LL MONT ETNA
iii(jiies. On (lil (jne, v(tiilanl cacher sa morl aux humains et passer pour un dieu, ce (lisci|ile de Pythagore se précipita voUmtairemenl dans le cratère, mais que le volcan, en rejetant ses sandales d'airain, déjoua les projets d'Empédocle, et prouva sa vauih' an monde entier. 11 est plus vraisem- Malile que ce philosophe, illustre à plusieurs titres, périt dans une éru|ilion, victime de son amour pour la science.
Quelques voyageurs ont prétendu trouver dans les débris de celte construction les restes d'un temple de Vulcain; d'autres y ont vu les vestiges d'une résidence de l'empereur Adrien. Quoi qu'il en soit, il est certain que cet édilice l'emonte aux temps les plus reculés. Quoique la maison des Anglais ail été assez gravement atteinte par des blocs lancés par le cratère eu 1865, il est surprenant néanmoins que cette construction, aussi bien que la Tour du Philosophe, aient été si longtemps respectées par les éruptions, alors que des édifices et même des localités entières, beaucoup plus éloignées du volcan, ont été ensevelis sous les laves.
I,a région déserte, ou zone froide, se dessine vigoureusement au-dessus de la région boisée. C'est une triste solitude formée par des couches de lave noirâtre, recouvertes de scories, de cendres, de neige et de glace, et qui s'étend autour de la montagne sur une profondeur de dix à douze kilomètres. Au centre de cette pente désolée, sur une sorte de plateau aride, se dresse le cône terminé par le grand cratère, qui, même en ses moments de calme, inspire une profonde terreur.
Le moment le plus favorable iiour giavir la montagne com-
iiience vers le 15 juin et liiirc jusqu'aux |iieiiiières pluies d'auloMiue. On peut encore entreprendre iilileineni une exploration après l'équinoxe, jusque vers le Kl ou le ISocloltre. La (lislanue à IVancliir varie suivant le point de départ, (pii est le plus souvent Catane; on compte alor's environ trente-six kilomètres. On peut aller de Catane à Nicolosi et delà jusqu'à la maison des Anglais, à dos de mulet ou même en litière : celte partie de la route est peu fatigante ; mais de là au bord du cratère la marche devient extrêmement pénible ; les scories et les cendres qui recouvrent les flancs du cône cèdent sous les pieds et font reculer à cbaque pas. On a vu dans une des pages qui précèdent combien Spallanzaiii, habitué cependant à voyager dans les montagnes, trouva pénible l'ascension de ce volcan. L'amiral Smyth rencontra les mêmes diflicultés ; d'autres Ibis, au contraire, l'ascension est tellement facile, qu'on n'en éprouve absolument aucune fatigue.
Mais quelle que soit sa fatigue, le voyageur en est amplement récompensé, lorsqu'il a atteint la cime convoitée. 11 s'y trouve en présence d'un spectacle d'une magnificence telle que l'imagination même est impuissante à le représenter. L'esprit est en proie à un indicible mélange de crainte et d'admiration dont ne peuvent le distraire, ni la raréfaction de l'air, ni les vapeurs nitreuses qui parfois occasioiuient la plus grande oppression.
Les voyageurs prennent généralement leurs dispositions pour arriver à la maison des Anglais le soir, alin d'être à même de gravir le cône le lendemain au crépuscule. Une scène magique se déroule alors sous les yeux à mesure que s'évanouit
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LL MONT ETiNA. ".Oô
l'obscinih' dans I.-kjiu'IIc ('lail |i1()iil;('' loiii le rcslc de l'ilc. I.a U'i'ii' ot la mer siMiililciil sortir iciilciiii'iil (\\\ cliaosciriliiiirl ; les l'orrls, qui d'abord a|i|iaraissaii'iil sous les [lirils coiiiiiic iiiic masse iioiri', ri'vrlciil iicii à |il'ii Iciii's couleui'.s eL dossiiiciil leurs lonnes i)illores(jues, lainlis ([u"au ciel les étoiles s'oleigiieiit .successivement, l'uis la scène s'élai';:it, l'horizon senihle reculer ses bornes, et le soleil, faisant i^a brillaule a|i|iarition à l'orient, vient jeter ses rayons éelatanis sur i'euseinide du s]ieetaele. Alors, on se croirait dans un iii'U eneliauté ; tui est tenté d'iniblier que l'on a|i|Kiilienl à la lerie : un certain leni|)s se passe avant (|ue l'on |iuisse revenir à la réalité. Au-dessons d(> soi, presque sous ses pieds, on aperçoit toutes les îles Eoliennes, Strondioli et Volcano, dont les cimes sont couronnées d'une colonne de iuniée dans laquelle semblent se jouer les layons solaires; ]iuis c'est la Sicile entière qui s'étend sous les yeux comme une carte géographique, où le regard suit avec admiration une multitude de cours d'eau dans leurs moindres détours, de leur source à leur embouchure. Rien ne bonu' le regard, l'immensité vous entoure, et l'on croit voir se dessiner au loin les côtés de l'AlVique et de la (trèce.
Mais, comme le dit Brydone, c'est au pied même de la montagne de feu que se déroule le plus ravissant tableau. Les des Eoliennes et tant d'autres iles qui entourent la Sicile semblent par l'etTet de la réfraction former un cercle magique. Autour de l'Etna lui-même, les distances s'évanouissent, tout apparaît sous sa forme distincte et précise. La région boisée, accidentée par les collines auxquelles ont
donné naissance les éruptions successives du géant, semble tonner à la montagne une ceinture de verdure et de Heurs. Après elle vient la région cultivée, hérissée, comme la pi'cmière, d'un nombre infini de petites montagnes coniques ou sphériques, qui furent autant de cratères, et se sont transformées aujourd'hui en champs d'une incomparable fertilité. Au sud et au sud-est, la mer; à droite et à gauche, les deux petites rivières Semete et Alcantara, perdues au milieu des plus riantes vallées. Plus loin, l'ile entière avec ses cités, ses montagnes et ses fleuves ; les îles voisines et toute la côte de l'Italie, s'étendant à perte de vue !
Ces magnificences de la nature, que Vœi\ ne se lasse point de contempler, contrastent d'une manière saisissante avec les phénomènes que présente la bouche du volcan : elle réclame à son tour l'attention, et la captive bientôt par les sublimes horreurs qu'elle étale aux regards.
Ce cratère, formé par l'accumulation successive d'une masse de sable et de cendres, est sujet, ainsi que nous l'avons dit, à d'incessantes modifications. Il forme aujourd'hui un ovale, dont le plus grand axe ne mesure pas moins de quatre cent quatre-vingt-dix mètres. Tous les voyageurs , depuis Spallanzani jusqu'à l'amiral Smyth, depuis M. Kephalides jusqu'à M. Reclus, qui gravit l'Etna il y a un an à peine, tous en ont vu l'intérieur tapissé d'efflorescences de diverses couleurs. Le jaune orangé domine au milieu des riches nuances de ces stratifications. Le fond du cratère est une surface à peu près plane et assez dure, sauf en quelques endroits, où le pied s'enfonce dans les cendres. Vers le milieu