‹ Les volcans et les tremblements de terreChapitre 5 sur 98 · ASCENSION DES VOLCANS · texte numérisé non relu

ASCENSION DES VOLCANS

Les montagnes qui recèlent dans lenrscinles caveniesenibrasées où viennent de pénéfrei- n(ts regards, cachent sous une végétation luxuriante leurs liâmes décliirés. liieii de plus ombreux que les châtaigneraies de l'Etna, lien de jilus parfumé que les orangers du volcan de Ténériffe, rien de plus souple que le palmier (pii se balance nudlenient au pied de l'Orizaba, rien de plus frais et de plus vert que le figuier qui ombrage la cabane du pêcheur sur le rocher de Stromboli.

Quand on commence à gravir le volcan, on contemple avec ravissement les scènes riantes et variées qui se déroulent ; mais à mesure qu'on s'élève, le pied se heurte plus fréquemment contre des roches aiguës que recouvre la j)lante odorante, et l'œil se repose plus rarement sur de verts bosquets. Encore une heure, et la scène aura complètement changé de caractère.

Voici maintenant le cône terminal du volcan. Devant vous

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se dresse le roc escarpé; autour (lt> vous s"(''lèv(Mil des aiguilles iiu'linées, de sombres rochers sur li'--i|ii('ls aucune plinite ne saurait preiulre racine Mais ce i|ui n'inl diriirilc l'accès du cratère, ce n'est pas seulcinciit la di'cliviiè du c(Jiie, c'est aussi le peu de résistauce ({u'otïrent les cendres, les sables, les scories sur lesquels (ui |iose le pied; ce sont encore les énormes couches de neige et déglace qui, parfois, courouiH>ut les montagnes volcaniques.

Nous ne voudrions pas racoutcu' ici les fatigues que nous avons ('prouvées nous-uu-nie (piand nous avons visitéle volcan de Ténériffe, ou lorsque, après avoir traversé la plaine verdoyante de l'ile Saint-Vincent, nous nous mimes à gravir le morue Garou, dont la dernière éruption avait couvert de cendres l'île entière.

Tous les voyageurs s'accordent pour ranger Tascension des volcans parmi leurs plus pénibles, sinon leurs plus périlleuses entreprises. Le récit qu'ils en font ne manque imint d'intérêt, et je crois que les pages qui suivent, et qui donnent quelques détails sur l'ascension de plusieurs volcans, feront bien saisir les difficultés, les dangers et aussi le charme de ces entreprises.

Lorsque, en 1788, ^Spallanzani approcha du sommet de TEtna, ses jambes entrèrent si profondément dans les scories, que la marche devint très-difficile, lu peu plus loin, il fut

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iii'ix'tr par un toii-oiit do lavi's qu'il fallait Lraverser puiu' aiiivcf à la cime fumante. Plus loin ciu-orc, les scories s'élevaient en plusieurs emlroits sous une forme angulaire et pointue ; ailleurs elles s'enfonçaient [)onr former des trous profonds ou des plans irès-inclinés. Le poli cl la fragilité de ces roches les rendaient semblables à des glaçons ; ailleurs encore elles offraient des crêtes uuiltipliées cl ressemblaient à des agrégats de lames et de taillants. Malgré tous ces obstacles, le naturaliste était soutenu par la ferme résolution (pi'il avait île contempler le cratère du volcan.

« Je vis bien, dit-il, comme je l'avais du reste épiouvé plusieurs fois dans les {lérils que les voyages, et siirloul cen.x de montagne, peuvent offrir, ([u'il suflit (Favoir un eeitaiii courage physique pour voler sur le bord des précijiices sans aucun accident, au lieu qu'une terreur panique, (pii surprend dans quelque cas dangereux, ôte le (-(eui' nécessaire pour poursuivre sa route ou même pour retourner sur ses pas. » Souvent, en glissant, le courageux voyageur courut le danger de tomber dans des gouffres d'où il lui eût été impossible de sortir. 11 traversa sain et sauf des laves encore brûlantes. Dans deux emlroits de ce courant, il y avait des fissures où la lave, malgré la clarté du jour, brillait connue du 1er cliaufléau rouge. «De l'une de ces crevasses, raconte le voyageur, j'approchai l'extriMuité d'un bâton qui me servait d'appui dans ce pénible trajet, il fuma sur-le-champ et il s'enflamma un moment après. »

Il ne restait plus à gravir (\[\v cette partie de l'Klua qui est le cùnc termijial du volcan. Ce cùne est très-rapide et Irès^

raboleiiN à cmiisc des lilors t\c Invcs cl i\v scoriiNtiui le cniivrciil U»iijoiirs, cl (iiii, à r('|iii((ii(' du \(i\;i^(' de S|i;iII;miz,imi, s'y triHiviiicnt en rnoriiio (|ii;inliir'. |i,ir suiirdc r(''rii|iliiui (|iii avait Cl! liou raiiiu'O jn-écédoiiU'. Les scories, sans liaison ciilrc cllc>, ircnavaicnt pas contracté avec le terrain. Fii inaicli.ml dessus pour uu»nli'i'. il anivait souvent que ces cendres cl ces scories, ^nr IcmjucIIi's le voyancm- uppnyait son pii'd pour se pousseï- cil avant, c(Nlaieiil sons ses pas cl rciilraiiiaiciil avec elles, de sorte qu'il reculait alors bien plii> (juil ne s'i'lail avaiic''". Apic^ pln>icur^ cIToris inutiles, il trouva (|iic Icnicil- Iciir iiKiycn li'i'Nilcr lanl de peines cl de lacililcr son \i)\;ij;e. était de se hisser, p(Uir aiii-i dire, d'un liluc de roidicr à un autre.

l'(nir gravir celle partie suprême de Flùna, celle poiiile terminale, qui a 1,00(1 nièiresà peine de liaiileiir. il cinpiova trois heures. Elle élail Iclleiiieul escarpée, qu'il diil -c cranqtonner avec les pieds et les mains et se Irainer ci m lie le tlanc du rocher.

Il n'était plus qu'à 150 jias du sommet du cône. D(''ià il voyait dans toute leur grandeur les deux colonne^ de rnnu'e (pTil avait aperçues du pied de la montagne, el auinn'- par le désir d'arriver sur le bord du cratère, il avait recueilli le |)cu de force qui luireslait,lors(pi"uii (di^tacle inattendu enchaina pour un moment son ardente volonté.

Des irainées d'une lumée piquante s'échappaient dune place où il devait nécessairement passer. D'un côté des crevasses qui donnaient issue à la vapeur sulfureuse, se trouvait un horrible iirécipice; de l'autre côté, il y avait une pente de

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rocher ([u'il l'iail impossible au voyageur d'escalader, à caii^-c de son épuisement. Il dut se résigner à traverser ces vapeurs. 1! le fit eu couraiil, et iiéamudius il eu lui tellement affecté, que, pciuiaut plusieurs moments, ilperdit connaissance. Après avoir surmonté de si grands obstacles, il ne |(uuvail pas ne pdiiil réussir. Il reprit peu à peu sa présence d'esprit, et bieii- [ùt il se vit au .sommet de l'Etna.

On comprend facilement quelle dut être sa joie en voyant ses fatigues extrêmes couronnées d'un succès si heureux : " Je m'assis, s'écrie-t-il, sur les bords du cratère ; je restai deux heures dans cette position, et, pendant que je me remettais de ma faiblesse, je regardais avec étonnemeut la couiigiiralidii (le celte vaste caverne, son fond, une ouverture qu'on y découvrait, la malièi'c eu ftisioiiqu'on y voyait bouillir et la fumée qui s'en exhalait : alors tout cela se montrait à découvert, n

On vient de voir quelles furent les fatigues ({ue dut endurci' le iiaturalisle italien avant d'arriver à la c'nnc de l'Etna, d'un vdkau ([ue Platon et d'autres amants de la nalure avaient gravi avant lui, et que hante de nos jours la lioiqie vagabonde des touristes. Maintenant nous voudrions engager le lecteur à se rendre avec nous dans les Cordillères et à considérer celte chaîne de majestueux volcans, dont peu

seuh'inciil mil [leniiis à riioinuio de lonclier ;i leur eimc altière.

I.;i liaiilc iiuiiihiuiii' qui" Vnw ;i (IcnmiiI soi, c'est TOrizal);!, le volcan dont on a déjà contemplé la Tonne superbe. Enveloppi' dans son nianleaii di^ neige, il (ilIVe au reyard une surruce entièrenieni unie.

Tiiiit récemment un voyageur allemand, le hanm dcMidlrr, voulut Miiila iidiudic du g('aul. Il paclil de la |iclilo ville d'Orizalia, accompagU('' de Iroi^ auiis, de plusieurs indiens, cl muni de tous les iii-^liiiiuculs nécessaires poni' laiic des (diservalions scienlili([ues. C'est en vain ipie les liahitanls du pa\s tentèieul de lui l'aire alnmdonner son projet, en lui laisaut ol)serven[uc dans cette saison — c'était au umi^ d'adùl — la ueigi' qui couvrait le pic devenait moins dure à sa surlace (pu' d'ordinaire, et que ce serait là un ol)sta(de et un p(''ril ipii s'ajouterait aux autres, déjà l'oit uouilneux. Au surplus, c'était la |Hcniièrt' l'ois, depuis la tentative de Diego deOrdaz, au seizième siècle, que le cône de ce volcan allait être l'ouli' par le pied de riuinmie; et, dans l'opinion de tous les indigènes, celle einu' (''tait inaccessible.

Le premier jour, les voyageurs purent atteiudic jusqu'à uni' hauteur de 5,000 mètres. Le lendemain, ils touchèrent an pied du cône terminal du volcan. En ce monu'nl, ils se trouvaient sur un jioinl du glol)e plus élevé que la cime du Mont-Blanc. A partii' de ce point, commencèrent les t'atigues et les soutTrances. On dut franchir de profondes crevasses, se frayer péniblement nu chemin à travers les glaces et les neiges. Les guides, épuisés de fatigiie, refusèrent daller plus

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loin el abandoiiiiôreiil les voyageurs. Sans guides, sans i)rovisions, entourés de précipices effrayants, on ne voulut pas encore renoncer au but qu'on s'était proposé. Mais tout à coup deux des compagnons de voyage deM. de Millier s'affaissèrent : ils étaient devenus aveugles. On était près de toucher au bul ; mais, cette fois, il fallut revenir sur ses pas et conduire les aveugles à travers les lUMges et les précipices. On atteignit la région boisée de la montagne, et bientôt après les malades entrèrent dans la petite ville de San Andres, où ils reçurent des soins empressés.

Ce premier insuccès ne découragea pas l'intrépide vo\ageur. Â peine fut-il rassuré sur le sort de ses amis, qu"il prépara une deuxième expédition.

L'Orizaba était enveloppé dans un ('pais image, le joindi'i, ayant pris congé deses amis, il paitit au milieu des aeclaniations des habitants de la ville de San Aiidres. Deux Imliens, connus pour leur courage, ainsi qu'un Américain du Nord et un habitant de la ville de Puebla, se joignirent au naturaliste allemand. A|)rès deux jours d'une marche ascendante, et après avoir surmonté de terribles obstacles, ils pém'trèreiit dans la région des neiges peii)étuelles, où l'air était tellement raréfié, qu'on respirait rapidement et profondément, connue lorsqu'on vient de courir. Il n'y a que les oiseaux qui ne souffrent pas de cette extrême raréfaction de l'air ; aussi M. de Mûller vit-il ici, à une hauteur de 5,000 mètres, des faucons tourbillonner gaiement au-dessus de sa tète.

Les obstacles se multipliaient, et la pente du cône deveiiail plus rapide. Les jambes enfonçaient dans la neige, et lorsque

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\v |ii('(l s'iipimyail sur les scoiics désagrégéps, orllos-ci se pircipilaiciit ilaii.-^ de inoloiiilis crevasses, eiiliainaiil dans leur clmlc les giiiilcs cf les voyagiMiis. D'aiitics lois un iMail l'orcé de raiii|K'r au lioid île-- aliiiiir-- cl de s'idaiR-cr d'un rorlicr à un auin'. au ris(|Uf de si' |i|-('H'iiiil('i' dans les l'avciiics (|iii' le l'i'ii siiult'ii'aiu avait creusées. La respiration devenait plus dii'licile à mesure (judii appidcliail de la cime. M. de Mûller l'ut saisi de douleurs aiguës daus la iioitrine, et il s'évanouit. Lorsqu'il eut repris connaissance, les deux Indiens et ses deux autres compagnons de voyage déclarèrent, qu'ils allaient rebrousser chemin et l'emporter avec eux. Mais le naturaliste était décidé à périr plutôt que de renoncer volontairement à une entieprise (ju'il avait méditée toute sa vie, cl dont la réalisation était si proche; il répondit à ses compagnons qu'ils étaient libres de l'abandonner, et que seul il mènerait à bonne liu la périlleuse tentative.

.\près quelque hésitation, on continua le trajet. Pour laciliterla tâche, les deux Indiens, précédant d'une trentaine de jias les autres voyageui's, entbnçaient dans la glace de longs crocs de ter, auxquels étaient attachées de grosses cordes. Le.-; voyageurs en saisissaient l'autre extrémité et se hi.ssaieid de la sorte vers la cime du volcan. Enlin, après des elTorts innuis, épuisé de l'aligue, M. de Muller atteignit le boid du cratère.

« ,r(''pi-ou\ai, s'(''crie-t-il, la sensation cpie i.hil avoii' .Moïse, lur.sque, du haut de la montagne, il découvrit la terre de promission. J'avais atteint au but, et ma joie lut si grande, que, pendant un instant, disparurent ma iatigiu; et nu's

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excessives soulïraiiccs. Mais seiileuiL'iil i>eiidaiil (luchiuo ill^tanls; car j'avais à peine promené mes regards aiiluiir iln ooufïre, que ie m'évanouis et que des tlots de sang sortirenl de ma poitrine.

Sonitncl Oo l'Orizalia.

i< Onaiid j'eus icpris connaissanee, j'étais encore au l)ord du ciatère. Je rassemblai toutes mes forces, alin de bien voir et de bien oliserver. Le cratère a une forme uvab'. Sa plus grande largeur est de 2,500 mètres, et j'estime que le cratère a (i.OOO mètres environ de circonférence. Cette grande largeur ('■loinie au premier abord, parce que la pointe lei'minal(> du volcan, vue de la plaine, parait trop exiguë pour pouvoir couli'uir nu si colossal cratère. Mais h- l'ait s'explique quand ou

reconnaît (iiic In Ixtuolicdii vKlc;ni es! l'orloim^iii iruliiKM' vors le midi. L'inimeiisc rl(''vali(iii qni' Ton aprirnil de la rade de V(M'a-('.iiiz cl (juc l'on jncnd jhuii' la paroi d'im rocher place loin (In cralci'c, n'csl en ic'alih' ipi'nnc j)aroi intcrienic de celle bonche colossale, .le m^ sani'aisni faire comprendre la profonde impression qne j'éprouvai à la vne de (•<• cialèrc, ni donner une image fidèle de .son aspeci fonnidable. C'est la |Mule de l'enfer. D'IiorriMes ténèbres couvrent son sein. »

Dans r('lat de faiblesse où se tronvait M. de Millier, il dut renoncer an projet qu'il avait conçu de jtasseï la nuit, e{ de séjourner pendant quelque temps au bord du cratère. On lil immédiatement des préparatifs pour descendre la montagne. .\vec les nattesde paille dont ons'c'tait muni, les liidi(^ns firi'iil des espèces de sacs ou de caisses dans lesquelles s'étend ireiil les voyageurs. L'on poussa en avant ces traîneaux improvisés, et ils glissèrent aussil('»t avec une rapidité effrayante sur la pente déclive et neigeuse du volcan. Unciques minutes siiflirent alors aux voyageurs pour sortir de la zone des neiges et descendi'c la pente du côio' terminal. Pour la gravir, ils avaient employi'' cin(| heures de la plus leiiihii' latiune.

Il v a dans les républiques de l'AnK'rique centrale plusieurs centaines de volcans soit éteints, soit en activité. Placés sur une ligne prescpie droite, iW cunlinnent la cbaine

iiimicnso dos Cordillères depuis le grand volcan de ('artago, dans la république de Costa-Rica, jusqu'au pic d'Orizaha ([u'oii vient de gravir en compagnie du voyag(Mir allcuiaud. Celte vaste région est donc une de celles où riiiliTicur du globe est le plus librement en communication avec Fair extérieur. La plupart de ces volcans sont taillés à pic; ils s'élèvent si haut et si rapidement, et leur ascension est si difficile, que peu d'entre eux ont élé explorés. Un des plus ancioniit'iiiciU connus et des plus imposants, c'est le volcan de Masaya. Lorsque les Espagnols péiit'hèrenl dans le pays, ils l'angèrent ce volcan parmi les grandes merveilles du nouveau iniinde, et comme frappés de stupeur à sa vue, ils rappelèrent El ixfierno de Mamya^ l'enfer de Masaya.

Oviédo, l'infatigable chroniqueur des Indes, le gravil un des jiremiers en 1529, el lei-écil (pi'il a fail de cette ascension est une des plus cuiicuses choses ([ue nous ait laisstVs cet iiistorien à la fois naïf, alerte et malin.

« 11 y a dans la province, dit (Uiédo, une antn^ montagne, iiiiiiiinée Masaya, de laquelle Je puis parler sciemment, car je lai visitée en personne, après avoir entendu raconter à son sujet beaucoup de fables par les personnes qui prétendaient l'avoir gravie. J'ai faitl'ascensiondu Vésuve et j'ai vu un cratère de 45 à 55 mètres de largeur, d'où sortait constamment une fiiin('e qui, dit-on, se change la nuit en une flamme trèsbrillante, .{"y suis resté toute une unit, avec la reine de Naples, que je servais en qualité de grand maître de sa yardernhe, el ijue j'y accompagnai en 1501. De là, nous allâmes à l'aleinie, en Sicile, dans le voisinage du nioni Kina. »

Oviédo l'ait ici une IcMi^iic ('imiiir'ialioii des vdlcaiis (nio Ton comiaissait à l'époque où il ('crivail; puis il ajoute (|iraucuM de e(N vidcans n'est coinpaïahle à celui de Masaya, (ju"il a vu de ses jiropres yeux. I.e lecteur eu pourra \ngalui-même après avoir lu la descripliou de eiMIe iiuuilagno, dont le uoui , d'après Oviédo, signifie « la montagne brûlante » dans la langue des Chorotegans, sur le territoire desqvu'ls elle est située. Les liahilauls du Nicaiagua l'appelaient Popogatopec, ce qui aurai! signifiT' « fleuve houillaul. »

Parli du village de Managua, le ^.'i juillcl I .')'2!l , (Iviédo pa.ssa la nui! à l'Iialiilaliou de Diego Macliuca', silu(''e à une demi-lieue du pied de la uioulague, sur les bords du lac Nindiri. Le même jour il alla visiter le lac, el le lendemain, « jour de Saiut-.lact[ues, » il se mil eu ruute avant le lever du soleil pour gravir la montagne el voir la tlaunne et les antres particularit(''s extraordinaires, dignes d'être mentionnées. « Cette montagne, dit-il, est très-escarpée; les tigres, les lions d'Améri(pu^ et autres animaux leroces abondent

dans te voisinage. »

|te l'autre côt('' du lac s'éleud une plaine sl(''rile ipu' les E.spagnols ont nttu\uivc El mal pays, le mauvais pays, cduverle de roches semblables à des scories. C'est au milii'U de celle jdaine (\uo s'(''lêve le Masaya, montagne isolée, (rcuviroii 4,0tl0 mètres de hauteui', ayant à sa base trois ou tpialre lieues de circonl'éreuce, et complètement dilTérente de celles du voisinage.

' Kdii Diesip Maihiicn fui le premier explorateur du tac île Xicar.isua.

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« Je sais, continue le chroniqueur, que plusieurs Espagnols ont envoyé à l'empereur des (lescii]itions de ce volc;iii, et (pie (raulres, à leur retour en Espagne, ont fait le nuit de ce qu'ils ont vu. .Ii' ne doute nullement de la véril('' de leurs assertions, et me réjouis au contraire d'avoir à jiarler d'un sujet si bien connu, car il ne manquera pas de témoins (pii piinvronl certifier l'exactitude de ma relation. En grand nombre de ceux qui prétendent avnii' visit('' la montagne n'ont fait cpie la voir à distance; il en est peu qni l'aient gravie. Quelques personnes affirment que la Inmière que projette le volcan est assez vive pour qnc Tcm puisse lire à une distance de trois lieues : je ne puis confirmer ce fait.

«Ainsi que je l'ai dit, je qniltai l'iiabitation de Machuca an milieu de la luiil, et j'avais presque alleini le sommet de la Miiinlagne an lever du sdleil. Il ne faisait cependant pas assez clair pour que je pusse lire mon bréviaire à un quart de lieue du sommet, l'ourlant, la nui! ('tait obscure, ce cpii faisait paraître la ilamine plus brillanle. J'ai entendu direà des personnes dignes de lui ipie l(ns(pie la nnil est très-s(nnbre el pluvieuse, la lueur du cratère est tellement vive que I'imi penl lire à une distance d'une demi-lieue. Je lu' veux ni nieini affirmer ce fait, car à (iranada on Salt()i)a, l()rs(piil ne Vait pas clair de lune, toute la cam})agne est éclairée par la liieurdn volcan, que l'on pcul voir de l(i à "2(1 lieues, dislance à la(|iiclle je l'ai vn moi-même. Néanmoins on ne priil pas (lire ipie ce soit précisément nue flamme qni sort dn cratère; i-'csl |iliit(')l une fnmée aussi brillante (pi'une llainme ; on ne

MONTAGNES VOLCANIQUES. r.7

pciil l;i voira ct'llc (lisl;iiieo (|U(' )HMi(l;nil l;i iiiiil, cl non |>ni- (l;iiil le jour

« Miiis rcvciioiis ;i mon oxciifsion. J'iMais iicconi|);ijin('' |i;ir \\\\ v;\r\i\\\i' (loni le nom de lia|)t(Miie ('iail Don l-ram/isco, et (|ni, dans la langue des ( Jioiolciiaiis, s'appclail Nalalinu'.

« J'avais on onirc avec moi un nègre et di'n\ Indiens lidt'lcs. Bien (|ue le nègre IVil un homme sni-, je reconnais qne )"(Mis lort de me m(Mtre en semiilable compagnie; mais j'en pris mon jiarti, lanl ('Iail vil' le d(''sir que j'avais île rc'Missir dans celte enireprise. »

(hi(''do avail lrouv('' .Macliiu-a malade; ceux qui devaient racconqtagiier lui avaient nianipu' de parole et (''laienl relourni's à (li'anada ; cependani , il ne voulait pas l'enoncer à son projet ; il voulait savoir jnsipi'à (pu'l poini l'iaienl vi'ridiijues les r('cils des personnes qui jirélendaieiil avoii- r\r snila monlagne. Lorsqu'il ne l'nt plus possible d'aller à cheval, il mil pieil à leire et se chaussa desamiales de liois, les souliers de cuir ne jiouvant convenir pour nm' pareille l'oule. Il confia la garde de son cheval à l'un des indiens et marcha en avant, précédé du cacique, qui lui servait de guide, du nègre et de l'autre Indien.

Arrivé près du t'ratère, le cacique s'assit à ([ninze ou vingt pas (In gouffre, cl monli-a d'un geste l'épouvantalde spectacle.

Le sommet de la montagne formait un plateau couvert de roches rougeàlres, jaunes et noires, tachées de diverses con- Icnrs.A l'exception delà partie orientale, loni ce plateau ('lait creusé par un cratère dont l'onvei'lnre ('tait si large « (pi'nne

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balle chassée par un fusil n'aurait pu la traverser. » Il on sortait une fumée continuelle, pas assez épaisse, cependant, pour cacher à l'œil l'intérieur et l'extérieur de rabime;le veni (le l'esl, (jui soufflait constamment, emportait du reste la fumée du côté opposé au spectateur.

Autant que put en juger Oviédo, et aussi d'après ce qu'il avait entendu dire, ce cratère avait une profondeur d'enviion 17)0 brasses (257 mètres). Sa largeur diminuait en allant vers le fond, et le voyageur lit la remarque que le volcan était iiidins élevé au sud et à l'est que des autres côtés. Il trouva tellement i-éguliers les contours de cette montagne, qu'elle paraissait être l'u'uvre de l'homme, sauf toutefois le bord sur lequel il était placé, qui, ainsi qu'on l'a déjà dit, était couvert de roches. Il y avait aussi quelques cavernes ; mais en ne pouvait en voir que l'entrée. Au icste, ce lut à peine si Oviédo et ses compagnons ])ureut examiner les parois intérieures du cratère, car personne n'osait avancer.

Toutefois, Oviédo affirme que, dans le foiul du cratère, on pouvait apercevoir un endroit parfaitement rond, assez grand pour (pTuiie centaine de cavaliers pussent y manœuvrer en présence d'un niilliei' de spectateurs. Au milieu, un jieu vers le sud, se voyait un autre cratère qui pai'aissait avoir de 40 à 00 brasses de profondeur, et 14 ou 15 pas de circonférence. Il est possible que ces dimensions fussent plus considérables, car Oviédo était placé à une liop grande hauteur pour en juger exactement. Il obsei've, du reste, que se trouvant à Valladolid en ITiiS, ;i la cour du prince don Rodrigo de Contreras, ancien gouv(>rneur de (uialemala, ce prince lui av.iil

(lil (in'nynnt fait mosnror on sa iursoiico la profoiidiMir de rKiilVr (le .Masaya, un avail Irciuvé MO cl 170 brasses jusqu'à la iiialière en t'usidii.

«Mais, ((inliiiue le voyageur, ce qui ni'étoniia le plus, ce tilt une (•iiciiiislaiiee que me rapporta le commandeur Fraïuiseo de l'xdiadilla : lors(iu'il gravit la montagne de Masaya, avec (pielques autres personnes, le cratère, me dil-il, se tniuv.iil au milieu du plateau, et les matières eu l'usioii airivaieiil à (piaire brasses du sommet; ce u"(''tail cependant ipie six mois après mon voyage. Je suis néanmoins persuadé quil me dit la v(''rité, car c'est un liomnie digne de foi, et de plus j"ai entendu dire à Macliuea qu"il avait vu la lave arriver jusipraii buid du cratère.

« Dans le fond d\\ second cratère j'ai vu des matières on combustion, liquides comme de l'eau, et de la couleur de l'airain. Le feu qui y brûlait me parut plus violent qu'aucun an tic ipu" j'aie vu. Iti^ temps en tenqis, ces matières s'élevaienl en grandes masses à la hauteur de plusieurs pieds; quelquefois ces masses restaient suspendues aux flancs du cratère et y brûlaient assez longtemps pour qu'on pùl r(''péter six fois le Crcdn; après s'être ('teintes, elles avaient l'aspect des scories d'une forge. Je ne saurais croire (priin chrétien jiùt contemidor un pareil spectacle sans penser à renfer et se repentir de ses péchés, surtout en conqjarant cette poignée do soufre embrasé à l'incommensurable grandeur du feu éternel ipii attend ceux qui sont ingrats envers Dieu.

« Au milieu du premier cratère, on voyait voler en cercle

un grand nombre de perroquets, de l'espèce à longue queue appelée jijaves. .le ne pouvais voir que leur dos, car j'étais beaucoup plus élevé qu'eux. Ils font leurs nids dans les rochers, au-dessous du spectateur. Je jetai quelques pierres dans le gouffre, et en fis jeter aussi par le nègre, mais je ne pus jamais distinguer l'endroit où elles tombaient, ce qui prouve clairement combien était grande la hauteur à laquelle je me trouvais. Uu('l([ues personnes ont assuré que lorsque les perroquets voltigent dans l'abîme, et que l'on regarde fixement, il semble que l'on voit u(in pas du feu, mais du .soufre. Je ne suis pas éloigné de partager cette opinion, mais j'en laisse la décision aux hommes mieux instruits que moi en ces matières. »

Au sommet du volcan, sur la partie orientale, Oviédo remarqua une élévation dans laquelle se trouvait une ouverture semblable au cratère, mais jibis profonde. 11 s'en échappait une colonne de fumée que l'on n'apercevait pas pendant le jnur, mais qui, dans l'obscurité, dégageait une grande lumière se confondant avec celle qui provenait de la grande ouverture. Le fond de cette crevasse était très-étroit, et, chose curieuse, paraissait rempli de charbons.

« Le cacique, raconte le voyageur, me dit qu'au temps de ses ancêtres cette ouverture était le principal cratère. Il n'existait entre les deux bouches qu'une séparation formée par quelques rochers. Le sol est couvert d'arbres stériles ; un seul d'entre eux portait des baies jaunes, de la grosseur d'une balle de fusil, nommées /(«ns/. Elles sont bonnes à manger, et les liuliens prétendent qu'elles guérissent les maux d'en-

M UN TA G. NE s V U l.C A M O l K S. iî|

li"iill('^. On ne voit sur l;i iiKnita^iie d'autres oiseaux (|uc des coiiieilles et les perroquets dont i"ai parlé.

« Une circonstance remarquahie, (|ui ma été rapportée par Krancisco de Bubadilla, c'est cpie les matières en fusion montent quelquefois jusqu'au sommet du cratère, tandis que je ne lésai vues qu'à une gnindi' profondeur. Ayant pris des informations à ce sujet, j'ai appris que lorscpiil pli'iil liraiicoup, le \Vu inouïe en elTcl jusqu'au sommet; caria (•a\il(' se renqilil des eaux ipii \ ((inlcnt de tous les côtés de la montagne, et reste pleine jusqu'à ce que l'eau ail disparu sous l'iullueuce de la chaleur. Ce point est confirmé par ce que Olaus Magnus dit des volcans d'Islande, qui ne con^uiiient pas les matières combustibles placées auprès d'eux, mais leau qu'elles coutieunent. II dnit en être de même à Masaya ; car tandis (pie Ton croit voir des tlainines à iine distanco dniir lieue et deiiiio. il semble que ce soit, au lieu île tlainuii's, une fumée incaudesceuti' (pii couvie toute la montagne. Si c'était du feu, il lie laisserait ni arbres, ni feuilles, ni ver- (hire ; au contraire, toute la montagne est couverte d'arbres et d'herbe jusqu'au bord du cratère.

« Je passai là deux heures à regarder et dessiner. A dix heures, je repartis pour (îranada, ou Salteba, qui se trouve à trois lieues de Masaya. Non-seulement dans cette ville, mais aussi à deux lieues au delà, le volcan donnait autant de lumière que la lune quelques jours avant d'être dans son plein. « J'ai entendu dire au cacique de Tendiri (Nindiri) qu'il est souvent allé, avec d'autres caciques, sur le bord du cratère, et qu'il eu sortait une vieille femme, complètement

02 LES \oij;a.\s.

iiiic, nvoc I;i(iiio11l' ils teiiairul des conseils secicls. ils l;i eoiisullaieiil pour savoir s'ils devaient faire la i^nerre ou conclure une trêve avec leurs (MiiuMuis. Ils ne laisaieiit lien sans lui avoir demandé conseil, car elle liMir disait s'ils devaient être vainqueurs on vaincus; elle leur prédisait aussi la |)luie, le résultat de la récolte de nuVis prochaine, eidin tons les évé'uenients l'ulurs; et toujours ses prédictions se réalisaient. Dans ces occasions, on lui sacrifiait des victimes humaines qui s'offraient volonlaireun-nt. Il ajoutait (pie depuis que les chrétiens étaient venus dans le pays, la vieille femme ne s'était plus montrée qu"à de lou^s intervalles, qu'elle leur avait dit (pie les chrétiens (''taieiit méchanls, et qu'elle ne voulait avoir aucun rapport avec les Indiens jusqu'à ce ([u'ils eussent chassé les chiw'lieiis.

« Je lui demandai coininent ils descendaient dans le cratère ; il me r('poiidit qu'il y avait autrefois un chemin, mais que la cavité s'était élargie peu à peu (>t avait d(''trnit le sentier. Je le questionnai également sur l'aspect de la vieille femme, et sur ce que faisaient les cacicpies apiès avoir tenu conseil avec elle. Il me répondit (pTelle (dait toute lidée; (pie ses seins piMidaient sur son ventre; (pie sa chevelure était peu ahoiidaiite et droite, s(^s dents longues et aiguës comme celles d'un chien ; que sa peau était plus foncée que ne Tout or(linair('nient les Indiens; qu'elle avait les yeux caves et hiillauts; en un mot, il me la représenta semhlable au d(''inoii, et c"(''tait lui sans nul doute. S'il m'a dit la vérité, il est iiiconleslahle que les Indiens étaient en r(dati(»iis avec l'être infernal.

« ailles le eonseil, la vieille femme reiitrail dans le eratêre

Mii.\ I AC.N i;S VOLCA.MQI KS. (ij

pour ne plus en sorlir i\n'i\ l'époque du conseil siii\;iiil. l.cs Indiens parlent souvent de celle cdiitunic cl de bien d";nitrcs ; dans leurs li\|-cs. ils i'('|n'i'--ciit(Mit le diable avec aiilaiil de queues et aussi niaigie (|iie ncius le faisons nous-uièmes quand nous le peignons aux jiieds de rai(diaiii:i' Micliel dii de saint lîartliéléniy. Je crois done qu'il s'esl iikuiIk' à eux ; son image est dans leurs temples, théâtres de leurs dialioliipies idolâtries.

«Il y a sur les lidids du cialére du Ma-~a\,i iiii iiinnceaii de lasses, d'assiettes et de plats en très-bonne p(Meiie. lai le dans la contrée. Les uns sont brisés, d'auti'es entiers. Les indiens les y portaient pleins de tontes sortes de mets, (piils y laissaient, disant que cClail pinic (|iie la vieille feniine les uiangcàt. Leur but l'Iail de lui plaire ou de Lapaiser dans les moments de tempête ou de tremblement de terre; aujourd'hui encore, ils lui attrilmenl lout le bien et toul le mal (pii leur arrive. <Juant à la nuUière ignée dans laquelle, au dire du cacique, la vieille se retirait, elle iiu' parut semblable à du verre, ou au uii'tal des cloches à l'état de fusion. Les murs intérieurs du cratère sont faits d'une pierre dure en certains endroits, mais ])resquc partout cassante. La fumée sort du ci'atère du cùtc' de l'est, mai^; elle est portée à riniest par la brise. Il s"en échappe aussi un peu du côté du udid.

« La montagne de Masaya est à six ou sept lieues de la mer du Sud et à l-J" l/'2 de l'équateur. — Jai dit maintenant tout ce que j'avais promis de dire. »

Il paraîtrait que la matière enllammée qui buuilleiinail

(ii LES VULCiA.NS.

dans le ci-atère du Masaya et qui irpaiidail iiiic (■lail('' visiMc à plusieurs lieues, ressemblait tellenienl àde l'or eu liisinn, que les premiers Espagnols la prirent réellemenl juuir ce métal'. Ils avaient trouvé l'or entassé dans les temples qu'ils avaient déiriiils, ils avaient trouvé di^ l'or iiatit dans les montagnes et les rivières ; et à mesure (pu- le métal convoité s'était offert en |dnsgrande ahomiance, leurs appétits avaient gramli. Maintenant un océan d'or li(pii(l(' se monlrail à leurs yeux (■■hlouis. «Ju'on songe à l'ardeui' qu'ils avaient mise à clu'rclier paiioni dans leur nouveau domaine le métal objet (le leurs vœux ; <pron songe aux crinu's sans nondire (pn^ cette ferveur coupable leur avait l'ail commelire, et l'on comjirendra non-seulement leni- joie, leur surpiise ; mais aussi la grandeur de leur avidité, maintenant (pi'ils allaient puiser l'or pur comme on puise l'eau à la fontaine, l.ors- (pie cette découverte fut connue en Espagne, le gouvernement oidonna le secret. On organisa de mystérieuses expéditions, on gravi! nuitamment le volcan, et avec des clous, des crochets et des chaînes, on essaya de saisir l'or qui remplissait la caverne embrasée.

Parmi ceux (pii furent les plus ard(mls à puiser Vov de la bouche entlamnn'-e du Masaya, figure le frère Blas île (laslillo.

On vient de donner h' récit qu'Oviédo a laissé de sa propre ascension du Masaya; dans une anlre partie de son manuscrit, il r(''sume la relation faite [lar le moine Blas de

' Guinani, Hi.sioriu de tm Indias.

MO mai; m; s \ olcamijiks es

Caslilld, (|iii descendit en lô^li d;iiis le cratère de ce volcan. Il seiiihlc, ainsi (|in' le lail oliseiver M. S(|iiiei', (juc dans sa relalinn, le moine IJlas ait pailé dn ( lir(nii(|ucnc de niaiiièi'e a exciter sa colère, car elle peicedans plusieurs épisoiles du résiiin(\ tels (jne celui-ci : « (Test une làtdu' |i(Miililc, dit. Ovi(''do, (|ue (le contredire toutes les i'aussetés r(''|iaudues dans le monde ; alors même (|u"ou y r(''nssit, il est j)lus dillicilo encore de détromper ceux (pii les ont enlemlu dire. Si lilas de Castillo eût pensi' (pu- sou r(''cil me loudierait un jour entre les mains, il n'eût pas dit ipu' moi , (l(Ui/alez Ilernaudez de Oviédo y \alde/, (dironi(|m'ni' i;(''m''ral des Indes, j"avais demaudi' à Sa Majest{'' la permission de placei' sur mou écussuu le volcan de Masaya, parce (|ue je l'avais visili'. .le n'ai jamais l'ait pareille demande; je ne désii'e nullement porter de pareilles armes, et je lU' pense pas (pi'aucuu cdin''tien pût appiduver un semblable l'ait ; le uioiue en a menli!» Puisque rexcellenl cliroui(pn'ur repousse si énergiqucnient l'allégaliou du moine, il i'aut liieu croiri' ([u'il n'avait jamais demandé l'autorisation de placer dans son ('cusson le volcan de Masaya. Toutefois, nous ferons observer qu'Oviédo ayant séjourné' pendant trente ans sous les lroi)iques, l'empeleur Charles-Uuint lui donna pourarnu^s la iuagnili(pie eoiisiellatiou de la ('roix du Sud. \u reste, pendant cette belle période d'activiti' et d'émulation (pii suivit la découverte du Nouveau-Monde, i.u aimait à donner de semblables marques de sympalbie aux liomnn's (pii s'('.|;ncnt illustrés, (''est ainsi

' Squier, îiicarayud, i/.< Peopie, Sceiwry. elc.

66 LKS VULCANS.

([lie « |ioiii' l'élevei', para xubliinarlo, » coiiiiiic dil le chruiii(|U('iii', on olïrit à Cliristophe (ioloinl) la première carie (le rAiii(''ri(jiii' : une rangée d'îles en lace d'un gull'e. A Sébastian de Elcana, celui (pii lit le luui' dn monde, un donna nn globe avec celle inscription : Priinm circunidisti me; » el Diego de Ordaz, celui qui le premier lil l'ascensiou del'Orizaba, reçut nn dessin de ce beau volcan'.

Blas de Castillo prépara dans le plus grand sccrel sa descente dans l'Enfer de Masaya ; il élail persuadé' que la malière en l'iision cpie l'on voyait an lond du cratère était de lor ou de l'argenl.

«Celte matière, dit-il, ressenilile à une mer rouge; ses oscillalious l'ont autant de bruit (pu- les vagues de l'Océan lorsqu'elles se brisent sur les rochers. Celte mer sonteiraine ressemble au métal dont on l'ait les cloches, ou bien à du soufre ou à de l'or, à r(''tal de fusion, si ce n'est qu'elle est couverte d'une écume noire, épaisse de 2 on ."> brasses. Sans cette niasse d'écume ou de scories le feu jel- .serait un l'clat et nue chaleur tels, (pTil serait imj)ossible de le regarder ou de rester auprès. La couche d'écume se brise quelquefois cà et là, el Idn peut alors apercevoir la matière, rouge et brillante comme la liimièie du ciel. Au milieu s'élèvent constamment deux grandes masses de UH'Ial fondu, larges de 4 à 5 brasses, (|ue l'écume ue icconvir jamais, el d'où le métal liquide eoide de chaipu' c(~)t(''. I.e lu iiil de ces fleuves einbras(''s, se brisant sur les roches, ics-

MONTAGNES V ()L(, A .\ 1 CMl KS (17

si'iiiMc ;iii tracas de l'arlillcrii' hallaiil les iiiin> (riiiic cilr. Aulniir de l'ocoaii de iiu'tal, les roclicrs soûl iioiis jusiina une liaulciir do 7 un S brasses, ci' (|iii |ii-()iivc (|iic la iiialici-c alti'iiit (iiu'l(iuefois celle ("lévalidit.

Sur le côté iiord-esl du cratère se Vdil I (iiiveilure d'une caverue Irès-iirotnudc, aussi lariic (|u'iine |iiirl(''e d'arfiueluise. lu couiaul de liquide lui'daul se jette dans cette caverne, (|ni seudile être l'aile pour dt'^aiici' le cialéic. il coule peiulaiil (|Uidqnes instants, s'arirle, ])nis recouiineiice, el ainsi de suite coiislaiiuneul. Ue celte cavitc' suri uiu- Inniée é|iaisse, plus grande que celle dégagée ailleurs, el répandant de Ions c(~)tt''s une très-forte odeur. 11 en soi! aussi une clialeur et une lumière (|ue Fou ne saurait d(''crire. Pendant la nuit, le sonnucl de la montagne est coin- |ilét(Mnenl illnniin(''. de inènn' (jne les nuages, (jui sendilent l'ornier au-dessus d'elle une suite de tiaie (|ue l'on peul voir à une dislance de dix-huit à vingt lieues, el ius([u'à trente lieues eu mer. Plus la nuit esl soinlue, plus le volcan est Inillant. H est à noter (pi'ou ne voit pas la moindre llauiuu' ni au-dessus, ni an-dessous, exceph'' hnscpie Ïdh jette nue pierre ou (pi'uu lance une llèclie dans le cralère, ipii luùle alcu's comme nue tdiaudelle.

« Pemlant les pluies el les lejupèles, le volcan es! extrèinemeiit actif; lorsipu' l'orage est dans toute sa fureur, le volcan s'agite de telle soi'te (pi'il semble être une crt'aU rc vivante. La (dudcurest tellement forte, (pu- la pluie se change eu vapeur a\anl (l'avoir alleini le fond du cratère, el l'obscnrcil enlièreiiieui. Les Imliens elles Lspagnols afiirmeiii

68 LES VULCA.NS.

([iio, (le|iiiis l;i coïKiiiètc, iiciiilaiil iiik' iiiiiu'c Irùs-iiliiviciisc,

10 métal brùlaiil moula jiis(|iraii liaul du ci'alrrf, ol (|iie la clialciir lïil Iclle (iiic loul l'ut iiicciidii' dans un rayon d'une lieuo. Il se inodnisit une si grande quantité de vapeur lirùlante, que les arbres et les [)laiiles séchèrent jnsqn'à plus de deux lieues.

« En vérité, on ne saurait eonteniplei' le volcan sans crainte, admiration et repentir de ses péchés, car le l'en éteriuM peut seul èlre pins terrihle. 11 est des conl'esseni's (pii n"oiit pas impos('' d'autre pi'nilcnce que celle de visiter ce \(dcau. »

Ovi(''(lo ajoulecine bien qn'on ne tronve pas danimanx sui' les iiords du volcan, les perroqncis aliondaienl an somiuri de la monlayiie et dans l'intérieur du cralerc, ahns (jne le volcan était encore en pleine activité.

Blas de (lastillo descendit dans le cralère, et ploniiea, an moyen d'uiu' chaîne, nu seau de ler dans la masse eu l'usiou.

11 fnl bien désappointé eu voyant (pi'il n'avait obleiui ([u'une masse d'essence grise, lorsqu'il s'altendail à rclirerde l'or pnr.

Ce premier insnccès, loin de le découiager, ne lil (pic ranimer ses l'oUes espérances; car pen de temps après il gravit de nonvean le volcan et lil nue seconde descenle au ci'atère, en présence du gonverucnr de la province. Mais cette l'ois encore, les vastes seaux ne s'emplirent pas d'oi', et l'on défendit par la suite de tenter aucune entreprise de ce genre

11 y a nne quinzaine d'années, M. Squier, le diligent

MONT\(;\FS VOl.i; A MiJIKS. liO

cxploratoiii' (le 1' \iiii'Ti(|iit' ci'iil i-.ilc, \i>il;i le volcan ilr Masaya. 11 dul iviuiiicrr à |iarv('iiii- jusqu'au sommet de la iiinntagne, ses pieds ayant été ensanglantés dès le début par les pierres aiguës et tranchantes qui recouvrent le sol; touleiois le voyageur examina soigneusement la contrée environiiaiile. Ce qui l'impressionna surtout, ce lui la [ihysiononiie étrange de la plaine, au pied delà montagne. Cette plaine était recouverte des laves (piavail vuinies le Masaya en 1 j70, (''pocpie irimi> viulenii» l'riiptiun. Elles avaiciil coulé dans la (liicclinn (lu lieau lac doul les eaux baignent le pied du vulcan, cl avaient allcinl nne distance de trente kilomètres. A xtnr cette surface noire, rugueuse et d'un aspect saisissant. (Mi ci'it dit c< que du fer en fusion s'était répandu sur la plaine, et s'était ensuite refroidi. » En certains endroits c'étaient (les liliHs hi'rissés de pointes, ailleurs c'étaient des bancs de laves pressés les uns contre les autres, comme les glaces que charrie la rivière ou conmie celles qui pénètrent dans Ic-ehenals étroits. « Que le lecteur, dit M. Squier, selignrc nu (teéan d'encre subitement congelé pendant une tempête, et il ania nne iili'c du spectacle ([ue j'avais sous les yeux. »

C'(''tail en YS^t'l qui^ ce voyageur visitait le Masa\a. Après avoir eonteuipb'' les traces ineffaçables de l'action iln Icn souterrain, il altinna que ce volcan avait cessé de vivre. « Maintenant, .s'écriait-il, le cratère n'a plus de feux, l'Enfer de Masaya est éteint! » Eh bien, M. Squier s'était troni|M'. Le vieux géant était simplement en repos II faisait connne font la [tlnparl de ses semblables: après une longnc cl |inis- .sante activité, il dormait d'iin sommeil séculaire. Mais dès

r.iiiiK'c ISr)r), se réveillant dans loiite sa terrible vigueur, il se mit à mugir vidlemmeul, et bientôt après on le vil iancei- dans l'espace des matièies enflammées. Depuis ee mdMh'iit il se Iniuve dans un (''tat d'éruption pciinanenle. Des seories incandescentes jaillissent constamment de sa bouche, cl (r(''n(ii-mcs bulles de laves s'(Mèvenl et celumbcul dans raliime.

l'on i- les indigènes c'esl sini|ilcinent l'enfer de Masax a (pii s'est rallumé; et lorsque le voyageni- (|ui navigue au large demamie aux marins du boid quelle est celle cime eiillamiiu'e, ils répondent que c'est « la bduidie du diable. »

Après avoir p('m''lr('" dans renferde Masaya, à la suite de (louzalez (Iviédo el d(^ Rlas de Castillo, nous ferons maintenant l'ascension d'un autre volcan des Cordillères ; nous la ferons en compagnie de MM. Jules Remy et Brenchley, (b^nx voyageurs contemporains, des plus habiles et des plus experts. Il s'agit du volcan de Pichincha, celui {\i\o nous avons iiumi: tionné dès les ju'emières pages de notre livie, et ddul la grandeur avait si fortement impressionné M. Alexandre de llumboldt.

Cette nnintagm', ([ui s'i'dève à i,S0O mètres au-dessus du niveau de l'dcéan, est le siège d'un vashî foyer vidcanicpie un se S(ml manileslés à iliflV'feiiles reprises des plM''ii;Mnènes

MOMAf, NES VOF.n AM()I rs. 71

t''|)Oilv;iill:iltlos. cl ipii (Mil n''|i;iiiilii l.i (■(iii>li'ni,il imi l'I l;i iiiiirl ilaiis la \illc de 'Jiiiln. Ou (■niiiialt li's (''|i(hjiii'> iIc i|iiatr(' (''niplioii:- |iriiici|iali'> (li'|iiiis la ((iiuiiirlc du pays |iar los Kspaonols. I.a (li'iiiii'ic de ces i'TU|iliiiiis, i|iii eiil lifii on I(i(î0. fut acc(tmpiif;ii(''(' de liniil- >i loniiidaliles, i|ii(' les aiiiiiiaiix sauvages, daii^ h'iir r'|Miii\aiil(', aliaiuldiirirrciil h^s liois cl les l'oicls cl viiircnl cherchoi' nii icfupe an milieu des lidinines. en s'inirndnisani dans les maisons comme (les montons appriMiisi-s'. I.e souvenii' îles dt''sasli-es i|ue causa raclion xidieute du cialéi'c >'csl liaii^iiii^ de Lit'iii'laliun on génératiim, cl -eil hieii ^(MivcuI eucort^ de tcxlc aux ontrofiens du [leuple-.

« I, 'intérêt qui .s'attaclie à un lieu ti'indiii d'iiii lail acquis à l'histoiro , joinl au dt'sir pins louable d'eiudicil'étal actuel du cratèro, raconte M. Ili'iiiy. nnus lil eiilreproinlre, à M. Brenchley et à moi. l'ascension du Picliinclia, (piavaiont accomplie, au milieu du siècle dernier et au commencement de celui-ci, MM. de la Condamiue^ et de Humboldt. »

Acciiuipaiinés de trois hommes senlement. les deux amis |)niiireiit le l^"" octobre IS5(> de Chillogala , village où ils avaient ('tabli leur centre d'opérations, à deux lieues au sud

• « De?-pavoridas auii las lieras de las selvas y moules, se vieron en esta ocasioii oliligadas à buscar refugio entre los honibres, metiéndose como mansos rorderos en las casas de los poblados. » (Velasco, Hist. de Quito.)

- Jules Remy, Souvellea annales des voyages, Cr série, CLXWV' vol.

' M. Remy a reproduit rinscription que de la Condamme, Bougiier et tiodiii, membres de 1" Académie des sciences de Paris, ont laissée à Ouilo pour perpéiner la mémoire de lenrs travaux scientifiques en Equateur. Cette inscription, peu connue,

(le la ville de Uiiilo. Pour rpai'^iiiT à leurs propres chevaiiv les fatigues d'une course Irop i)('Miil)le, ils élaieul inouh's sur des l)idets indiens. Dès le didnil ils s'égarèrent dans une de ces profondes crevasses si communes aux environs de Quito, et ce ne fut qu'après avoir gravi un escarpemenl difllcile qu'ils l'elrouvèrenl leui' cliemin.

Ils chevanclièrenl d'aliord au milieu d'un liois, dans un ravin doul les escar|iemeuls étaient recouverts de jolies oicliidi'es, de fougères et d'une foule d'autres plantes. .\ leurs pieds, ils avaient la belle valh'e de Loa, et devant eux, le .sommet du Fichincha, que le soleil du midi avait dégarni d(> sa neige matinale.

c< Quoique sinueuse et adoucie par de nombreux zigzags,

e.4 giavéc sur uni' |i1m(|ui' de cuivre daus une niuradle de l'anoien élalilissenienl de^; jésuites, devenu aujourd'hui T Université de Quito.

.\e pouvant donner ici en entier cette belle et curieuse iiiscriplioM. nous nous liornons à transcrire les premières lignes ainsi ipie le |ia>sai;i> ipii a I rail aux volcans d'Kr|UMteur.

OBSERV.VTIOSIBUS

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