‹ Les volcans et les tremblements de terreChapitre 43 sur 98 · LK MONT I;T.\A · texte numérisé non relu

LK MONT I;T.\A

le poëte a donné à ces arbres le nom de Tteda, c'est-à-dire l'ianibeaux ; or, l'on appelle encore ainsi une plante extrêmement résineuse que l'on ne trouve, dil-on, que sur l'Etna. La résine, qu'elle produit en abondance, est nommée catalaiia, et possède des propriétés médicales.

Parmi les modernes éruptions de l'Etna, l'une des jibis terribles l'ut sans contredit celle de l'an 1669. On voit encore dans la cathédrale de Catane un tableau qui, s'il laisse à désirer sous le rapport de la peinture, donne néanmoins une idée de cette épouvantable catastrophe. Borelli, qui se trouvait à cette époque en Sicile, dit que, le 11 mars, quelque temps avant que la lave fit éruption, et après de violentes secousses et d'horribles grondements souterrains, il se lit dans la montagne une crevasse longue de douze milles; elle était si profonde qu'en quelques endroits on n'entendit pas les pierres que l'on y jeta, heurter le fond. D'énormes rochers brûlants lurent lancés jusqu'à une distance de trois milles. On eût dit que les géants ensevelis sous la montagne semblaient avoir recommencé leur lutte contre les cieux. Le tonnerre et les éclairs qui sortaient de la fumée étaient aussi épouvantables que les bruits et les secousses de la montagne. Ces convulsions durèrent quatre mois entiers ; toute l'ile semblait menacée d'une ruine complète ; le soleil fut voilé par d'épaisses ténèbres, le jour fit place à une longue nuit. Enlin la lave s'ouvrit une issue ; elle jaillit à une grande hauteur, et le déluge de feu, tombant sur la plus belle partie de

la Sicile, balaya avec une incroyable rapiditi' des villages entiers.

(( La nature de ce feu, dit une chronique de l'époque, était comme bitumineuse, et, étant l'roide, elle devint comme l'écume de la mer. Ce feu, s'avauçant tous les jours d'un mille, aurait consumé la ville de Catane si les habitants n'eussent eu recours aux reliques de sainte Agathe, lesquelles étant portées en procession, on vit miraculeusement le feu se i-etirer du côté de la mer. » Avant cette terrible éruption la cathédrale de Catane était consacrée à la sainte Vierge ; mais les Catanais, jugeant que sainte Agathe les avait mieux protégés, débaptisèrent l'église, et y déposèrent le précieux voile de la sainte : « A la vue de la bannière sacrée, dit un auteur sicilien, le ileuve rapide des laves s'est arrêté, il s'est transformé en fleuve que foulent les pieds nus, et où sont enfermés les esprits et les monstres vaincus. C'est ici que le Mongibello fut écrasé, que s'éteignirent les llammes et que triompha le valeureux étendard de l'Amazone céleste. »

Toutefois, il paraîtrait que la sainte n'avait point écarté le péril d'une manière absolue, car quelques jours s'étanl écoulés, pendant lesquels on entendait sous Catane «comme deux armées qui se battaient, « la lave reprit son cours du côté de la ville en brûlant vingt grands et beaux villages. Enfin, l'immense torrent de feu vint battre les nuus élevés de Catane, couvrit complètement cinq bastions, et, se répandant sur la ville, qui comptait plus de 40,000 âmes, détruisit tout ce qui se Irouva sur son pas^

en

LE MUNT ETNA. 519

sage, l'eu (If lonips après, les effrayauls phénomènes de l'éruption perdirent, graduellement de leur intensité, etiout liiiil par rentrer dans le repos. « 11 y a eu, dit une ancienne clironiqne, il y a eu quelques galères de Sicile, lesqnelles sont venues et ont emporté ce qu'elles ont pu des reliques et des cloches qui ont échappé de cet incendie et de la cruauté des bandits, lesquels ravissaient tout ce que ces pauvres gens auraient pu emporter deleui's biens, w

LordAVinchelsea, qui revenait alors de son ambassade à Constantinople, envoya à Charles II une relation de ce grand cataclysme. Mais Sa Seigneurie ne se donna jias la peine d'examiner les choses aussi attentivement qu'elle aurait pu le l'aire Le noble lord se contenta de voir la lave dans le lointain ; un seul jour suflit pour satisfaire sa curiosité; il ne pensa nullement à examiner la source du grand phénomène, ni à faire l'ascension du volcan, bien qu'à cette époque tous les symptômes redoutables eussent complètement cessé.

La dernière éruption de l'Etna , en 1865, sans être d'une violence extrême, a néanmoins causé de grands désastres. Au moment où l'éruption a counnencé, une l'orte secousse s'est l'ait sentir, mais seulement sur un des versants de la montagne. Le sol oscillait encore dans les environs de Piedimonte, lorsqu'on vil des gerbes de feu s'élever sur le versant septentrional de l'Etna, à une hauteur de 1,700 mètres environ audessus de la mer, et par conséquent à une distance à peu prèségale en dessous du cratère terminal. Sept grandes bouches s'étaient ouvertes à 500 mètres du pied du Monte Fru-

.".liO I, tS VOLGA A s.

inenlo, qui a été lui-inèine l'ormé par une ancienne éni|itiiin du volcan.

A peine la terre s'était-elie ouverte que la lave en a jailli et s'est mise à couler rapidement. En peu de temps le torrent présentait une masse incandescente d'une longueur de six kilomètres sur une largeur d'une lieue, avec une épaisseur environ de 10 à 20 mètres. Le torrent se dirigea ensuite dans une vallée étroite et profonde, nommée laValle délia Colla Vecchia, encaissée entre de hauts rochers; en ce point, il se précipitait d'une hauteur de 50 mètres , charriant à sa surface des blocs solidifiés qui tombaient avec tracas du haut de cette cascade de feu. Enfin, bientôt la vallée tout entière était comblée et le courant continuait encore sa marche sur une longueur d'environ trois kilomètres, et finissait par s'arrêter sur l'emplacement d'une ancienne nappe de lave'.

En voyant le torrent de feu descendre la montagne, les Etnéens, frappés de terreur, eurent recours au.\ saints, et surtout à sainte Agathe qui, on se le rappelle, avait, au dix-septième siècle, arrêté la fureur des vagues embrasées. De toutes les localités menacées par le torrent de lave, les populations sortirent en procession pour opposer les saintes images au feu ([ui avançait toujours. Rien ne put arrêter le torrent ({ui descendait avec une majestueuse lenteur; il envahit les vignes, les vergers, les champs cultivés, et désola toute la riche contrée.

Les anciens auteurs siciliens qui se sont occupés du mont

' Fouqué, Lettre à .V. Sainte-Claire Devilte.

LK MONT iriNA. 521

Etna, en donnent des récits qni dilTèrenl sons ])his d'nn rap- IMirl. D'après les nns, le cratèi'e qni conronne la nionlagne avait dix à douze kilomètres decirconlcrence ; selon d'autres, liiiit ; et seulement cinq d'après quelques-uns. 11 est possible que tous aient eu raison, car il résulte d(> l'examen de leurs relations que, tous les cent ans à peu près, le cône suprême disparaissait, soit qu'il lût réduit en poussière par une longue et violente éruption, soit qu'il fût englouti par la fournaise. Puis il s'en formait peu à peu un nouveau qui s'élevait par l'accumulation successive des matières rejetées par le volcan, pour être réduit en poussière à son tour ou s'écrouler sous l'action d'une crise violente. Ce sont là des faits que j'ai déjà mentionnés lorsque, plus haut, j'appelais l'attention sur les incessantes métamorphoses qui s'opèrent dans tous les grands cratères, et qui se sont produits de siècle en siècle dans le cratère de l'Etna.

Quelques observateurs ont [émis l'opinion que l'activité de ce volcan était plus grande dans les temps anciens que dans la période moderne. Non-seulement les couches souterraines de lave dont la montagne est formée sont plus grandes et plus épaisses que les coulées modernes, mais on y trouve des basaltes, des pierres ponces et autres productions vitreuses qui, dans la pensée de ces naturalistes, attestent l'effet d'une grande chaleur, tandis que ces substances ne se rencontrent pas dans les couches plus récentes, où elles sont remplacées par des cristallisations qui semblent n'avoir même pas subi l'action du feu.

L'auteur le plus ancien qui ait parlé des éruptions de l'Etna

est Pindare. En dépouillant sa description des idées mylhdlogiques, d'après lesquelles Jupiter avait enseveli vivants sous la montagne les géants Encelade et Typhon, dont les efforts pour se dégager causaient toutes les secousses de l'Ile, on y retrouve, d'une manière certaine, la preuve que l'Etna était aux yeux des anciens une des plus hautes montagnes, etque ses éruptions étaient d'une violence extrême.

Les laves contiennent de grandes quantités de fer et de soufre qui facilitent la décomposition des matières vomies jiar h' volcan, et expliquent la transformation relativement prompte de la idupart des coulées en une terre fertile. On y trouve aussi du cuivre, dn mercure, de l'alun, du salpêtre, du fer spéculaire, de l'amiante et divers sulfates. Dans la région boisée, on recueille des quantités prodigieuses de goudron, de miel et de cantharides. En quelques endroits, on rencontre aussi une terre blanche et fine, analogue au kaolin, dont les anciens faisaient de belles poteries.

Mais je m'arrête ; énumérer les richesses que l'on trouve de la base au sommet de cette merveilleuse montagne, ce serait distraire le regard des phénomènes volcaniques qu'elle présente, et dont je viens de tracer le tableau.

Page 1