‹ Les volcans et les tremblements de terreChapitre 46 sur 98 · I. KS VOLCANS IIE JAVA. Twô · texte numérisé non relu

I. KS VOLCANS IIE JAVA. Twô

|i;iis('iiir (le collines \n'u rlrvécs, isolées OU réunies entre elles, recouvertes (riu'ibcs ou de liroussailles.

Eulre ces collines s(> trouvrnl un noiubrc infini de petites vallées, où croit le bambou; çà et là, au niiiicu de vastes rizières, s'élèvent les villages des indigènes. Tout ce terrain est de Ibrmation récente; il doit sou existence à la formidable éruption de 1825, époque à laquelle les anciens villages et les anciennes idautations furent détruits pai' la catastrophe. Les Javanais assurent que toute la contrée était autrefois une immense rizière.

Un peu au-dessous du cratère, il y a une petite élévation de terrain d'où s'échappent trois puissantes colonnes de fumée. L'un de ces jets sort obliquement des entrailles de la terre ; il s'en échappe avec un bruit tenible et une telle violence, qu'il renvoie, à une distance de plus de 15 pieds, des branches d'arbres lancées dans la direction de l'orifice.

Le cratère du Gelungung est formé de trois parois, dont l'une s'élève à plus de 2000 pieds au-dessus de l'abîme et forme la crête de la montagne. Elle surplombe eu même temps le lac si curieux de Telegabodas, dont nous nous abstenons à regret d'entretenir le lecteur. L'aspect de cette muraille est terrible et majestueux. Une végétation luxuriante eu recouvre les parties les moins escarpées ; çà et là apparaissent d'énormes blocs de rochers d'une blancheur éclatante. Mais l'ensemble morne et chaotique frappe l'àme d'inquiétude et d'accablement. Au tableau vient s'ajouter la chute de nombreux torrents se précipitant du haut des rochers avec un bruit effroyable. Les deux autres parois de l'abîme

toiichciil par la base seulemeiil à la première; en se prolongeant elles s'évasent, elles diminuent de hauteur, et forment comme une nouvelle chaîne de montagnes.

L'exploration des différentes parties du gouffre a fait présumer qu'il doit avoir été comblé autrefois, et que son état actuel est le résultat d'une éruption dans laquelle toute cette partie de la montagne aura été complètement bouleversée. Non-seulement la disposition des deux parois inférieures justifient cette hypothèse, mais on ne saurait non plus révoquer en doute, que les nombreuses collines dont il a été parlé plus haut n'aient été formées des débris du Gelungung, par suite de bouleversements qui se sont manifestés à différentes époques. Tous les Javanais assurent que beaucoup de ces collines existaient avant l'éruption de 1825, et M. Junghuhn en vil plusieurs qui étaient couronnées de forêts attestant une haute antiquité. La plupart de ces éminences ont été créées toutefois pendant cette crise terrible ; le fait est cei'tain, car des Européens, de même que des Javanais, étaient en possession du sol sur lequel le volcan exerça sa formidable puissance. Il paraîtrait également, selon les récits des indigènes, que postérieurement à 1820, une vallée couverte de forêts vierges occupait la place du gonffre actuel.

La date de la première éruption du volcan est incoiuiue ; jusqu'en 1825 personne ne soupçonnait même la nature volcanique du Gelungung, dont toutes les parties présenlaieiit l'aspect de la plus riante végétation. 11 est vrai que, peu de jours avant l'éruption, l'eau du ruisseau qui cunle au

pied lio la iiionlague se colora et déposa un sédiment hlaneliàlif, mais elle reprit bientôt sa limpidité habituelle, et, nous l'avons dit, personne ne prit garde à ce présage.

Tout à coup, le 8 octobre IS^Ô, entre une heure et deux heures de l'après-midi, ou entendit une terrible détonaliim qui ébranla la plus grande paiiie de l'île de Java ; une épaisse colonne de i'nmée, s'échappant de la gorge de la montagne, enveloppa de ténèbres épaisses toute la contrée. Un tleuve de boue incandescente, se précipitant de la montagne, combla le lit des rivières, détruisit les maisons, en un mot tout ce qui lui faisait obstacle, tandis que des secousses ' effroyables se succédaient avec une effrayante rapidité. Les éclairs sillonnaient les nues, et le cratère lançait à une hauteur prodigieuse des pierres, de la boue et des cendres qui, en retombant, dévastaient tout le pays.

A quatre heures un silence lugubre remplaça la fureur des éléments, le soleil se dégagea et éclaira cette scène de désolation. A la place de superbes vallées, de champs cultivés et de villages prospères, s'étendait une mer de boue liquide, d'où s'élevaient seulement les débris des arbres que le fléau avait déracinés sur son passage. Pour comble de malheur, le lendemain une pluie torrentielle inonda le pays, et força les habitants à fuir sur des collines éloignées où ils pouvaient se croire en sûreté.

Le calme se rétablit, et il se prolongea pendant doux jours; le 1"2, dans la soirée, on entendit trois détonations épouvantables ; la nuil l'ut sombre et silencieuse. Bientôt le calme fut interrompu par le mugissement des vagues en furie, ballant

les flancs des collines où s'étaient réfugiés les indigènes échappés la veille au sinistre. Les torrents de boue liquide, sortis des entrailles du volcan, grossis par tout ce qu'ils avaient détruit sur leur route, franchirent le dernier refuge des malheureux Javanais, qui périrent ainsi d'une manière horrible.

Au dire des personnes peu nombreuses qui survécurent à cette catastrophe, l'aspect de la montagne l'ut entièrement changé. La vallée fut élargie, bouleversée, et reçut sa forme actuelle. Cette épouvantable catastrophe détruisit cent •quatorze villages, dont la plupart furent renversés par les torrents de boue ; elle lit périr quatre mille individus, cent chevaux et huit cents bœufs. Quatre millions de caféiers furent anéantis'.

Ce qui nous a toujours frappé, comme un prodige, c'est que de nombreux villages, situés au pied même du volcan, ne furent pas atteints, tandis que l'éruption détruisit des localités que leur éloignement semblait devoir mettre à l'abri de tout danger.

Pendant plusieurs jours, le Gelungung continua à mugir; uu mois après la catastrophe, il n'était pas encore possible de se frayer un chemina travers les amas de vase, et trois mois après l'éruption, la visite des contrées ravagées n'était pas eucre sans dangers.

' Landgrebe, Naturgeschichtc der Vulkanc.

LE PAPANDAYANG

Qualce volcans s'tMèvoiil dans le voisinago du Giiiitiirct rurmeiit, avec celui-ci, une série de pliénonièiies curieux et grandioses. Le plus connu de ces quatre volcans, c'est le Papandayang. On l'aperçoildistincteiuentdu haut du prcniitM'.

Après avoir traversé d'épaisses forêts, qui s'étendciil à la base de la montagne, et d'où s'échappe bruyamment une quantité considérable de ruisseaux, ou parvient à un endroit semé de débris de roches recouverts de broussailles. Cette pierre pulvérisée, d'un blanc jaunâtre, forme un sol spongieux, couvert de sable et de terre, qu'orne une végétation toute différente des forêts voisines. On reconnaît aussitôt qu'ici le terrain a été produit par une éruption récente.

Un ruisseau, qui prend naissance dans le cratère même du Papandayang, traverse cette région ; il coule sur un lil |»ierreux et dépose un sédiment brun blanchâtre. Ses eaux sunl d'une saveur désagréable, semblable à celle de l'alun.

Le cratère est situé à l'extrémité d'une chaîne de montagnes qui va rejoindre le volcan de (juntur. 11 occupe, non le sommet, mais un des versants de la montagne ; des crêtes boisées le dominent de toutes parts, et l'une d'elles, la jdus élevée, s'arrondit en coupole. Près du cratère, ces crêtes.

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daliord isolées, fornient luio iiiuiaille de rochers abrupts.

Ainsi que nous l'avons déjà dit, un ruisseau assez considérable sort du centre même du cratère, enveloppé dans un image de vai)cur;il se précipite de rocher en rocher et coule ensuite tumultueusement dans un ravin très-étroit. La saveur âpre de ses eaux et leurs propriétés astringentes sont dues à la présence des sels dont est imprégné le lit qu'il parcourt.

Tout le sol, dans le voisinage du volcan, est aride et formé de pierres poreuses et blanchâtres, mais les restes carbonisés des végétaux, épars çà et là, indiquent qu'il y avait là une végétation puissante, que le feu du volcan a complètement anéantie.

L'intérieur du cratère présente une cavité déchirée par de nombreux sillons ; le point central de ce gouffre se trouve à 7,0'-28 pieds au-dessus du niveau de la mer. Le fond est vaseux, d'une couleur blanchâtre, et parait composé déroches transformées en boue épaisse d'où surgissent quelques blocs de rocheis. On y voit réunis tous les phénomènes qui se présentent séparément dans les autres volcans. «Çà et là, dit M. Landgrebe, des flaques d'eau sont maintenues par les gaz soulerrains dans une ébullition constante. Plus loin, une eau boueuse s'élève avec fracas du fond d'un gouffre béant, pour se retirer aussitôt, et ce phénomène se renouvelle sans cesse. Là, une série de petits cratères rejettent, audessus de leurs bords, des masses argileuses; d'autres lancent dans les airs de puissantes colonnes de vapeur, avec une telle violence qu'ils font trembler le sol, et que la chute

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(loreaii, résullaiit do la coinleiisatioii de ces vapeui's au coiilacl de l'ail', l'ait leleiitir Idute la niontagno. Noii-sculemeiil ces vapeurs sont roilemenl saturées de soul're, mais encore les ouvertures d'où elles s'échappent sont recouvertes d'une croûte épaisse de cette substance. Lorsque le temps est calme, on peut approcher sans danger, mais le vent, en chassant les vapeurs de côté et d'autre, devient un obstacle insurmontable, par suite de la suffocation qu'elles provoquent. En un mot, le cratère présente le spectacle le plus varié; an milieu du mugissement que produisent les vapeurs au sortir du sol, du craquement (jue font entendre les volcans lançant les matières argileuses; au milieu, disons-nous, de tous ces phénomènes si divers et si étranges, le ruisseau suit tranquillement son coursa travers les rochesde trachyte qui forment son lit. »

En examinant la position du cratère, entouré de tous côtés, excepté au nord, où le versant est couvert de débris de rochers, on reconnaît que l'éruption a éclaté de ce côté avec le plus de violence.

C'est le il août 1772 qu'eut lieu la formation du cratère dans lequel on vient de pénétrer. Avant cette époque le Papandayang ne portait aucune trace des phénomènes volcaniques. Tout à coup, au milieu de la nuit, on ressentit de violentes secousses accompagnées d'un bruit souterrain épouvantable, en même temps que des flammes brillantes s'élevaient du haut de la montagne. Des matières volcaniques lancées du cratère couvraient une surface de six lieues de longueur sur deux lieues de largeur, détruisant ([uarante

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villages; plus de trois mille personnes perdirent la vie dans cette épouvantable catastrophe.

Au moment où le Papandayang éclatait, ses voisins, le Guntur, et les trois autres volcans, restèrent impassibles ; mais deux autres volcans, l'un éloigné de soixante lieues et l'autre déplus de cent vingt lieues, tirent ('ruption, sans néanmoins causer des désastres comparables à ceux que lit le Papandayang. Dans sa colère il se mutila et réduisit en poussière sa cime enflammée. On a souvent cité la terrible éruption du Papandayang comme un exemple de l'effondrement du sonnnet d'un volcan ; mais le docteur Junghuhn a victorieusement réfuté cette interprétation, et il a démontré que le sommet ne s'est point écroulé, comme on le pensait généralement, mais qu'il a été détruit par des explosions prolongées, qui l'ont dispersé en fragments sur toute la contrée environnante ; tandis que les particules plus triturées étaient emportées an loin. Les villages n'ont pas été engloutis avec leurs habitants par la terre entr'ouverte, ainsi que le relatent quelques auteurs; mais ils ont été ensevelis sous les rochers, sons la poussière, sous les débris du sommet que brisèrent les explosions du volcan.

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