‹ Les volcans et les tremblements de terreChapitre 49 sur 98 · ÉRUPTION DU MONT ARARAT · texte numérisé non relu

ÉRUPTION DU MONT ARARAT

Deux hautes montagnes, deuxcônes jumeaux, s'élèvent sur le plateau de rAriuénie, au sud de la grande vallée de l'Araxe : ce sont le Gi-and Ârarat et le Petit Ararat. Un vallon, un col d'environ 800 mètres de largeur, sépare les deux volcans. Le Grand Ararat, avec ses crevasses et ses roches abruptes, est d'un aspect imposant. Il élève sa cime aride à plus de i,200 mètres au-dessus de la plaine qu'il domine, et laisse voir de ce coté un énorme cratère, en fer à cheval, appelé la vallée de Sainl-Jacques : c'est une bouche ancienne oblitérée depuis des siècles. Vue (hi côté opposé, la montagne apparaît sous la forme d'un cône immense et d'une régularité parfaite; son tlanc y est déchiré, depuis le sommet jusque vers le tiers de la hauteur, par une énorme crevasse, dont le fond est hérissé d'une multitude de rochers bordés de courants d'une lave solidifiée, noire et vitreuse.

On lit dans la l)ii)h' (|ue ci' l'ut sur le mont Ararat que

s'arrêta l'arche deNoé; aussi les Orientaux se persuadent-ils que la montagne, avec ses deux sommets, a la forme d'un navire ; ils croient même que l'arche est conservée sur la cime inaccessible du volcan.

Le mont Ârarat était redouté depuis longtemps à cause des tremblements de terre violents et répétés auxquels il paraissait donner naissance. Et, défait, l'éruption de 1840 se distingua, non-seulement par son impétuosité, mais encore parles secousses qui l'accompagnèrent. On n'y vit aucun vestige de flammes ou de laves en fusion, et les roches, lancées par le volcan, loin d'être dans cet état de fluidité ou d'incandescence comme celles que vomissent ordinairement les montagnes brûlantes, s.e présentaient sous l'état le plus compacte.

Le 20 juin 1840, un peu avant le coucher du soleil, un bruit souterrain, semblable à celui du tonnerre, retenlil dans toute l'Arménie, surtout dans le voisinage du Grand Ararat. Bientôt après le sol fut soulevé, comme les vagues de la mer, par un tremblement de terre qui dura près de deux heures sans interruption. Sur ces entrefaites, une crevasse énorme s'ouvrit au-dessus du village d'Arguré, situé sur la pente de la montagne, et lança, avec une force prodigieuse, des gaz et des vapeurs mêlés de pierres qui retombaient dans la plaine au pied du volcan.

Les nuages de fumée, s'élevant vers le ciel, eurent bientôt dépassé la cime du volcan ; de bleuâtres qu'ils étaient d'abord, ils devinrent d'un noir foncé, et répandirent dans l'air une forte odeur de soufre. La terre tremlilaitsans cesse, et malgré le bruit souterrain, on pouvait entendre le sifflement des ma-

Page 1