LA COLONNE DE FUMÉE
Ali moment où le volcan déploie Timposanl et lerriitle appareil de ses forces, nne niasse énorme de fumée s'élève de la bouche. Elle en sort avec une impétuosité extrême, grâce à la résistance que la lave incandescente oppose à la sortie des fluides aériformes qui se dégagent dans le gouffre embrasé, et qui tendent à s'épancher dans l'espace.
Les gaz carbonique, sulfureux, hydrochlorique, et surtout la vapeur d'eau, entremêlés de cendres volcaniques, constituent cette énorme colonne de fumée, cet impétueux torrent qui s'élance des entrailles du volcan à une hauteur de plusieurs centaines, sinon de plusieurs milliers de mètres.
On donne le nom de cendres volcaniques aux matières pulvérulentesqui sortent en masses considérables du cratère, en même temps que la vapeur aqueuse. Ces poussières, toujours accompagnées de pierres d'une grosseur variable, que l'on appelle, suivant leur grandeur, ou scories volcaniques, ou sables,
iiu ;y//>j7/(, sont généralement d'une couleui' noirâtre; ellesdoivent leur origine à la fragmentation de la matière laviqup, nu violent, frottement que subissent ces pierres et qui réduit en poussière celles qui, étant les moins dures, offrent une moindre résistance. Chassées du cratère parla force d'expansion lies gaz qn"il rciifenui', ces matières restent plus du uKiins longtemps suspendues dans les airs, où elles forment d'épais nuages qui s'étendent au loin, plimgent parfois la contrée dans de profondes ténèbres, et sont emportées par les vents à des distances prodigieuses.
I^es jets de cendres sont quelquefois saccadés, violents et Inniultneux. Ils se succèdent alors avec une tell^ fréquence que les cendres d'une éruption sortent de la bouche du volcan, pendant que celles lancées par l'éruption précédente, sont encore en l'air ou retombent: dans ce cas, la lianleur à laquelle les pierres s'élèvent n'est pas ordinairement foil considérable; mais d'autres fois ces jets de cendres deviennent très-volumineux.
Dans la grande éruption du Vésuve de 1774, aussitôt après (|ue la lave cul cessé de couler, les éruptions de cendres commencèrent et dui'èrent j)endanl plusieurs jours. On voyait à chaque instant sortir du cratère un amas démesuré de cendres qui remplissait toute la bouche immense. Cette énorme colonne de iumée s' élevait à une grande hauteur, et se dilatant dans Tair, elle formait comme une autre montagne qui paraissait plus grande que celle qui l'avait vomie '.
' Breislak.
r.r. LES VOLCANS.
Il'aiilres fois, les jets de matières pulvérulentes sont tranquilles, isolés, et forment avec les nuages de vapeur d'eau une éruption continue. An lieu de jets qui se succèdent les uns aux autres, on voit alors une colonne de fumée immense et d'un diamètre égal à celui de la bouche du volcan. Braccini, eu relatant l'éruption du Vésuve de 1G31, dit que la hauteur de la colonne qui sortait de la houclie du volcan, prise de Naples avec un quart de cercle, dépassait douze mille pieds.
Lorsque l'impulsion communiquée par les agents souterrains, cède à la force de gravité, les cendres retombent sur la montagne et sur les contrées où la force des vents les a transportées.
An dire de Procope, lors de l'éruption de l'an 472, les cendres vomies par le Vésuve furent poussées jusqu'à Constantinoplo, franchissant ainsi près de mille kilomètres. Celles de l'Klna furent portées jusqu'à Malte, en 1529; en 1766, celles ihi mont Hécla couvrirent une étendue de près de cinquante lieues. L'éruption du Vésuve survenue en 1794 enveloppa d'épais nuages de cendres la Calabre entière. Toutes les îles de l'archipel de la Sonde eurent beaucoup à souffrir de la pluie de cendres qui accompagna la terrible éruption du Tomboro, eu 1815. Cet épouvantable cataclysme lit périr une grande partie des habitants de l'île de Sumbawa, dans laquelle se trouve le volcan. Quant à la ville de Tomboro, située à la base de la montagne, elle fut complètement détruite. Les cendres s'étendirent dans un rayon de plus de trois cents lieues, et parvinrent rapidement jusqu'à l'Ile de Sumatra, ijui est éloignée (lu vi)l<-au ciimme le mont Khia Test dr lianijinurû.
MONTAGNRS VOI.CANI Q I' K S. 137
Il 110 faut pas s'ôtonner de la rapidité avoc laquolle cos ('■iKinncs agglomérations de cendres sont entraînées à de grandes distances, cai- la vitesse du vent peut atteindre jusqu'à vingt-neut lieues par heure, et le sonflle de l'ouragan est d'une incalculable puissance.
Ce phénomène prend des proportions gigantesques dans les éruptions des grands volcans de l'Amérique et de l'Asie. Les hahitantsdela ville de Quito ont été obligés d'éclairer la ville en pleinjourchaqne fois que leFichincha,leur terrible voisin, est entré en fureur. Parmi les volcans si petits de l'Europe, le Vésuve est celui qui a offert les plus remarquables exemples de ce merveilleux phénomène. Dans l'éruption de 1<S22, qui dura pendant douze jours consécutifs, les masses de cendres projetées furent telles que l'obscurité la plus profonde enveloppait tous les environs et qu'en plein jour on ne pouvait sortir sans lanternes. Olaffeu ' lapporte (|u"un fait semblable se produisit en Islande lors de la grande éruption de 1 766. Les ténèbres étaient tellement épaisses, dit-il, qu'à plus de cinquante lieues de l'Hécla les habitants ne pouvaient marcher qu'à tâtons, et cela au milieu du jour. On cite même des cas dans lesquels l'obscurité fut si complète que les lumières les plus vives devenaient invisibles à la distance de quelques mètres. Le 1" mai 181*2, un nuage de cendres vomises par le volcan de l'Ile de Saint-Vincent couvrit l'île de la F'arbade, éloignée d'une vingtaine de lieues, et y répandit une obscurité si complète qu'à midi on ne pouvait aperce-
' Olallen. lieisf iturcli Islmiil.
voir, ni les arbres près desquels on se trouvait, ni même nn mouchoir blanc placé à une petite distance des yeux.
M. Vauquelin nous a laissé une analyse assez exacte des cendres vomies par l'Etna en 1822. Ces matières, d'une couleur gris foncé et d'une ténuité assez grande, contenaient une forte proportion de silice, de sulfate de chaux, de sulfure de fer et d'alumine; la magnésie, le carbone, le cuivre et le soufre y figuraient aussi en quantités notables.
Les cendres volcaniques sont rarement sèches, quoique rejetées à l'état incandescent. La vapeur d'eau qui sort avec elles du gouffre embrasé les pénètre, de sorte que, lorsqu'elles tombent à la surface du sol, elles peuvent former, par leur agglomération, des amas souvent considérables.
La qiiauli lé de cendres que, dans ces circontances, un volcan l»('nt rejeter, surpasse tout ce qu'on peut imaginer. Quoique le Vésuve soit un des plus petits volcans, il vomit néanmoins, dans l'éruption qui eut lieu au temps de Titus, une si grande quantité de matières pulvérulentes, qu'elles suflirent pour ensevelir les villes de Stabies, de Pompéi, d'Herculanum el les couviir en quelques endroits d'une couche de plus de cent pieds de hauteur. Le Sangay, dans son incessante activité, a recouvert la contrée environnante d'une couche de cendres de quatre cents pieds d'épaisseur, et l'on évalue à plus de 300 millions de kilogrammes, le poids des cendres vomies, en deux jours, par le volcan de Bourbon.