‹ Les volcans et les tremblements de terreChapitre 41 sur 98 · LI-: Md.NT ETNA. r.Û'.l · texte numérisé non relu

LI-: Md.NT ETNA. r.Û'.l

ribles, une épaisse fumée plongea toute la contrée environii,iiit(^ dans d'épaisses ténèbres auxquelles succédèrent des ilamnies brillantes ; puis un énorme torrent d'eau bouillante jaillit d"nne caverne située au-dessous du grand cratère, emporta et fondit les neiges, remplit les précipices, et, dans son irrésistible fureur, détruisit tout ce qu'il rencontra sur son passage. Ce désastre survint si brusquement que l'on ne put faire que de simples conjectures au sujet de sa nature ; on ne sait même pas si l'eau de ce torrent était salée, et l'on n'a ]ui rien conclure de l'examen de la légère couche de sable qu'il avait laissée sur son passage'.

On a de curieux détails sur les péripéties diverses qu'ont traversées les belles contrées qui avoisinentce volcan.

La contrée d'Hybla, par exemple, était belle entre toutes ; elle était tellement renommée pour la fertilité de son sol, et surtout pour l'excellence de son miel, qu'on l'appelait Mel Passi, c'est-à-dire le pays du miel. Un jour survint une éruption qui la couvrit de lave ; elle devint dès lors tout à fait stérile, el, par une sorte de raillerie amère, les habitants changèrent son nom en celui de Mal Passi, mauvais pays. Unelqne temps après, une seconde éruption ensevelit la lave sons une couche de cendres, et le pays ne tarda pas à reprendre sa fertilité et sa beauté premières. On lui ddiuia alors le nom de Bel Passi, qu'il conserva pendant plusieurs années. Enlin, la grande éruption de l'an 16(59 ensevelit encore cette malheureuse contrée .sons un océan de feu, et la laissa dans une di'-

' llt'iny Sniytli, Sicily.

solation complète. On lui rendit donc sa dénomination de Mal Passi. Cependant la lave, dans sa course à travers ce beau site, laissa intacts plusieurs petites collines qui suffisent à donner encore aujourd'hui une idée de son ancienne splendeur. Ces oasis, couvertes de la végétation la plus luxuriante, (uni un singulier effet au milieu des vastes plaines de lave noire et nue qui les entourent et les rendent presque inacessibles.

La montagne qui se forma sur le flanc du mont Etna à la suite de la première éruption qui couvrit Mel Passi est connue sous le nom de Monpelieri. Brydone, le voyageur anglais, fui frappé de sa magnificence et ne put résister au désir do l'examiner de près et d'observer les effets des deux éruptions qui couvrirent cette célèbre région.

« Monpelieri, dit-il, affecte plutôt une forme sphérique qu'une forme conique, et sa hauteur perpendiculaire n'excède pas 300 pieds ; mais elle est si parfaitement régulière de tous côtés, et tellement couverte de fruits et de fleurs, que je ne ]ms, sans le plus grand regret, quitter cet endroit céleste. Son cratère, qui est vaste proportionnellement à l'étendue de la montagne, est creusé aussi symétriquement que le bol le mieux tourné. J'en lis complètement le tour, et j'évalue sa circonférence à plus d'un mille. »

Cotte montagne est d'origine très-ancienne. L'éruption qui lui donna naissance ensevelit un grand nombre de villages et do maisons de plaisance. Entre autres édifices détruits par elle se trouvaient deux belles églises, que les habitants regrettent plus que toiil lo reste, parce qu'elles contenaient

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trois statues que l'on ronsidérait nlurs comnio les plus belles œuvres d'art de toute l'ile. On a vnint'iiient cherclK' à les trouver ; on ne put reconnaître exactement l'endroit où se trouvaient les églises, et alors même qu'on l'aurait reconnu, il est certain que toutes les fouilles eussent été inutiles, car ces églises étaient construites avec des fragments de lave, et la lave ancienne devient liquide lorsqu'elle se trouve en contact avec un torrent de lave incandescente. On dit même que, dans quelques éruptions de l'Etna, la lave a coulé avec une impétuosité telle que, dans l'espace de quelques heures, des églises, des palais et des villages entiers ont été complètement tondus et entraînés, sans laisser la moindre trace de leur existence.

Dans la grande crise de l(j69, la contrée voisine de l'Etna lut ébranlée par des secousses pendant plusieurs mois; puis, il se forma une énorme montagne de pierres et de cendres, qui s'ouvrit à un mille environ au-dessus de Monpelieri. La lave qui jaillit de cette ouverture se précipita directement sur le milieu de ce monticule et le perça, dit-on. de part en part. Sans révoquer en doute (Fune manière absolue cette assertion des habitants, il convient néanmoins de l'accueillir avec quelque réserve, car un pareil lait n'aurait pu se produire sans altérer les formes régulières de Monpelieri. Mais il est certain que la lave pénétra à une grande profondeur; elle se partagea ensuite en deux bras qui entourèrent la colline, se rejoignirent au sud, dévastèreni tmii le leirain qui la sépare de Catane, passèrent par-dessus les muis de cette ville et allèient se jeter dans la mer. Sur sa route,

ôl'-2 I.KS VOLCANS.

Ir liirrciit (1p feu drtniisit les propriétés dp près do 50,000 liabitants et réduisit à la mendicité ceux qu'il n'engloutit pas. 11 forma plusieurs collines là où se trouvaient auparavant des vallées, et comMa un grand lac, dont il ne reste pas le moindre vestige.

Comme les effets que produisit cette éruption sont mieux connus que ceux d'aucune autre, les insulaires racontent à ce sujet un grand nombre d'histoires singulières. Une de ces histoires, quelque incroyablequ'elle puisse paraître, est pourtant confirmée par plusieurs auteurs. Sur le passage du lurrent lavique se trouvait un vignoble appartenant à un couvent de jésuites. Ce vignoble était situé sur une ancienne couche d(^ lave, d'une épaisseur peu considérable, et au-dessous de laquelle se trouvaient un grand nombre de crevasses et de cavernes. La lave en fusion se jeta dans ces cavités, les remplit promptement et souleva peu à peu le terrain sur lequel croissait la vigne. Les jésuites, qui s'attendaient à chaque minute à ce que leur propriété fût ensevelie sous la masse liquide, furent plongés dans la plus profonde stupeur en voyant la vigne entière se mettre en marche. Elle fut portée par la lave à une distance considérable ; la plus grande partie des ceps lurent détruits, mais il en restait cependant quelques-uns au temps où écrivait Brydone.

Cet auteur, qui a donné une relation très-animée de son voyage en Sicile', fait une observation qui ne manque pas d'originalité. Il remarqua chez les Etnéens un degré de .sau-

' Pirydinie, .1 lour llirouijh Sicily and Malin.

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vaii(Mi(\ el iiu'mede férocité, qu'il ii'avail trouvé nulle part. Cola lui remit on nn''inoiro une observation souvent faite dans les environs de Naples par le Père Délia Torre, l'ancien historiographe du Vésuve; il avait remarqué que dans les endroits où l'air est le plus imprégné de soufre et d'exhalaisons chaudes, les gens sont toujours pleins de méchanceté. Quelle que soit l'exactitude de cette observation, les habitants de Miolosi semblèrent à Brydone en fournir une preuve. Le village entier entoura sa petite troupe et se mit à l'accabler d'injures ; les femmes se montraient particulièrement acharnées. Il en sut bientôt la raison : c'est que le teint fleuri et la peau blanche de l'un de ses compagnons l'avaient fait prendre pour une femme habillée en homme. Aussi les paysannes ne se lassaient-elles pas de crier; ou eut la plus grande peine aies apaiser un peu. L'insulaire qui avait été chargé par un chanoine d'accompagner les explorateurs, reçut d'elles la défense de poursuivre sa route avec eux. Si les voyageurs n'avaient pas réussi, par la flatterie et la douceur, à calmer les femmes, le guide n'aurait pas osé affronter la colère de cette population.

« J'eus la plus grande difficulté, dit Brydone, à persuader à ces gens que nous ne venions pas chercher des trésors cachés ; car ils croient que Monpelieri contient de grandes richesses. Deux des hommes me suivirent, épiant mes moindres gestes; si je ramassais le moindre morceau de lave ou de ponce, ils se précipitaient vers moi, croyant que j'avais trouvé quelque chose. »

Un des hommes du village prit la parole pour dire qu'il

se rappelait avoir vu plusieurs de ces Inglesi faire, à diverses époques, des visites au mont Etna, et que jamais on n'avait pu découvrir les motifs qui les y conduisaient ; mais qu'il se souvenait parfaitement d'avoir entendu dire à un grand nomlire d'anciens que les Anglais avaient une reine qui, depuis plusieurs années, brûlait dans l'intérieur de la montagne, et que ces visites n'avaient d'autre cause que la dévotion ou le respect pour la mémoire de cette souveraine.

« J'assurai à ces gens, raconte Brydone, que les Anglais avaient déjà fort peu de respect pour leurs reines tandis qu'elles existaient, et qu'ils ne s'inquiétaient jamais d'elles lorsqu'elles étaient mortes ; mais, comme tous les assistants soutenaient l'opinion de leur compatriote, je ne crus pas devoir persister à la combattre J'étais néanmoins extrêmement curieux de savoir quelle pouvait être cette reine qu'ils faisaient ainsi brûler dans le volcan ; ils prétendaient que je devais le savoir mieux qu'eux ; ils me dirent cependant qu'elle se nommait Anne. Je ne pouvais comprendre ce que la reine Anne avait pu faire pour mériter un pareil châtiment. L'un des habitants m'e.xpliqua qu'elle était l'épouse d'un roi chrélien qu'elle avait fait devenir hérétique, crime pour lequel elle avait été condamnée à brûler éternellement dans la montagne. Je finis par penser que ce ne pouvait être que la malheureuse Anne Boleyn. A peine l'eus-je nommée, qu'il me fut répondu : Nî, signor, ristessa, Vistessa, la conosce méglio quenoi ; oui, monsieur, elle-même, vous la connaissez mieux que nous. Je demandai si son mari se trouvait avec elle.

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