SI HO M 11(1 II
(ilïrail la iiclih^ i;i'ollc, a cxaiiiiiiés avec \c soin cl l'anlcur qu'il iiicllail dans toutes ses recherches.
I.a lave ilu cratère ne inùli' poiiil à sa surface en produisant uni' llainme sensiMc; un n'en voit incinc pas quand les Imlli's celaient avec bruit ; mais la lave Inàlle. la nuil.diiiie Inniière blanche et très-vive; on ne saurait mieux la comparer qu'an verre fondu dans une foni-naise embrasée. Cette lumière, qui pari du fond, se répand tout auttuir en s'élevant ; mais elle est |>resque toujours agitée, tantôt s'élevant, tantôt s'abaissant, suivant les élévations ou les abaissements de la lave. Cette lumière devient plus vive à chaque explosion, et sa vivacité est accrue, comme son intensité, par l'affluence des étincelles ipii raccompagnent et sont occasionnées en partie pac les chocs qui réduisent en jioudre les fragments de pierre.
Telles étaient les apparences sous lesquelles se manifestait an regard de Spallanzani le feu de l'abîme. Un accident imprém vint lui causer plus de crainte que de plaisir.
a Dans cette grotte, dit-il, où, à la faveur des ténèbres, j'étais absorbé par la contemplation d'un spectacle si nouveau et si étonnant, les éruptions du volcan cessent tout à coup ; la lave mugissante s'abaisse plus qu'à l'ordinaire sans remonter ; la rougeur ardente du brasier se décolore, et pendant que les nombreuses bouffées qui avaient d'abord été tranquilles à l'ouest du volcan s'élevaient , devenaient bruyantes et sifflantes, les soupiraux qui leur donnaient issue brillaient d'une couleur de feu. Je ne pourrais mieux comparer le bruit que j'entendais qu'à celui de grands soufflets qui soufflent avec force dans une fournaise destinée à fondre
'i'ii ia:s vui.(:a,\s.
1rs iii(''l;m\, jivcr celle différeiice que ces sonl'flels voIcmiiiques étaient ceiil lois plus énormes et faisaieiil iiii bruit insupportable.
« Ce changement inallendu dans l'intérieur du cratère, luoii i;raiid voisinage des fumées, la crainte qu'elles ne me causassent un accident fâcheux par les vapeurs sulfureuses qu'elles renfermaient, me consternèrent au point (lue j'étais prêt à me retirer, si les guides ne m'avaient pas rassuré par leui' propre expérience. «L'incendie qui bout daiis cette ca- « veriie, me dit l'un d'eux, porte toujours avec lui beaucoup « d'air; à présent, cetairqui a abandonné l'incendie est passé « sous len-evers ces trous qui donnent passage à la ruiii(''e; « nous les appelons rcspiri, parce que l'incendie y trouve un i< éveiit ; mais nous n'avons rien à craindre; vous verrez « sous peu ces respiri cesser leur bruit, et l'incendie re- « commencera. »
« Cet insulaire me disait cela d'un (ou de sécurité qui m'inspira de la confiance, et tout ce qu'il me prédit se réalisa complètement. Au bout de très-peu de temj)s,les fumées cessèrent, et le volcan reparut dans son premier ('tat ; les guides ajoutèrent pourtaiil «pie ce cas était fort rare, et que, lorsqu'il arrivait, sa durée ncMait pas longue. »
Par ce discours et d'autres que les guides lui liiirenl eiisiiile, le naturaliste pencha à croire que ces insulaires connaissaient mieux que personne les secrets du singulier volcan. l.'explicatioM qu'ils venaient de donner lui parut très-seiisi.'e. Kl, en elTet, on peut être certain que ces bulles, qui se l-r- HM'nl dans la lave li(iiii(le el (pii éclali'iil [»eii de lenqts
s 1 Ko. mi; 0 1. I. -JTI
après, sont oiifioiidrôcs ]);ir iiii lliiidr (''lastùiiir (|iii s'\ .iiiiussc et s"\ (Mii|iiis(iiiii('. hilitt' |iiii--saiiiMi('Ml |iar la violence du l'en, ne |i(uivanl se (ltdiaiia>ser de i'ohstaclc qne lui oppose la l.énarit('' de la lave, il la liemle, la déchire, la lance avec explosion hors (In cralère. De là ces. grêles jilns on moins ahondanles, ces jels |ilii> on moins liants, en laison de la (|nanlité el de la leiision dn llnide (|iii lesprotlnil.
Après avoir soi^nensemenl exploi'é les côles de la Sicile el lies des l•.olienm'^, l'amiral Henry .Smylli, le doyen de l'aniiranh' anglaise, celui anipiel on est redevable d'excellents tiavanx hydrographiques, voulut, il y a une vingtaine (Taiiiiées, gravir le volcan de Stroniboli et atteindre au sonnnet le plus élevé.
Il tenta une première ascension qui fut très-fatigante; elle devint même dangereuse, lorsqu'après avoir dt'passé les terres cultivés, l'anurai a|)procha de la partie où les feux exercent leur l'urenr, et où il lui fallut hiaver la tempête qui souillait avec force, et traverser une vaste étendue couverte de cendics volcaniques. Il ne put approcdu'r suflisamnieni pour regarder dans la chaudière bouillante, de peur d'y être pit''ci|iitè, car le vent était tellement violent (|u'on pouvait à peine se tenir deijout. Il coiitiiuni l'ascension par un sentier d(''toui'né, inégal, passant entre les deux sommets de la montagne et il aperçut les vestiges d'une cavité ignivome, celle dont uonsavons déjà parlé, etquiest, dit-on, le cratère (jui lin'ilail du temps d'Ai'istote. Non loin de là jaillissait une
27tJ LES \'((LCAINS.
pclile source d'eau IVaîclie, (jui sans aiiciiii doiilc est celle qui iournil l'eau à la loutaine de la ville d'Iuostra.
N'ayant pu voir ce joui'-là le cratère eu activité, l'amiral Smyth eutreprit dès le lendemain une seconde ascension ([ui lut plus heureuse. 11 faisait assez beau ; et quoique le savant marin lut encore souffrant des fatigues de la veille, il se mit en route de bonne heure, accompagné de deux hardis insulaires, et nnuii comme eux d'un fort bâton. Vers midi, ils arrivèrent aux hautes terres et lircnl un repas frugal dans la cabane d'un paysan.
Lorsque la chaleur du midi fut passée, on repartit bien réconforté. Laissant derrière eux les terrains où croissent les vignes, ils grimpèrent en s'accrochant aux saules et aux genêts, jusqu'à une hauteur considérable; ensuite il fallut gravir la montagne à travers les scories amoncelées. Auprès de cette pénible ascension, celle du Vésuve, ou même celle de l'Etna, ne parut au voyageur qu'un jeu d'enfant.
Ses compagnons, jeunes hommes habitués à ces fatigues, agiles efforts, étaient toujours en ava)il,('t il lui l'allait faire des efforts incroyables pour les rejoindre. On arriva enliu au sonnuet; de là, M. Smyth découvrit en partie le cralèieqiii se trouvait à ses pieds; quelques instants après, il atteignit un endroit où le gouffre se montra tout entier à ses yeux.
« C'était un coup d'œil imposant et terrible. Nous nous arrêtâmes alors pour attendre la Jiuit, et ce site nous offrit l'un des spectacles les plus magnifiques de la nature. Le cra^ tèrese trouve un peu au-dessus de la moi tiède la hauteur de la montagne; il i-ejette constamment des matières incandes-
STR0M150LI. '■l"^
CL'iitcsel L't desllaiiimes ; de fréquentes explosions s'y l'ont enlendic. Sa Corme est circulaire; son diamètre est d'environ 170 mètres; des efflorescences jaunes adhèrent à ses flancs, comme à ceux de l'Etna. Lorsque la fumée se dissipait par intervalles, nous apercevions les ondulations d'une matière ignée qui s'élevait et s'abaissait alternativement, et paraissait fortement agitée. Lorsque cette substance arrivait à sa plus grande élévation, elle éclatait avec un bruit terrible et vomissait une pluie de pierres incandescentes, à l'état d'une demifluidité, de cendres et de sable ; une forte odeur sulfureuse s'en dégageait en même temps. La hauteur à laquelle sont lancées ces masses brûlantes varie d'ordinaire de 60 à 500 pieds; mais elles doivent quelquefois s'élever à plus de mille pieds; j'ai compté pour la chute de quelques-unes un intervalle de neuf à douze secondes. Dans les éjections modérées, les pierres divergeaient en s'élevant, comme un immense feu d'artifice ; la plupart d'entre elles retombaient dans l'abime ; mais du côté de la mer elles jaillissaient à l'extérieur, bondissaient sur la pente de la montagne et allaient s'engloutir dans les flots à une distance quelquefois considérable. Il en tomba quelques-unes auprès de nous, et nous nous empressâmes d'y jeter, pendant qu'elles étaient à l'état fluide, quelques petites pièces de monnaie, pour les offrir plus tard à nos amis.
« .Je restai jus(ju'à près de dix heures à contempler ce splendide spectacle. L'obscurité était profonde, et la situation dans laquelle nous nous trouvions devenait périlleuse. Chaque explosion nous niontrail le pr('(ipicc ouvert sous nos pieds, et
'lli L!':S VOLCAiNS.
récuine tics vagues l'urieuses se. brisant sur les rochers, à une profondeur telle que le bruit n'arrivait pas jusqu'à nous. Le froid nous gagnait ; je me décidai donc à quitter ces lieux ; mes guides me firent descendre du côté opposé à celui par lequel nous étions venus; la route fut relativement facile, nous arrivâmes rapidement aux vignes, bien que nos pieds s'enfonçassent à chaque pas jusqu'à la cheville, et au bout d'une heure nous entrions dans la cabane de l'un de mes compagnons, l'hospitalier Saverio. »
La bouche du volcan est située sur le versant nord-ouest (le la montagne, et, nous l'avons dit, ce cratère n'a pas cessé d'être en activité depuis des siècles. Il semble être l'oriiicc par lequel se dégagent les feux qui minent toutes les iles Ëoliennes, et paraît même avoir des communications souterraines avec la Sicile et l'Italie. On a remarqué, en effet, qu'avant toutes les fortes secousses qui ont ébranlé le sol de ces pays, le Stromboli était couronné d'épais images de fumée et vomissait des flammes avec une activité i)lus grande que d'ordinaire.
Le cratère de Stromboli n'est point seulement le grand |)liare de la Méditerranée, il en est aussi le baromètre. Au dire des insulaires, le volcan subirait rinfluence des variations atmosphériques, et les tempêtes, surtout celles soulevées par le vent du sud, seraient toujours précédées d'épaisses colonnes de fumée. Aussi les pilotes qui se guident pendant la nuit d'après les flammes du cratère, jugent-ils ilu temps, pendant le jour, d'après sa fumée. Les habitants
SÏUOMBOLI. 275
de Sli'oinboli considèrent Icnr vukiui iilisuliinifiil (-(11111110 un baroMK'tro. Ce sont, pour la pluparl, (k's jn'clicuis. et pendant ([u'ils so livrent à leurs occupations, ils ont constamment le cratère en vue. «11 m'a eh' aflimn'-, dit M. l'oulett-Scrope, que les phénomènes de ce volcan sont liés aux variations atmosphériques, augmentant d'intensité lorsque le temps est menaçant, et redevenant [iliis tranquille à mesure que le ciel s'éclaircit. »
L'histoire du volcan de Stromboli se perd dans la nuit des temps. Strabon, Pline et tous les anciens naturalistes parlent avec un sentiment d'elTroi de ce volcan, qui ne se repose jamais. Ils établissent des comparaisons entre la violence des crises de cette montagne et celle des volcans voisins, et s'accordent tous à dire que les feux du Stromboli jetaient un éclat supérieur à celui des autres îles volcaniques, et particulièrement de Volcano.
La première éruption dont l'histoire nous ait conservé le souvenir remonte à trois siècles avant l'ère chrétienne. Les historiens du temps d'Auguste et de Tibère représentent ce volcan comme rejetant presque sans cesse des matières incandescentes. Les époques postérieures ne nous ont laissé aucun document à cet égard ; mais, au sortir des ténèbres du moyen âge, les chroniqueurs recommencent à s'occuper de ce curieux phénomène, et sauf quelques erreurs, qu'il tant attribuer à la distance à laquelle se trouvaient les observateurs, ou à l'inexactitude d'observations faites à la hâte, toutes les relations offrent d'incontestables analogies.
276 LES VOLCAiNS.
Une foule de croyances et de légendes se rattachent à ce merveilleux abîme. Le pape Grégoire P'' lui-même croyait sérieusement que c'était là le séjour des damnés. C'est là aussi que Théodore le Grand, roi des Ostrogoths, fut, malgré ses vertus, plongé par les ministres de la vengeance divine sur cette terre ; on a vu Guillaume le Mauvais, roi de Sicile, et le pauvre Henri Vlll d'Angleterre, s'efforcer de sortir de cette mer de feu. Aujourd'liui encore, les marins anglais, qui naviguent dans ces parages, prétendent (pTun grand fournisseur de biscuits de la marine royale y subit le supplice éternel, pour avoir livré des biscuits avariés. L'amiral Smytli fait la curieuse observation que ces légendes, qui auront appelé le sourire sur les lèvres du lecteur assis au coin de sou petit feu, impressionnent fortement les auirins du bord au moment où le navire passe sous les flammes du volcan de Stromboli.
VOLCAXO ET VOLCANELLO
Cette île, située au sud do celle de Lipari, a seize kilomètres de circonférence. Elle était autrefois un peu moins grande, et s'est accrue jiar la jonction d'une petite ile volcaniipie comme elle, nommée Volcanello, et dans laquelle on remarque les traces d'un petit cratère que les débris de ses parois ont presque complètement oblitéré.
L'île de Volcanello s'éleva du sein des eaux longtemps après que Volcano eut été décrite par Thucydide, l'historien grec, et même après Aristote. Pline dit qu'il périt, autour de ces nouveaux rivages, une multitude de poissons qui causèrent la mort à toutes les personnes qui eu mangèrent. Volcano resta, pendant plusieurs siècles, séparé de Volcanello par un petit bras de nier, où les navires jetaient l'ancre en sûreté; mais, il y a deux siècles environ, le petit chenal fut comblé par de nouvelles éruptions du volcan.
Le sol de A'olcano est entièrement formé de productions v.ilcaniqnes doni r(''ln(le peut rire du plus baul iiit('ivt pour
la science. Mais le cratère situé dans l'intcrionr de File est digne à tous égards d'attirer l'attention.
La montagne se dresse au milieu d'une vallée profonde qui l'isole des collines environnantes. Après avoir gravi celte montagne rapide, on aperçoit une plaine spacieuse, sablonneuse et semée çà et là de quelques fragments de lave. En escaladant encore une petite éminence, on voit tout à coup le grand spectacle que Volcano peut offrir. On voit son immense cratère. La circonférence de cette bouche n'a pas moins de deux kilomètres ; l'ouverture en est ovale ; son plus grand diamètre est du sud-est à l'ouest.
Cette montagne ressemble extérieurement à un cône droit ; son cratère représente un cône renversé et bien régulier. La hauteur de ses parois intérieures, du sommet à la Itase, a plus d'un quart de mille. Delà cime, on en voit parfaitement le fond ; il s'échappe des bords, en divers endroits, des bouffées de fumée d'une odeur sulfureuse très-prononcée, que l'on sent à une grande distance.
Comme celui de Stromboli, le cratère de Volcano fut soigneusement examiné parSpallanzani. « Après avoir parcouru la circonférence supérieure du cratère, dit ce naturaliste, il me prit la fantaisie d'y entrer et de descendre jusqu'au fond, pour en examiner l'intérieur. Les parois du sud-est, qui ne sont pas trop rapides, m'engagèrent h faire cette oliservation. La première fois que je me disposai à cette entreprise, que je ne voulais pas tenter seul, je désirais avoir quelqu'un qui me servit de guide, je dirai même, qui soutint mon courage. Mais mon désir fut sans succès. Lesquatre matelots cpii
1110 Iranspoi'fèivnt avec loiir barque dans cette ilo, et (|iii iiravaienl ^iiivi iiis(|ir,ni\ liords du ci'atère, ayant appris cpic je voulai> y descendre, reinsèrent obstinément de nraccoin-
ll'llllll'.Vlii.|illM'l|lilll'J:iri;li|llJ'IH|l'
hiii'liil.
Plan de Volcano et Volcanello.
pagner, alléguant les risques manifestes que l'on courrait. Ils me citèrent l'exemple d'un voyageur qui avait voulu visiter ce gouffre quelques années auparavant, et qui n'en était pas revenu. Mes prières furent inutiles, aussi jjien que les offres d'argent que je leur li >
Spallanzani revint donc à Lipari sans avoir pu exécuter son projet ; ces matelots étaient Liparotes. Des marins étrangers refusèrent également de s'associera son entreprise. L'effroi qu'inspirait ce volcan était sans doute produit par la redoutable et antique renommée ; mais surtout par une éruption qui avait eu lieu peu de temps avant l'arriviV' du voyao-eur.
Un hardi Calabrais, relégué à Lipari pour un délit commis à Naples, fut le seul homme qui, avec la permission du gouverneur, et sous la promesse d'une forte récompense, consentit;'! descendre, avec Spallanzani, dans le cratère.
L'homme avide de science et l'homme avide d'argent descendirent heureusement, et côte à côte, dans l'abîme, et là, le naturaliste put faire les observations qu'il croyait les plus importantes à ses vues.
Si l'on excepte la partie des parois où il descendit, les autres sont inacessibles ; elles sont sablonneuses et sillonnées profondément par les eaux de la pluie. Le plan .sur lequel on marche est couvert de sable, et sa forme est ovale. On ne tarde pas à s'apercevoir que ce fond est très-dangereux, et qu'il faut apporter à chacun de ses pas la plus grande attention. Le bruit souterrain que Spallanzani entendait déjà avant d'arriver auprès de la montagne était ici cent fois plus fort. «On croit entendre un fleuve ([ui coule, ou, pour mieux dire, le choc des ondes agitées qui se rencontrent et se brisent. Outre cela, la terre se fend, et il sort de ces crevasses des sons tout à fait semblables à ceux d'un soufflet de forge; on peut croire que ces sifflements sont pro-
VOLCANO ET VOLCANELLO. 281
duits par un gaz intérieur qui s'échappe. Je restai parfaitement convaincu des faits suivants : ayant approché h\ main de ces trous, je seiilis la vive impression d'un fluide invisihle très-subtil; j'en approchai une petite bougie allninér (pii s'éleignit plusieurs ibis pai- le clioc du fluide (|iii sitilail ; mais elle alluma quelquefois le fluide lui-même; il brùlail en produisant une petite flamme d'une couleur entre le bleu et lerougeàtre ; cette petite flamme durait plusieurs minutes. L'odeur fétide que je sentais alors me persuada qu'elle l'Iail produite parla combustion d'un gaz hydrogène sulfuré.
« I.e terrain sur lequel je marchais était si ardent, (pril me brûlait les pieds; je n'aurais pu supporter longtemps celle impression de chaleur, si je n'étais pas monté de temps en temps sur la pointe de quelques grosses laves élevées audessus de la plaine, qui étaient moins chaudes. La violente chaleur, l'odeur affreuse du soufrequi sortait de toutes parts, et qui gênait quelquefois ma respiration, ne me permirent de faire le tour de cette plaine qu'avec beaucoup de peine ; mais il m'eût été impossible de la traverser dans le lieu le plus large, où du moins l'entreprise aurait été téméraire. Cette plaine se soulevait dans le milieu, et formait une espèce de tumeur circulaire, dont le diamètre était de 45 pieds. 11 se sublime partout une vapeur dense ; toute la surface de la tumeur est couverte d'un sulfate de fer, d'un sulfate d'alumine, de luuiiate ammoniacal (chlorhydrate d'ammoniaque) et de soufre, ainsi que je m'en suis assuré en recueillant plusieurs de ces croûtes au bord de cette boursouflure du sol. La cbidi'ur y est insupportable. Kn oulrr, eu
pressant ce bord avec nos pieds, je sentais un tremblement sensible, comme si j'avais marché sur un parquet de planches qui se serait abaissé un moment pour se relever aussitôt après. Je laissai tomber de la hauteur de mon corps un gros morceau de lave ; il produisit un bruit souterrain qui dura quelques secondes. J'observai ce même bruit dans tous les endroits où je Us la même expérience; mais il était plus l'ort près de la tumeur. On comprend bien que, quand je me promenais sur cette plaine, je me trouvais sur un gouffre dont je n'étais séparé que par une croûte volcanique peu épaisse qui recouvrait les feux de Volcano, comme on peut en juger i»ar le bruit souterrain, par ces vapeurs, ces fumées et cette chaleur qu'on y éprouve '. »
Cette première excursion dans l'intérieur du cratère ne satisfit pas pleinement Spallanzani. Il y revintune autrefois, pendant la nuit, et remarqua dans l'obscurité plusieurs petites flammes bleuâtres qui s'élevaient à 15 ou 20 centimètres, et souvent plus haut, mais particulièrement sur la boursouflure qu'il a décrite ; elles y étaient plus grandes et plus nombreuses. Des flammes analogues s'échappaient des endroits où il creusait le sol avec un bâton. Il se retira, convaincu par l'odeur sulfureuse que dégageaient ces flammes, qu'elles étaient produites par une combustion incessante du soufre dans l'abîme que recouvrait la croûte sur laquelle il marchait.
Mais l'objet qui lui parut le plus curieux en cet endroit
' S)i;ill;iiizaiii, Voyage dans les Deiix-Siciles.
VOI.CAXO ET VOr.fANn.I.O. 58."
fut une grotte située à l'ouest de cette i»l;iiiio ot foinn'f par les parois du cratère. Il en sortait continuellement iiin' liimée blanchâtre, égalant et surpassant même toutes les boulfées de fumée qui sortaient du fond du cratère. L'odeur suffocante du soufre et la violence de la chaleur empêchaient de s'approcher de l'ouverture. La fumée déposait sur la iace inférieure des pierres faisant saillie, des sublimations de soufre qui formaient des stalactites pendantes comme des cônes renversés. Ce soufre avait quelquefois une couleur de chair; mais, le plus souvent, il était d'un très-beau jaune, brillant à la surface, et à demi translucide dans les parties minces.
Lorsque d'Orville vint aborder à Volcano, en i7'27, les phénomènes offerts par le feu souterrain étaient plus tumultueux. Le volcan était en pleine éruption. 11 y avait deux cratères distincts, et chacun d'eux s'ouvrait au haut d'un monticule. Du premier cratère, situé au sud, et qui avait un mille et demi de circonférence, il sortait nonseulement de la flamme et de la fumée , mais encore des pierres embrasées ; le bruit qu'on entendait n'était pas inférieur à celui du tonnerre le plus éclatant. On voyait au fond de ce gouffre et à deux cents pieds environ au-dessous des bords du cratère, une petite colline toute couverte de soufre, de pierres rougies, d'où s'exhalaient des vapeurs embrasées. Mais le professeur hollandais fut à peine sur les bords de cette fournaise ardente qu'il se vit obligé de s'enfuir.
Le second cratère était vers le nord de l'ile ; les éruptions y étaient plus fréquentes et plus vives; la grêle de pierres
284 LKS VOLCANS.
mêlées avec les étincelles et la fumée était presque continuelle; il raconte que le bruit de cette lie volcanique se faisait entendre à plusieurs milles, et qu'il était si fort à Lipari, qu'il ne put fermer les yeux pendant la nuit qu'il y resta.
Il est curieux de rapprocher de ces observations celles faites en 1757, par Guillaume de Luc, le seul naturaliste qui ait pénétré avant Spallanzani dans le cratère. On pourra ainsi comparer, dans des époques différentes, les circonstances locales de l'un des gouffres les plus beaux et les plus vastes qu'offrent les volcans.
Guillaume de Luc raconte qu'il parvint au fond du cratère en passant par une étroite ouverture, mais qu'il y courut risque d'être suffoqué par les fumées sulfureuses fort épaisses tpii l'entouraient. Ces dangers le forcèrent à entrer seul dans le cratère, où son guide refusa de le suivre. Il trouva que ce fond, très-raboteux et d'une forme ovale, présentait plusieurs ouvertures d'où sortaient des vapeurs de soufre et un vent assez fort.
Le bruit qu'il entendait sous ses pieds était sensible. Le plus grand diamètre de la cavité lui parut de huit à neuf cents pas, et le plus petit de cinq cents à six cents ; la iiauteur des parois du cratère pouvait aller à 150 pieds. Vers l'est et le sud, les parois étaient à pic, et formées de matières volcaniques. Une colonne de fumée de quinze à dixhuit pieds sortait d'une caverne qui s'ouvrant sur un des flancs les plus élevés du cratère, se terminait par une espèce d'entonnoir, ou plulùl d'abime, dont la circonférence était d'environ soixante jias. La fumée, eu sortant de cet
;iliiiii(\ l'aisail du luiiil coniiiie la vapeur de Icau (|ui lioul, l(ii-^qu"clk' sï'cliai»|ii' (l'iiu vase (jui n'est pas entièrement Ici lui'. De Lue lit tomber dans ccgoiiiTre plusieurs fragments de scories, mais un ne les entendait plus quand elles avaient dépassé l'entonnoir.
Un antre objet attira l'attention de (juillaume de Luc. CV'tail un trou de 5 à 6 pouces de diamètre qui se terminait par un petit eiititiiuoir profond de deux pieds et demi, et d'dù l'ail- soitait avec la violence que lui donne un soiil'llet de l'orge. Il y jeta de gros morceaux de lave qui agrandirent le trou ; lèvent sortait ensuite avec moins de force, mais il repoussait toujours les petits fragments qui se détacliaicnl de l'ouverture. Les laves qui y tombaient luoduisaient exactement le même effet que les morceaux de scories jetés dans l'entonnoir de la caverne. Ces découvertes tirent eoiinaitre à de Luc la petite épaisseur de la voûte sur laquelle il marchait, et l'engagèrent à sortir de ce gouffre pour chercher autour de l'ile d'autres sujets d'observation moins périlleux.
11 dit avoir remarqué sur la mer la production de vapeurs sulfureuses de même nature que celles du volcan ; il ajoute même que la mer était jaune en plusieurs endroits, et que la chaleur des eaux ('tait iiisupp(U'tahle dans les lieux où s'élevaient les vapeurs. Tous les poissons qui s'approchaient An rivage cessaient bientôt de vivre; et dans les endroits où quelque source d'eau chaude venait se jeter dans la mer, la plage se couvrait de poissons morts.
Dolomieu, le naturaliste fianyais, avait également examiné
l'ilc do Volcaiio, quchiiies années avant Spallaiizaiii. Anrtr sur les lèvres du cratère, il faisait rouler de grosses ]iierrcs; et il observait (ju'en toiiehautle fond, elles pénétraient dans un fluide (jui ne pouvait jtas être de l'eau, puisque la elialeur extrême l'aurait vaporisée en peu d'instants. Il pensa ([ue c'était du sonire l'ondu, qu'il voyait couler des parois entre lesquelles ce minéral était sublimé. Avec une bonne lunette, il vit en bas deux petits lacs qu'il jugea pleins du même fluide en fusion. Il observa que ces fumées sulfureuses, qui sont blancbes pendant le jour, étaient pendant la nuit des flammes brillantes, mais tranquilles, qui s'élevaient audessus de la montagne et l'éclairaient jusqu'à une certaine distance.
Des cliangenn'uls eurent lien dans l'intérieur de ce volcan à la suite d'une crise violente, au mois de mars 1786. Des mugissements souterrains se firent entendre dans foutes les lies Éoliennes, et furent accompagnés dans celles de Vulcano de tremblements de terre fréquents et considéral)les. 11 sortit de son cratère une grande quantité de salde mêlé à des tourbillons de fumée et de feu; cette éruption dura quinze jours. Les lieux circonvoisins furent couverts de sable; il s'éleva près du cratère un monticule que l'on voit encore.
L'ouverture qui se lit alors dans le fond du gouffre, et (|ui livra passage à une si grande quantité de nuitières incandescentes, les amas qui s'en formèrent au dehors, durent nécessairement occasionner autour du cratère de grands changements, dont l'un, sans doute, fut l'adoucissement des
VOLCA.Nit KT \ (il.C.WKIJ.U. 287
pontes (lu --11(1. ri'idiivcilcs aiijoiiiil'lmi de sable, et par Icsipielles (III peut descendre aisément, comme du temps où Spallanzaiii pénélrail dans le goiilTre.
Depuis celte t'potpie, el peut-être in(}me depuis 1775, les Liparotes n'ont conservé aucune mémoire de courants de laves qui soient émanes du "cratère de Volcano. Des fumées noires ou blanchâtres, plus ou moins volumineuses, ])lus ou moins abondantes, et sentant toujours le soufre ; des mugissements et des secousses qui font résonner el trembler le volcan ; de petites flammes qui s'élèvent à une hauteur plus ou moins grande, et sortent du fond el des parois du cr.iléic, une iacittlé de pénétrer dans le gouffre pendant un certain temps, et l'impossibilité d'y entrer ensuite ; — des éruptions où l'on a vu des pierres embrasées, des fragments de substances vitreuses, du sable et des cendres lancés au loin : tels sont les événements depuis longtemps observés à Volcano'.
Depuis r(''ruption de 17S0 jus(iu'à nos jours, le volcan n'a pas eu de crise apparente. Lorsque, l'année dernière, après l'éruption du mont Etna, M. Fouqué visita les iles Éoliennes, il ne manqua pas d'étudier, avec son zèle accoutumé, le cratère de Volcano. 11 n'entendit point de ces violentes détonations dont parlent Dolomieu et Spallanzani ; il oliserva, au contraire, qu'il s'y était produit un affaissement dans l'intensité des phénomènes volcaniques. Toutefois, il trouva que l'intérieur du cratère avait une température très-élevée, et
' Spaliatuani, Voyages dam les Dctu-Siciles.
qu'en plusieurs points les gaz qui s'échappaieul des crevasses étaient assez chauds pour fondre le zinc.
Quelques années avant ce chimiste, notre savant conqiatriote, M. Charles Sainte-Glaire Deville, étant descendu dans le goulTrc, y avait ohservé, la nuit, ces mêmes tlammes bleuâtres signalées par Spallanzani, et avait constate qu'elles fondaient le plomb, mais non l'argent.
Le soufre se reproduit sans cesse dans celle ile, comme dans la pluj)arl des autres montagnes brûlantes. Le lecteur n'ignore pas que ce minéral, ne se consnmaiit pas entièrement dans la combustion, se sublime en grande partie, et s'attache aux corps qu'il rencontre lorsqu'il est ainsi réduit en vapeur incandescente : de la profondeur où il brûle, il monte, il s'exhale en fumées acres et piquantes, ou bien il se dépose à la surface de la terre en prenant diverses ligures.
Pour peu, du reste, que l'on découvre la terre autour des cratères de Volcano et de Volcanello, on y voit de trèsbelles gerbes de soufre. Spallanzani avait déjà constaté que plus on y creusait le sol, plus ces morceaux sont gros et abondants.
Aussi, de son temps on a récolté le soufre à Volcano. Mais les fourneaux dont on se sert pour purilier cet utile minéial ont été, à plusieurs reprises, éteints et ralhimés. An siècle dernier, on défendit même, sous des peines sévères, ce travail rémunérateur, parce ([ue les autorités du pays étaient persnadées qnc les vapeurs [)roduites pai' cette opi'raliin ("taient nuisibles anx vignes de Lipari. On le reprit ensuite,