‹ Les volcans et les tremblements de terreChapitre 51 sur 98 · LK MO. NT A II A 11 A T. ÔW · texte numérisé non relu

LK MO. NT A II A 11 A T. ÔW

«Cette éniiiliciii, (lil M. Wai^iier, ([iic rAcadi'inic imitriialc lies sticiircs ik- Saiiit-Pi'tersbourg avait envoyé sur le lieu de l'i'vriieiiit'iit cette éru})tioii, et les phénomènes qui l'aeconipaguércMl, s'expliquent, ru (pielque sorte, [lar la iiatuic du uiout Araiat. (i'cst un lait très-singulier qu'une montagne aussi gigantesque, supportant d'énormes quantités de neiges, possède aussi peu de sources ou même de torrents servant à l'écoulement des eaux. Ce qui est certain, deux sources seulement prennent naissance dans le Grand Ararat, et le Petit Ararat n'eu renferme aucune, tandis que Ton en compte au delà de quarante sur leur voisin le volcan Allaligoez, dont les niasses de neiges sont loin d'être aussi considérables. En outre, les quelques ruisseaux qui descendent des versants de la inonlagne ne sont guère que des lilets d'eau ; il est donc probable <[ue rintérieiir du volcan renferme d'immenses l'éservoirs où s'accumule la ])lus grande partie des eaux des neiges et des pluies. En un mol, un lac soulei laiii occupe sans doute les cavités formées par l'élévation du colosse. »

Cette hypothèse expliquerait aisément la catastrophe de ISiO. En effet, supposons qu'une crevasse se forma, qu'un passage vint à s'ouvrir au-dessus de la fournaise souterraine à travers le fond même du réservoir : il en résulta une force expansive prodigieuse produite par l'évapcu'ation de l'eau. Les gaz et les vapeurs pénétrèrent au co-ur du volcan et cherchèrent à se frayer une issue, à s'épancher dans l'atmosphère par les mêmes voies qu'elles avaient suivies à des époques antérieures. Or, la partie supérieure du volcan

était depuis longtemps comblée par d'immenses rochers et par les neiges éternelles. La vapeur et les gaz ne pouvant se frayer une voie de ce côté, l'éruption devait nécessairement s'effectuer sur le versant de la montagne où les fluides élastiques trouvaient le moins de résistance.

La profondeur du foyer souterrain actuel, la grandeur des masses d'eau et de neige que les agents volcaniques avaient à rouler et à briser, ces circonstances devaient atténuer l'énergie du feu souterrain, sans pouvoir affaiblir l'indomptable puissance de la vapeur. Aussi n'apparut-il aucune trace de flammesoude masses en fusion, mais une quantité prodigieuse de vapeur d'eau qui, en faisant éclater les roches trachytiques, amenèrent une des éruptions les plus terribles donl on ait gardé le souvenir.

L'ANTLCO

Le Chili est une des contrées les plus riches en volcans ; nulle part, sur son parcours, la chaîne immense des Cordillères n'est d"uu aspect plus grand et plus imposant; nulle part ses crêtes ne s'élèvent i)lus haut : c'est ici que se dresse le volcan d'Aconcagua, dont la cime, d'après M. Pentland, atteint une hauteur de 'i'ijOOO pieds au-dessus du niveau de l'Océan.

Malheureusement on ne connaît guère que les noms de ces géants, et il n'est pas aisé de sortir heureusement du labyrinthe de relations, souvent très-incomplètes ou contradictoires, que les voyageurs et les géologues ont données des montagnes brûlantes de ce beau pays.

Un ne saurait, non pins, iiuliquer d'une manière précise le point où commence la série des volcans chiliens. Toutefois, les recherches les plus récentes donnent lieu de croire que cette série commence au Vanteles, vis-à-vis de l'Ile

7,m LES VOLCANS.

de Chiloë. M. Charles Darwin, (iiii, le premier, a exprimé cette opinion, divise tous les volcans de la chaîne des Cordillères en quatre groupes qui, depuis le Yanteles, au Chili, s'étendent jusqu'aux volcans de la Californie, en comprenant ceux des républiques d'Equateur, du Pérou, de la Nouvelle- Grenade, de l'Amérique centrale et du Mexique. M. Darwin penche à croire que les volcans d'un même groupe ont une communication souterraine, et, dans sa pensée, tout le continent chilien se trouve comme suspendu sur un lac de matière en fusion.

Ainsi que nous l'avons dit, quoique l'on sache qu'il y a une trentaine de volcans au Chili, on n'en connaît que fort lieu d'une manière satisfaisante. Mais il est heureux qu'une des plus belles et des plus grandes, parmi ces redoutables montagnes, soit aussi une des mieux connues et des mieux explorées, grâce au courage et à l'habileté de deux savants l'tirl instruits, MM. Pœppig et Domeyko, qui l'ont visitée récemment.

Ce volcan, c'est l'Antuco, situé sous le 37° 40' latitude sud. Toujours en activité, il ne cesse de lancer des colonnes de flammes et de fumée. La régularité de sa forme conique contraste singulièrement avec le mont Cierra Beluda, son voisin, glacier entouré de rochers arides et escarpés. En s'approchant du volcan, on y distingue trois régions ou plutôt trois étages bien tranchés. Le premier constitue la base de la montagne; il parait être composé des mêmes roches que la chaîne des Andes. Le second comprend le grand cône, qui s'élève fièrement sur cette base comme sur un puissant

I/ANTUCO. ri55

piédestal ; il mesure environ vingt kilomètres de circuit ol ;i uni? inclinaison do quinze à vingt degrés; enfin s'élève le petit cône ou cône terminal, qui a deux kilomètres de circonférence, et dont les pentes ont une inclinaison de 50 à 55 degrés.

Au point de jonction de ces deux cônes se trouve un plateau circulaire, un rebord que recouvrent des neiges et des glaces éternelles. Ces couches de glaces ont trente mètres environ d'épaisseur, autant qu'on peut en juger par les fissures qui les sillonnent. Dans sa partie horizontale, le plateau ne mesure pas au delà de cent cinquante mètres, mais il s'élève insensiblement pour se confondre avec les versants escarpés du petit cône.

Vers l'est, la région des neiges éternelles prend naissance à quatre cents mètres environ au-dessous du plateau circulaiie, tandis que^ vers la fin de l'été, les versants situés à l'ouest et au nord se trouvent complètement dégagés.

Les masses qui concourent à la formation du côjie sont très-variées et paraissent avoir été rejetées à l'état fusible parle volcan ; la lave et la cendre s'y rencontrent dans une forte proportion. Les bords du grand cône et le sommet du cratère sont recouverts de scories très-poreuses et légèrement friables, qui se colorent au contact de l'air et renferment parfois des filaments de feldspath. La glace et les neiges recouvrent le cône aux deux tiers environ de sa hauteur, le versant occidental excepté ; mais de ce côt('' la montagne est inaccessible. Deux courants de lave qui descendent dans la vallée de Laja ont environ trois kilomètres d'éten-

354 LES VOLCAINS.

(lue ; celui ilu versant septentrional a une largeur considclable, surtout au pied de la montagne, où elle est de deux cents mètres, mais son épaisseur n'excède pas trois mètres et demi. Ces deux courants présentent une surl'ace trèsmouvementée et recouverte de scories. Près du lac, qui se trouve au pied de l'Antuco, on voit des blocs de laves énormes, mesurant souvent vingt mètres cubes, et partout le sol est couvert de bombes volcaniques '.

r.,e volcan était en pleine activité lors du voyage qu'y lit M. Domeyko ; à des intervalles très-rapprochés, il s'(Mi échappait de puissantes colonnes de fumée, et de temps en temps on entendait un bruit sourd semblable à une décharge d'artillerie. La nuit venue!, nue llannne rougeàtre, ))récédant chaque éruption nouvelle, venait illuminer l'orifice du cratère, et quelques secondes api'ès, une épaisse colonne de fumée en forme de cône renversé s'élevait dans les airs en tournant sur son axe, à une hauteur égale à la moitié de la montagne. Peu à peu la fumée, diminuant d'intensité, ne formait plus qu'iui nuage suspendu au-dessus du volcan, tandis qu'une vive clarté apparaissait un peu au-dessous du cratère; mais ce point lumineux ne demeurait que fort peu de tenq)s visible, ou se montrait de nouveau sous la forme d'un ruban étroit et ondulé, de couleurs variées. Toutes les explosions ne présentaient pas ces caractères ; souvent aussi des masses incandescentes surgissaient des bords du cratère, sans être accompagnées d'aucune détonation. M. Domeyko ne put gra-

' Landyrebe, iSalwyescliichte der Vulkanc.

LA.NÏUCO. 555

vir le (Icniior soiimii'l du volcan, car la viulcuce iki veul chassait de tous côtés des pierres et des scories, et à quelques centaines de mètres du cratère, il existait des crevasses inlrauchissables.

|lau> >ou rt'ceut vo\age au Ciiiii, M. i'a'ppii^ lui jilus heureux que M. Donieyko, mais ce ne tut pas sans avoir atïronté les plus grands dangers qu'il posa son pied sur la cime de l'Antuco. Le sommet de ce volcan se termine en une plaine circulaire, au milieu de laquelle s'élève un petit cône tronqué, haut de cinquante pieds environ, l'ormant le véritable orifice du gouffre. M. Pœppig et ses compagnons durent s'aider des pieds et des mains pour gravir ce cône de laves, dont les pentes sont presque perpendiculaires. Par venus au faite, il leur fut impossible de se tenir debout ; se couchant sur le sol, ils purent enfin plonger leurs regards dans l'abirae entr'ouvert devant eux.

Le gouffre ne leur parut pas avoir plus de trente toises de profondeur; les parois, formées de roches aux couleurs les plus variées, tantôt sont sillonnées de co lants de laves d'un vermillon éclatant, ou d'un noir brillant, ! ntôt ornées de stalactites suspendues en grappes aux saill.es des rochers ; ces stalactites sont formées principalement par le soufre qui se trouve en abondance dans le cratère.

Au fond du gouffre, on aper(,'oit une petite colline de sable dont les côtés, percés de deux ouvertures profondes et cylindriques, livrent passage à la fumé' qui s'échappe du volcan ; cependant la plus grande partie des gaz souterrains sort

d'une ouverture ovale, située à l'une des parois et ornée de stalactites qui lui donnent l'appareneed'un portail gothique.

L'ébranlement continuel du sol, la chaleur excessive et la suiïocation produites par le dégagement des vapeurs suHureuses, ne permirent pas aux voyageurs de demeurer longtemps à cet endroit périlleux.

Selon M. Pœppig, l'Autuco est, avec le Pic deTénérilïe et le Cotopaxi, celui des volcans qui possède la forme la plus aigué. Le cratère a environ six cents pas de circuit; il a la l'orme d'une ellijjse dont le plus grand diamètre s'étend de l'est à l'ouest. Le sonnnet de la montagne est très-escarpé, surtout au nord, d'où s'échappait, à huit cents jneds au-dessous du cratère, un ruisseau de laves dont on distinguait l'éclat à nue distance de plus de vingt lieues.

Le voyageur allemand a signalé un phénomène très-remarquable : la diversité des jets de vapeurs sortant du cratère et se succédant avec une régularité parfaite. 11 lut témoin de deux éruptions de cette nature et qui furent toujours acconqiagnées d'un fort ébranlement du sol. Des tissures situées à l'intérieur du cratère il s'éleva une épaisse fumée de couleur bleu fo^icé, d'une saveur acide et d'une odeur suffocante de soufre. Quelques instants après cette fumée diminua progressivemenl, une forte secousse se lit sentir, et un nuage de sable et de laves s'élança vers le ciel avec une violence indicible. Cette seconde colonne de vapeur, composée jirincipalement d'hydrogène, ne s'éleva pas à une grande hauteur, mais le bruit qui racconq)agnait était effroyable ; en outre, l'air était très-pesant. Aussitôt après, la première

l/ANTUCn. 557

(M'uption se renouvela, alternant sans cesse avec la seconde toutes les cinq minutes environ.

Un autre phénomène curieux, décrit par M. Pœppig, nous montre la formation de véritables nuages provenant de l'action volcaniqn(\ Par une matinée calme, il s'éleva du cratère, en quantité considérable, une vapeur plus blanche que de coutume; parvenue à une grande hauteur, arrêtée par une cause atmosphérique quelconque, elle forma une longue couche horizontale qui ne cessa de s'accroître pendant l'espace d'une heure environ. Elle se sépara alors de la colonne de fumée qui lui servait de base, et se dirigea lentement vers le nord, offrant l'aspect d'un grand nuage.

Souvent il se forme trois ou quatre de ces nuages, ils jtlanent parfois des heures entières au-dessus du volcan ; parfois aussi, chassés par le vent, ils se réunissent aux brouillards qui s'élèvent le soir de la vallée. Ce phénomène est toujours suivi de fortes pluies, et le paysan qui habite dans le voisinage de TAntuco en est si bien convaincu par une longue expérience, qu'il considère le volcan comme l'auteur des nuages et des pluies qui fécondent la vallée.

Il se fait dans l'Antuco encore des explosions de vapeurs ne présentant pas les mêmes caractères que les deux genres d'explosions dont on a parlé; mais personne n'a encore pu examiner de près ce singulier phénomène , à cause des dangers inéluctables qu'il présente. Une fumée noire et épaisse s'élance du cratère avec une telle force qu'elle atteint, avec la rapidité de l'éclair, à une hauteur de 2,000 pieds. M. Pœppig a ('valué à vingt-six millions de pieds cubes le vo-

liimo d'iiiio (lo cos colonnes qui s'élevait ;'i une hauteur de -",1X0 pieds. Toutefois, ce spectacle est fort rare, et le voyageur dont nous nous plaisons à relater les Ijellcs obsei'valions, n'en fut témoin qu'une seule fois dans l'espace de cinq mois. Il est probable qiu^ ce sont les explosions de vapeurs Idanches qui ont lancé des entrailles de la terre ces énormes roches dont le sol est parsemé daus le voisinage de la monlagm^

.V l'époque du voyage de M. Po^ppig, gisait, isolé sur le plateau du cratère, un bloc de lave brune, entouré de sable et de scories; son volume était d'environ 540 pieds cubes, et son poids de 22,700 livres au moins. La place qu'il occupait prouve qu'il a dû être lancé du fond du cratère sous sa forme actuelle, à l'état solide, car l'Autnco vomit la lave toujours par des crevasses latérales, bien an-dessous du cratère.

M. Pœppig, de même que M. Domeyko, s'étonna de n'avoir point trouvé d'obsidienne ni de pierre ponce parmi les différents produits volcaniques de l'Antuco ; ils n'y rencontrèrent même que fort peu de cendres; seulement le volcan rejette quelquefois un sable tin, noirâtre et brillant. Les habitants (le la contrée n'ont, du reste, aucun souvenir de pluies de cendres; mais tous parlent du volume incroyable des pierres lancées dans une des dernières éruptions. Une de ces pierres énoT'ines a été trouvée sur le bord du lac, à une lieue environ du cratère. On dit même qu'un jour le volcan, devenu furieux, lança de grosses pierres sur une caravane qui passait à une distance de douze lieues de la montagne embrasée. D'après M. Pœppig, l'Antuco offrirait le p::énomènc eu-

l.'A.NTUCn 359

rieux de toiminer ili.iriiin' de ses crises par le rejet d'une masse considérable d'eau froide. On en eul mi exemple en 1820, époque d'une forte éruption : un torrent de vingt ou trente mètres de large descendit h^iitcuient de la montagne, entraînant avec lui une boue rougeàtre et d'une odeur nauséabonde. Huit ans après, M. Pœppig retrouva encore des traces de ce torrent, sorti sans aucun doute du cratère, car les habitants assurent que l'apparition des eaux suivit de près la chute d'un énorme fragment du plateau supérieur appelé el Sombrerito, le petit chapeau.

On ne sait pas encore bien quelle est la cause réelle de c» phénomène ; l'avenir décidera s'il est produit par la fonte des neiges et des glaces amoncelées sur le cratère, ou s'il est le résultat d'une communication souterraine qne le volcan ne peut manquer d'avoir avec le lac d'.\ntiico, dont la sonde ii"a jamais pu trouver le fond.

Du versant occidental delà montagne, on aperçoit ce magnifique lac d'Ântuco, une des plus belles choses que renferme le Chili. Dans ce lac prend naissance le Rio de la Laja, rivière dont les bords pittoresques ajoutent encore à la beauté du spectacle. La longueur du lac est de dix kilomètres et sa largeur de ÔOO mètres environ ; il Itaigne le pied (hi volcan, qu'il sépare des montagnes voisines.

Je ne saurais parler des volcans du Chili, ce pays qui offre tant de merveilles au regard du voyageur, sans mentioniiiT un phénomène qtii est propre aux volcans de cetti' citii-

TM LES VOLCANS.

Irée, et. sur lequel M. Meyen, et plus récemment encore M. Tschuddi, ont appelé l'attention des naturalistes. J'ai en vue la lumière éclatante que projettent ces volcans pendant les nuits d'été, et qui contribue si puissamment à embellir le beau ciel du Chili et à lui prêter un charme et une animation que n'offre pas même le ciel éternellement bleu du Pérou.

Vidaure parait être le premier écrivain qui en fasse mention; Miers' raconte également que, pendant les nuits d'été, une lumière très-intense sillonne le ciel et brille sur tout le pays, sans qu'elle soit précédée ou suivie d'orages. Le peuple indique très-justement cette propriété par l'expression suivante : el volcan relampaga, le volcan reluit. En effet, cette lueur devient plus éclatante à mesure que l'on se rapproche du domaine d'un volcan.

On n'a pu encore s'expliquer l'origine de ce phénomène ; Meyen croit, il est vrai, que la lueur est produite par la déflagration de l'oxygène et de l'hydrogène, embrasés par les flammes qui s'échappent du cratère. Mais, dans ce cas, on ne comprendrait pas pourquoi les autres volcans ne produisent point des éclairs semblables, surtout les cratères du Pérou, placés dans des conditions identiques. Or, ces curieux phénomènes ne se présentent qu'au Chili, sur la cime de ses volcans.

' Trairh to Chili and la Plaid.

CUSEGUINA

Il n'est aucune partie du continent américain, ni nirme (II' l'nnivers, qui présenle. sur nne aussi petite étendue, autant de volcans éteint- on en activité, ni autant de traces de l'action volcanique, que l'Amérique du centre, c'est-à-diic la région comprise entre l'isthme de Téhuantépec et celui de Panama ou isthme de Darien. Toute cette partie du liltoral du Pacifique est hérissée de pics volcaniques qui, formant If trait caractéristique de tout paysage, dominent les plaines et les ondulations des collines, et s'élancent souvent du bord des grands lacs, en présentant les formes régulières et symétriques des pyramides.

Il est surprenant et regrettable, dit avec raison M. Squier, que ce pays, qui se prête si bien à l'étude des grands phénomènes volcaniques, n'ait attiré que de nos jours l'attention des hommes de science, de ceux-là surtout qui attribuent à l'action des foux souterrains un lùle important dans les modifications qu'a subies notre planète.

r;62 LES VOLCANS.

Tous les volcans de l'Amérique centrale sont situés sur la côte du Pacifique. Le versant oriental du continent ne présente que des chaînes de montagne où ne se voient pas de traces de l'action du feu souterrain. La plupart de ces volcans, qui s'élèvent comme une armée de géants sur les bords du grand Océan, sont éteints; il en est dix qui rejettent de la fumée, mais quatre seulement sont véritablement en pleine activité.

Le plus terrible, le plus redoutable de ces mon.stres, c'est le volcan de Coseguina, dans le Nicaragua, dont l'éruption de 1853 fut l'une des ])lus terribles dont on ait conservé la mémoire.

Dans la matinée du 20 janvier de cette année, plusieurs fortes explosions se firent entendre dans un rayon de près de cent lieues autour de ce volcan. Puis un nuage d'un noir foncé s'éleva au-dessus de lui ; des langues de feu le sillonnaient comme des éclairs. Ce nuage se répandit peu à peu, obscurcissant le soleil, jetant sur tous les objets une lueur blafarde et jaunâtre, et laissant tomber un sable lin qui rendait la respiration difficile et pénible. Pendant deux jours entiers, l'obscurité devint de plus en plus profonde , la pluie de sable de plus en plus épaisse ; les explosions étaient aussi plus fréquentes et plus terribles. Le troisième jour, elles atteignirent leur maximum de force et de fréquence; les ténèbres étaient plus profondes encore. Le sable conlinuail à tomber. Les habitants quittèrent leurs demeures et se mirent à l'abri dans les cours sous des tentes de peaux ; ils pensaient que les toits allaient s'écrouler sous le poids du sable qui s'y

COSKGUINA. 363

accumulait. A Lôon, r'osl-;i-(liit> à uiio (listancc de plus de cent uiillos, la couche de sable avait plusieurs pouces d'épaisseur. Il l'ii loiiilta à la ,lamaï([ue, à la Veia-Cruz, à Santa-Fé de Bogota, sur luie étendue de 1,500 milles. Le bruit des explosions se faisait entendre à une distance presque aussi grande; le surintendant gouverneur de Belize, ville éloignée de 200 lieues, fit rassembler ses troupes : il croyait qu'un combat naval se livrait près du port. Toute la nature semblait plongée dans l'épouvante; les oiseaux s'enfuyaient à tire-d"aile ; les bêtes sauvages abandonnaient leurs repaires, et venaient en rampant chercher un reluge auprès de l'homme. Sur un espace de cent lieues, les habitants, muets de terreur, marchaient à tâtons au milieu des ténèbres, portant des croix sur leurs épaules et des pierres sur !(Mirs tètes en signe de pénitence et d'humiliation. Un grand nombre d'entre eux croyaient que le jour du dernier jugement était venu ; on s'acheminait en foule vers les églises chancelantes, en marchant sans bruit sur un lit de cendres ; et là, pendant les intervalles qui séparaient les explosions, on entendait la voix des prêtres adressant au ciel de solennelles invocations. Les lumières les plus éclatantes étaient invisibles à quelques pieds de distance, et, pour augmenter les horreurs de cette scène d'épouvante, de sinistres éclairs, traversant de temps en temps les ténèbres, venaient jeter sur la terre de lugubres lueurs. Cet état de choses indescriptible dura pendant quarante-trois heures : au bout de ce temps, les secousses et les explosions cessèrent ; un vent frais s'éleva et l'obscurité se dissipa peu à |)eu.

564 l-ES VOLCANS.

L'air était littéralement rempli d'une poudre presque impalpable qui entrait dans les yeux, dans les narines et les oreilles ; on avait peine à respirer. On ferma d'abord les portes et les fenêtres ; mais le manque d'air et l'intensité de la chaleur devinrent intolérables. Les hommes n'éprouvèrent un peu de soulagement qu'en se couvrant la tête de linges mouillés. Les chevaux et les mulets n'eurent pas moins à souffrir; il en périt un grand nombre, les autres ne furent sauvés que par l'emploi des mêmes précautions.

Le sable et les cendres s'élevaient à la hauteur de plusieurs pieds à quelques lieues autour du volcan.

On ne put, naturellement, juger des phénomènes de rérui>tion que par les résultats. 11 s'était formé un cratère de plusieurs milles de circonférence ; d'énormes quantités de lave en étaient sorties et s'étaient répandues d'un côté dans la mer, de l'autre dans le golfe de Fonseca. Les flancs de la montagne, auparavant couverts de verdure, étaient abrupts, brûlés, déchirés, couverts de roches et de lave. La ([uaiitité de matières rejetées fut prodigieuse. On tient du capitaine d'un navire, qui passa quelques jours après l'éruption sui- la côte, que la mer était couverte de ponces, sui' une étendue de cinquante lieues, et qu'il navigua tout un jour à travers ces masses, sans presque pouvoir distinguer l'eau.

Cette montagne présente maintenant une scène de désolation indescriptible. Nulle trace de vie n'apparaitsurses flancs desséchés. Çà et là se voient des ouvertures d'où sortent de la vapeur d'eau, des jets de fumée et des vapeurs sulfureuses ; ailleurs, le sol est humecté par des sources thermales. On

COSEGUIiNA. 365

pri'tiMul que rri'uptiou de cendres, de sable et de lave lui suivie d'uu torrent d'eau; l'absence toute paiMiciiliùie de rugosités en quelques parties de la pente semble venir à l'appui (le eette opinion. M. Squier, l'habile explorateur auquel nous sonunes redevable du récit que l'on vient de lire, ne croit pas que cette montagne ait plus de 5,500 pieds de haut.

L'anniversaire de l'éruption du Coseguina se célèbre d'une façon tout à fait solennelle au Nicaragua. M. Squier assista à la cérémonie qui eut lieu à cette occasion à l'église de la Merced. Tous les résidents étrangers y avaient été conviés l>ar une lellre circulaire ainsi conçue :

Léon, le 2(1 janvier IS.'iO.

« Par l'imposition des mains sacrées de S. Eui. le digne évèque docteur dun Jorge de Viteri y Lngo, j'ai reçu aujourd'hui les saints ordres ; par son ordre, je monterai à l'autel auguste de l'Éternel, aiin d'y célébrer, pour la première fois, le redoutable sacrifice du quinzième anniversaire de l'éruplion du volcan de Coseguina, le 25 courant, dans l'église de Notre-Dame de las Mercedes, grâce à la puissante intercession de laquelle nous fûmes alors sauvés des dangers qui nous menaçaient. Son Excellence, mon très-cher prélat, prêchera à cette occasion .

« J'ai l'honneur de vous en informer et de solliciter votre présence, et me dis, avec le plus profond respect, votre fidèle serviteur et chapelain.

M Hafakl Pablo Jerez. «

")6C LES VOLCA^S.

La cérémonie iuL très-éinouviuile ; il était évident que le souvenir du terrible événement qu'elle rappelait était vivant dans l'esprit de toutes les personnes qui en avaient été témoins, ce que l'on reconnaissait à la gravité et au recueillement qu'exprimait leur physionomie '.

' Squier, Nota on Central America.

Page 1