FORMATION DES VOLCANS
gues de l'Océan, après avoir rongé la paroi durant dos siècles, ont liiii par l'onncr une large ouverture.
On a voulu étayer la théorie des cratères de soulèvement sur des témoignages dont l'insuffisance a été démontrée par dos recherches récentes.
M. Élie de Beaumont avait soutenu qu'un courant de laves ne pouvait, on aucun cas, tbruu'v une couche sur luio ponte de plus do six degrés. Quand la lave coule sur une pente plus rapide, elle ne laisserait sur son chemin que quelques scories boursouflées, écumeuses.
Ce ne serait que sur une inclinaison de trois degrés que la lave en restant stationnaire se coagulerait et formerait des couches ; or, le versant de la plupart des cônes volcaniques ayant une pente de vingt à (juarante degrés, les masses de lave qui s'y trouvent ne peuvent, d'après l'illustre géologue, avoir été déposées en couches que par suite diui nouveau soulèvement qui aurait eu lieu après l'écoulement de la lave.
On n'a pas songé que le refroidissement des laves et leur rapport à l'escarpement du cùue dépend de leur nature. La lave, nous l'avons déjà dit, est tantôt visqueuse ei pâteuse, tantôt aussi très-fluide et poreuse; dans ce dernier cas, il est probable qu'elle se conformera à la théorie de M. de BeaunuMit. Mais il iren sera pas de même si la lave est peu fluide. Alors le courant, qui ne progresse qu'avec une extrême lenteur, sera atteint et recouvert par des coulées nouvelles ; elle se coagulera promptement et formera des couches épaisses sur la pente inclinée.
C'est ainsi que, dans l'Ile deStromboli, des courants se sont
r.SO Ll'S VOLCANS.
arrêtés sur une inclinaison de quinze degrés; selon M. II;\ilung, des coulées de lave ont formé couche sur une pente de seize degrés à Santa Maria, près Villa do Porto; et en iel;ilaiil r(''ru|)lion (le IT.jt) à 17">r», (lu volcan de Lanzerole, ce niènu' observateur parle d'un courant de laves basaltiques coulant de la montagne de la Corona, et s'arrètant sur une lienle de trente degrés, avec une épaisseur de deux à quatre pieds. Plus récemment encore, c'était en 1855, la lave du Maunaloa s'est coagulée si |)r<'ci|iilaiinnent (|n'elle s'arrêta et forma des couches énornu's sur une pente de vingt-cinq degrés.
Toujoursdans le but iTiMaycr la théorie qui menace ruine, M. Élie de Ijeauniont a compaK' les barrancas aux tissures étoilées que produit un choc sur la glace ou le verre, et qui sont d'autant plus accentuées et plus serrées qu'elles se ra|ipi'oeiient de l'endroit où le coup a été porté. Or, (piiconque a observé les barrancas des îles Canaries elles ravins des volcans de l'Amérique centrale, reconnaîtra que ce sont là des cai'actères oposés à ceux que présentent les barrancas, puisque celles-ci sont phis larges à la base qu"à la cimedii c(Hie.
Telle est, avec ses lacunes et ses avantages, la thédrie des cratères de soulèvement, théorie ingénieuse sans doute, mais qui, je crois, ne tient pas compte des phénomènes que les volcans actifs offrent sans cesse à nos regards, i'our cette raison seule on devrait s'en séparer r(''snlûment, ahus mèiiie qu'elle serait plus simple et plus lucide. Au surplus, sur
i( uni AT ION m; s vim.c.vns. 5ï<i
(|ii('l l'iiil Imcii ((inst;!!!' rciidsc-l-t'llc' N'i'sl-i| |i;is rlrMiiuc tiiiil diilKinl (|iie ces cratères de soulèvement ne se tcoiivcnl imi- (|iu'iiioiil (jiK' (hiiis les icriiiiiis où il y ;i eu iiicoiilcstalilcmi'iil des t''i'ii|ilioiis voleaiiiiiiies'.' Kl ensuite, les géologues (|iii ont |);dninii(' cetle théorie oul-ils jamais vu se l'ormer sous leurs yeux >ui volcan de la manière qu'exige la théorie? Humboldl lui-même, qui eu! le rare bonheur de couteuqjler la terre sous toutes les latitudes, a-t-il jamais vu une seule montagne sortir eu l'oi'Uie de vessie ou de eloehe du sein de eette |ilaiiète, dont il savait si bien épier les moindres manifestations? A toutes ces questions nul ne voinliail répoudre aiïirmativemeut : aussi, les poser, c'est présenter des objections d"aulaut plus décisives contre la théorie de soulèvement, cpie la lliéorie opposée, celle que nous croyons la vraie, repose sur des laits que tout nalnialisle, (pie tout homme doiu' d'esprit d'observation, peut vérifier. Eu effet, ou peut descendre dans le cceur des volcans et compter, poni' ainsi dire, les couches de laves qui ont fornu' telle montagne enune série de jours, telleaulre en une série de siècles. Ailleurs, nos pères, et même nos contemporains, ont vu la terre s'ouvrir; ils ont vu des matières ignées jaillir de la crevasse, s'amonceler autour de l'orilice et former peu à peu de hautes montagnes.
Un'observe le voyageur (jui pénètre dans le Val de! Itove, l'immense précipice dont nous avons parlé et qui déchire le liane (lu mont f>tna? Pour peu qu'il y examine avec soin la stiuctnre de la montagne, il voit qu'elle se comj)ose entièrement de couches de lave rocheuse, alternant avec des couches
de scories, de lapilli et de cendres, substances d'une identité complète avec les couches de laves qui se forment à notre époque, sous nos yeux, pendant les crises du volcan. Dès lors, au lieu de dire que le mont Etna a été soulevé et est sorti d'un seul COU]) et d'une seule pièce du sein de la terre, n'est-il pas pins rationnel, plus logique, plus scientifique, d'admettre qne la montagne a été édiliée pendant le cours des âges par des éruptions? N'est-il pas évident que des éruptions répétées pendant des siècles, pendant des milliers et des milliers d'années, doivent charger la surface de la terre autour de la bouche endammée, et y former des élévations énormes, d'une grandeur proportionnée à la fréquence et à la quantité des matières rejetées? On ne saurait en douter.
He même (}Me dans le Val del Hove, dont les parois s'élèvent p('r|>('iidiculairement à r),OUU pieds de lianteui', la structure (le l'Ktna se découvre au.v yeux de l'observateur, de même aussi les profondes crevasses (jui sillonnent un grand nombre d'autres volcans pei'mettent d'étudier ailleurs la formatidu (le ces colosses : pailout on voit que ces montagnes se composent de couches inclinées de tuf, de scories et de laves, traversées par des niasses verticales, ])ar des dykes. On peut (loue admettre, i)ar analogie, que non-seulement ces volcans, mais encore ceux ([ui n'ont pu être examinés aussi miiiulieusement, ont été formés de la même manière.
Mais pour comprendre comment grandissent les volcans, point n'est besoin de pénétrer dans ces précipices: il suffit d'observer avec .soin comment les produits qu'ils rejettent se disposent autour de la bouche.
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L'éruption drlmlc p;ir dos jets de cendres et de scories, à liavers une ouverture que se frayent les puissances élastiques souterraines : gaz ou vapeurs dilatés par la chaleur. Ces sables et ces cendres, lancés à une hauteur plus ou moins considérable, retombent et s'amoncellent autour du cratère, et forment ainsi un petit cône de cendres et de scories au centre duquel se trouve un canal indiquant le lieu d'où ils sont sortis. Tels sont les cratères les plus simples, mais aussi les moins élevés.
Ordinairement les cendres et les scories sont suivies d'iui courant de laves qui, après avoir atteint le sommet du cratère, coulesur les versantsavec d'autant plus de rapidité que la masse est plus fusible et contribue ainsi à l'accroissement de la montagne. Lue autre ('■lupt ion peut avoir lieu, ou même les courants de laves peuvent alteiner avec les scories et les cendres, de manière à former des couches d'une extrême régularité.
L'ouverture du raual s'élargit graduellement, car ses dimensions sont en général proportionnées à la violence et à la durée des éruptions, ainsi que nous le démontre le Vésuve, où se forma, en IS^'i, une cavité de plus de 1,000 pieds d'épaisseur, après une série d'explosions qui durèrent vingt jours.
Lorsque l'ouverlun' du cratère a acquis un certain diamè- Ire, une partie des nialicrcs (pi'il rejette retombe à l'intérieur et s'y accunuiie eu suivant une disposition opposée à celle du versant. On voit déjà comment la montagne volcanique peut s'élever conslamuieul à la suite d'éruptions iréquentes, et acquérir un volume considérable.
:„S'( Li:S VOLCANS.
l ne Iniilc (r(''ni[)tioiis sonl précédées de violeiilL's secousses (|ui (léteruiiiient de vastes lissurcs [uiiiaiit dn c;iiial iiilV"lieur dans toiiles les directions. Ces crevasses sont bientôt comblées par les couraiils de laves qui Ibrnient ainsi les filons ouïes dykesque l'on remarque au travers des couches.
Ces cônes volcaniques n'atteignent le plus souvent leur développement complet qu'après de nombreuses éruptions séparées les unes des autres par un laps de temps considéral)le, nuiisils peuvent également se l'ormer par les substances vomies dui'ant une éruption nniipic et violente.
Sur les versants et au ])ie(l dn mont Etna, lions Favons dil plus d'une t'ois, on compte au moins (luatre-viugts petits volcans ; eli bien, qnelques-nns de ces cônes ont été l'orinés dans le cours de quelques jours, par une seule éruption et mesurent plus de 'iO mètres de hauteur. En 1660, par exemple, les tlancs de TElna s'ouvrirent; les laves jaillirent de la crevasse; puis, des matières pulvérulentes en sortirent pendant quinze jours, couvrirent un espace de ti'ois kilomètres et formèrent les deux petites montagnes appelées iMonti-Rossi. Le même phénomène s'observe dans le voisinage de la plupart des gramis volcans, et il ne se passe guère de siècle sans que ces géants enfantent d'autres petits volcans, lesquels naissent et s'accroissent de la même manière. C'est ainsi qu'en 1760 on vit s'ouviir, sur les lianes déchirés dn mont Vésuve, (piinze volcans, dont huit Inreiil ensevelis bientôt après sous les Ilots de lave vomis par l'on d'eux. Ees sept autres ne cessèrent de lancer des substances enllanimées qui, retombant à plomb autour de
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leurs cratères, roriuèroul dniis l'espace de dix jniirs scjil collines. Les dcliuKilidiis de ces petits volcans étaient loiinidables; des pierres énormes étaient projetées à cent jiieds di' lianli'ur. Au milieu de ce fracas, toute la terre ciivirounaute treuiMail . Lorsque r(''ruplion cul cessé, les uiouticules s'étant refroidis, ou put les observer de ])rès ; les uns avaient à leur sonnnet un vi'ritable cratère, les autres un simple trou plus ou moins profond.
Et puisqu'il eu est ainsi de ces cônes parasites, pourquoi ne pas en conclure, lorsqu'il s'agit de grands volcans, qu'eu.x aussi se sont élevés par l'accu mulation des substances qu'ils ont rejetées dès leur naissance? Le lecteur se souvient coinnient, à la vue du volcan de Maunaloa, M. Wilkes, entraîné par l'évidence du lail, "-'('ciiail que toute la haute montagne était bien certainement le produit des laves rejetées par la bouche embrasée; et llumboldt lui-même, se trouvant en présence des blocs immenses que le Cotopaxi a vomis, ne pouvait s'empêcher d'avouer que la réunion des substances lancées par le géant suffirait pour former une montagne colossale.
Ai-je besoin d'ajouter qu'à l'époque où la théorie de M. de Buch n'avait pas encore soulevé les montagnes, la fonnalion des cônes volcaniques par l'accumulation des matières rejetées semblait nue chose évidente, indiscutable, à tous les naturalistes qui avaient ('tudii' le> volcans? Hamillou, Dolomieu, Spallanzani, Breislak, Saussure, tous partageaient cette opinion. « Dans le principe, dit Spallanzani, il n'y a que l'accumulation des produits d'une première éruption ; il en
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survient une seconde, puis une troisième, et la masse va toujours en augmentant en raison du nombi'e et du volume de cette éruption. Tel on a vu se Ibrnier, s'accroître et s'étendre l'immense colosse de l'Etna; telle a été l'origine du Vésuve, des lies Lipari et d'autres montagnes ignivomes, sans oublier qu'il en existe, comme le Moute-Nuovo et leMonte- Rosso, sur le flanc de l'Etna, qui iurciil Touvrage d'une seule éruption. »
Est-ce la découverte des barrancas et des ravins dans les volcans éteints ou actifs qui rendrait indispensable la théorie de soulèvement? »ui bien serait-ce le cirque volcanique, ce rempart de rochers qui entourent le jdus souvent la cime suprême des volcans? Mais on i)eul s'appuyer sur un grand nombre de laits anciens et récents pour établir, sinon d'une manière absolue, mais au moins d'une manière très-satisfaisante que ces cirques sont les restes, les ruines basales d'anciens cratères. C'est ainsi qu'on a vu dans le cours des siècles le sommet des volcans disparaître à la suile de violentes éruptions, et ensuite un nouveau sommet, muni de son cratère, s'élever, par accumulation, sur des ruines qu'avait semées le volcan en courroux.
Quant aux Itarrancas, il est probable, il est même certain que ce sont là des tissures produites par (pu'hiue cmumolioii du v(»lcan et que les eaux ont ensuite ravinées. Alors même que des observations multiples et nombreuses ne seraient venues confirmer cette vue, on n'aurait pu douler t\w la plupart des ébranlements qui agitent les euvirons d'un volcan, avant et pendant une éruption, ne dussent produire de
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[irol'oiuU's (li''(liiiiiies dans le flanc de la nionlagnc. Ur, il ost d'observalioii (|uc «•'csl là un phcnomèue des plus fré- ([ueiils. Les décliiiuies ainsi occasionnées dans une montagne volcanique sont quelquefois d'une largeur sutTisanle Iiiuir la fendre enlièrenient en deux. C'est ce qui eut lieu en 1046, pendant l'éruption du volcan de Machian, une des îles Moluques. Uuun tel aliime reste pendant une longue série d'années sans être comblé par des flots de laves ou par des [dnies de cendres provenant d'une autre éruption, qu'il donne passage aux eaux pluviales qui, surtout dans les régions tropicales, s'amassent dans le cratère pendant le sommeil du vidcaii, qu'il livre passage aux déluges causés par la fonte suidte des neiges, que cet aldme, dis-je, reste ouvert et il devra nécessairement s'agrandir ])ar l'action prolongée de l'eau. Et peu à peu, par la puissance de cet agent (pii travaille avec moins d'éclat, mais non avec moins de puissance (\uo le feu, on verra se produire des gouffres immenses, des barrancas connue celle des Angustias dans l'ile de Palnia, ou celle du Val del Bove. A l'ouverture de ce précipice qui décbire si profondément le flanc de l'Etna, en face de la mer, d'énormes amas de matière volcanique, entraînés par les eaux de la montagne, ont recouvert la plaine ; le professeur Piazzi Sm\ th a constaté que, dans l'ile de Ténériffe, une des liarrancas du graml cratère, s'ouvrant sur la vallée de Taoro, avait, en IcS'iQ, agrandi jusqu'à trois fois ses dimensions primitives, dans l'espace ele quelques heures, à la suite d'une seule débâcle causée par un violent orage et d'une pluie torienlielle qui tomba sur la montagne.
Ce sont là des pliénoniéiics qui se rapprochent de ceux que nous avons exposés au d(''hut de cet ouvrage, lorsque nous avons contemplé les sillons que les pluies torrentielles ont creusés dans les montagnes brûlantes de Java et de l'Amérique centrale.
En présence de faits aussi patents, est-il nécessaire, pour expliquer la Ibrniation des volcans, de faire sortir de terre en une seule nuit une montagne colossale que la théorie creuse aussitôt delà cime à la base, afin que le sonnnet, s'écroulant dans l'abime insondalde, puisse se transformer en cratère de soulèvement, au fond duquel le volcan avec sa bouche brûlante serait soulevé à son tour? Nous ne le croyons pas.
Toutefois, qu'on nous comprenne bien; en combattant la (héoric des cratères de soulèvement, que nous croyons erronée, nous ne nions pas que la masse d'une montagne volcanique n'ait été itérativement soulevée, dans une certaine mesure, par suite des convulsions et des tremblements de terre qui accompagnent chaque éruption : ce serait nier l'évidence. Mais ces soulèvements ne contribuent que faiblement à l'élévation progressive du volcan.
J'aime à penser que le lecteur qui aura suivi avec quelque attention les faits que je viens d'exposer, n'aura éprouv('' aucune difficulté à bien en saisir l'enchaînement. Il aura compris aussi que je n'entends pas nier le soulèvement du sol sous l'action des forces souterraines. Il est indubitable (jnc la surface du glolie s'élève jiarfois rajiidement, le \)\us souvent lentement, pai>ibb'ment, durant une longue série de siècles, ue même que le sol se soulève ici, ailleurs on a vu des sur-