IJOS VOLCANS
Sjjallanzani qui, l'iin des premiers, avec Dolomieii, examina soigneusement ce volcan, l'observa d'abord sur l'eau, en profitant d'un moment de calme; souvent la mer est agitée en cet endroit par les tempêtes. Après avoir côtoyé le rivage sur une longueur de plusieurs kilomètres, on ari'ive en face du lieu où les matières brûlantes que vomit la montagne, tombent dans la mer. La pente s'éloigne pen de la perpendiculaire; elle se termine en pointe et représente un triangle isocèle dont la base est baignée par la mer; le sommet du triangle se trouve au bord du cratère. En approchani de la côte, Spallanzani apercevait, de la Ijase au sommet, nue grande quantité de poussière dont il ne pouvait reconnaître l'origine; mais en arrivant il découvrit le secret; c'étaient des morceaux de lave de grandeur différente qui, en roulant, soulevaient un sable poudreux. A peine avait-il fait cette observation que le volcan éclata; un jet énorme de laves embrasées teintes d'un rouge sombre, enveloppées dans la fumée, parut à la cime de la pente, et bientôt fut lancé dans les airs; une partie de ces laves, tombée sur le flanc de la montagne, se précipita en se brisant ; les petits morceaux étaient précédés par les grands, qui, après quel qnes bonds énormes, venaient tomber dans la mer. En toucbantles vagues, ils produisaient ce bruit aigu qu'on entend lorsque le forgeron plonge un fer rouge dans l'eau. Les petits fragments de laves, retenus par leur légèreté el ]iar le frottement du sable, parcouraient, en roulant doucement, la longueur de la pente qu'un petit nuage de poussière obscurcissait alors. Le bruit qii'ils faisaient en se lieurtant les
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lins contre los autres ressemblait à celui ilc la «rèlc lonibant sur les toits des maisons.
Il y eut, peu d'istants après, une autre explosion; elle lui très-faible; aucun bruit sensible ne l'accompagna ; les laves, poussées faiblement, se soulevaient un peu et retombaient dans le cratère, ou du moins ne descendaient pas sur la pente. Deux minutes après, il y eut une troisième éruption plus bruyante que la première; la grêle de lave fui plus furie. Les éruptions que Spallanzani vit ensuite, et ([ui fureni innombrables pendant les trois heures qu'il passait à conleiiipler ce spectacle, n'offrirent rien qui fût plus remarquable.
Ces observations lui suggérèrent quelques doutes au sujet d'une opinion vers laquelle il penchait beaucoup avant sou arrivée à cette ile. Il s"agil des intermittences périodiques que l'on suppose dans les éruptions de Stromboli, et que Spallanzani avait remarquées lui-même pendant son voyage nocturne de Naples en Sicile. Maintenant il avait ses yeux fixés sur le volcan, et du pied de cette côte il voyait se succéder des grêles de fragments de lave ; ces jets ne faisaient pas, il est vrai, un feu roulant et continuel, mais les intervalles de repos étaient si courts qu'ils excédaient rarement trois minutes.
Cette observation de Spallanzani a été confirmée par plusieurs observateurs contemporains, notamment par M. Hoffmann, pai- Tamiral Smyth et par M. Poulett-Scrope. Ces éruptions, qui se succèdent avec une si prodigieuse rapidité, diffèrent d'intensité et d'énergie. On verra plus loin que c'est là, probablement, ce qui a causé l'erreur dans laquelle plu-
sieurs voyageurs sont tombés en écrivant que les explosions (le ce volcan sont intermittentes, et (juc le volcan a réellement (le longs intervalles de repos.
Lorsque la nnit Spallanzani relonrna an même endroit d'où le malin il avait contemplé le volcan, le spectacle liit aussi Ijeau et aussi surprenant, qn'il était grand et majestneiix. Dans les plus l'oi'tes éruptions, on voyait sortir du volcan et s'élancer avec rapidité, peut-être à la liantcnr de ."tdO métrés et davantage, des pierres rougies formant dans l'iiir des rayons divergents; celles qui pleuvaient an lias produisaient une grêle de l'eu, donlle brillant éclat ('elairait le plan rapide qn'elle couvrait et s'étendait sur un grand espace.
On voyait encore nue lumière vive qui couronnait le volcan et ne diminuait i)oinl peiulant ses momeuls de silence. Ce n'était j)as nue llamme, mais une lumière réfléchie par l'atmosphère chargée de particules solides, et surtout par la fumée. Non-seulement cette lumière avait une intensité variable, elle était encore agitée ; elle montait, descendait, s'étendait de tontes parts pour diminuer ensuite; cependant elle était toujours fixe au même endroit, c'est-à-dire sur la lionche du volcan, ce (pii [irouvait (pfelle était produite par l'embrasement intérieur.
Dans les éruptions les plus fortes, la détonation ressemblait au mugissement d'un tonnerre loiutaiu ; dans les moyennes, c'était le brnil d'une mine, et dans les i)etites le bruit était à peine sensible. Chaque détonation suivait toujours l'explosion à quelques secondes d'intervalle.
a .le resl;ii en cet endroit sur la mvv iteudaut deux
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liiMiiL's. (lil S|):ill.iiiz;nii ; les ('riipl i(iii> riirciil iiitcriuiii|iiiL'.s |iar (1rs iiisl.iiils de cmIiiii's si l'iircs, qu'elles |iiinvaioiit passer |i(iiir (•((iitiiiues. Il pleuvait sur la mer uue iiiaiide i|uaiitit('' lie saille et de liues seoi'ies (pii toiiilfaienl sur mkiu chapeau de toile cirée, et qui y produisaient, en touibaiit, un piMit hruit semblable à celui (pie la jilnie gelée produit an jM'intenips. »
Les matelots et (pudiques liabitanls de l'ile, qui avaient accompagné Spallanzani dans ses deux [excui'sions, lui assurèrent que le volcan l'tait alors dans un (Hat de Irauquillité relative ; que dans les uiunients de sa \)\us grande l'ureui', des pieri'es embrasées étaient lancées dans la mer ius(ju'à un mille du rivage, et qu'il était impossible, dans ce cas, de rester avec une barque aussi près de la montagne.
C'est, sans doute, d'un de ces moments de crise plus violente (pie l'amiral Henri Smytb nous trace le tableau suivant :
« .j'allais un jour, sui' ma chaloupe canonnière, de Milazzo à Slromboli, lorsque s'éleva un vent l'urieux du sud-t'st, qui me mit dans l'impossibilité de jeter l'ancre en face de San Hartolo, où les vagues s'élevaient à la hauteur des maisons, il ne nous restait ([u'un moyen pour n'être pas jetés sur les côtes de la Calabre, alors occupées par Murât; c'étaitdc nous réfugier sous le cratère, dans une baie delà pointe deScbirrazza. Nous restâmes là peiulant un jour et deux nuits, abrités on partie contre les vents et la tempête, mais non sans courir les plus grands dangers. Le cratère vomissait une pluie inces* ?ante de pierres rougies qui, chassées avec une épotivantable
iMpidilr, vfiiaiciil Idiiilici' loiil prùs de luiLis ; d ;iiil rcs laisiiiciil cxiilosidii dans les aies avec un fracas horrible, el leurs Ira^iiieiils reUiiiihaieiil autour de nous eouiine des éclats dehoiubes. Les explosidiis se suceédaieiit rapidement; à peine s'éeoulait-il entre chacune d'eUes un intervalle de cinq à dix minutes ; des détonations sendilalilesà celles de l'artillerie se laisaienl entendre à eiiaque éruption, et un immense éclair jetait sur la mer n\ lureur sa lumière éblouissante. C'était un s])eclacle teriible, mais splendide. De temps en temps, lorsque le veni louiiiail nu peu. nous étions obligés d'interrompre notre conlenq)lation |)Our chercher sous le pont un i('l'ui;e c(»nlre la pluie de cendres et de sable lin qui couvrait inslautan(''iuent \v naviic et y l'épandait um' chaleur sulTocante. Voyant que la tempête conservait toujours la même violenc(\ et (pril m'était impossible de rentrer à San Bartolo, je résolus de gravir un ravin à pic qui se trouvait entre nous et le cratère; je ne voyais que ce moyen d'atteindre le rivage. C'est là une des entreprises les plus difliciles ((ue j'aie jamais tentées, et jeFaurais al)amlonnée volontiers lors- (pu* j'eus l'ait la moiti('' de celle périlleuse ascension ; mais la mollesse du sol, uiiiipiement composé de cendres et de l'ragmenls de lave (|ui rcinlaient sans cesse sous nos pieds p(Hir lomberdans la mer, me rendait la retraite im|)0ssible. 11 l'allail contimier de grimper; enlin, pres([ne c(Mnplétenienl épuisé, à bout de forces, j'alteiguis le sommet du ravin, où je trouvai les deux prêtres de l'Ile, qui me félicitèrent sur le sincès inouï de ma t(''nn''raire entreprise, et nu' prodiguèrent t( uj; les secours dont ils poinaieni disp(tser. »
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1,1' clicmiii ([iii cniiiliiil :m soiiiuiel du volcan se lioiivc ;'i l'csL (le rilr, '-iir le versant o|)[K)S('' à CL'lui que l'amiral gravitsi iénK'iaiicuR'ul, et (|ue pou d'hommes voudraient gravir après lui, à cause des piei'res enllamuices ipii y toniheiil sans cesse, et des pii'cipicos insurmontables qui coupent les côtés de la penle.
Les belles observai ions que Spallanzani avait laites de la mer, sur sa barque, lui firent espérer qu'il ferait de nouvelles découvertes en examinant de plus près le cratère, sur la montagne même. Il avait d'autant plus de confiance dans la réussite de son voyage, que le volcan voilait à peine d'une (iiulire de fumée les cimes les plus élevées de File. Pour y ai-rivei-, il faut marcher environ une lieue et demie depuis le bord de la mer. Au début, on chemine sans peine, mais, quoique le reste du chemin ne soit pas dangereux, il devient très-pénible à cause de sa grande rapidité, de la diflicultc que l'on éprouve à retirer le pied et les jambes du sable où ils s'enfoncent, et des scories roulantes qui rendent la |)ai'tie la plus élevée delà moiitagiie tiès-rude et très-glissante.
Â])rès avoir surmonlé cette pente, Si)allaiizaiii se trouva sur Tune des deux pointes qui divisent la cime du volcan de Stromboli, quoique de loin il paraisse former un cône régulier. Pour aller d'uue cime à l'autre, on traverse une ])laine ipii mérite l'examen le plus attentif. Spallanzani y vit cinq soupiiaux qui donnaient passage à une funu'e blanche d"une odeur suffocante, et dont la chaleur était insupportable parce que cette vapeur rasait le sol. Les soupiraux étaient recouverts de soufre et de muriate d'ammoniaque.
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(if li'iniiii |ir(''S('iilait un mélange de salilc cl dr scories. Le saldc (Mail liuiiiide à sa surface coimiie intérieurement, ce qui j)eut provenir, soit de l'union de l'acide sulfurique avec l'humidité de l'air, soit des eanx souterraines que le feu volcanique vaporise, car partout et toujours l'on trouve les vapeurs d'eau dans les volcans brûlants.
Dans ce lieu le sol est imprégné d'une forte chaleur ; partout où l'on fait un trou avec un bâton, il en sort des bouffées de fumée qui ne sont point passagères, mais durables. En frappant le pied contre terre, on entend un petit bruit résonnant qui ne parait pas produit par quelque gouffre placé audessous, mais par le peu de densité des matières qui forment le terrain, composé de sable et de scories les plus spongieuses, «.l'imaginai, dit Spallanzani, que cet endroit chaud et lumaiit communiquait avec le volcan par de petits canaux qui donnaient passage à ces filets de fumée.
« En continuant ma route vers l'ouest, à travers la plaine qui sépare les deux cimes, j'aperçus un objet plus digne d'attention. Ces cimes n'ont point de cratères ; elles n'en portent pas même les traces; mais on les remarque d'une manière assez décidée sur les côtés de la plaine qui s'abaissent pour former un creux. Cette cavité peut avoir de l'est à l'ouest trois cents pieds de longueur sur deux cents de largeur et cent-soixante de profondeur. Le fond est couvert de sable et de scories qui ne sont pas anciennes, mais de celles (pie le volcan vomit à présent. Les parois latérales inférieures sont formées par des laves stratilii-es qui annoncent la plus haute anti(piité. .Te suis porté à croire ([ue ce cratère a été le
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premier et le plus grand de l'ile, que ces laves en ont Wwmr le squelette, que ce cratère s'est rempli peu à peu, et qu'il s'est détruit par les dépôts terreux des pluies ou par les matières que le volcan peut lancer, peut-être même par la chute do ses parois. Mon opinion est confirmée par la disposition des laves, qui descendent de ce sommet dans l'ile commo d'un centre. Je l'avais déjà soupçonné en examinant cet endroit (Tnii lieu moins élev('' ; je voyais clairement que la source de ces laves devait avoii- été sur la cime du volcan principal. «
De cette cime on voit très-distinctement les éruptions du volcan actuel. On remarque que le cratère en activité est placé à peu près à la moitié de la hauteur de la montagne, el (|ue ses hords sortent d'un précipice. On peut bien mesurer du haut de cet olisoivatoirc la luiiitenr à laquelle arriveni les matières lancées par le volcan. Les plus hautes s'élèvent à douze cents pieds et parviennent même encore plus haut, car beaucoup de pierres dépassent la cime la plus élevée de la montagne. D'autres n'arrivent pas jusqu'au sommet; elles tombent, les unes sur la pente et roulent jusqu'à la mer, les autres autour du cratère.
« Les grêles de pierres les plus considérables que je vis, continue Spallanzani, étaient d'une grandeur médiocre en comparaison de celles que les deux habitants deStromholi, qui me servaient de guides, avaient observées dans d'autres temps ; ils me disaient que lorsque le volcan est dans sa plus grande furie, on ne se trouve pas en sûreté à cette élévation. Les nombreuses scories lancées à l'endroit où nous étions par
les érnptiniis ;nil('rioiiros mo prouveront In vrritc de leur assertion.
« Je descendis dn sommet du Stromlioli, en suivant la pente de la montagne pendant un quart de mille du côté dn volcan, et je m'arrêtai sur la jtointe d'un luonticnle élevé qui le dominait mieux, .l'avais sous les yeux le cratère lui-même, et je me convainquis plus fortement que jamais de la fausseté de ses intermittences tant vantées.
« Les explosions se succédaient avec une rapidité telle que celles (|ui étaient séparées par un intervallede trois ou quatre minutes étaient rares; mais elles variaient assez entre elles, et c'est là sans doute la cause de l'équivoque des voyageurs sur les intermittences du Strondioli. Les jets les ]ilus liauls s'élevaient, comme je l'ai dit, à la hauteur d'un demi-mille; les plus bas arrivaient à cinquante pieds environ, et alors les fragments retombaient dans le cratère. Entre les jets les plus grands et les plus petits, il y en a une foule d'intermédiaires ; la force du jet correspond à l'intensité du bruit. Lorsque je me trouvais sur la mer à une assez grande distance du volcan, les éruptions petites et moyennes et les détonations qu'elles produisaient n'étaient pas sensibles ; on n'apercevait que les plus grandes; et, comme elles n'étaient pas aussi fréquentes, j'étais porté à croire que la montagne brûlante a des repos sensibles. Mais quand je fus placé en face même dn cratère, la scène changea; je vis des ('"rnpiions petites et moyennes qui se succédaient sans cesse, et écartaient ainsi l'idée des repos imaginés entre les éruptions.
« Ces observations ne sont point accidentelles ; mes deux
liiiidos, aecoiitiimos à eninluii'i^ les l'Ii'imgprs ihiiis co lieu, cl les autres haltitants deStroiiiboli, qui y passent soiivcnl pour faire ilii hois. m'assurèrent Ions que les jets de ce volcan sont onliiiaii'cniciit coiiliniis, cl ([u'oii y oliserve sciilcinciil quelques variations dans leur intcnsiti'. »
Un monticule où il l'iail placé, Spallanzaai aperçut eu partie les bords intérieurs du cratère, sans pouvoii- |M'nétrer davantage dans l'intérieur. Mais la cuvili' lui )i,iiiil rire peu profonde ; car en suivant de TomI avec attfulidii li-^ lav(>s lancées au dehors, qui retombaient imm(''diatement dans le cratère, et prêtant en même temps l'oreille, il coiislala qu'a peine ces pieri'cs ('■taient-elles rentri'cs dans la caverne, on ciilendait le bruit produit par le choc des corps inférieurs qu'elles rencontraient. Ce bruit ressemblait à celui de plusieurs bâtons qui frappei'aient fortement la surface de l'eau, un plutôt celle d'un fluide plus compacte.
Quand les fumées qui sortent perpétuellement delà nioulagne furent aperçues par Spallanzani, alors que ce diliucnl observateur se trouvait dans le voisinage de la mer, clic-- lui parurent très-subtiles; observées sur la cime et dans liiili'rieur de la nmntagne, elles lui représentaient un nuage l'-pais de plusieurs milles, qui sentait le soufre sans l'incnuiiunilcr. parce que ce nuage était élevé de quelques toises. 11 voilail le soleil, qui paraissait noirâtre au travers, mais plus on uioiiis blanc, plus on moins éclairé sur les bords suivant riiiclinaison, la réfraction de la lumière. Quelque considéraide et abondanle que fût la source de cet immense globe de ruui(''e, s(in volume ne ^'accroissait pas : aulanl il reci^-
vait, autant il perdait dans les espaces supérieurs de l'air.
Ces exhalaisons avaient trois sources différentes : chaque fois que le cratère vomissait des pierres, il s'élevait d'abord une ondée d'une fumée grise, d'autant plus abondante que le Jet était plus violent; ensuite, à l'ouest du cratère et à une petite distance de ses bords, on voyait s'échapper par de noirs soupiraux et s'élever rapidement dans l'air, sous forme d'un nuage très-blanc, diverses bouffées de fumée, au nombre de cent cinquantejets pour le moins, qui, ])ien que séparées dans le principe, se mêlaient dans leur ascension, et ne formaient plus qu'une seule colonne; enfin, à l'est du cratère, il s'échappait d'une caverne profonde et considérable une colonne d'une funn-eobscure et très-épaisse, du diamètre de douze pieds environ, que la tranquillité de l'air laissait monter tout droit, en décrivant de larges cercles dans les airs, où elle se raréfiait considérablement, en s'étendant à mesure qu'elle s'éloignait de son point de départ. De ces trois sources du nuage formé parla fumée, la première et la dernière sont constantes; la seconde agit à diverses reprises, ou chaque fois que le volcan vomit des pierres, et l'on ne peut douter que ces trois sources ne proviennent du fond de la caverne embrasée, ddul l'issue la plus grande est précisément la bouclie du cratère.
Tout autre observateur que Spallanzani eût été satisfait de ces belles observations ; mais le désir ardent qu'avait ce naturaliste d'apprendre davantage ne laissait pas sa curiosité en repos. La pointe .sur laquelle il était placé ne lui permettait de voir que les bords intérieurs du cratère ; il chercha s'il l'Iait possible d'en découvrir les parties les plus liasses. En
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iviiardant autour de lui, il apcirut une petite grotte creusée dans un rocher et très-voisine de la bouche du volcan ; la voûte pouvait garantir des pierres, si quelques-unes élaieut poussées jusque-là; d'un autre côté, elle était assez élevée pour permettre de voir le cratère qui s'ouvrait au-dessous. Il profita bien vite de cette heureuse découverte, qu'il fil dans un des courts intervalles pendant lesquels il n'y avait pas d'éruption. Ses espérances ne pouvaient être couronnées d'un plus heureux succès. 11 fixa ses regards dans ce gouffre ; il observa les entrailles du volcan ; et ce qui s'oIlVil à ses yeux étonnés, en ce moment où la nature laissa tomber son voile, est encore ce qu'observera aujourd'hui le voyageur assez hardi pour porter ses regards jusque dans ce gouffre de feu. Aussi, pour relater ce spectacle étrange se sert-on volontiers des expressions mêmes du naturaliste qui, le premier entre tous, eut la rare fortune de le contempler dans tonte sa grandeur.
Les orles du cratère ont une forme arrondie; elles sont formées par un amas confus de laves, de scories et de sable ; les parois intérieures se resserrent en descendant, de manière à former un cône ti'onqué renversé. Ces parois s'abaissent doucement de l'est au sud ; mais ailleurs elles sont d'une extrême rapidité. On les voit incrustées en plusieurs endroits d"iine substance jaune ipii ne saurait être que du soufre ou du murialed"ainuioniaque'.
be cratère, jusqu'à une certaine hauteur, est rempli d'une
' Spallanzani. Voyages dans les Deux-Siciles.
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matière embrasée et liquide, semblable an bronze fonrln : c'est la lave elle-même, que l'on voit agitée par deux nionvements très-distincts, l'un circulaire, tumultueux, interne; l'autre soulevant la masse incandescente. La matière liquéfiée est soulevée dans le cratère avec plus ou moins de rapidité, et quand elle est arrivée à la distance de 2t) ou 50 pieds du bord supérieur, elle produit un bruit assez semblable à un coup de tonnerre ne se prolongeant pas. Au même instant, um^ certaine quantité de lave divisée en mille IVagnients est chassée avec une vitesse inexprimable et lancée dans les airs avec une masse de fumée, d'étincelles et de sable.
Ce phénomène est précéd('' d'un gonflement de la surlacc delà lave; il se forme des bulles dont quelques-unes ont plusieurs pieds de diamètre : ces bulles se rompent, et leur rupture occasiomie la (h^fonation, qui est suivie de la grèlc de lave.
Après la détonation, la matière fondue s'abaisse à l'intérieur du cratère pour remonter peu de temps après; il se IVirine de nouvelles bon rsou Hures, qui se brisent coriiiuc les précédentes en donnaii! lieu à une nouvelle exjilosioii. En s'abaissant, la lave ne lait que peu ou point de bi'uil ; mais (|uaud elle se soulève et commence à se dilater en formant (h's bulles, on entend un grand lu'uit semblable à celui (juc l'ail un li(jnidc (pii bout à gros bouillons dans un vase.
•juelque faibles que soient les jets, ils sont toujours accompagnésd'une détonation quileur est proportionnelle en intensité. Il y a plus : ipiMud même les pierres ne seraient lancées qu';'i (piehpies diziiines de pas du ciatèi'e el ne frappe-
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raioni p;i^ Inngtomps In viio, In diHonnlioii qui siiil le \o\ IV;i|i|i(' Iniijmirs rouie.
Los nialièrcs de ers faillies (''niplloiis rehmilienl dans le goiilTre, (lù leur eoUisioii avee la lave (luide leur l'ait iciidre Mil son analogue à celui de |ilnsieni's Itàlons qui frapperaient à plat la surface de l'eau. Dans les plus fortes éiuiitions, le volcan jette toujours en dehors une grande quanliti' do pierres ; mais sa bouche ('tant situf'e dans nu lieu bas, euviroum'' de hauteurs, la phqiart ihmiIimiI et vont s'engloutir dans le gouffre. Il faut seulement exce[)ler celles (pii ttnubent sui' la cote et qui toucdieni aux bords du cratère; comiin^ il y nianipu' toute espèce d'i'li'valion, chaque pierre sortie du cratère de ce côté est forcè'e de rouler sur la ])ente (>t de descendi'e dans la mer.
La rougeur des plus grandes pierres enflammées, qui ne sont que des morceaux de laves scoriacées, se voit fiut bien à travers la luniièi'c solair(\ Plusieurs pierres se brisent en se heurtant, lors(|irelli's sont parvenues à une certaine hauteni'; mais lorsqu'elles sont plus près du cratère, elles s'agglutinent quelquefois en se touchant, au lieu de se rompre, parce qu'elles conservent euc(n(" qnehjue fluidité.
La lave du cratère fume peu quand elle s'élève ou s'abaisse; mais quand elle (''date elle fume beaucoup, et il s'échappe pai- les ru|)tni"es nue grande quautiti' de fumée qui disjtarail avec l'explosion. On poniiait la conqiarer à la fnnu'e produite dans rembrasenient de la poudre à canon, (pii parait et dis])arait eu nu clin d'(eil. D'après Spallanzani, celle fumée est ('■Iraimèro à la lave, dont les nioi'ci'aux
ne fument point, quand ils volent en l'air ou quand ils sont fraîchement tombés.
11 y a quelques intervalles entre les jets qui s'annoncent avec une extrême violence ; les autres n'en accordent presque point. On croirait que les pierres que lancent les fortes éruptions tombent du ciel, si l'on ne savait d'où elles partent. Le bruit qui les accompagne est semblable à celui du tonnerre, et le nuage de fumée, épais et noir, (|iii plane sur la télc du spectateur, lui présente l'image d'une tempête.
L'ile (le Stromboli.
A ces phénomènes, qu'on observe mieux pendant le jour, s'en ajuulenl d'autres qudii ne peut contempler que [leudant la nuit, et que Spallanzaui, se prévalant de l'asile (pie lu