LE POPOCATEPETL
Une des plus belles, parmi les cimes colossales qui couionneut le dos des Cordillères, c'est la cime du Popocatepell, c'està-dire la Montagne fumante. Le volcan de Popocatepetl, appelé aussi e/ volcan grande tic l'uebla, est la plus haute montagne du Mexique. MM. Truqui et Craveri, qui l'ont gravie en 1855, ni' lui accordent, il est vrai, que 5,250 mètres d'altitude, de sorte qu'elle sei'ait un peu moins élevée que l'Orizaba ; mais, selon Ilumboldt, elle atteint une hauteur de 5,400 mètres au-dessus du niveau de l'Océan ; aussi l'aperçoit-on presque également bien de Puebla et de Mexico, quoiqu'elle soit éloignée de plus de vingt lieues de cette capitale.
Ses versants sont couverts de sombres ibrèts, et il élève liicii au-dessus des nuages sa cime éclatante, couronnée de neiges éternelles.
\iti Popocatepetl l'ut exploré par les Espagnols dès le début lie la conquête. C'est entre les cimes de deux volcans, le
Popocatepetl et l'Iztaccihuatel, que Coitez a passé avec sa troupe et 6,000 Indiens, lors de sa première expédition contre la. ville de Mexico. Pendant cette marche pénible, le valeureux Diego Ordaz, pour donner aux indigènes une preuve de son courage, tenta de parvenir à la cime du Popocatepetl ; mais il ne réussit pas dans son entreprise.
Le Popocatepetl. — Limite de la végétation.
Ile hardis voyageurs ont tenté de nos jours l'ascension de celte montagne; parmi ceu\(iui, phis heureux-que le chevaleresque Ordaz, ont posé leur pied sur la tète du géant, je citerai les deux frères Glennie, M. Birbeck, MM. Truqui et Crevari, et notamment le baron Gros et M. de Gérolt, qui firent
LK IMll'dCATKI'i: il.. âlll)
rii^riiililc I asi-ciisidU du (■('■Irlirc voIimii. Ii> ciiiliiiriciil de grandes fatigues |i('ii(laiit leur iiiairlie ascendante, et à cliaijiie pas, il leur ralliil \ainere des obstacles nouveaux. Mais tous deux, l'Alleuiaïul et le Français, eurent une égale patience, une égale solidité, et ils arrivèrent sur les bords du cratère.
La partie la plus accessible du Popocatepetl parait être le vei'sant oriental ; on parvient, après plusieurs heures démarche, aux dernières limites de la végétation, où Ion voit çà et là quelque pin rabougri incliner sa cime vers la région intérieure, comme pour aspirer un air moins raréfié. Au-dessus de ce point, s'élève un désert de lave noire pulvérisée, parsemé de pierre ponce, et dont la monotonie n'est ronq)ue que par les roches considérables qui se dressent çà et là. i,a plus importante estle Pico delFraile, le pic du Moine, qui s'élève à plus de 150 pieds au-dessus des autres rochers, et se trouve, selon les deux explorateurs que nous venons de citer, à une hauteur de 13,800 pieds au-dessus de l'Océan. C'est un immense bloc de porphyre rouge qui, par sa forme et son grain, attire le regard du voyageur et tîxe l'attention du géologue.
Ce désert franchi, les roches escarpées se succèdent sans interruption jusqu'au sommet.
Un peu à Test, à 1,000 pieds environ au-dessous de la ciuie, se trouve une excavatidu i emplie d'une couche épaisse de sable volcanique. Cette caviti'-, dont la paroi orientale s'élève jusqu'au cratère, reçoit l'eau provenant de la fonte des neiges, et donne naissance à plusieurs torrents qui se précipitent dans la vallée dAmiljias.
Le cratère a une forme sphérique, irrégulière, dont lo plus grand diamètre est d'environ 5,000 pieds, et le plus petit de 4,000 pieds. Les parois du gouffre s'abaissent brusquement à l'intérieur el sont tonnées de trois grandes couches horizontales séparées par des couches noirâtres, moins épaisses et qui forment des lignes bien tranchées. Vers le fond, elles s'arrondissent en forme d'entonnoir et le sol est couvert d'innombrables blocs de soufre. La profondeur du cratère est de
Le Pic del Fiailc .
'.•00 à 1,000 pieds, et au fond undistingue un jiclit plateau dont la forme est semblable à celle que présente la cime su- ]iérieurc du gouffre. Partout, sur la paroi intérieure, se trouvent de petites crevasses de 5 pouces de diamètre enviion, d'où s'échappent constamment des vapeurs saturées d'acide
LE POPOCATEl'tTL. 7^^\
suiriireiix qui iio solovoiit pas louleluis au-dessus do l'orilice (Ui oiatèi'c. Plus bas, daus les parties de l'abinie où ne péuèlreul jamais les rayons du soleil, les glaçons suspendus aux saillies des rochers forment de magnifiques stalactites.
Les rochers composant le cratère paraissent être principalement des laves de porphyre rouge, très-compacte, et renfermant des cristaux de feldspath ; on y rencontre également des scories rouges et noires. Aux endroits d'où s'échappent les vapeurs sulfureuses, la pierre est transformée en une pâle argileuse d'un blanc jaunâtre, tandis que plus près delà bouche du cratère, elle conserve toute sa dureté et la variété de couleur- qui Uii est propre.
Le Popocatepetl parait avoir perdu maintenant une grande partie de son ancienne activité. Depuis la découverte du Nouveau-Monde, le géant n'a pas vomi de laves; il s'est borné, à lancer un peu de fumée et de cendi'es. Au sonnnet du volcan règne un hivei' éternel, tandis que le printemps ne quitte jamais le j)lateau qui s'étend autour de son pied ; sur les bords du cratère l'air est rarélii' ;iii point qu'on ne peut qu'avec peine tirer quelques sons d'un cor de chasse.
Mais ce qui pourrait donner une idée de la puissance énorme du colosse, lorsque jadis il se livrait à ses grands accès de colère, c'est la couche immense de cendres qui recouvre ses flancs : cette couche, selon M. Truqui, s'étend à plus de vingt lieues à la ronde, et dans les précipices où elle a pu s'amonceler, elle atteint une profondeur de 50 et même de 60 mètres.
Du Popocatepetl. la vue plane sur une ('tendue incumnu-ii-
7<rl LES VOLCANS.
siii'ablo,do rO((''Mii All;iiili(|ii('à l'dci'jm i*;uili(|ii('. A l'est s'élrveiit le pic d'Oriznba et le Cofl'rc de Perote ; à l'ouest, les montagnes d'Ajusco, le plateau de Tolua avec le Nevado de Toluco, regardé par quelques géologues comme un volcan en activité. Au nord, s'étend la vallée pittoresque de Me.xico, d'où se détachent la superbe capitale et le lac féerique qui l'entoure, et aussi le volcan d'Iztaccihuatel, que les habitants du pays appellent aussi la Hembra, la femme du Popocatepell, de même que dans la langue du peuple, ce dernier, est surnommé e/ Macho, le niàle.
On a souvent agité la question de savoir si, a|très la prise de Mexico, Fernand Cortez, pour fabriquer la poudre qui lui manquait, retira le soufre du cratère même du Popocatepell, ou s'il le prit de quelque crevasse lali^rale. Quoiqu'il en soit de cette question, qui ne manque point d'iiiléièt, il est certain, d"après le témoignage de M.M. Truqui et Craveri, que de nos jours on retire le minéral de la bouche même du volcan. Les ouvriers se cramponnent à un gros câble solidement attaché autour de quelque rocher au bord du gouffre, et descendent d'abord, en se retenant tant bien que mal, jusqu'à une profondeur de 80 mètres seulement. Ensuite, il s'attachent une corde solidement autour du corps. Une manivelle, que tournent lentement quelques autres ouvriers, les soulève, les tient suspendus dans l'abime et les descend au fond du gouffre, où ils recueillent les stalactites de soufre. Puis l'engin les saisit de nouveau, les eidève et les ramène au bord du cratère.
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