CARTES

(% Palestine Exploration Fund » a publié dans ses travaux d'excellentes cartes.

Gelis. Carte du Liban, d'après les reconnaissances^,, du corps expéditionnaire de Syrie en 1860-61 : au i : 200.000.

Rey et Thuillier. Orient, Syrie et Palestine au i : Soo.ooo. Cette carte accompagne l'ouvrage de Chauvet et Isambert.

KlEPERT. Spe\ial-karte des Turkischen Arméniens: au 1 : Soo.ooo.

BIBLIOGRAPHIE

Des cartes intéressantes du Djebel Haurân et des volcans voisins accompagnent les ouvrages de Wetzstein et de Stùbel.

H. Fischer. Karte des Dschebel Hauran und der benachbat-ten Eruptionsgebiete : i : 400.000. Leipzig, 1890.

Stûbel a préparé pour le Grassi MUSEUM de Leipzig une série de vingt-six cartes et gravures du Haurân et les régions voisines.

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