‹ Les volcans et les tremblements de terreChapitre 9 sur 98 · LE COURANT DE LAVE · texte numérisé non relu

LE COURANT DE LAVE

Au moment où les commotions souterraines redoublent (l'énergie, la lave s'échappe avec effort des en I railles de la terre, et descend la pente du volcan. A mesure que le lorrent approche de la plaine, il accélère sa marche, il grandit, il s'élargit, et souvent il se transforme en une mer ignée qui entraîne tout ce ipi'elle rencontre sur son passage : maisons, forêts, champs, troupeaux, tniil disparail sous les flots de feu ipii s'écoulent incessamment du ((riir de la fournaise.

Plusieurs auteurs ont pensé que les laves commençaient à soilir du viilcan, a|)iès les cendres, et au moment où la crise se termine. C'est là nue erreur; car l'onlie dans hMpicl se succèdent les dilTérculs plK'iKiuirues de l'iTuplidu rsl I rèsvariable. Dans la grande commotmn du Vésuve en ITOi, les jets de (('iidii-s ni' siirliicnl de la liourlie embrasée i\\\r lurs-

int LES VOLCANS.

(|iic la lave, (|ui dans cette circonstance fnl la première opération volcanique, eul entièrement cessé de coiilei'.

Mais qu'est-ce que la lave? (l'est une niasse de matière miiKM'ale liijuérK'e ou l'onduc dans le toyei' volcanique el qui, en perdani sa haute température, prend la consislancc de la pierre. Lorsque la lave se refroidit, elle forme nue substance dure, compacte, le plus souvent sonore; communément de couleur grise ou noirâtre. Quoiqu'on ait donné le nom de lave à toutes les roches qui sortent des volcans sous cette forme de fluidité ii.;née, elles se composent de minéraux très-variés; elles diffèrent selon les volcans, et le même volcan ne vomi! pas toujours les mêmes laves. Les éléments dont se composent les laves sont généralement cristallisés sous les formes diverses de feldspath, de mica, d'olivine ou d'augite , de hornblende, de quartz et de fer titane.

Des observateurs doués de ce courage presque surhumain qu'inspire le goût de la science, se sont aventurés jusque sur les bords des abiines, d'où sortaient les torrents de feu, afin de jeter un regard scrutateur dans ces mystérieux laboratoires. Tous affirment que dans ces immenses fournaises, ils ont vu la lave dans un état de fusion et d'incandescence, comparable à celui qu'offrent les métaux cju'on soumet à l'action d'un feu intense.

Comme d'Ûrville, le célèbre architecte Soufflot s'était fait suspendre, en 1750, dans l'intérieur du mont Etna, à l'aide de longues cordes attachées au bord même du cratère : il vit la lave en t'-bullition ignée; c'est ainsi que la vit également

MONT A (i m: s vol. i; AMOIIE S. 103

Spallaiizaiii, lorsiin'iini' In'iitiuin' ir.niiu'es plus lard, il so |iciirlia sur Cl' iiHMiio "iOullVc, cl (Milciidit la lave iHiiiillii- dans la loiiniaiso. Lu (nèque auiilais, dont lo nom iimis ('•(■lia|)|u', s'i'laiil l'ail descendre sur un rucher ([ui s'iMevail dans le cialère du Vésuve, y vil an [iun\ de Tabiuie une matière qui liiinilldiinail. el sur laquelle voltiiioaiont des flammes bleuâtres. On se rajipelle que le chroniqueur Gonzalez Oviédo, aussi biPn que le frère Blas de Castillo, affirment qu'ils ont vu la lave en ébuUilion ignée dans l'eufer de Masaya, et ([n'elle ressemblait, à s'y méprendre, à de l'or en insinn. Bory de Saint-Vinceul, ((ui visita deux fois le volcan de l'Ile Boiirlion, et passa loule uiu' uuil sur les bords du cratère, vil dans ce gimtïre une masse de lave liquide, complètement incandescente, portée à la chaleur blanche, s'élevant et retombant alternativement. Plusieurs observateurs, el notamment M. Rolb, ainsi qiu- M. Charles Sainte-Claire Deville, décrivent la lave du cratère du Vésuve comme une masse bouillante et resplendissante.

De toutes ces observations, il résulte que les laves, au moment où ellesvont dégorger des entrailles du volcan, se trouvent dans un état d'ébuUition ignée, qu'elles possèdent alors une fluidité considérable, et sont pénétrées d'une intense chaleur.

Mais en est-il absolument de même lorsque, ayant brisé tons les obstacles, la lave s'est épanchée sur le flanc de la montagne, et pousse vers la plaine ses flots redoutables? Examinons de plus près le courant embrasé, el observons avec quelque soin les curieux phénomènes qu'il présente.

106 LKS VOLCANS.

Pendant le jour, le niingo de vapeur el de fumée blanche qui enveloppe le courant, et qui s'étend sur le flanc de la montagne, permet seul d'observer le mouvement de la lave. Mais pendant la nuit, ce nuage est d'un aspect saisissant. Alors il a l'éckt du feu, et lorsque le torrent enflammé descend impétueusement la peiilo du volcan, et retombe en cascade du haut de quelque jirand rocher, le spectacle est d'une incomparable grandeur. Tel fut le phénomène magnifique qu'offrit le torrent de lave qui sortit en 1855 du cratère du volcan deMaunaloa, et coula pendant onze jours sans interruption, du haut d'un rocher de cinquante pieds; tel fut encore le spectacle qu'offrit le volcan de l'ile de Lanzerote, lorsque la lave qu'il vomit se précipita dans la mer d'une hauteur de neuf cents pieds, formant ainsi une cataracte de feu dont la grandeur surpassa tout ce que l'imagination eût pu concevoir.

Au reste, rien ne saurait donner une idée exacte de l'émotion qu'on épi'ouve en contemplant pour la première fois un courant (l(> lave, alors même qu'il ne s'élance pas violemment des entrailles de la terre.

Lorsque Spallanzani visita le Vésuve, en 17(SS, le volcan avait eu une crise quelques mois auparavant; et quoique la l;iv(' ci'it (l('j;'i cessé (h^ sortir des entrailles de la nioiitagne, ollecoulait et était encore incandescente, notauiiiienl au l'oiid dune caverne qui frappa plus particulièrement le regard du voyageur. Il s'en échappait une fumée ondoyante qui, portant dans les airs des reflets ardents, formait une splendeur rongeàtre qu'on apercevait à une g l'a ode distance. Quoique la lave eut

M u M A G N E s Vol.CAMQltlS. luT

(lébouclié par une issue assez étroite, elle avait occupé un espace considérable sur la ]>eiite de la montagne, et s'était divisée en plusieurs ruisseaux. Spallanzani tenta de marcher sur celle lave, dont la surface avail durci; mais la chaleur qui s"eii dégageait le força de se relirer avec ses chaussures brûlées, et il pul se convaincre que sous la croûte solide qu'clli' avait formée, la lave coulait encore ; un iielil inurnnire (|ui semblait sortir du sol, indiquait la présence de la lave liquide. A l'endroit où le torrent roulait à découvert, il avait vingtdeux pieds de front, et sa longueur s'étendait à une demilieue.

Si l'on compare cette lave avec celles que le Vésuve a vomies à l'époque de ses grandes éruptions, elle était certainement peu considérable. Cependant la vue qu'elle oiTiail fit une impression profonde sur Spallanzani, qui voyait pour la première fois la lave en mouvement. « Lorsque je voyageai en Suisse, ilil-il, je fus frappé de l'a.spect majestueux de ses montagnes, des neiges immenses qui les couvraient, et de leurs pics de glace qui s'élevaient jusqu'au ciel. Mais ici l'impression fut plus vive à la vue de cette lave qui ressemblait à un lleuve de feu... Sa .superficie .se gonflait de tumeurs qui naissaient et disparaissaient à chaque moment; je pouvais m'en approcher à la dislance de dix pieds ; la chaleur que j'éprouvai était très-forte; mais elle devenait intolérable quand lair se portait vers moi, après avoir traversé ces torrenis embiasés. J'y lançai quelquefois des morceaux de larve durcie ; ils laissaient toujours un très-léger creux qui marquait l'endroit de la cliiili' ; le son (ju'ils rendaient était seiiililalijt' à ci'lui

(le deux |iien"os (|iii s"('iiln'-cliO(|iionl, fl ils siiivaieiil, en siiinagoaiit, le lil du couranl. Son plan laisait avec l'Iiorizon iiii aii^lc (le i"> degrés, et il parcoiirail par iniiiiilc un espace (!c (lix-liiiil ]ne(ls. Un peu plus bas, le torrent charriail de grosses plaques, d'un rouge pâle, qui, se froissant 1rs unes contres les autres, rendaieiil un Itruit confus. En observant avec attention tout cequis'offrail à moi, je reconnus bi cause (b' la diversité de ces apparences. La lave sortie de la leir(> perdail une partie de sa fluidité par Vinipression de Pair IVoid ; elle cédait Irès-peu au clioc des corps solides. (lelte perte, dans le principe, n'était pas telle qu'elle l'empécliàl de couler à sa surface ; mais le refroidissement de la coucbe supérieure opérant peu à peu un retrait inégal dans ses parties, la divisait en tablettes qui seraient restées inunobiles si la couche inférieure n'eût conservé sa fluidité : phénomène en tout semblable à celui qu'offrent les rivièi'es lorsqu'elles cbaii'ient des glaçons. Plus loin, le lorrenl coulait non-seulenieiil sous ces tablettes de lave ligée, mais sous des luullitudes descories, etce linnullueux amas de matières flottantes roulait sur la (i('(!i\ité de la nujutagne plus ou moins rapi- (leiiieiil, selon rinclinaisoii du plan. Dans un eiidrnil, le sol (■(tup('' à pic, à une hauteur de ilix à douze jjieds, donnait lieu à une cataracte étonnante. Parvenu à ce point, le torrent se jiri'cipilait avec fracas en foiinanl un très-gi'aiid voiled'un rouge très-pàle ; il contiiuiait ensuite à couler (-(OunK^ auparavant. »

On vient de voir (juc le coiu'ant observé par le naturaliste

MONTA cm: s V(ii.i;a.mui;i;s. iint

ilalirn si- cinisdlid.iil ;iii ciiiilacl de I ;iii' cl s(' ciuivrail de scorii^s. (!('ll('s-ci soni les parlics de la laxc que les i;az ou la vapi'iir ijui circulciil dans le couraiil i^iu', oui iciidiics plus iKireusos cl plus 1('"i;('t('s, ou ipii ioriuros dans le j^oiil- IVc luriuo du volcan, ainsi ([uc le jiensciil plusieurs naturalistes, sont ensuite entraînées par le torrent de lave et repoussées vers la sui'i'ace, à cause de leur inoiinlre L;iavité. Toutefois, ces laves ne sont [)as toujours ('■^aleiuenl (diarj;ées de scories, el celles du Vésuve, du Mannaloa ci de (\\nA- (jucs autres v(dcans, eu sont (pielquelbis entièrenu'iit privées. La vajieur (pii se trouve eni^ai^ée dans le torrent, s'i'-levaul à la surlace, brise parfois l'enveloppe durcie qui reconvi'c la lave lluide ; elle lance an loin les scories, elle a^ile la surlace du torrent, et produit sur une [X'tile ('■cludle. les phi'nonn^nes qui ont lieu à l'oiilice principal. Ou a|)|ielle (les fiuiicroleSj ces soupiraux qui laissent échajiper la vapeur dont est pénétré le ruisseau de feu.

Par les crevasses qui se trouvent dans la croule dont est couvert le torrent, la lave incandescente jaillit parfois, el se coagule à son tour, tandis que la vapeur éclia|»pe avec bruit des soupiraux. Par l'énergie de ce dégagement, et par le niouvenient irn'gulier de la matière qui coule dessous, la surface des laves se brise en dalles gi'ossières et anguleuses, ce qui la fait ressembler aux rivières gelées, où la glace épaisse, brisée par b^ mouvement des Ilots, esl eniboitée en unisses infornn's'.

' l'iiiilcll-Scrope.

ilO

LES Vdl.CAiNS.

Tel L'sl r;is|i('(i de ces iiiiniense.s rliaiii|is de lave (jne l'on voit en Islande, lel esl, celui des lorrents vomis par l'Etna, par le Masaya, par le volcan de T(''nérin'e, par d'autres volcans, surl'accs rugueuses, tourmentées, qui présentent à l'imagination l'idée d'une mer orageuse (pii se serait solidiliée inslautanémenl. Pans les républiques liispano-américaines, on appelle ces champs de h\e mal pais (mauvais pays), à cause de leur aridité et de leur aspect sinistre '.

Cham|i de lavo de l'ili'cla.

11 est pr(d)al)le ([ue les immenses traînées de blocs que l'on observe sur les pentes des volcans de Havai et de l'Amérique méridionale, ont une origine semblable. Le professeur llaiia, des Étals-Unis, représente le plateau du Maunaloa comme un

' l>es li:iliitaiits i\e la it'yioiL li'itilo i\o l'Etna appclleiil leur;, cliaiups de lave sciarra, l't les habitants de l'Auvergne désignent sons le nom de cheires les torrents de lave vomis parles volcans, anjouiiriiui éteints, de leur beau pays.

M(i\ta(;.m:s volcamou i:s. m

clianij) couvert Ac bloos de lavi- de huiles loriiies el detoiiles dimensions, depuis la grandeur (l'un liiiisseau jusqu'à celle d'une maison, et le eapitaiiie Wilkes, dans la relation qu'il a laite de son uu'iuiuahle voyage d'exploration, coiupare ces niasses de lave à des statues colossales de vingt à vingl-cinq juedsde haut '.

Lorsque le voUau u'esl pas très-élevé, les masses liquéfiées |iar la chaleur iuti'rieun^ uuiuteul jusqu'aux bords du cratère, et s'épanchant au dehors, coulent sur les flancs de la montagne. Mais, le plus souvent, agitées par un mouvement intestin, elles rompent les parois de la caverne où elles se sont formées. On conçoit, eu effet , que cette masse énorme, dans laquelle circulent nue foule de gaz et de fluides élastiques, exerce une pression incalculable sur les parois de la montagne. A mesure que s'élève la colonne incandescente, la pression augmente ; avant que la lave ait atteint les bords du cratère supérieur, les flancs de la haute montagne cèdent parfois, et le torrent de feu s'échappe avec violence des entrailles de la terre.

Le petit volcan de Stronilioli, ({ui n'a que deux mille sept cents pieds de iiauteur, vomit perpétuellement des laves par le ciatère du souiiuet ; mais dans le Vésuve, qui est d'un millier lie pieds plus élevt'', ou voit déjà la lave sortir fréqueinment des flancs de la montagne. C'est ainsi, qu'eu 17S(S, la lave en sortait à quatre cents mètres environ au-dessous

' Charles \Vilki;.-, Sarralivc of tlic Uniied States e.rploring t\tpcditio/i.

H2 Li:S VOLCANS.

(lu cralrrc. Aiilimi' de l;i lioiiflie |Kir l:i(|U('lli' l;i iiiiiliriT oiiibrast'C s'éUiil rpaïU'lK'c, s'oiiviirenl plus de soixaiilc soiij)inmx ; cl le soi s'imprégna d'une si furte clialeur, que i"(ui ne pouvait y tenir le pied que pendant quelques secondes. A l'épixiue d'une autre éruption de ce volcan, c'était en 17!)4, la lave lit dans le ilanc de la montagne une ouverture de deu.x mille trois cents pieds de longueur. Pendant la crise d(! 1700, l'effort que lit la lave pour sortir de la base du volcan, fut si grand, ([u'il forma cinq collines qui se sont conservées jusqu'à ims jours, malgré les fréquentes et violentes commotions qui ont bouleversé la montagne.

Le plus souvent, des monticules de ce genre s'élèvent à l'endroit où les laves parviennent à rompre la montagne pour s'épancher au dehors. A cet endroit, il y a toujours un violent dégagement de gaz et de vapeur qui lancent des entrailles du volcan les scories, les cendres et toutes les matières incohérentes. Ces substances s'amoncclant autour de la bouche en même temps que les laves, Unissent par former autour de cet orifice des collines dont la hauteur augmente aussi longtemps que dure l'éruption. Ces collines, de forme conique, sont fort grandes, et souvent même elles prennent les proportions d'une monlagneconsidérable. On évalue à trois cents mètres la hauteur, et à trois kilomètres la circonférence d'une montagne appelée Monte-Ros.so, formée sur les lianes du mont Etna par la grande éruption de 16G9, dans le lieu d"où sortit la lave (|ui désola la contrée et porta l'incendie jusque dans la ville de Catane. Environ quatre-vingts de ces montagnes, formées par différentes (Miiplions.se trou-

M('.\ I Al. M. s VdiJ.AMnl KS. H"»

vciil sur l'KliKi cl se ilivssciil Miihuir du i;i''aiil ('oiiiiiic un i;roujH' il'eiiliinls.

0)1 a vu des laves douéos d'une iiiuliilili' qui [laraissait. égale à celle de l'eau, tandis tjue d'autres, au cuntraire, avaient à peine la fluidité néeessaire poui' couler sur la penlc du volcan.

Ln fait riui priiuve cuniliien est graude la llniilili' ([ue j)OSsède souvent la lave, est celui que rapporte Boltis, lorsc|ii'il déciil r('ruption dn Vésuve de 1771. Après avoir dit ennimeiit, près du lieu où le lurreut dégorgea, s'élevèrent à la Ibis quatre niouliiules, il (diserve qu'il y en avait dois de lornie conique, d'où la lave incandescente jaillissait paide petites bouches placées à leur sommet, semblable à l'eau qui, pressée dans un canal idinit, s'échappe dans les airs: les courbesque décrivait dans sa chute ce fluide entlamnié étaient de diverses grandeurs, et les trois monticules, qui jouaient à la lois, représentaient, en réalité, trois belles fontaines de l'eu .

Deux fois, Bottis a vu près de lui ce tluide enflammé sortir du Vésuve, et « fluer comme l'eau sourdit de terre et se répand çà et là dans les environs. » Le même historien raconte, que dans l'incendiede 17(37, ce volcan offrit pendant la nuit un singulier spectacle. De temps en temps on entendait bduillonner la lave; ou voyait ensuite une énorme quantité de matière liquide et très-enflammée venir sur les bords du cratère, les inonder, et se diviser subitement en petits ruisseaux de feu qui s'échappaient en serpentant le long de ses

lianes, et s'éteignaient an bout de quelques minulcs.lJ iioni' peindre rérnplion de 1779, cet inlaligable ol)servateur du Vésuve s'exprime en ces termes : « Telle qu'une liqneui' (|ui bout dans un vase, si un feu trop violent l'agite, elle se soulève et se répand au dehors : ainsi la lave di'versail de toutes parts, et se précipitait avec une abondance clïrayanle le long des parois extérieures du cratère. »

La rapidité de la coulée dépend non-seulenu'iil de l'iinjinlsion qu'elle reçoit de la nouvelle matière qui soit de la Iburnaise, mais aussi des circonstances du sol, et suilout de la lluidité que possède la lave au moment où elle dégorge.

La lave (jui soi lit du Vésuve, pendant l'érupticni de 1S05, était éminemment lluide. Melogranii ' assure que dans les quatre premières minutes, elle parcourut un espace de trois milles, quoique la conliguration du sol ne présentât point un [dan continué et uniforme. Ue Bueh, le célèbre géologue, (pii tilt témoin oculaire de cette éruption et en tit la description dans une lettre à sou ami, M. Pictet, dit ([ue le l'eu s'élança comme le vent, delà cime jusqu'à la base du Vésuve, que sortir du sommet et arriver au pied de la montagne, fut presque une même chose, et qu'ensuite il se dilata avec une incroyable rapidité. En trois heures, ce courant atteignit les bords de la mer à deux lieues en ligne droite de la cime d'où elle s'était élancée.

En octobre '1(S'22, M. Poulet t-Serope vit une lave descendre

' Melogrami, Manuel, de gcoloijie.

Kiiil le tliiiic (In AésiiV(\(lii ci'iilri'i' a l'cdauienliiia. en i|iiiii/{' Illimités, haiis iiiu' éruiilidu de ce même volcan, en 17(35, ;iii torrent (lo lave i-onlail avec une ra[ii(liti' >i pniiliiiicuse in'elle lut comparée par Hamiltmi à la vitesse de la rivière Severn, près de la ville de Bristol. Deux ans [ilus tard, le Vésuve vomit un torrent dont la rapidili' lui si i^ramlr. ipie les personnes qui lurent les témoins de l 'einpliuii curent à peine le temps de s'éloigner, etFerrara, le consciencieux observateur du mont lltiia, adressait à Spallanzaui la remarque suivante: « I.a lave (|iii descendil de celte montagne, eu I79"2, faisait presque un jias à clia(iiie piilsalion de mon pouls, ([ui est Irès-vii'. )j Eu l8i(), les laves du Maunaloa |iarciuiiiii-eiil eu deux heures un espace de six lieues eii\ iioii. Mais si les exemples (|ne rmi vient de citi'rsoni de nature à di''niiiiitrerla grande mohilité qu'ont soiivenl les tiuicnls de lave, d'antres faits non ukuii- reniai(pialdes ('■talilis>eiit (pie ces courants se meuvent aussi avec lenteur, lors((iie de nouvelles matières ne le poussent pas incessaminent en avant, ou que la pâte incandescente est très-visqueuse.

Tandis que certaines laves sont tluide.s cunime 1 eau, cl roulent leurs ondes embrasées avec une vitesse extrême, d'autres, au contraire, suintent languissammeiil du gouffre et descendent avec difficulté les pentes les plus rapides ; parfois même la conb-e se refroidit sur la pente sans atteindre la base. Unaud la lave sort des entrailles du volcan dans cet état visqueux et tenace, elle se coagule à sa surface aussitôt qu'elle entre en contact avec l'atmosphère. >ouveiit elle pro-

HO

(luit au-des.siis de l'orilicc ([iii lui (Ioiuil' issue des i-oloimcs et des nioiiLieiiles en l'orme de dùnie. Dans l'ile de llavaï, sur les pentes du Maunalua, (in en voit qui ressemltlenl à des bouteilles sjoantesques ou à des fontaines pétrifiées , et M. Ilaua assure (|ue (piehpn's-uiu's de ces collines, examinées par le capitaine Wilkes, le cliel' de l'expédition aniiMicaine, avaient une hauteur de cent pieds, jluberl, et après lui, Bory de Saint-Vincent, onl vu sur le volcan de Bourbon des collines dont les laves, pâteuses comme celles du Maunaloa, s'écoulaienl tranquillement du sommet de ces mamelons eu masses épaisses semhlableN à des câbles rouli's en spirales.

Simrce de la\e ilii \i;ili;iii ilo l'oiii Ijmii

M. l'oulcH-Sci'ope observa sur KKlna, eu lN'in,Nn(' cnulce sortie du \olcaii an ui(iiu> d('|iuis un au, cl qui marcliail au pas d'un iiièlre pai' heure. Klle ressenililail à un tas énorme de cendres ^rossièr(>s l'oulaiil sur elles-mêmes, et ce mouvement t'Iait accumpajinc' d'un liiiiil île craipieuM'ut nn-talliipu' causé par la coiilracliou de la croûte quise soliditiait.

MiiNI AGNES YOF.CAMO LES. HT

L'aspect de cette lave excluait tonte idée de fluidité. Ct cependant, dans l'inli'iitMir de celle niasse si inerte, oiiponvail encore apercevoir, iiciulant la nuit , un noyau d'un idugé sombre, et les crevasses laissaient échapper pemlaiil le joui une grande quantité de vapeur.

En octobre 1(S'22, une iiiaiide i-ouh'e de lave i\\\ Nt'suve avança à peine de six pieds par lieiiie. el Itohjniieu vil sur le mont Elua un lorri'nt([ni coulait depuis deux ans et (|ui, durant cette lon<;iie |ii''riode, ii'avail pas parcouru l'espace d'une lieue. In autre torrent, sorti de l'Etna, en 1614, se dirigea sur Handazzo ; pendant dix ans que dura cette terrible érujitiou. il eut toujours un faible mouvement progressif, el cependant il n'avança que de deux lieues.

Les curieuses expériences entreprises, en 1757, par les académiciens de Naples, sont, je crois, les premières qui aient été faites pour déterminer la chaleur des courants de lave.

Le toirent de feu, soiti du Vésuve, s'était arrêté près de Torie del Greco, el ipiolipie la lave eût cessé de couler loi'sque les natniali^tes napolitains conuuencèrent leurs ti'avaux, elle avait encore la couleur du fer rouge.

Les expi'rimeutaleui's posèreiil sur la lave un pelil ciuie de jiloiidi, du poids de ipiluze t;i-ammes. Eu moins de quatre minutes, il entra enlièremeiil eu fusion. Un mit eusuile nu autre morceau de plomb du même poids et de la luèiue forme, sur une pelle de fer rougie au cbai'bou : le métal, au

IIS LKS VOLCANS.

Iioiil (l(^ six niinnlcs et deniie, n'.ivait pas on en ro cniiinicnci' M se liquéfier, et ee fut seulement après sept niiiiiiles et deiiiie (|ii"il lui entièrement lundn.

On emplit tVe;\\\ nn vase de enivre que l'on plaça surceli( lave : an boni de trois minnies (die comnienea à Iréniir, e^ nne minute après elle bouillit à gros bouillons. borscpTon lil celle même expérience sur les cliarbons ardents, l'eau ne bonillil (pfaprès la cinquième miiuite.

Il convieiil d'observer (}uc la lave sur laqu(dle on lit ces expériences avait cessé de couler, el (|ue par c(Mis(''(pienl une |iartie de sa (dialenr s"(''tait dé'jà dissi|H''e. I,e l'ail suivant, ol)serv('' pendant celle niènn^ é'rupti(n) du Vésuve, di' mon lie mieux, ce semble, la chaleur des coulées de lavi'. Dans la directionqu'avait suivie le torrent, se trouvait lecouvenl des Carnu's; la lave ayant p('m''tré dans cet. édifice, réduisit en cendres les matières combustibles, avant mèuu' de les loucher ; elle fondit les verres qui étaient sur les tables du réfectoire, et les réduisit en une masse informe. Le prince (lassaim, ayant apjnoclié' de celle lave tlnante nn morceau de verre attaclu' à rextrémit(' d'un bâton, le verre s'amollit et s'allongea connue un lil.

Bottis raconte rpTun mois ajirès réruption du Vé'suve, eu 1775, s'('taulapproch('' ilii volcan, il vit une petite colline, envir(tun(''e d'um^ lave récente; dans cette colline il y avait n\\ gouflre d'où sortait nn bruit semblable à celui de l'iinile (pii commence à bouilli)' : ce murmnic était produit par les minéraux qui fondaiiml. I.a c haleur de celte lave était si intense (pie les pierres qm^ lioltis jeta dans

MiiNTAf-NES V(M,(; W'IOUKS. 110

le coiirMiil se r(iii{|ii-ciil au iioiiil (nrdlcs paraissaieiil lioiiillir commo la poix.

Fazollo, le cliroiiitiiicur sicilien, lacimlc t\uo lo 7 avril 1556, le v(Mil soufflaiil du sud, cl le jdut' ('taiil sui' son d('cliii, le soiuinct (lerEtuaso couvrit d'un uuai^c de fuiuce, au centre duquel ou vil briller niu' vive rondeur. Alors, el tout, à ciiup il se lit une vive (''ru|il ion |iar lecralèic; la lerre Irenil)la, el la iiKuilaf^ue l'ctentil d'un hrnit s(Milerraiu ; la lave, comme un Meuve de l'eu, se roula vers Forieut, lomi)a dans uu lac el li(|uélia un ^raud amas de |)ici"res qui s'y trouvait '.

On pourrait doulei' de rexaclilude de ce l'ait, observi'- à uiu' (■■po(|ue où la circonspection taisait parfois di'daul aux observateurs; mais aune époque plus rapprocln'e di^ nous, d'autres vovayeurs ont vu éi>alement la lave incandescente iondi'c les l'ocbes sur lesquelles elle se [irécipile.

I n l'ail de ce genre, et qui prouve combien est grainle la chaleur contenue dans les laves, a ('h'' olTert, en ITN,"», par ri'ruplion des laves du Skaplar Jokul, uu des volcans de rislande. Apiès avoir (h'cril la grande étendue de jiays (pu' ces laves inondèicnt , i'eiuianl , dans son ouvrage inlilidé Ir yitnl ihi r//()ic, dit que cet oc(''an de l'eu couvrit plusieurs C(dlines el lit tomber en li([U('raction celles (pTil ne put envelopp(^i' ; de -orle (|ue l'nii vil aliu's toute la surlace du pays

' « I\ caleiicl. ii|irilis. Ilato aiistro, et Mile ail oeeasum ver^'ente. nulles aira inonlis apiceiu operuit et iiiter eani rubor eniicuit ; tuni repente ex ipso cratère i:;iiei torrentis vasta vis erupit : paullatiinque in morluni flinninis, niaiino nionlis rnin'uinre, de terrre niolu deflueiis, in orienteni versus flescentlil, lacuni(|ue illa|>sus, Mia^nam ibi reperlaiii lapidum roniicrii-in liiiuefecit. "

l-iii LES VOLCANS.

dans un état de iluidilé luinianl un lac dont la substance ressemblait à un métal fondu et resplendissant.

La plupart des laits cités jusqu'ici tendent à démontrer que les courants de lave possèdent une température trèsélevée, alors même que cette lave ne serait pas dans un état (le fusion parfaite ou de fluidité extrême. Toutefois le degré de chaleur varie dans chaque coulée.

La lave du Vésuve de 1819 avait la couleur du fer chauffé au lilanc ; un 111 d'argent qu'on plongea dans cette lave fondit instantanément. Un morceau de zinc que l'on posa sur une autre lave, sortie du Vésuve eu iSoi), IVmdit après une luiinite et demie. En ISÔ^, (ui vil le lucrcure d"un thennoluètre entrer en ébuUitiou à quatre pas d'une coulée délave. Pendant la grande éruption de 1S55, M. Charles Sainte-Claire Dcville, pour estimer approximativement la chaleur des laves du Vésuve, fit pénétrer dans le torrent des fils de 1er, de cuivicet d'argent d'un demi-millimètre d'épaisseur ; à juger par l'altération subie par ces lils nK''talliqurs, la chaleur de t;elle lave ne pouvait pas dépasser 700 degrés.

A la vue de ces jets de lave se précipitant comme des fleuves embrasés sur les pentes du volcan, il scuibh' naturel de peiisiM- ([ueces laves se trouventdans un étal de mollesse (■(»niph''l(' et (le pai'faite li(|uidité. Ce])eudant on a maintes luis (li)serv('' que l(>s courants de lave, niènu' ceux (pii ruissclaiciil avec rapidité, offraient à la pression la résistaïu-e (pTaurail opposée une |)àte lourde cl à peine li(|ui(l('. Il y a luèiiir lieu de croire t\\\v la |ilu|(ait des laves, au nKiinent

MONTAGNES V 0 LC A ^' 1 QUE S. 121

(111 elles soriciil de la fournaise», ont iiiio liquidilé visqueuse, comparalile à celle des seories qui s'écoulent, dans les hauts rouiiieanx ni'i l'on n'dnit le 1er. Lorsque la lave, au lieu de déborder |)ar la grande bouche du volcan, s'échappe |iar une tissure lali'iale, (in dirait uiw niasse pâteuse (inOn luice à soilii- (In \as('(|ni la contient en exci'çant sur elle inn' pression t'oile cl continue.

On n';i pas oulili('', du reste, (pie les pierres que Spallanzaïii jelail sur la lave ([iii iKinilhninait dans le ci'atère de l'Etna, rendaient un son semblable à celui qu'aurait doiuu- le choc sur une matière ('jiaisse et pesante. Hanu'lton, en parlant d une lave du Vésuve qui parcourait un mille par heure, (lit (piil avait peine à y enfoncer la ]M)inte (Fnn bâton, et (|ue de grosses pierres qu'il lança contre elle de toutes ses forces ne tirent que s'imprimer légèrement dans sa surface, el surnagèrent emportées par le torrent.

Un autre observateur des volcans d'Italie allii me, ([n"en IVappanl avec un bâton sur cei'tains courants de laves, on les li'onve souvent si dures, qu'elles résonnent sous le choc connue des corps solides.

Hottis raconte qu'un de ses amis voulut estinu'r lallnidil('' (l'un ruisseau de lave du Vésuve qui coulait avec qnehine ra- |)i(lit('". Il prit uiu^ massue pour l'enfoncer dans la malière endM'as(''e ; mais, contre son atlenle. il la t l'onva si tenace, {\\io la massue |)nt à peine y pénétrer, (pioiepi'il la poussât énergiquenu'ut.

A cette t('Nia(ilé de la lave vient s'ajouter une autre pailicnlarih' non moins reniar(pialile, c'est (pie la pinpail des

inini'iaux dont est formée la lavo ne semblent jias avoir subi une fnsinn complète. Ils semlilent, an contraire, avoir passé à l'état (le lave sans s'être dénainrés, et sans avoir snbi ancnn cliiin^ement essentiel. Les explosions dn Stromlioli rejettent des cristaux d"anL;ile, el une grande partie des laves de l'Etna, dn Mannaloa el d'antres volcans, contiennent des substances cristallines liès-rusibles, et qni cependant se lidovi'iii dans tonte Icui' inlégrit*'- an sein de celle inalière lavi(|ii('.

holoiiiicii, dans son voyage aux ilesLipari, avail di'jà conslali'' des l'ails analoi^ues. Ayaiil observé' qne ccriaines laves son! en loni iiarlailenient semblables anx ro(li('s auxquelles elle- doivcul leur (ui^ine, il en conclut ([ue les l'eux volcaniques donnaient aux substances, soumises à leur aciion. uiu' nni(lil('' ipii n'alli'rait pas al)solument leur coiite\lui-e nalnrelle Kii |iailaiil des ci-islaux qui se trouvaient renfermés dans la lave de l'Khia, il ajoule (pu' le feu soulerrain agil sculeiiicul comme dissolvani, qu'il dilate les corps, el s"inli'oduii cnlie leurs nudi'cules de manière à les faire glissciles nues sur les autres, cl ipu', lorsipi'il se dissipe, il laisse les dinV'i-eiites sul)stam'es à ])eu ]»rès intacl(^s. i'.r naluralisle compare ce phénomène avec celui de l'eau dans la soluliou des sels, auxquels elle donne de la fluidité, o\ qni icdevieunenl solides par son éva|toralion. Il pensait (|ui' le l'eu des volcans produisait ses effets plutôt par la durée de son aciion. (pie pai sa grande énergie, el il faisail observei' que lesonfre. ((ui ne manque jamais dans les volcans, ]»rovoqu;iil la bipu''laclion des niiu(''r;iux, el devait élre considén'' comme le

MONTAT. NT s V 0 [, C A M 0 F F S. |2")

vi'liiciilo (|iii (Idiiiic aux parties solides île la lave la iiiujiilih' (Idiii elle est iloiii'-e.

(tii ne saurait nier (|iie ra|iei-cii du sagaco oliservalenr ne sdit iiipMiieiix. Cominoiit, en elTel, oxpliquer la nieliilili' et le rapide t''coulenient d'une matière épaisse et pâteuse, sinon par la prisenee dans celte pâte d'un corps éniineninn'iil llnid(\ et (|ui entraine dans son mouvement toutes les molécules (le eeite masse presque solide? Mais est-ce bien le soufre (jui en est le vi'hicule, connue le croyait le naturaliste IVaneais? Il serait diflicile de l'admettre, car la ipiantiti' de siuilVe di'eouverte dans les laves oiilinaires. est absolument iiisnllisante j)our éfayer une telle opinion.

Aussi, tout en admettant que, dans le plus j^raïul nondire de cas, la lave, à sa sortie du volcan, est composée de minéraux enveloppés dans une pâte (pii n"est pas à Tétat de fusion complète, croyons-nous que la fluidité ou la nioliiliti' de cette lave est due à un autre véhicule que le soufre liquide. .\vec M. Poulett-Sci'ope, nous cioyons que ce vidiicule ne saurait être que l'eau, ou plut(M la vapeur d'eau, dont la lave est si abondamment inqirégnée, et qui, dans toutes les éruptions volcaniques, joue un rôle prépondérant. Mais il y a ])lns : l'analyse cliiuiique a découvert (jue l'eau est une substance très-abondante dans toutes les roches cristallines d'oril^ine i^n(''e.(>n comprend, dès lors, que l'eau ileeristallisation qui se trouve engagée dans les interstices des uHdi'cules don! se compose la lave, en se transfoiinant en vapenr surchauffée par le calorique souterrain, dilate puissamment la matière,

lU LES VOLCANS.

désagrège les particules, et imprime à toute la niasse pâteuse un irrésistil)le mouvement d'impulsion.

Nous ne voulons pas nier que, dans un grand nombre d'»''ruplions, les laves ne soient sorties des entrailles du volcan dans un état de fusion et de fluidité complète ; ce serait nier une chose cpie la plupart des naturalistes admettent comme indiscutable, et que nos propres observations nous font considérer comme probable, nous dirons même comme certaine. Mais, d'autre part, il faut bien convenir qu'une ioulo de phénomènes justifient l'hypothèse de M. Poulett-Scrope, hypothèse qui permet aussi d'expliquer comment la surface de la matière incandescente peut si promptement se refroidir el coaguler. Au moment, en effet, où les laves sortent de la fournaise, la vapeur qu'elles contiennent et qui les rend fluides, s'épanche dans l'espace, ce qui absorbe une grande quantité de calorique et solidifie presque instantanément la surface du courant. Mais hi lave reste encore longtemps fluide sous cette enveloppe, laquelle arrête désormais l'évaporisation et conserve ainsi la chaleur dans la lave.

Cette enveloppe conduit si mal la chaleur qu'on peut poser le pied dessus aussitôt qu'elle s'est formée, et alors même (pic le courant de lave incandescente se voit encore à travers l(>s crevasses. (Test ainsi qu'un voyageur ayant {'\r voir i"(''iiipli()ii du Vésuve en 1754, un de ses guides s'ap- |iinclia (rune lave qui cheminait lenteiiieiit, cl la traversa cil coiiiaiii. Hamiltoii , lainbassadeiir anglais (pii ('tii- (ii.iil si passioiincineiit le Vésuve, iiioiilra le inênie coulage dans la grande (''luplioii i\i' I7'!l. Il se tniiivail avec un

M(>.\ I a(;.m;s vni.c amouks. 125

(le SCS (■(Mii|i.il ridics ;iii liiird d iiii lori'i'iil de Ijivc donl l;i iiiiirclic l'Iiiil ('Xfcssiveiuciil Iciilc, cl (iiii avail s(ii\;iiilc |iiciK de hlIL^cill'. I.cs rilllK'CS, les iicllIïi'CS (le clllllelll' (|lle lc\enl leiif .iiiiKiihiil en l'nee. iiicoumiodèiciil si luil les deux (discrv;i(eiiis, ([ii'ils allaient r(M(iiiriici- sur leurs jias sans avoir -alislait leiii- ciiiiositc, si le guide ipii iiiai(diail à leur l('le iiCùl |ir(i|)(isc de lra\erser ra|iideiMeiil la lave (dle-nuMui'. Coiuiue celui-ei eu douiia rexeuiple, llaniilldU le >uivil ainsi ([ue sou e(iiu|iaL;niin, et leus les trois lii-eul le ti'ajel sans en ressent il' d'an Ire ineouiiuodili' (in"niH' l'orle tdialeur aux pieds et aux jauilies'.

Par suite de rextrèuie lenleiir avee la([uelle la suiiare durcie d'un torrent laisse cclia|i|ier la elialenr, la lave (|ui coule sons celle enveloppe nigucuso peut l'ctenir sa liaiile leinpi'ialnre liniLïlcnipsaprès qu'elle est soi'tie des enlraille^ de la montagne. On n'a pas oublié que Spallanzani, ayant introduit nu liàlon dans les ouvertures d'uiu' lave vomie par l'Etna deiHiis onze mois, vit aussiti'd smi liàton fumer cl ensuite jeter des tlauinies. Hamiltou laissa tomber qu(dqucs morceaux de bois dans les lenles d'une lave, sortie du^^•su\e depuis li-ois ans cl demi ; dans l'inslanl ces morceaux de bois s'enllammèreiil, (pioi((ue la lave n'ei'it aucune conuininica lion avec le volcan, et que l'endroit où se faisait l'expérience fui éloigné de deux lieues delà bouclie dont celle lave l'Iail sortie.

En 17U4, brei-lak put s'assurer que la lave, sortie dii

' S|i;ill;iMzaiii. Voijuyes dans les Deiix-Siciles.

126 LliS VULCAiNS.

nioiil Kliia (Ml 171S7, iirliiil |i;is encore rel'roidie. L;i hive (lue ce volcan voiiiil on 1660 (■tait encore cliande linit ans après; on a vu d'anties lav(^s t'nmer encore snr cette montagne vingtsix ans après leur sortie de la Ixinclie volcanique. Chose plus étrange encore : on a vu d'anciens courants se ranimer et veconinR'iux'r à iiinier, et même à jeter des tlammes. lloliiniieu, ce grave observateur des plu'iioniènes volcan i([nes, cile une lave de File d'Iscliia, sortie en 1501, du cratère de Crémale, au pied du mont Epoméc, (pii produisait de la clialenr en 17Sj, époque à laquelle il l'observait.

La ([nanlité de laves (|ui sort des volcans est tellement considérable que l'imagination en est effravée. Breislak, un des meilleurs observateurs du Vésuve, a évahn'' la lave (|ui, en 1794, dégorgea de ce volcan, à deux millions huit cent ([uatre mille toises cubiques. Ces masses, bien que Ibrt grandes, ne sont rien, si on les com[)are à celles vomies par les autres volcans. Le courant de lave rejeté par le volcan de l'ile llourbon. en 1770, fut calculé à neuf millions trois cent cinquante mille toises cubiques, el celui de 1787 à onze mil lions sept cent mille toises. Un naturaliste sicilien mesura la long\n'ur d'une lavesorlie du liane septentrional del'Etna, et trouva qu'elle était de (piaraiile milles. Lutin, suivant la relation envoyée à la cour de Londres par Wilchensea, qui se trouvait à Catane en ItiliO, époque d'une des plus grandes érujitions de l'Etna, le courant de lave (jui lut alors vomi par ce volcan, s'étendit sur une surface de quinze milles de longueur et de sept milles de largeur. Mais une lave encore plus

siii|ii('ii;iiitf siiiis le raijpoi'l do sa grande extciisidii, csl celle \tmiie en 17S.~ par un des vulcaiis islandais donl plus juin nous enlreliendrcins nos leelenrs. Celle lave occupa une ('•lendue de viui:l lieues de loni; snr ipialre de lari;e, el la lianlenr jier|iendiculaire des cùlés iln couraiil était de N(l à lllO pieds; en scn'le ipi'elle submergea Ions les \ illai;es (piClle i-eiu-ontra sui- son passage. Dans riuli'rienr de llslande se trouve un antre champ de lave appelé Odà dà llranu, (pii a Mo lieiu's d'(''tendue; celte masse énorun' de lave a été vomie par les denx volcans Ilerdubreid et Trolladgynjnr.

La pluparl de- volcans ('laul situés prés de la nn'r, il ai'iàve rréipu'nnnent i[ue les courants se dirigent vers ses bords el coulent sons ses flots. Ou devrait s"attem:lre à voir des ohé-

immèiu's tnnndtuenx surgir du conflit entre la mer el ces énormes torrents de feu ; Inntefois, je ne sache pas (pi'on ail observé des commolions exiraoïiliuaires causées par le conlacl des tlenx élémenls. La lave (pii ravagea la ville de Calane, en lOGiJ, s'écoula dans la luei- assez |iaisiblemeiil, ipun(prelle y eût péuétri' à plus de cini] cents mètres an delà du rivage el qu'elle s'y lût précipitée en quantité sullisanlepour former le grand promontoiie de la Sciai la.

Toutefois, lorsque la lave se projette ilans la mer, sa grande chaleur, aussi bien que la vapeur surchanlTée qu'elle contient, se communique avec rapidité à l'eau; el l'on observe alors que la unn- se décolore snr une étendue cousidérable, el que les poissons meurent par suite de ce changement de température. C'est ainsi que pendant la crise du volcan de

li>8 LKS VdLCA.XS.

Liiiiccrolc, siliK' il.nis riici'Mii .Ml;nili(|iic, crise (|iii (liii-;i sans inli'iiii|ili(m priidaiil six imiu'cs, des lianes inuneiiscs de |i(iissiins iniiris vinrent éelioner snr la [ilage.

Lorsqu'un lorrentde lave n'est point doué d'une extrême llni(lil('', II' moindre obstacle snllil |i(nir en lalenlii' la |irogression. Un arbre, une poile, nn |ietit mur arrête le eonlaiil, el rien de pins saisissant (pu' de voir ce fleuve terrible dompté sondainement pai' nn si léger accident. En présence de l'obstacle, la lave s'accumnle el s'élève, n(m pas ponr le briser on le renverser, mais poni- le tonrner latéralement nn le Irancliir en cascade.

Si les Ilots de lave sont poiiss{',> en avant avec lorce pai' la nouvelle matière (pii sort du v(dcan, l'obstacle peut céder à 1,1 pression ; mais lorscjne la lave est |ien fluide et coule lenlement, elle s'accumule devant le unir, elle s'élève sans le loucher, jusqu'à ce qu'elle ail atteint une bauteur sullisaule [lour le IVanchir. C'est ainsi (|ih' l'on vit la lave de l'Etna, qui en 1609 atteignit la ville deCatane, s'arrêter devant le mur d'enceinte, haut de soixante pieds; elle s'amoncela devant l'obstacle sans le loucher, et enfin i-onla par-dessus en cascade de l'eu. Ce unir ne l'ut pas renversé et aujourd'hui encore, ou peut voir l'éncu'me arcade de lave « (pii se recourbe comme une vague sur le rivage'. »

Lorsipi'iuu' p(irl(Hle bois se trouve dans le unir devant le- (jnel un courant de lave s'est arrêlé, il airive généralemenl

' l'iiulftt-Scuiiio.

i|iiL' ci'ltr |i(iili' s"tMinaiiiiiic sons l'action de la clialciir cini rayon lit' iln coui'aiil ; alors ou voit le Inii riil, i|iii s't'iail arn'ii' à une l'ailili' distance de l'obstacle, se précipiter à travers l'issue et laisser le nnir intact.

In lait encore pins reniarcpialde est celui ipie l'acoiilc Borelli dans son Histoire derérn|itiun de l'Etna en 1660. Lors- (|ne le fleuve de lave, après avoir l'orme le Monte Rosso, dont la masse ('(piivant à ci'lle du Vésuve, eut atteint la ville de Catane et se lut l'Ievt'- au-dessus des nuii-s de l'opulente cité, (jnelques citoyens con(,'ureut le hardi projet de (hnincr une auti'e tlirection an cmiiaiil. Armés de pics, ils se mii-ent à percer l'enveloppe durcie tU\ torrent, atiu tie livrer passage à la lave fluide de l'intérieur. Cette entreprise l'ut coiiiiniuée de succès ; la croule extérieure ayant (''t('' brisée, la lave s'écliappa vers le lien où l'on voulait la dirif^er. Il est donc probable que si ce travail avait été continué, la ville de Catane eût été moins éprouvée par l'épouvantable fléau.

Les arbres, les arbrisseaux et tous les objets combustibles que la lave rencontre dans son parcours s'enflamment et sont réduits en cendres ; toutefois on a observé que la partie supérieure seule des arbres s'embrasait et que leur tronc se carbonisait seulement. Faujas de Saint-Fond relate qu'une éruption du volcan de File Bourbon donna naissance à \n\ vaste courant de lave qui, se portant au loin, atteignit une plantation de palmiers. Lesarbres s'embrasèrent subitement, mais bientôt la lave les recouvrant et interceptant Fair, la

combustion cessa, et les bois passèrent à l'étal de charbon. L'incandescence, longtemps soutenue, opéra sur les parties ligneuses, des retraits d'une certaine régularité, favorisés par la disposition fibreuse de ces bois. La lave s'insinua ensuite dans les fentes des retraits, et se moula sur les noyaux charbonneux.

Telle est la description que Faujas nous a laissée de ce curieux phénomçne, et l'on ne saurait douter, en effet, que la conservation de ces troncs ne soit due au manque d'air, qui les a empêchés de s'entlammcr. On peut voir au Jardin des Plantes un de ces palmiers, que la lave avait enveloppés et pénétrés.

Fendant la dernière éruption du mont Etna, — c'était en 1865, — mon excellent ami, M. Elisée Reclus, a vu des arbres ilont les branches avaient été brûlées el détruites |)ar la chaleur que dégageait la lave, tandis que les troncs avaient ét(' simplement carbonisés. La lave était sortie des entrailles de la montagne à onze cents mètres environ au-dessous du cratèi'ctcriMiMal. L'emplacement sui' lequel s'est faite l'iTuption ('tait couvert d'une haute futaie de pins, cl la lave après avoir cnviilii la lorèt forma autour des arbres une enveloppe on luie gaine, qui les protégea de l'incendie, mieux (pic la lave de Bourbon n'avait protégé les troncs des palmiers

M. Eouqué, dans une de ses lettres adressées à M. Charles Sainl(>-Claiic Devilh', cl si pleines de faits inli'rcssants, obs(M'vc (pie r(''lui de lave s'est souvent fendillé et réduit en fragments, lesquels ont ensuite été entraînés par le coiiianl. Mors l'arlire est rest('';inu, et les blocs de lave solide, traiis-

M 0 ^ T \ G ^ [■: s volcanique s. i5\

portés et roulés à la surface de la matière liquide, sont venus li> rayer eu passant. Ces stries ressemblent beaucoup à celles que l'on observe sur les roches qui encaissent les glaciers.

[,e capitaine Wilkes raconte un fait analogue et non moins surprenant. En 1840, le volcan de Mannaloa, dans les iles Sandwich, avait une crise violente. Huit iikus environ après cette l'ruptioii, le marin que nous venons de nommer visita le torrent de lave éciiappé des entrailles du volcan. Après s'être accunuilée antdur du gouffre, la lave avait ensuite parcouru un espace de dix milles et avait brûlé de vastes forêts. Toutefois, dans certains endroits, M. Wilkes et ses compagnons virent des laves qui adhéraient aux rameaux des arbres comme s'ils en eussent été arrosés. Sui' (|uelques-iuis de ces arbres cette lave ressemblait, à s'y méprendre, à des nids d'oiseaux, et ce (jiril y avait de singulier, c'est que les arbres niilliaienl nulle part la trace du feu.

Une circonstance surtout impressionna vivement l'explorateur américain : la lave avait séparé en deux un groupe (le iiambdus, et avait non-seulement coulé au milieu A\\ massif, mais aussi tout autour; et cependant la plujiait de ces végétaux étaient encore vivants, et leur feuillage n'avait pas même été alt/'n''. ijuelques grande arbres qui se trouvaient à une viiigtaiu( de pieds du c(niianl, avaient à peine souffert; et jiourtaut. à trente mètres de ces arbres, des bâtons que les voyageurs firent pénétrer dans la lave s'entlamnièrent instantanément, quoiqu'il y eût, ainsi qu'on l'a dit, plus de huit mois que cette lave eût fait éruption.

M h;iii;i, cil r;icoiiliiiit ces iiiènies lait.s, ajimlc i|iii' les laves suspendues aux hraiiclics supérieures des arl)ies, étaient hrlMantes comme du verre, et ressemjjlaienl à ces glaçons formés par la ^elée ([iii suil un dégel. Il insiste également sur ce tail curieux, ([ue les branches auxtiuelles adhéraient ces stalactites vitreuses, après avoir été enveloppées [lar la matière incandescente n'étaient ni cai-bonisées, ni même légèremcnl ari'ectées.

l'onr expliquer ce curieux phénomène d'une manière quelque peu satisl'aisanle, on poiirrail admettre <iue l'ean contenue dans ces branches, étani siibiteiiienl vaporisée, aura pu agir comme un bduirelel protecteur pendant le court intervalle eiitn; leur immersion dans la lave, et le refroidissement superficiel du fluide igné.

Quelque surprenant que soit ce fait, celui que nous allons rapporter est, ce semlde, plus étrange encore, quoiqu'il ail été plus souvent observé. C'est (jne le torrent de lave, chaque lois qu'il rencontre dans son cours une surface plane, un mur, une porte, s'arrête comme par magie à plusieurs centimètres de distance, sans venir en contact avec l'obstacle.

Comment expliquer ce phénomène, dont on pourrait nier la n'alité, s'il n'avait été constaté par des observateurs aussi habiles que circonspects? De toutes les explications proposées, celle qu'en a donnée M. Poulett-Scrope nous semble seule résoudre le problème : Quand le courant de lave approche d'une surface de quelque étendue, la vapeur que le

lnii<'iil (It'gage ;i son exlii'inih', ne pouvant plus s'é])aiichor lilirciiii'iit dans l'espace, remplit le petit intervalle qui sépare la lave de rohjrl qui i"arrète. et crée à son tour ((iimiu' une cloison intermédiaire, ddiil la résistance sulTit pour empêcher le cdiitact eiilri' la lave et Tobstacle.

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