LE PIC DE TENÉRIFFE
boliU. parle d'une explosion survenue en 1430, et qui donna naissance à une colline encore existante. Inquelle reçut le nom de « Montanitta de la Villa. »
Le voyageur vénitien Aloysio Cadaniosto, qui vit Ténériffe en 1505, fait mention des crises de ce volcan. Ce voyageur avait sans doute également visité la Sicile, car il compare les phénomènes volcaniques dont il fut témoin à ceux de l'Etna. Il assure que le pic fumait sans cesse et que les esclaves chrétiens, retenus en captivité par les indigènes, pouvaient apercevoir les flammes qui s'en échappaient. Mais la première éruption, bien observée, fut celle qui eut lieu, le 51 décembre 1704, sur un des versants de la montagne. La crise fut précédée de violents tremblements de terre. Une immense quantité de pierres sortit des entrailles du volcan et forma de hautes collines; de l'une de ces bouches s'échappa un torrent de laves, dont un siècle plus tard Léopold de Buch put facilement suivre le cours.
Un an après cette catastrophe, plus de 50 bouches s'ouvrirent près de la jolie petite ville d'Orotava. Comme la précédente, cette éruption s'annonça par de violentes secousses qui détruisirent un grand nombre de maisons; la commotion fut ressentie, dit-on, à bord de navires qui passaient au large, à plus de cinquante lieues du volcan. Vn nouveau jet de laves atteignit Guimar, le 2 février, et détruisit l'église de cette ville.
Ou eût dit que le volcan allait désormais entrer en éruption régulièrement tous les ans, car après nu repos d'une année, un nouveau cratère s'ouvrit sur le versant du |)ic. A
cette époque, le port de Garachico était un des plus beaux de l'île. C'était une des cités commerciales les plus peuplées et les plus considérables. Deux torrents de laves anéantirent en quelques beures tous les trésors qui s'y trouvaient amoncelés. Les rochers que cbarriait le torrent comblèrent le port et formèrent, avec la lave solidifiée, un grand promontoire à l'endroit où se trouvait l'opulente cité. L'œuvre de destruction s'étendit à toute la contrée, dont l'aspect fut entièrement altéré; des collines de lave se formèrent dans la plaine, des sources abondantes disparurent, et des champs, autrefois fertiles, furent dépouillés de la couche de terre végétale qui les recouvrait.
Un assez long repos succéda à ces violentes commotions ; mais l'éruption de juin 1798 surpassa en violence toutes les précédentes. De fortes secousses partant de la Chahorra, ébranlèrent toute l'ilc; et au pied de ce cône s'ouvrirent quatre nouveaux cratères. Tandis que le premier lançait d'épaisses colonnes de fumée, le deuxième vomissait des pierres incandescentes et des globes de feu ; des flammes s'échappaient du troisième; le quatrième, enfin, éclatait dans la direction de l'est. Au milieu de la profonde obscurité causée par les nuages de fumée, les explosions se succédaient avec une effroyable rapidité et avec \in bruit terrible qui faisait trembler le sol. Les premiers cratères se refermèrent ; d'autres s'ouvrirent aussitôt et offrirent les mêmes phénomènes. La lave dégorgea violemment et en grande ahondance; après s'être partagée en trois coulées, elle se
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réunit do nouveau en un seul et énorme torrent, entraînant sur son passage tout ce qui lui faisait obstacle. Ce ne l\ir(Mit là néanmoins que les indices de la crise terrible (jui devait éclater.
Le volcan cessa de mugir; un grand calme régna pendant quelques instants dans toute la contrée. Tout à coup la fumée et les cendres obscurcirent la clarté dusobnl, les matières embrasées recouvrirent la montagne sur une étendue déplus de trois lieues, et des blocs énormes de rochers furent lancés à une hauteur si prodigieuse, qu'ils ne retombèrent sur Tile que douze à quinze secondes après avoir été vomis par le volcan, d'où l'on peut conclure qu'elles s'élevèrent à 5,000 pieds. Deux jours après cette catastrophe, une autre partie de la montagne s'entr'ouvrit également, la lave se répandit avec une grande vitesse et brûla les vergers et les villages situés sur le flanc de la montagne.
Nous avons déjà eu l'occasion d'appeler l'attention sur les superbes et et terribles volcans de Java, lorsque, au début de cet ouvrage, nous avons fait observer que beaucoup de montagnes brûlantes étaient profondément labourées par les eaux pluviales, qui creusent dans les flancs de ces montagnes, tantôt des sillons réguliers, tantôt des ravins immenses.
L'île de Java est une contrée des plus curieuses et des plus dignes de fixer l'attention de celui qui voudrait étudier les phénomènes des volcans. Après l'Amérique centrale, elle est la région qui comprend le plus grand nombre de volcans que ne le fait aucune autre région d'égale étendue. Selon M. Horner, il y a dans cette ile plus de cent volcans, soit éteints, soit brûlants; et grâce aux admirables travaux du docteur Jungbuhn, le grand et modeste savant qui passa douze ans à Java dans l'étude de la nature, nous connaissons d'une manière exacte plus de quarante volcans de ce pays, naguère si peu connu.
Toutefois, il ne saurait entrer dans nos vues ni de décrire, ni même de mentionner tous ces volcans. Nous nous bornerons à entretenir le Iccteui' de ceux qui, dans ces derniers temps, ont plus particulièrement manifesté leur redoutable puissance.
LE GUNTUR " LK TOXNANT «
Ce volcan se détacbe, sur l'azur du ciel, semblable à une luine gigantesque. Pas un i»rin d'herbe ne croît sur ses pentes arides; des bords déchirés du cratère, qu'indique au hjjn une éternelle colonne de vapeur, s'étendent jusqu'à la ii.isc, dos lignes formées par le sable noir et les débris de pierres; on dirait des torrents soudainement arrêtés dans leur chute. Tout le flanc delà montagne est creusé par des sillons ; partout s'élèvent d'énormes rochers de vingt pieds de diamètre, et ces grands rochers disparaissent çà et là sous les couches d'alun qui les recouvrent comme un linceul blanc. Un abime profond s'étend vers l'est, un peu audessous du cratère, jusqu'à la base même de la montagne. De Ions côtés, la vapeur s'échappe du sein de la terre par des pores invisibles; elle s'échappe en jets immenses de la boiiciie béante du volcan. Cette bouche, avec la sombre mnr.iille (jiii i'entonre, présentent le môme aspect de désola-
liuii ; les vapeurs l'envclopiMMit sans cesse dans une demiobscurité qui ajoute encore au sentiment d'horreur que l'on éprouve.
« Les débris de pierres qui se trouvent à une distance assez éloignée do la montagne, dit M. Landgrebe, méritent l'attentitm toute particulière du géologue. Ressemblant à d'énormes mottes déterre, ils donnent au sol qu'ils recouvrent, l'aspect d'un champ énorme, nouvellement labouré et couvert de blocs d'une dimension colossale. L'examen démontre qu'il s'agit ici de roches de trachyte à angles fort aigus, et dont la couleur noire semble prouver qu'elles ont été exposées longtemps au contact de l'air. Leur surface inégale, les dentelures qui les hérissent, les distinguent d"une manière frappante des galets arrondis et unis dont le terrain est semé à profusion. Cette structure, la disposition dans laquelle ces roches sont accumulées sur le sol à une distance trèséloignée, tout nous porte à croire qu'elles n"nnt pas loiilé du haut de la montagne, mais que, lancées par le volcan, elles sont retombées à l'endroit où elles se trouvent. 11 est probable qu'elles formaient autrefois la paroi du sud du cratère du (iuntur. La preuve en est dans la découverte sur ces débris de mousses et de lichens qui n'ont été trouvés à Java qu'à une élévation de quatre à sept mille pieds' ».
Les rochers dont nous venons de parler, forment des collines séparées par des vallées sablonneuses; les unes sont entièrement dépouillées de toute végétation, les autres sont
' Landgrebe. JSalurgeschiclUe der Vttlkane.
recouvertes en partie de sable sur lequel croit un peu d'herbe. Enfin, une couche de terre recouvre les rochers les plus éloignés du volcan.
On ignore quelles lurent les éruptions du Gunlnr avant celle de 1807, mais à partir de cette époque, le volcan est resté constamment en activité. En 1807, 1809, 1815, 1816, 1818, 1819, les éruptions furent très-violentes ;. en 1819, Reinwardt, le voyageur allemand, ne put gravir le Guntur, qui était en fureur au moment où il le visita. Ensuite viennent les éruptions de IS'^O, 1828 et 1852, 1855, 1850; celle de 1852 fut d'une violence extrême; celle de 1856 ne dura que trois heures, mais elle causa de grands ravages ; il s'échappa du volcan une épaisse colonne de fumée, et une pluie épou vnntalile de sable et de pierres couvrit toute la contrée.
LE GELUNGUNG
La montagne de Gelungung est un des volcans les plus redoutés de l'ile de Java. On distingue à une très-grande distance, au nord de la montagne, une large fissure d'où s'échappent de hautes colonnes de fumée; c'est le cratère du Gelungung. La route qui y conduit traverse nu pays accidenté,