LE MONT ETNA
Il ii'ost pas un seul do nos lecteurs qui n'ait, dès son enfance, entendu ]jailer du mont Etna, et qui n"ait souhaité de contempler le célèbre volcan. Naguère encore, le géant assoupi se réveillait inopinément pour épancher des torrents de feu sur les champs de la Sicile.
Quoique l'on n(^ puisse ranger le mont Etna parmi les plus hautes montagnes, il n'est pas moins une des choses les plus étonnantes qu'il y ail sur la terre. Tout en lui est contraste ; les extrêmes s'y touchent, et l'on y voit succéder brusquement la rudesse à la grâce. La neige couronne son front; le feu cinule dans son sein; une végétation variée enveloppe son torse immense : elle descend comme une robe ondoyante jusqu'au pied du géant.
Pour les hommes actuels, qui ont contemplé les cimes gigantesques de l'ancien et du nouveau monde, l'Etna n'est point la montagne la plus élevée de la terre; mais il Tétait
2!li; LES VOLCANS.
aux veux (les anciens. Ils croyaient que Deucalion et. Pyrrha s'étaient réfugiés sur son sommet en se sauvant du déluge universel. Pindare le représente comme une colonne du ciel ; il l'appelle « le nourricier éternel des neiges et des frimas, « dont l'abîme vomit des sources sacrées d'un feu inaccessi- « lile. n
La plus ancienne éruption de l'Etna connue dans l'Iiistoire serait celle dont parle Diodore; mais cet historien n'en rapporte pas la date; il dit seulement que cette éruption força les Sicaniens, les premiers habitants de la Sicile, à déserter la partie orientale de l'Ile et à se retirer dans la région occidentale.
Après l'établissement des colonies grecques en Sicile, une terrible éruption ravagea la contrée. Une médaill(^ fut frappée à cette occasion, pour conserver le souvenir d'un acte de piété fdiale : deux jeunes gens enlevèrent leurs parents du milieu des flammes allumées par le volcan. Ils se nommaient Amphinomus et Anapius. On leur éleva, à Catane, un temple, et ils y reçurent les honneurs divins.
T/Etna, que les Sarrasins appelaient la montagne de feu, et que l'on nomme encore le Monte Gibello, l'Etna, nous le répétons, est remarquable entre tous les volcans, parle spectacle à la fois terrifiant et splendide qu"il offre aux regards du voyageur. Nulle part, peut-être, on ne ti'ouve, dans un espace aussi restreint, tant de sublimes horreurs et tant de majestueuses beautés, tant de désolation et tant de richesses.
Ce volcan est situé au nord-est de la Sicile par 57° 46' de latitude nord. Sa hauteur, qui a été à la fin du dernier siècle
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et au commencement do celui-ci, l'olijet d'assez vives cou- Iroverses, est de 5,500 mètres, 10,874 pieds anglais d'après l'amiral Smytii. La hase de la montagne, nettement limitée par la mer et par deux petites rivières, a une circonférence de ] 60 à 180 kilomètres ; son plus grand diamètre s'étend à l'est et à l'ouest. A l'extrémité méridionale de cette base se trouve la vieille cité de Calane, dont l'origine remonte, dit-on, à 700 ans avant l'ère chrétienne.
11 y a dans le sort de cette ville quelque chose de vraiment tragique. Située au pied même du terrible volcan, elle a été plusieurs fois presque entièrement (li''lruite, soit par les tremblements i]o terre, soit par les éruptions, notamment par celles de 160!), 1695, 1785 et 1818, et après chaque catastrophe elle a ('té rebâtie.
La vaste étendue de la base de la montagne en rend l'accès assez facile de plusieurs côtés. Mais elle a l'inconvénient d'enlever, à première vue, quelque chose à la grainlriir du spectacle. On ne s'aperçoit de l'élévation du vuleaii ipie lorsipic, après avoir fait la moitié de l'ascension, on voit se déroulera ses pieds le magnifique panorama de la Sicile, tandis que le sommet du cône vous domine (1(> toute sa hauteur, et parait encore aussi éloigné de vous qu'au moment du départ.
La montagne est partagée en trois zones parfaitement distinctes, et désignées, d'après les caractères particuliers à chacune d'elles, sous les noms de J\i-(ji()ne Ciilta, zone IVrlile, RegioneSilvosa, zone boisée, c[ Refjione Déserta, zone déserte. Ces trois zones diffèrent autant l'une de l'autre, sous le rappoil (lu climal et df leurs jirdducliuns, que les troiszoïicsilu
globe, et l'on pourrait avec raison, comme le dit Brydone, les dénommer : zone torride, zone tempérée et zone glaciale.
La première région, qui lait, ainsi que les deux autres, le lourde la montagne, part de la base même et s'étend irrégulièrement sur une largeur variant de o à 14 kilomètres. l,e sol qui la constitue est d'une l'ertilité presque sans égale ; il est entièrement formé de couches de lave décomposées par le temps, et d'un assemblage de productions volcaniques transformées par l'bumidité en uneexcellente terre végétale. Aussi, malgré tous les inconvénients qu'occasionne le voisinage du cratère, malgré les poussières et les cendres (pie le vent jette dans toutes les directions, malgré la crainte d'une rniiic totale qui peut, d'un moment à l'autre, être amenée par nue éruption, cette zone estpeupléede petitesvilleset de villages dans lesquels se groupe une population laborieuse de plus de cent mille âmes.
F^es productions de cette zone, buile, blé, vin, lYuils, herbes aromatiques, sont considérées comme les meilleures de toute la Sicile; notamment les ligues, dont une variété trèsgrosse et très-savoureuse ne se rencontre, dit-on, (pi'au pied de l'Etna.
A celte zone fertile succède la région boisée. C'est une étendue de dix à douze kilomètres de profondeur, entièrement couverte de forêts épaisses et de riches pâturages, (pii luiil ;iu gi-auldela Sicile une verdoyante ceinture. Malheureusement la hache du bûcheron est à l'œuvre pour di'lrnire les plus beaux arbres, et une puissante compagnie de spéculateurs