I.KS Vnl.r, ANS T»E I/ISI.AMH:. IfiT
sa riirciir ('clala. (le lui rii iS'i,"). I.a crise fui Icrriblo; mil' iiiirii('iis(> cdiili'c lie lave s'(''cliap|ia des cralrrcs, cl lo sniiiiiicl lin volcan s"(''cntnla avec IVacas.
.in-ipi'an coninicnccincnl iln dernier siècle, on ne coniiaissail le Kialila i|ne cdinine une nionlagne ordinaire, composée deciinclies d'argile. .Insipralnis Inule la conlri'c, on h» Trolla- (Ivnja cl qnelrpies aidres volcans avaieni i''\r anli-el'ois en aciivih', lorinail une grande plaine, Irès-rerlile, conpi'c pai' des collines et, des vallons. On n'y renconirail (pie ipielipu's mines de sonlVe doiil la |»lnparl (Maienl ('poisées. Mais de 17'24 à 17."0, ce liean pays l'nl Iponleveisi'- par les ])lus terribles convnlsions. Phisieiirs volcans s'y lormèicnl, el les masses ignées jaillirent non-seulement des montagnes, mais même de la plaine, qni s'ouvrit en plusieurs endroits, el vomit des flammes et des nuages de vapeur.
I.e Krahlaest lormi', nous l'avons déjà dit, de couches d'argile: de vinlentesérnptions lui on! fait perdre beaucoup de sa liau leur première. Les enviions de cette montagne ressemblent beaucoup aux solfatares situées au pied du Vésuve. On voil de tous col es de i>eti tes ouvertures semblables à des puits, d'où se dégagent des vapeurs d'une odeur âpre. On y trouve également plusieurs bancs de soufre, dont quelques-uns sont brùlanls. Le cratère du Krabla en contient un fort remarquable.
168 LES VOLCAINS.
Cette mare de soufre se trouve à environ 700 pieds en-dessous du eùne le plus élevé ; elle a une circonférence d'environ 300 pieds. Au milieu de cette mare, qui est remplie d'une vase noire et fétide, on voit une ouverture de laquelle jaillit souvent, avec un bruit pareil à celui du tonnerre, une épaisse colonne de vase, s'élevant à une hauteur de 50 pieds. Il y a une trentaine d'annéce, une éruption avait lieu toutes les cinq minutes ; elle durait d'ordinaire deux minutes et demie, aujourd'hui les éruptions sont moins fréquentes. Â côté de celle grande mare de vase s'en trouvent d'autres moins éten- (hu^s, dont la masse est dans un (Mal perpétuel de bouillonne-
llICUt.
De 1724 à 1750 eut lieu, dans cette montagne, la terrihle i(tui motion qui ne dura ]ias moins de six années. Le 17 mai 1724, onseiilil un violent tremblement de terre près du Krabla, cl \o même- jour la montagne éclata avec un bruit épouvanlal)lc ; il sorlil du cratère nouvellement formé, du sableet des pierres qui cependant n'occasionnèrent pas un grand dégtàt. Puis survinrent un tremblement de terre et un orage, qui dévastèrent tous les environs. Le cratère vomit des colonnes de l'eu et de fumée. Des masses de soufre, de sable, de cendres ci (le piei'res l'ureut lancées à une hauteur de 50 pieds ; d'inimenses torrents délave, qui sortirent du llauc de la montagne, niireul le comble à l'horreur de cette scène. Le grand lacMyvaln se dessécha complètement, et ce ne fui ([ue Iniil mois après qu'on y Irouva de l'eau. Le tremblement de terre, ([ui lui très-fori au commencement de septembre, dessécha également les cours d'eau qui se jettent dans le
LES VOLCANS HE L'ISLANDE. IGn
Myvatu. Ces phénomènes durèrent jusqu'en 1750, avec plus ou moins d'intensité; enfin, vers cette époque, le Krabla se calma lout à fait, el depuis ce temps il n'y a plus eu d'éruption
En 1720, la montagne qui forme le glacier de l'Oraefe s'ouvi'it, un cratère se forma et un immense torrent d'eau jaillit de cette nouvelle cavité. D'énormes fragments de la montagne furent précipités jusque dans les contrées inférieures. Il sortit ensuite de la cavité des flots de lave et des colonnes de feu qui dévastèrent les endroits que l'inondation avait épargnés.
En 17"27. rOraefe s'enflamma de nouveau. La vallée de l'Oraefe, avec ses habitations nombreuses, ses prairies, ses champs et son église, avait jusqu'alors été épargnée par toutes les éruptions ; mais, en 1727, elle fut complètement dévastée. On (lit que, quelques heures avant la catastrophe, un vieillard, ayant appliqué son oreille sur le bord dun puits, avait reconnu que « le feu était dans la terre. »
Ce jour-là de fortes détonations souterraines se firent entendre; plusieurs fermes et quelques maisons furent détruites. Le lendemain on entendit trois craquements successifs, el la terre s'ouvrit en plusieurs endroits dans le voisinage du volcan. Des torrents d'eau bouillante jaillirent des crevasses et détruisirent tout sur leur passage. A peine ces torrents étaient-ils
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desséchés que la nioiitagne de glace î'iaga, qui se trouvait dans la plaine, se fondit et se répandit comme \m métal en fusion. Toute la plaine fut couverte de rochers, de cendres, de pierre ponce et (fuuo substance ferrugineuse A l'endroit où s'élevait le Flaga, s'ouvrit un inimensc cratère d'oVi sortirent des colonnes de feu, des cendres et des nuages de fumée; des fraguK^iils (le glace et des Idocs de pierre furent lanci's sur les champs qui rcuvironnaient. Ces phénomènes se reproduisirent jusqu'au mois d'avril 17'-2X Toute la paroisse d'Oraefe fui détruite, et elle n'a pu être rebâtie depuis. Lorsque, peu de temps après la catastrophe, Thorlaksen osa pi''ué- Irer dans ces parages, où tout était encore eu mouvement, la chaleur lui parut intolérable. A la place du glacier Flaga se Irouvail luic ])laine ; (in apercevait partout des crevasses et des tissures sans lin, contenant d'énormes ([uaiititi's de sahiètre.
Le grand spectacle (|u'allait priV^cntcr le volcan deKatlegia- Jokul s'annonça le 17 octobre ïlho \n\r nu tremblement de terre violent, accompagné (hMorts orages. Le IH, deux cratères vomiicut d'énormes masses de cendres, de pierres et de blocs de glace; de liantes colonnes de tVu éclairaient cette scène dedésolatioii. l.c~2(l, uncraquement Imniiiialile ébranla toute la montagne, et des torrents d'eau, jaillissant d'une
].FS VOLCANS or. I/ISI.ANDF. 171
aiili'i» cavilc, ciili ainrrriil des lilocs de |iii'ii(' et (!<> f;laco. Pen- (laiil loiilc iiiic aiiiK'i' les ('((Idiiiics de IVii, do ('ciidn's »M de rnuK'c, les lori'(Mils do lave et d'eau, se siiecédèrenl sans relâche. Ces phénomènes ('(aient rréqueninienl accompagnés de li'rrildes itiiragaiis ; el de nuages de ruiiK'e, vomis par les eralères, fureid plusieurs Ibis portés par le veni à une lîiande ilisiaiu'e. Des l'claii's elTrayants les sillonuaieul. L'un de ces ('•elaiis tua onze chevaux et un homme. C'est là un lail ex! raor- (iinaire, mais d'autres volcans ont oITerl de pai'eils |)héiuimèiu's. lîraeeini raconte, |iar exemple, que |ieiulaut rérnjilidn du Vésuve, en l()."|,des nuages de iuuK'e InrenI |)(ut(''sà um> disiaiH'C considérable et ([u'il en sortit plusieurs éclaiis qui tuèrent deux hommes. Le même fait se produisit lors de Vvrupliou (In Vésuve en 1767; Brydone, dans son ouvrage iuliluli' : )i)if' Tdiiinée en Sicile ri à Malle, raconte \\\\ l'ail analogue.
L'immense glacier de SoèlluMiue fut l'oitement agil('' pendant cette éru|iti(m du Kallci^ia, et s'éleva à une lianteui' double de celle qu'il avait antérieurement. Celte ('nuption du Katlegia, la plus violente que l'on connaisse, occasictnna Iteancoup d(^ désastres : cinquante fermes lurent entièrement dt'truites, ainsi (pu' presque tous les clianq)s de la [larlie méridionale de la contrée. Les torrents d'eau et de feu jaillirent depuis le Katlegia jusqu'à la mer, et sui' ce parcours on vit toute une chaîne de u(uiv('lles uKmtagnes et de nouveaux écueils, formés en partie par les torrents de feu, cl en |iarli(' ]iar les flots d'eau bouillaule. Cette nouvelle chalue (l(Mdciiers s'i'lend à une distance de dix lieues dans
In mer, et se voit encore dans les endroits où la mer a une profondeur de quarante toises.
L'air vicié par la vapeur et les cendres occasionna des maladies scorbutiques parmi les habitants ; plusieurs personnes périrent par suite du manque d'eau, car tous les puits étaient tellement remplis de cendres, de soufre, et de sables, (juc Feau n'était pas potable. La plus grande partie des chevaux, des vaches et des brebis qui se trouvaient au midi (lu canton, périrent, soit par l'eau, soit par le feu, ou, plus tard, par le manque de nourriture.
Jusque dans ces derniers temps le Katlegia était resté en repos, comme épuisé jiar la crise épouvantable que nous venons de contempler. Mais au printemps de l'année 1800, de fortes secousses ébranlèrent la vallée de Myrdal qui s'étend (\u pied (le la montagne jusqu'au bord de la mer. Bientôt après, on vil une épaisse colonne de cendres et de vapeur s'élever de l'immense fissure qui forme le cratère du volcan , cratère béant, abîme icommensurable, distinctement visil)le à cent kilomètres, et que personne n'a songé à contempler de près, tant sont inaccessibles les blocs de glaces et de rochers qui hérissent la sinistre vallée.
En même temps que la noire colonne de fumée sortait de l'abîme, des torrents de laves dégorgeaient et roulaient leurs ondes enflammées, des flots d'eau se précipitaient en mugissant des rochers vomis par le volcan, et d'énormes blocs de glaces tombaient avec fracas, du haut de la montagne, au fond de la vallée. La nuit le spectacle fut d'une grandeur
Ll'S VOLCAÎSS IIL 1/ I S L. A Mt K. 175
saisissanlo; alors ou |iiil ilistiiigiier les IkhhIics vuKiiiiiiiiics (jui silloiiuaiciit l'ospaco ol s'ôlevaiciit jusqu'à une liauteur (le 7,200 luè'lres au luoius, |iuis(ju'ils lurent apercjus par des marins qui se Irouv.iieul à soixante-dix lieues au large. Ce lait permet de jnger, et du volume de ees bombes, et de la hauteur à huiuelle elles lurenl lancées par les l'orees souteiraines.
En 17SÔ, un nouveau eiatère apparut sur le glaeier de Skaptaar. Après quehpies recherches, on découviit qu'il s'était l'oiun'' au liaul de la ciciliie de montagnes de Blaeng. Ce nouveau volcan allait se distinguer par la plus grande éruption de lave i|u'ou eût jamais vue en Islande.
L'hiver de l'année 1782 à 1785 avait été très-doux et extrêmement court, comme celui qui suivit la violente éruption du mont Hécla eu 17tj(3. l ne h'-nère fumée d'une couleur bleuâtre flotta d'abord autour de la montagne de glace, pendant les derniers jours de mai; puis, le l'^juiu, un tremblement de terre vint jeter relIVoi parmi les habitants : il dura jiis- (juau 8, presque sans interruption. On vit alors des colonnes de l'eu jaillir du cratère de ce volcan, lequel vomit en même tem|)s du sable ; les colomies de t'en et de sable s'élevèrent de plus en jikis, et les tremblements de terre, accompagnés de coups de tonnerre, devinrent de jour en jour plus violents.
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L;i liviric Sk;\iilaiii\ (lui prend sa source dans ces niinilagues, se dessécha coniplélemeut en nn seul jttui'. l ii torrenl de lave jaillil a travers la mince croûte ([iii recuuvrail le volcan, et se jeta avec impétuosité dans la rivière. Bien {|ne le lit de celle-ci eût en plusieurs endidils une hauteur de idO à (idl) jiieds et une largeur de 'IW pieds, il fut si connili'temenl l'empli par la lave, que la masse incandescente s'éleva jusqu'au niveau des montagnes entre lesquelles la rivière était resserrée. Aux endroits nu)ins élevés, la plaine l'ut entièrement inondée. I. air l'ut obscnici d'épais nuages de cendres et de rnnii'e; et la lave In'ûlanle coula jusqu'à Mclilalland, dévorant tout sur son passage, lin ce! endi'oit se trouvai! un lac inunense qu'elle remplit en deux jours; puis repreiuuit sa course imp(''lueuseet se divisant en |iliisienis torrents, elle se dirigea au sud-ouest de Skiai, coniMa plusieurs caveines et, chose remarquable, elle se creusa un chemin sous le sol friable et sous des roches énormes, (jni lurent arrachées pai' la violence du torrent et lancées dans les airs avec un bruit teirible, en même temps (pie des cendres, du sable et des niatièies incandescentes, étaient projetés à des dislances considérables et que des llammes sortaient de la bouche embrasée.
Les anciens cratères, ouverts sur les lianes de la niontagne, vomirent de nouveaux torrents de feu, ipii se jetèrent dans le lit des rivières éloignées et desséchèrent le peu d'eau qui y restait. Les flots brûlants se précipitaient de toutes parts. Le toi'reiit principal traversa le lit du M('s(|iiil, jusque dans le pays deMeldalland, inonda les bords du lleuveet forma un
LIS \ Kl.t.A.N.N 1)1, LIS LA Ml L. 175
lac (le l'cM (le |ilii-<inirs milles de (■ircoiirr'i-ciicc. F.i' (IciixiriMC liras Iravcrsa Sida, l'ava^pa, lirùla le jiass de Skalai--ta|ia, cl l'diiiia ('■j^alciiiciil liiic iiicf de Ccii. [,cs Ilots ciillaiiiiiK's coiiliiiuèrcnl Icni- course jusqnaii jiicd de hautes iiKiiilaj^iu's, qui arrêtèrent la lave; mai- elle (li'liorda. elle iuoiida les parties basses de la coiili(''e et di'liuisil une luiile de fermes et de champs cultives. Un dil ipie les eaux de la rivière de I.auda relluèreul (levant les Ilots de l'eu, mais (pie le torrent eiillammr' axant alleini l'eau ipii t'n\ait, celle-ci se Iranslurma eu vapeur soudaiueinent et avec nu liinil semlilalile au ronlemenl du toiiuerre; ipiehpies licuies après, l'eau revenait sur la terre sous l'ornie de pluie toirentielle.
Après (juelques jours de calme, le volcan éclata de nouveau et vomit des lorrents immenses délaves.
I.e lit du Kuilalliol, une des |)lus grandes rivièi'cs de rislande, lut complètement rempli de lave, et les environs lurent transformés en un océan de feu. Le "JO juillet, le volcan rentra dans le repos; il semblait épuisé par ces iiuiiicuses efforts; mais le 50, ou vit des nuages de vapeur s'élever du Hoerlistliot, rivière un peu moins grande que celle ipie Idii vient de nommer; en quelques jours tonte Teau s'était ('vaporée, si bien (pi'on put li'aveiser le lit de la rivière à sec. Des torrents de lave jaillirent du volcan avec une force miuvelle, ils se jetèrent dans le lit desséché de l'Hoeriisfliot, et. pendant plusieurs semaines, on vil des Ilots de feu rouler convulsivement là où, naguère, ruisselaient doucement les eaux limpides de la rivière. Cette crise violente dura pendant trois mois; peu à peu la fureur du volcan s'apaisa; mais les
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éruptions de cendres, de sable, de pierres incandesceules ne cessèrent qu :ni Itdiit (l"mu' iiiinée.
Les divers torrents de lave ont en général une longueur de vii!"t lieues; leur laryeur varie considérablement, celui iUi Meldallaiid a plus de (piatre lieues de large. Bien ([uc la lave (pii s'est aeeumulée entre les rochers s'élève en plusieurs endroits à une itauteur de 5 à 600 pieds, son épaisseur dans la plaiur n'excède pas une vingtaine de pieds. Les couches de lave (iiil une surface extrêmement inégale ; elles ri'urcrnit'iil plusieui'- cavcriii'-', dans l('S(pi('lles (ui voit des stalactites (pii biilli'ut de tontes les couleurs de l'arc-eii-ciei. Cette lave a été examinée par des chimistes danois. (|iii rniil trouvée formée eu grande partie de fer et de matières teireuses à demi vilrili('es. Elle contient em-oie des pyrites (h: fer et de cuivre, du sable et ([uelques sels. Les parois des cavernes de lave étaient quelquefois couvertes d'une cuuciie blanche, composée en grandi' partie de sel marin. On trouva eà et là dans la lave une matière libi-euse et vitreuse d'une teinte grisâtre ; c'était de la ponce vitrifiée, semblable à celle des des Lipari'.
l n lait digne de ii'Uiai'ijue, c'est que pendant le comiuenceiiieni de réru[ition, du 11 au -M juin 1785, il régna un lioid extraordinaire, et qu'il loudia de la neige, (jui se fondit sur la terre échauffée; presque tontes les ('ruplion-- ('taienl accompagnées de grêle vaiiant de la grosseur d'un (l'uf de moineau à celle d'un (euf de pigeon. Cette grêle tua beaucoup
Annales chimiques du I)' CreMs, iToi,
L i;s VOLCANS 1)1- l/ISLANDE. 177
(riiiiiiiiaiix. Il loinba ('galeiuent beaucouj) de pluie, surUnit lorsque le vuleaii vomissait des llaiiiiiies. Cette ])luie, eu se uiélangeaut avec le sable et les cendres, ToiMua une vase qui détruisit toute la végétation et rendit les pâturages inabordables ; les animaux qui s'y aventurèrent eurent bientôt les jambes et les gencives enflées et moururent.
Les Iragnients de pierre ponce, l'ejetés en très-grande quaulil(', étaient ordinairement de la grosseur d'une noix et parfaitement ronds. La montagne lau(,-a égaleuieut de l'ardoise argileuse, très-noire et entremêlée de petites j)ierres sulfureuses. Beaucoup de sources se desséchèrent pendant cette longue convulsiou delà nature; d'autres, au contraire, et surtout le Geyser, lancèrent leurs eaux bouillantes dans l'air à une grande hauteur.
Celle éruption lui désastreuse puni' la partie occidentale de l'Islande; toute In végiHalioii fntdétruite, et les habitants périrent victimes de privations et de maladies de toutes sortes. Parmi les plantes qui croissaient dans cette partie de l'île, ce fut la renoncule qui dessécha la première à la suite des pluie des cendres; vint ensuite la dent-de-lion; celles qui y résistèrent le plus longtemps furent quelques plantes fluviatiles. Les jardins , peu nombreux , qu'on trouve en ces lieux, ne furent lias épargnés. Toutes les plantes potagères furent détruites parla cendre, les grands champs d'avoine, cette plante si utile aux" habitants de l'Islande, furent anéantis; il en résulta une grande détresse, car la [•rovisioii d'bivei' manqua aux malheureux habitants (\u'\ se servent de celte plante [lour faire du lladbWid, espèce de
17S LES VOLCAiNS.
pain qu'on trouve beaucoup dans le nord, et qui est aussi mince que du papier.
En 1784, la récolte d'avoine lut plus belle qu'elle ne l'avait jamais été. On est convaincu en Islande que les cendres volcaniques sont extrêmement favorables à la végétation, à l'avoine surtout.
Le lichen d'Islande, qui sert également de nourriture aux habitants, lut complètement détruit par les cendres brûlantes; néanmoins, l'année suivante il repoussait abondamment. Un grand nombre de fermes furent endommagées ou détruites par les éruptions de sable.
Du 1" janvier 1784 au mois de juin de la même année, des centaines de personnes moururent faute de nourriture, ou par suite d'une maladie qui, d'après l'opinion de M. Calliseu, de Copenhague, avait un caractère scorbutique et putride ; l'année suivante, la mortalité fut encore plus grande. Une affreuse disette régna dans l'ile, cai' il l'ut impossible au gouvernement d'envoyer à temps les secours nécessaires. En 1784, d'après les rapports officiels, il ne mourut pas moins de 4,^200 personnes dans le district où se trouve le Skaplaar ; en 1785 il en mourut 5,000; et bientôt la population de l'ile entière n'était plus que de 47,000 âmes.
Une é})izootie cruelle sévissait en même temps parmi les bestiaux, les chevaux et les brebis. D'après un calcul exact, il mourut 28,000 chevaux, 11,400 bœufs et 190,500 brebis.
Les animaux qui survécurent furent aballus; car il ne restait plus de pâture à leur donner; ils lurent consommés par
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les h;il)il;uils, d'où irsulta ([uo la iiiakulie scoibulique prit un développement considérable.
I.a |H'cho, qui l'ournil aux Islandais une nolalilo paille de ]cuv HiiurrilMif, lut aussi très-mauA-aise en 17S5. Les ciianips étaient remplis dinsectes inconnus auparavant et des couleurs les plus variées. Aux maux sans nombre causés par les éruptions, vinrent encore s'ajouter les terribles effets des tremblements de terre. Ue fortes et continuelles secousses ébranlèrent la contrée et détruisirent presque toutes les églises; la plupart des autres constructions en maçonnerie furent renversées, et plusieurs communes furent bouleversées de fond en comble.
\A MONT\r,\E DE MAUNALOA
Après avoir contemplé les volcans de l'Islande, où le leii et la glace s'unissent ponr enfanter la mort, Iransportoiisnons sans transition dans une des iles du Pacifique, (u'i le cocotier agile sa tète gracieuse.
Dans une de ces iles, dans celle deHavaï, se trouve la hante et belle montagne de Maunalon, la plus singulière, la plus étonnante des montagnes brûlantes. Plus élevé que le nioul Eina, aussi redoutalile, dans sa colère, que le teri'ibleCohqiaxi, ce volcan offre des jthénomènes d'une inconiparablc giaii- (Icur. A douze cents mètres au-dessus de la lurr, ses lianes sont (i(''cliirés par un a])ini(^ iinmeuse,le Kilauea, dans le((uel s'agite un lac de feu; el sur le sommet, à trois mille mèlics ytlus haut, se trouve un cratère ('"pouvanlalde, le Mokou-avéo-véo, le plus vaste de Ions les cratères actifs. Autour de cette l)ouche colossale, qui a plus de sept lieues de circonférence, d'autres cratères se sont ouverts, et les flols nr feu
qu'ils ont vomis, ont plus d'une fois drvaslr l'ilo do Haviiï, la |)liis coiisidf'i'able des ilos Sandwich. Ces masses de laves ont recouveil. les rivières et rendu lenrs lits invisibles à la surface du sol, ce qui donne à des contrées entières, un aspect de désolante aridité'. Kt pourtant cette ile qui porte le formidable colosse, est une des plus belles qu'il y ait dans le i^rand Océan.
Peu de vova<jeurs ont visité le volcan de llavaï ; aucun ne l'a mieux examiné, aucun n(> l'a étudié avec plus d"i'inution (pie le capitaine Wilkes (jui, en 1S40, connnandail rexpi'(lili(tn scientifique américaine. Aussi ne sauri(ms-nous mieux Caire connaître la nature et la nuijestueuse beaut('' d ce phénomène, qu'en rapportant, dans les pages qui suiveni, les impressions du célèbre marin*.
«il serait difficile, dit M. Wilkes, de se faire une idée exacte de notre troupe ; celle de lord Byron est représentée connue une sorte de procession triomphale; mais la nôtre élail bien différente, et ressemblait plutôt à une matinée du premiei' mai à New-York, ou à une jurande caravane. Elle se composait, ainsi que me l'apprit mou ami, le docteur .ludd, d deux cents portefaix, quarante pcncs, un biruf et un chasseur, cinquante porteurs de poe (nourriture des indigènes), et vingt-cinq hommes chargés de calebasses de formes et de grandeurs différentes, de deux pieds à six pouces de diamètre.
' .liiles liemy, Histoire de l'archipci Hnvaien.
- M. Wilki'S est le marin qui, au déliut de la guerre civile aux Ktats-Uiii,, com- III iilaiilla lrr;;ale Sau-Juciiito, arrèla :i luird iriiii navire anglais les coiiiiuissaires roiiléilriés, M. ,\las(iii et M. Sleidell.
LA MONTAGNE DE MArNAI.OA. I8r,
•jiiolqups-iins portaient sur Iciii' dos les panneaux fornianl la maison portative; d'autres portaient des poêles ou des chaudrons, des tentes, des havre-sacs. Venaient ensuite des chevaux boilcMx qui, an lii'n de porter leurs cavaliers, étaient traînés par enx ; pnis nii uraiid nombre de parasites, mères, lemmes et enfants, tous nniiiuurant et se plaignant de leurs fardeaux; de sorte que cliacinr fois(|ne nous nous arrêtions, c'était une confusion inexprimaldc. J'étais heureux de ne pas comprendre leur langue, et restais naturellement sourd à leurs plaintes. Il était bien évident que les charges étaient inégalement distribuées, et je dois rendre aux naturels cette jnslice, qu'ils avaient raison de se plaindre, non pomt de nous, mais les uns des autres. Il était néanmoins impossildc dy remédier sur-le-champ, (lUfhjnc [x'iiiblc qu'il tut de voir plusieurs d'entre eux plier sous le faix, tandis que plusieurs autres sautaient à droite et à gauche, n'ayant à porter que quelques livres. D'abord, plusieurs avaient préféré se charger de conduire les porcs; mais je m'aperçus bientôt qu'ils trouvaient que ce n'était pas une petite affaire que de conduire un porc, petit ou iirainl, et moins encore de conduire le bœuf, qui était à moitié sauvage. La teneur que cet animal eausail aux indigènes nous amusa beaucoup, et nous fûmes témoinde quelques scènes divertissantes; les naturels s'enfuyaient en tous sens pour se nu'ttie liors de la portée de ses cornes, et jetaient à terre Itnirs lardeaux pour courir plus vite. Nous empêchâmes plus taid ces scènes de désordre, en envoyant à la tète delà troupe le bœuf et ses ((Uiducteurs.
«Pendant que nous [)renions un peu de repos, le docteur
.Iiidd surveillait la distribution des vivres au sein do celte multitude. Le bruit et la confusion qui régnèrent pendant ce temps, me firent comparer les naturels aux bêtes sauvages, (jui ne font guère de bruit que lorsque leurs appétits et leur bien-être sont en question. Nous avions avec nous, outre les guides, plusieurs blancs qui nous servaient d'interprètes, et servaient ainsi de lien entre nous et les naturels. Tout le monde était d'accord ; on savait que l'on avait entrepris un long et pénible voyage, et nous étions munis de tout ce qu'il fallait pour remplir notre tâche. »
Les naturels qui habitent au pied de la montagne ont pour vêtement une légère pièce d'étoffe ( tapa ) , qu'ils portent comme un châle, et qu'ils enroulent d'ordinaire autour d'eux pour travailler. Leurs pieds sont protégés par des sandales de peau qu'ils attachent comme des patins ; à iliHiiul de peau, quelques-iuis se font des sandales avec des feuilles de ti: ces sandales remplissent presque aussi bien le même but, mais durent moins longtemps et font marcher de travers.
La troupe cheminait sans ordre, chacun à sa guise; on qiiillail souvent le sentier pour s'épargner quelques mètres de clicniin. Le chef indigène Pea, et ses gardes, étaient à l'arrière pour faire marcher les traînards et aider ceux qui succombaient à la fatigue.
Au reste, bientôt on n'eut plus de chemin tracé à suivre ; le sol n'était plus qu'une masse de lave ayant conservé son LHihl métallique et paraissant de formation toute
LA MONTAGNK DE MAUNALOA. 185
récente. A peine si quelques Iniissons rabougris se dressaieiil sur la route; cependant quelques touffes d'arbres se voyaient sur la droite. La journée était chaude, le soleil ardent ; lorsqu'on passail |)rès de quelque mare, les naturels se jetaienl coninie des chiens échauffés dans le peu d"eau ([u'clles contenaient, et semblaienl tout heureux de la IVaiclicur momentanée que jirocnrait l'évaporation.
L'aspect métallique de la lave démontrait qu'elle avail r\i' rejetée à l'état liquide. Les naturels lui donnent, lorsqu'elle est unie de la sorte, le nom de pahoihoi, qu'ils donnent aussi au salin. Elle prend ensuile uiu- fornn^ ridée, comme celle des vagues, résultant ilu refroidissement de la masse, à mesure qu'elle s'écoule. Dans les endroits où la pente est très-inclinée, le torrent de matières en fusion semble avoir coulé rapidement, et à mesure que la surface se solidifiait par le refroidissement, les couches inférieures continuaient à couler ; il s'est formé ainsi des espèces de tunnels très-vastes en quelques endroits. La sonorité de certaines parties de la surface du sol indique l'existence de ces cavités.
Après plusieurs heures de marche, le capitaine Wilkes et ses compagnons atteignireni la gi'ande plaine du volcan, et le Maunaloa leur apparut dans toute sa grandeur. La journée ('•tait extrènieinent belle, l'atmosphère était pure el limpide; à peine si quelques nuées sillonnaient le ciel ; et ce d("inie immense s'élevait devant eux au milieu d'une plaine denviron sept lieues de large.
« Jusqu'à ce nionu'ut, dil M. Wilkes, je ne m'étais pas fait une idée exacte de la yi'aiideiir du M;innaloa et de sou éleva-
tion. Le dôme entier paraissait d'une conleur bronzée; son profil, nettement arrêté, se détachait vivement sur l'azur foncé d'un ciel tropical.
« Des masses de nnages flotlant autonr de lui projetaient leur ombre snr ses flancs unis et lui donnaient les aspects les plus variés. Une brume bleuâtre, qui voilait légèremeut toute la |)laii)e, lui donnait une profondeur apparente, contre laquelh^ hillait cependant la netteté avec laquelle ou voyait le dùnu\ Pour la première fois je compris rimmensilé de la tâche que j'avais entreprise.
« La montagne captivait IcllemenI mon attention, que je fus désagréablement surpris lorsque mou ami, le docteurJudd, m'engagea à regarder le cratère de Kilauea ; je ne vis devant nous qu'un gouffre profoiul, noir, d'un vilain aspcci, hiut à fait (liflV'rcul de ce que j'avais pensé. l'as un seul jet de feu, pas d'éruption de pierres brûlantes, pas de cônes, lieii (|niiiie dépression qui me parut petite et insignifiante an milieu de la vaste ]»laine qui l'entoure.
«Au fond du gouffre il y avait un endroit d'un rouge vif, d'où s'échappait une vapeur qui se condensait plus haut eu un nuage iuillant et argenté. Ce nuage l'iait ci^peiidant le plus lieau (jue j'eusse encore conteui|il('', et sa vue seule aurait compensé la peine que nous avions prise de venir aussi loin. »
On se rendit en toute hàlc vers le bord de la cavité, pour en examiner l'intérieur. A mesure qu'on s'approchait, la vapeur qui s'échappait de nombreuses crevasses prouvail suffisammenl (pi'on foulail uu sol au-dessous du([uel bouillonnait