‹ Les volcans et les tremblements de terreChapitre 4 sur 98 · LE CRATÈRE · texte numérisé non relu

LE CRATÈRE

Ouoiquo la forme conique des volcans les distingue assez netlement des autres montagnes, ce qui leur est propre, ce qui leur imprime un cachet particulier, c'est leur cratère.

Chez les anciens Grecs, on appelait cratère (ô xparrip) une grande coupe que l'on remplissait de vin et dans laquelle on puisait ensuite pendant le repas, jtour remplir les coupes moins grandes des convives. Autour de ce cratère tout respirait le plaisir; près de lui on se sentait en repos, et le génie de Socrate souriait gaiement.

Près du cratère qui appelle maintenant notre attention, on éprouve je ne sais quelles vagues terreurs; un indéfinissahle sentiment de détresse s'empare de notre âme, lorsque penché sur labinie, on laisse le regard plonger dans ce gouffre où des substances inconnues se distillent en vapeurs, où fermente un liquide incandescent, où retentissent des bruits étranges. N'était sa forme qui lui donne vaguement l'ap parence d'une coupe, rien n'expliquerait pourquoi la bouche

embrasée du vdlcaii a ('té appelée cralère, comme cette coupe qui faisait la joie des Hellènes.

Le cratère d'un volcan est, en effet, une dépression ou plutôt nue cavité en forme de coupe, ([ui s'élargit delà base au sommet. On serait peut-être plus précis en disant que ce gouffre a la forme d'un entonnoir, ou celle d'un cône renversé.

C'est le cralère qui met les forces ambiantes de l'atmospbère en contact avec les agents souterrains, cl qui, durant l'activité du volcan, offre un jtassage aux cendres, aux laves et aux autres substances que ces agents font jaillir du sein de notre planète.

La partie iiderieure de la cavité s'appelle le Fond ou la Plaine du cratère. Au milieu de cette plaine se trouve r(»iifice d'un canal qui plonge dans les entrailles de la terre : c'est la Bouche du cratère. De cet orilice, dont l'exiguïté étonne parfois, sortent ces masses énormes de matières embrasées qui dévastent les campagnes et engloutissent les cités. Les sables, les cendres, les roches retombent autoui' du gouffre; les laves qui en débordent se mêlent à cet amas de débris; en se refroidissant, elles forment avec eux une masse considérable, et peu cà peu, à la suite d'une série d'éruptions, il se forme autour de la bouche ce mur abrupt, circulaire, rugueux, qu'on appelle le Mur du cratère.

Dans les cratères de petite dimension, la paroi intérieure de ce unir |)rend naissance immédiatement au bord nu^'uiede l'orifice et s'évase ensuite comme un entonnoir. Mais dans les grands volcans, il y a toujours entre le parapet el la iiouche (lu cialèic uu espace, qui est précisément cette plaine dont

.M ONT ACNES V 0 LC A M Q l E S. 23

nous parlions à l'instant ; [tlaine souvent fort (■tiMidne, parfois horizontale, et toujours roconvorto d'un amas chaotique de cendres, de laves, de scories, de rochers. C'est une surface hérissée, tourmentée, et (lui offre partout l'emblème de la désolatiou et la marque du feu souterrain. Des fluides élastiques, des gaz et des vapeurs traversent les roches et les sables, et colorent diversement le mur du cratère en y déposant les matières sublimées qu'ils contiennent.

On vient de dire que la plaine du cratère avait parfois une étendue considérable. Rien ne saurait donner une idée juste de l'impression que laisse dans l'àme le spectacle de ces grandes et sombres vallées.

Voici, par exemple, la plaine du volcan de Dasar ou Tingger, dans Tile de Java. Lorsque vous atteignez le village de Vonosari, situé à deux mille mètres environ au-dessus de l'Océan, vous voyez à vos pieds une plaine sablonneuse, un désert sec et aride, au sein duquel aucune plante ne fleurit, et que le voyageur ne traverse pas sans émotion. Cette plaine est celle du cratère. Elle est tellement vaste, que l'observateur placé au bord du volcan aperçoit difficilement le cavalier qui se trouve au milieu de l'enceinte, et qu'à celui-ci, le mur qui entoure le cratère et qui a trois cents mètres de hauteur, n'apparaît que comme une légère aspérité du sol.

Les vents, qui soufflent ici avec force, soulèvent le sable et la cendre, et lesfonl tourbillonner autour des rochers vitrillés et des blocs immenses de laves, lesquels, entassés les uns!?iir les autres, hérissent paitout le lond du cratère. A travers les nuages de poussière, on distingue, an milieu de la vallée,

2i LES VOLCANS.

trois petites montagnes, de forme parfaitement conique. La plus redoutée , sinon la plus élevée , s'appelle Bromo ou Brama; comme les deux autres, elle est formée par du sable très-fin, lequel, sorti des entrailles du volcan, s'est amoncelé autour de la bouche qui lui a livré passage.

Quant à l'antique bouche du volcan, la bouche embrasée qui a vomi ces masses de laves, de cendres et de sables dont se composent et la plaine, et le mur du cratère, et toute la grande montagne, cette bouche énorme s'est fermée : les rochers et la poussière qui étaient sortis de l'abîme, sont retombés dans l'abime. On frémit en songeant combien serait grand le malheur qui frapperait la contrée, si jamais le feu volcanique, s'ouvrant de nouveau un passage par cette bouche, lançait au loin les débris qui l'ont obstruée.

Aujourd'hui, c'est le Bromo qui est la cheminée du laboratoire souterrain. On ne sait à quelle époque il s'est dressé au fond du cratère. Son profil, qui est celui d'un cône régulier, la vapeur qui couronne son sommet, font présumer qu'ici, an sein d'un immense volcan, on se trouve en présence d'un autre volcan : on pressent qu'on aura l'étrange spectacle d'un cratère dans un cratère.

Longue et pénible est la marche à travers la plaine jusqu'au pied du Bromo. Mais ici s'offrent des scènes qui font oublier sa fatigue au voyageur, toujours avide du spectacle de la nature.

Du milieu des sables qui s'agitent et qui donnent au steppe l'apparence d'une mer houleuse, s'élève brusquement la montagne, dont le flaiu; aride, d'une couleur fauve comme celle

tic la pi'an du lion, est silluiiiu' de ces rides profondes, de ces longues tranchées qui donnent aux volcans de Tile de Java cette physionomie caractéristique que l'im a déjà étudiée.

A voir celle montagne faite de sable sur le sable mouvant, à la voir ainsi déciiiri-e par de si profondes entailles, il semlile (ju'i'lli' devra s'écmuler cl eiilrainer dans l'aliiiiie (jn'clle recouvre, riioiuiiie qui osera la gravir.

Toutefois, elle résiste sous vos pas. Lorsque, arrivé au sommet, vous laissez vos regai'ds errer sur la scène, vous voyez à vos côtés un gouffre d'une profondeur inconnue, et vous reconnaissez, non sans stupeur, que vous êtes debout sur le bord d'un cratère moins large, mais non moins horrible que celui au sein duquel vous vous trouvez placé. Les parois intérieures du gouffre que vous avez à vos pieds sont couvertes de concrétions d'une couleur orajigée, cl descendent en pente rapide pour former autour de la bouche du cratère une coupe sphérique aux bords évasés : au fond de cet entonnoir apparaît un lac d'où se dégage une subtile vapeur. L'eau de ce lac est d'une teinte dun bleu pâle, et offre un mouvement d'ondulation et d'ébuUition continuel. A l'aide d'une lunette, on peut distinguer des corps d'une couleur sombre, qui couvrent la surface de ce lac et changent de place constamment. On croit que ce sont des amas de pierre ponce. Mais personne, ni M. Junghuhm, à (|ui la science est redevable de si beaux travaux sur l'ile de Java, ni M. Horsfield, le consciencieux observateur, n'ont pu descendre dans cet abîme, où la lumière ne pénètre que faiblement, et dont la paroi escarpée menace rnine.

26 LES VOLCAxNS.

Dans le sièclo actuel, le volcan de Dasar i\i\ vomi des matières embrasées que par ce cratère du Bromo. A l'époque de sa dernière crise, c'était le M novembre 1855, il en sortit dos nuages de fumée et de cendre tellement épais, que durant plusieurs heures la contri'C l'ut couverte de ténèbres. A partir de ce jour, le volcan resta en état d"éruplioii jusqu'en mars 183S, époque à laquelle il cessa tout à coup de projeter de la cendre et de la fumée. Au même instant, le cratère du Bromo s'emplit d'eau et se transforma en ce lac mystérieux (juc Ton vient de contempler.

Lcshonunesqui babitent lamontagneduDasar ne sont point de bons chrétiens. Leurs ancêtres avaient adori' le volcan comme un être supérieur et redoulaiile ; ils avaient eu surtout un culte pour le Bromo, dont les IVé([ueutes et terribles explosions imprimaient la terreur dans leur âme. Aussi, à l'époque où eut lien la subite transformation du cratère, les indigènes, revenant aux anciennes pratiques de leurs pères, songèrent-ils à se rendre favorable l'être qu'ils redoutaient, et au sein duquel venait de s'opérer une si étrange mélanioi'phose. Ils voulurent s'assembler dans la grande j)laine du cratère pour offrir des sacrifices au Bromo qui grondait sourdemenl. .le ne sais ce qui les empêcha de mettre leur projet à exécution; mais je sais que la colère du volcan n'a pas été apaisée, et que quelques années plus tard il vomissait du feu, malgré l'eau qui remplissait son cratère.

C'est avec iuleulion qiu' nous avons itérativemenl fait remarquer que le Bromo offrait le phénomène curieux

montagnf:s volcaniques. 27

(Vuu volcnii dans un volcan, d'un cratArc dans nn antro cralrro.

Ce fait, (|nelqno surprenant (pi'il paraisse, n'est pas rare ilans riiisldirc des volcans. On [)eul même al'lirmer que pai'toiit où l'on aura l'occasion do suivre attentivement les cliangementsqui s'opèrent dansleseindesgrandsvolcans,on pourra constater des phénomènes analogues.

Dès 1727, d'Orville, un des voyageurs qui, au siècle dernier, ont bien étudié les volcans, l'ut saisi d'étonnemenl à la vue de ce phénonn''m'. Il avait gravi le mont Etna, et malgré les nuages de fumée et les llammes rougeàtres qui sortaient hors du cratère, l'intrépide observateur s'approcha du gouffre. Il voulait eu sonder les mystères. Pour ne point y tomber, il se lit lier par une corde tenue par trois Innumes. Ses yeux, fixés sur cet abime, ne purent en voir le fond, à cause de la flamme et de la funii'e (pii en jaillissaient; toutefois, il distingua une petite nujutague conique, formée de laves, située au centre du cratère. Il jugea que le sommet de ce cône se trouvait à une soixantaine de pieds au-dessous du bord du cratère, et que la montagne pouvait avoir à sa base six cents à huit cents pieds de circonférence '.

Mais d'(h-ville n'était juis le premier à faire cette observation au mont Etna. Déjà Strabou avait entendu raconter, |)ai' des t('inoins oculaires, que le sommet de l'Etna était termint'' par une plaine entourée d'un bord annulaire connue d'un mur d'enceinte, et cpTau milieu de cette plaine s'élevait

' Jacobi Pliilippi iPOrville, Siciila.

28 LKS VOLCANS.

une montagne brûlante, dont la tïmK'C' moulait verticalemenl à nue hauteur considérable '.

Voici encore le Pichincha, cette grande montagne dont, plus haut, nous signalions au leclenila forme si curieuse. Nul aulre volcan ne saurail oITiir d'une manière plus saisissante le spectacle d'un groupe de volcans an sein d'un vaste cratère. La bouche immense de ce colosse a été comparée parla Condaminc au chaos des poètes. Le célèbre physicien ne tenta point d'y descendre. Lorsque, plus tard, Alexandre de Ilumboldt arriva dans ces contrées, il explora le cratèi'e avec sou zèle habituel ; toutefois, ce voyageur tenace, intrépide, infatigable, dut renoncer, lui au.ssi, au projet d"y pénétrer. La bouche du volcan formait un trou circulaire de près d'une lieue de circonférence, dont les bords, taillés à pic, étaient couverts de neige par eu haut. L'iulérieur était d'un noir foncé; mais le gouffre était si grand que l'on distinguait la cime de })lusieurs montagnes qui s'y trouvaient placées. «Leur sommet sendilait être à deux ou trois cents toises audessous de nous. Jugez donc où doit se trouver leur base. Je ne doute pas que le fond du cratère ne soit de niveau avec la ville de Quito. »

Penché .sui- le IkhiI du cialère, le grand naturaliste, (huit on vieiil de citer les paroles, ne pouvait détacher ses yeux de ce curieux plK'uomène , el dînant toute son existence, il se souvint de l'éuiotiou (ju'il avait éprouvée eu pré.sence de ces grands cônes dont le sommet

' "iU-Aio. Geographia, lib. VI.

s'clevail du l'oiid d'une vallée incdiinui', au iiiilicii (\'\\i[ nuage de va)H'nis >uirureii--i->. j'Iii^ d'iin diMni--i(Tli' après avoii- vu le> eiiue- de ees luniitagnes soiilcn aino, lliiiii- Ixddt, i|ui avait |iare(iiuu la teiac en ttiiis sens et en avait contemplé les [dus merveilleux spectacles, s'écriait que jamais la nature ne s'était offerte à lui sous un aspect plus grandiose que sur les bords de ce cratère.

Au reste, il ne faut pas s'étonner que des observateurs fassent mention de ces petites montagnes dan- l'iutt'iii'ur d'un cratère, tandisqne d'autres (|ui vi>itent le nu'uic v(diau à une époque différente, en nient l'existence. En elTet, l'intérieur d'un volcan change de forme à chaque nouvelle éruption.

C'est ainsi que le Vésuve a oiïert tour à tour le spectacle

50 Ll'. S VOLCANS.

(Fiiii ciMlèic ail Iniid duquel s'ouvrail uu puils sans rebonis, cl (•('lui duii cratère dans hKiucl s'(''levaieut plusieurs c(Jnes d'(''ru|»li()n ciultoilt'-s les uns dans les autres. En 1744, connue en 1845, ce dernier plH'uoniènes'y manifesta d'une uiani(!'re vraiiiKMil surprenante, et put (Hre conslal('' par uu grand nombre d'observateurs. 11 en est. de nu-me du mont Etna, dont la bouche a pr(''seut(j plus d'une lois ce spectacle.

11 ne faut pas confondre la bouehe du volcan avec la bouche du cratère ou le imitsdu volcan. On dit, d'une manière vague et générale : la bouche du volcan, pour désigner le cratère tout entier; on vient de se servir à l'instant même de cette expression. La bouche duci'atère, ou, comme on dit aussi, le puits du volcan : c'est l'oriiice dont nous avons parlé, c'est la cheminée qui coiiuiuinique avec le laboratoire souterrain, le canal qui plonge dans des profondeurs inconnues cl (pii donne issue aux matières entlammées. Le plus .souvent ou n'a[)erçoit au foial du cratère (pi'une seule bouche ; toutefois, on y trouve aussi plusieurs oritices plus ou moins rapprochés les uns des autres. Les nombreuses montagnes qu'on voit dans le fond du grand cratère du Pichincha i'e(>ouvrent autant de puits ignivomes ; car non-seulenu'iit elles lai.sscnt écba})per de la fumée, mais ou voit aussi jaillir de leurs cimes des flannues bleues et diaphanes.

Lorsque Hoffmann, le géologue allemand, visita le volcan de Stromboli, il vit au fond du cratère trois bouches complètement distinctes, dont la plus grande, qui avait environ cent mètres de largeur, émettait d'épaisses colonnes de fumée;

M ( I iN T A G .\ !•; S V 0 L f : A iN I () I K S . 51

tandis ijnedcs deux aiili'cs jaillissaii'iil des ton'(>iils de laves. Un dil nièiiic que peu de leiiips avaiil l'ari-ivi'e de eel (diseï-valeur, la nialière eiiilirasi'e surlail des eiilraill;'s du vuleau par sept oriliees.

Au suiplu^, la laii:('ur de la Itouehe einl)ras(''e varie couslainuienl. iiieii plus, a]ii'è-- niu' uraude ealastrophe il u'e^l pas rare ([lU' le puils du voleau S(^ déjilaee. (/est ainsi (|ue l'aneieuue lieuilie A\i eialère du Hasar s'est oblitérée, cl ([ue le l'eu souterrain s'est l'iay('' uu passade par ce puits inoloud, que recouvre aujourd'lini le eiuie du lîroino.

Uuand il y a plusieurs bouches au l'oud du cratère, elles sc n'unissenl parlois; le uuu' qui les s(''parail s"(''ei'(Uile, et les deux bouches réunies t'oruu'ut alors uu ininuMise eutiunioir. Le cratère du Vésuve avait une profondeur de idd pieds, lorsque, au mois de mars 18''27, le volcan donna les premiers indices d'une crise prochaine. Alors les matières volcaniques, acciunulées dans les profondeurs de la montagne pendant un repos absolu de six ans, poussées par les fluides élastiques, se frayèrent une issue par diverses pentes qui traversaient le sol du cratère Des coulées de laves, en s'entassanl les unes sur les autres, parvinrent à remplir successivement la cavité éuornu' du cratère. Pendant longtemps, les bouches volcaniques changeaient de place sur ce sol continuellement tourmenté. Cependant elles finirent par se réunir toutes et par foruu'r un seul centre d'éruption, dans lequel s'éleva un grand cône de cendres, grâce à l'accumulation successive des matières i"ejetées, se disposant toujours autour du même orifice. (Âbich.)

LKS VOLCANS,

l,;i |iliip:irl des iii(»iil;it;iifs \(ilc;nii(|iics ndiil (luiiii seul cralèi'é; mais les exceptions ;i celle règle son l iioiiibceiises. Le

Maunaloa, dans l'ilc d'ilavaï, a deux iinniciises cralèies dont l'un se trouve au sommet, ei raiilic, le cialèic de Kilauea,

dans une plaine sui' l;i in'iilc de la montagne: c'est le plus vaste cratère eoiiini juscprà ce jdur ; plus loin, on aura l'occasion de conteni])ler les l'Ionnaiils piiénoniènes (prii présenl{\ Le mont Colima, au Mi'xiipu', a sur la cime deux liiuiilics (pii vomissenl eu niruie lenips de la fumée et des laves; le volcan de Bourbon a trois cratères placés aux sommets des trois cônes qui terminent cette ninnlagne; et le (iunung Salam, dans l'ile de Sumatra, a même six bouches à son sommet.

Par contre, il y a de grandes montagnes embrasées dont la cime n"a jamais été ouverte et qui n'ont point de vrais cratères. Elles vomissent la matière enflammée par des fentes ou des crevasses qui s'ouvrent sur leurs flancs au moment de la crise, et se ferment après l'éruption. Le volcan d'Antisana, une des plus hautes montagnes du globe, n'a point de cratère, et il est probable que la terrible (Tuption du mont Ârarat, en 1840, eut lieu par une crevasse latérale.

\u reste, on ne saurait établir un rapport entre la grandeur du cratère et la hauteur du volcan qui le supporte. Ainsi le volcan de Volcano, une des iles Éoliennes, ne s'élève qu'à 1,'200 pieds au-dessus de la mer, et cependant son cratère de 3,000 pieds de diamètre est deux fois plus grand que celui du mont Etna, quoique ce volcan ait une hauteur de 5,500 mètres, et soit par conséquent huit fois plus élevé tpie le précédent. La bouche du puissant volcan de File de Ténériffe est moins grande que celh^ du volcan sicilien ; et cependant les laves qu'a vomies ce petit cratère ont couvert l'ile

LHS VOLCANS.

entière el t)iil i>ioduit une montagne beaucoup plus élevée que l'Etna.

CralOie <lii vulcall ilc lùiiéiliro.

i,('s lails rap|i()i1(''s jusqu'iei auront suffi, peut-être, puni laiic coniiirendre combien sont fréquentes et profuiidi's les métamorphoses qui s'opèrent dans le sein d'un volcan en aclivili'. Toutefois, connue ces changements continuels periiieitent de juger de l'énergie avec hupielle agissent les forces souterraines, il convient, je crois, d'ajouter quelques observations à o^'llesiiui préeèdent.

I.'aldii' S[i;illanzaui, l'infatigable et consciencieux observateur des |ihénomènes volcaniques, a été un des premiers qui ait appelé l'attention des savants sur les incessantes liaiislormalidus (pie subissent les cratères.

lui 17S1S, le naturaliste, a|»rès avoir siirmoiit('' des obstacles

MON TA (, m; s Vdl.r. \ \ inl i;s. 55

qui' lions ineiitii)iiiii'itiiis diiii^ une îles |);iyi'S([ui siiivi'iil , Jillcigiiil \c sumiiii'l (lu iiKiiil hina. A coltc époque les liords Mipérieurs tlueralèi-e, iiif-^iii'és à l'œil, avaieiil une oirconféreucc iruii mille et (Iriai, el iiin' loriiie ovalf. (les Itords étaieiil fendus eà et là; ils sembla ienM'orniés par une ^iiile ilc (l('uK.(|ui pal■ais^aieHt autant ire>ealici> dt' lave et di' seuries. Uuniiiue les parois intérieures du cratère eussent différentes inclinaisons, douce à l'ouest, rapideà l'est, elles forniaieni nnees|irce d"enl(inn(iir. Iai'i;eàla cime, étroit à la base, coniuie dii Idlisenedansun i;rand nombre de cratères.

r.a profondeur de cet te caverne paiaissail être d'un sixième de mille, et les parois en étaient bmriblemenl liérissées. Le fond du cratère était alors formé par un plan lniri/diilal, diml le t(iui- avait un mille environ, et au milieu de retle plaine se Iriiuvail le puits, duni l'urilice circnlaii'e l'Iail d'une dizaine de mètres de large. De toutes parts s'échappaient du fond du ciatèreet de ces parois, des bouffées de vapeuis, lunune un nua;;e subtil; tandis que du puits s'élevait une colonne de fumée qui avait à son origine vingt pieds de diamètre et s'idangait j)erpendiculairement. Elle était poussée avec force tant qu'elle était dans le ci'atère ; mais aussitôt qu'elle l'avait quitte', elle pliait et se répandait au loin sous l'impulsion du vent. Cette fumée, très-blanche, chassée d'un côté opposé à celui où se trouvait Spallanzani, ne renqièchail point de voir le fond de la bouche volcanique. « Je puis assurer, dit-il, ([ue j apercevais, avec la plus grande évidence, une matière liquide emlnasée. On voyait cette matière se tourner, monter, descendre, sans néanmoins se ré()andre sur le plan; c'était la

lïivo dissoute dans le sein du volcan qui s'élevait jusque-là. » L'heureuse circonstance d'avoir sous ses yeux le fond même du cratère, suggéra à cet observaleur l'idée de laisser rouler dans le gouffre, du pic où il était, quelques grosses })ierres. Les morceaux de laves qu'elles détachaient du liord du cratère bondissaient en se précipitant. Lesjjierres, qui entrèrent dans le puits où bouillonnait la matière en fusion, en frappantcette lave liquide, tirent entendre un bruit semblable à celui qu'elles auraient rendu si elles eussent frajqié une pàtc un peu solide et tenace. Chaque pierre, en heurtant les parois du cratère, en détachait d'autres ([ui augmentaient le sourd retentissement sur la lave fondue. Celles qui tombaient sur la plaine autour du puits donnaient un son dillV'reul, et comme elles bondissaient eu y arrivant, Spallanzani en conclut que ce plan n'était point formé par une simj)le croûte fragile, car il se serait certainement brisé sous tant de chocs violents et multipliés'.

A l'époque où cet intrépide voyageur examinait les phénomènes offerts par le mont Etna, il y avait sur wno autre pointe de la cime nn second cratère. Or, on va voir que le mont Etna, comme aussi les autres volcans, change non-seulement la forme mais aussi le nombre de ses cratères.

Deux siècles avant Spallanzani, le cardinal Bembo avait également trouvé sur la cime de l'Etna deux cratères, éloignés Fuu de r;iutre « du jet d'une pierre avec une fronde. » L'un

' Lazare SiialLuizaiii, Voyage daiis les Deux-Siciles et dans quelques parties des Apentiins.

.M U N T A G m: s VUI.CANIQL'ES. 57

(les crjitères ressemblait à iiii pllit•^ immense, environné par une plaiiio ('(roite; l'aiilrc avait trois milles et demi de circonlérence; il était l'ait en entonnoir et avait nn grand trou au milieu, d'où sortaient des matières embrasées, « à la hauteur d"uii dard. »

Lorsque Fazello monta sur l'Etna ajHés le cardinal, il n'y avait déjà plus ([u'un seul, mais (Mioinie eralère, dont la circonférence était de quatre milles. C'était un (^nlonnoir d'une profondeur incommensurable. Il eu sortait des laves à des intervalles réguliers, et on entendait un bruit souterrain qui ressemblait à celui d'une chaudière pleine d'eau, placée sur un grand feu.

Mais, au commencement du siècle deiiiicr, le volcan avait de nouveau deux bouches distinctes; car d'Orville apen.ul eu 17'21 deux cratères dont l'un était plus grand que l'autre. 11 jiaraitrail néaiiiiioins (jue, durant les soixante aiini''es (jiii s'écoulèrent entre le voyage de d'Orville et celui deSpallanzani, il y eut de grands ehangements dans le sein duvolcaii. V.w l'it'et, ni l'iieiiesel, ni Hamilton, ni Brydone, ne parlent des deux ci'alèi'cs ; lamlis que Spallanzani, ([ui gravit le volcan vingt ans ajirès (nix, retrouve deux cratères à la cime de la montagne. Ce ipii prouve liien qu'à l'époque du voyage (rHaiiiilloii, TEtna n'avait (|u"une bouche unique, c'est (jue la mesure de deux milles et demi que, ce voyageur donne au cratère (pTil a vu, s'accorde avec celle d(uniée par Spallanzani, si l'on supprime la cloison qui, à l'époque de celui-ci, séparait les deux cratères. Des deux bouches, celle que put examiner ce naturaliste était la plus grande, la plus active.

.-s I.FS VOLCANS.

KUe était séparée de l'imlre par un iiiiir lail de scories el de laves aiiioiieel(''es. Du deuxième oralère jaillissait également uiu' colonne de fumée, et tout autour s'échappaient des Iwuffées d'une vapeur acre qui empêchèrent l'observateur d'approcher.

Les voyageurs que nous venons de citei- et qui précédèrent Spallauzani de quelques années seulement, ne virent pas non plus, au fond du cratère, la plaine dont parle ce dernier. Les pierres que Riedesel jeta dans le gouffre ne rendirent pas le moindre son à l'oreille; et cependant du sein de l'abime s'élevait, comme s'exprime ce voyageur, un bruit conqiarable à celui des flots de la mer agités par la temiiète. Ce bruit provenait évidemment de l'ébullition de la lave dans les entrailles de la montagne. On voit par là à quel point un volcan peut devenir furieux quoiqu'il paraisse dans un plein repos. Oii'on suppose, en effet, que dans la lave de l'Etna, busqué iîiedesel visita le volcan, il se fût développé tout à coup une grande quantité de fluides élastiques, de gaz ou de vapeurs ; alors l;i lave que l'on entendait bouillonner dans labime aurait cboqué violemment les flancs de la cavernequile leulerniait ; elle aurait tonné avec plus de force encore dans ces antres profonds; elle aurait secoué la montagne, et, en la déchirant latéralement, elle se serait échappée comme un (leuve de feu. (Spallanzani.)

<Juant à la petite montagne volcanique vue jiar d'Orville au buid du cratèir, ni Spallanzani, ni Hamilton, ni Borch ne l'ont revue ; d'autres observateurs ont néanmoins confirmé l'observation de rexcellent vovai;eur hollandais, en s'assurant

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MOXTACNES V O 1. C A N'I 0 I' !• S. T.O

(|ii(> (les cônes d'éruption s'élevaicnl parfois au-dessus de la bouche du cralèir de l'Etna, et s'écntulaiciil ciisuih^ poiii' tbrnier des amas de di'inis.

Les volcans actifs sont sujets à des variations continuelles; et le IVu (jui lirùlc le- niliaillcs de ces monstres seiuliic afllrmer sa propre énergie en hravaiil la puissance des agents atmosphériques. C'est ainsi que Ton aperçoit (pidquefois la lave eu pleine l'inillilion dans rinl(''rieui- du i lalérc, alors que la lUMge couvre les flancs du volcan cl Ai'srend mènu' jusque vers sa base.

Fendant le mémorable voyage ([u'il lit au Pérou pour d(''- Icrniiner la forme de la terre, la Condaniine, le priMiiici Français qui ait giavi le Pichincha, eu trouva la bouche rem]die de neige; mais, une soixantaine d'années pln^; lard, Huniboldl la vit embrasée. Ces mêmes fails oui t'\c (diservés dans la plu](art des volcans doni la cime est très- ('■levi'C.

I>es voyageurs ont vu le cratère de l'Etna rempli de lav(»s jusqu'aux bords; d'autres, an conliaiic, y oui trouvé des cou- (dies déglace tellemeni énoi'ines qiu- la vaste caverne en ('lail (■ond)l(''e.

<ln vient de voir que naguère encMue le cratère de ce volcan était doulde, et que les deux cratères étaient eu activih'. (»r, lorsque Spallanzani publiait, il y a liienlùt un siècle, sa belle Étude sur le mont Etna, il disait qu'après avoir réfléchi sur les altérations incessantes que subissait la bouche de ce volcan, il ne serait poini (■((mmk' si, dans un avenir iiiocliain, il apprenait ([ne le> deux cialri-i^s, qu'il avait vn^ sépares,

s'étaient réunis pour former un gouffre unique. Ce que le sagace naturaliste avait pressenti n'a point tardé à se réaliser. Aujourd'hui, il n'y a au sommet de l'Etna qu'un seul cratère, comme au temps du cardinal Bembo.

Mais ce ne sont là que des altérations relativement peu considérables, et qu'on observe dans les volcans alors même qu'ils ne sont point en éruption violente. Plus profondes, plus étonnantes, sont les métamorphoses qui ont lieu à l'époque des grandes crises. Alors on voit fréquemment la montagne tout entière changer de forme et d'aspect et refléter, en quelque sorte, les changements qui s'opèrent dans le sein (In volcan.

Le lecteur se rappelle que le Cargairazo, un des géants des Cordillères, s'est effondré ; il se rappelle aussi que, d'après la tradition des indigènes, le Cotopaxi a lancé au loin Tiiiimense rocher qui recouvrait en forme de dôme ou de cloche sa bouche colossale. Nul ne saurait dire les cui'ienses et terribles métamorphoses qui eurent lieu cette nuit-là au fond du cratère.

Après l'éruption du Vésuve, en août 1854, et à la suite d'une série de crises qui s'étaient succédé pendant plusieurs mois, les cavités internes du Vésuve s'étaient vidées, de sorte que la voùle supérieure du cratère, hors d'état de soutenir son propre poids, ni celui du cône de cendres, s'écroula en entraînant avec elle ce dernier et une grande partie du plateau. (Abich.)

11 y a dans le Kamtchatka une grande montagne qu'on

MdNTAG \F:S VOF.r. WIOIKS. 41

appollo Khitchevskay.i. C'est le volcan le pins élevé de cette péninsule. Sa bouche a |ilns d'un kilonièlredelargeur; elle lauee contiiuiellenienl des tlanuiies et des bouffées de vapeurs; celles-ci, blanches el épaisses, sortent du i^oulTre sous la forme de grosses boules qui se transforment eu anneaux et disparaissent ensuite, comme l'ail la vaiicur qui sort, par saccades, de la cheminée d'un bateau à vapeur. Le craléic de ce volcan change souvent df l'diine. Avant 176"2, la cinu^ du volcan se terminait en pointe; mais, à partir de cette époque, le cratère s'affaissa chaque année davantage, et le sommet du volcan s'aplatit entièrement; mais, l'u I77-2, après une crise violente, la lave emplit de nouveau le cratère, qui s'élargit prodigieuseuient, et Ton vil reparaître la pdiiile terminale.

Quatre fois, depuis moins de sept siècles, le cône suprême du mont Etna s'est effondré, et quatre fois la cîmea été rétablie par ce géant, dont ractivilé persiste de siècle en siècle. Après ces grandes catastrophes, alors que le volcan avait réduit en poussière la masse des rochers qui formaient la cime, son cratère affectait la ionne (riiu puits et brûlait au milieu d'un plan hérissé de débris.

Si la vie est caractérisée par une incessante activité, pai' une combustion continue, et en même temps aussi par la régénération des éléments qu'elle absorbe , on ne doit pas s'étonner que les phénomènes offerts par les volcans, que leur activité surtout, cette activité si pleine d"impr(''vu, aient l'ait

' Bauer, BiUing's Exped., etc.

A'2 I. l'.S VOLCANS.

iifiitrc la pensée qu'il y avait en eux je ne sais quoi de vivant et de spontané.

A la vue des continuelles variations que présentent le cratère elle soniaiet des volcans actifs, on pourrait dire, avec un naturaliste du dix-huitième siècle, que le volcan est un être qui, en raison de la violence du feu qui circule dans son sein cl de la nature des lluides élastiques sur lesquels il a<;it, lantijt fabrique ou détruit les substances; tantôt rétablit ce (|u'il a détruit et ramène les choses à leur premier état.

Au leste, ce qui eût étonné, c'eût été plutôt de voirie cratère iM le cône terminal rester les mêmes durant une longue série d"années. Ce cône renversé et concave, dont la partie intérieure forme le cratère, et la partie extérieure la cime des monla^iies v(dcaniques, ce cône est, pour ainsi dire, sus|)en(lu eu l'air, placé qu'il est au-dessus des espaces caverneux de la montagne. Quand les voûtes, qui le soutiennent à peine, se rompent ets'abinu'ut sous l'action des forces qui agissent dans la caverne, alors le cône s'affaisse, et, au lieu d'une pointe terminale ou des bords dentelés, il offrira au icgard nu gouffre, un abime, un cratère sans rebords, sans parapet ; d'autres fois, il remplira de ses débris le cratère qu'il entourait naguère, et le transformera en une plaine aride d'où jailliront çà et là de minces colonnes de fumée.

C'est ainsi qu'en décembre 1766, Hamilton trouva le cratère du Vésuve fermé par une voûte de lave et de débris qui y formait une plaine; et Ménard, lorsqu'il visita ce volcan en 1815, ne vit à la sommité qu'une sorte de hauts vallons informes et])en profonds an milieu d'une aire, large de .MtO met ics

MdNTAC.NFS voie ANiniKS. 4."

oiivii'on. Le Vrsuvc ii',iv:iil ildiic |i.is, ;'i rcllr qioqiir, iiii cratère entouré (l"iin mur il'ciui'iiile ; cl les laves (]u"il vomit à la lui (le iMilc mrmi' ;uim'c sortirent des nomlircuses tissures qui se trouviiicul ;ni loml de cette vallée. Ce ne lut (lii'à la suilcilc ri''iii|ili(iu de lN"2"2, (|ui' ce volcau rouvrit sa bonrlie iiium'iise el ri'taiilit le iinir(|u'il avait diMniil.

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