UL ATRE VOLCANS NOUVEAUX
La formation de nouveaux volcans n'est pas aussi rare (|u"oii le croit généralement. L'histoire nous en fournit de nombreux exemples, et quoique les phénomènes qui accompagnèrent la naissance de ces volcans aient été le plus souvent étudiés d'une manière très-incomplète, ou soient entièrement passés inaperçus, on peut, ainsi que nous le disions dans le chapitre précédent, ou peut s'en rendre compte par les phénomènes qui oui lieu peiulant la formation des cônes volcaniques qui prennent naissance sur les versants des grands cratères.
Le nombre des volcans, dont l'oriaine remonterait aux temps historiques, serait beaucoup plus considérable si les régions les plus riches en phénomènes volcaniques n'étaient pas précisément celles qui sont restées inexplorées jusque dans ces derniers temps. Quelques récits chinois et japonais nous ont seuls conservé le souvenir d'anciennes éruptions. Toute-
fois, Aristote décrit les phases d'une éruption sous-marine, qui eut lien à son époque, et Strabon mentionne la lonnation, dans les temps historiques, d'une montagne qui la unit paraissait en flammes, tandis que la mer bouillonnait dans un éloignenient de cinq stades. Ovide parle également de ce l'ait survenu dans la presqu'île de Méthone. Se laissant aller à cette imagination si féconde et si douce qui créa le livre des Métamorphoses, il d(''ciit en vers harmonieux ce phénomène, et, selon son habitude, il ne niancpie pas d'y iiilroduii'e quel- ({ue surprenante transformation. Cette fois, c'est la plaine qui se change en une gigantesque vessie. Et, le cr(iirail-(in? cette ampoule, sortie du cerveau du poëte, a été iuvoquée plus d'une fois comme un fait à l'apiiui de la tiii''oi'ie de soulèvement.
S'il fallait en croire les traditions japonaises, la plus liaule montagne de l'île de Niplioii, le Fousi, se serait fornu'c dans le courant de Tannée 285 avant ,Iés\is-(dirisl. En même temps, dans la province d'Oomi, le sol s'affaissa sur une longueur de huit lieues et une largeui' de deux milles, et ce gouffre devint plus lard le lacMitsummi.
Mais la plupart des faits mentionnés par Aristote, Pline et Strabon ont trait à des éru|iti()iis sous-marines , pluMiduiènes dont nous ne tarderous pas à eulreleuir le lecteur; et quaut aux phénomènes lelatés par les auteurs japonais et chinois, ou ne possède aucune (djservation qui permette de juger de la valeur des traditions (pie rap|iorleut ces auteurs.
Il en est autrement des faits relatifs à l'origine des quatre volcans ddut nous racontons l'histoire.
0 V A THE VOL C A N S N (i [VF. A l" X . 09"
Li: MONTE NUOVO
Entro le lac Avcnie, le Monte Darliaro, le Gaurus des anciens, et la Solfatare de l'onzzoles, il se produisit, dans le cdiuMut (lu seizième siècle, un iilii^noniène volcanique (ruiie majesté incompar;iiili'.
Après deux annuf'-es de trenilileinents de ti'rre qui r;ivai;èii'iii iiiute la contrée, le '28 septembre 1558, dans l'aprèsmidi, la mer se letira tout à coup de la côte de Pouzzoles, sur une étendue trenvii'on l.Unil mètres. L(> lendemain, à Iniil heures du matin, la terre s'affaissa à l'endroit occupé depuis par le cratère, et il en sortit un petit fleuve d'une eau d'abord fmide, puis tiède et exhalant une forte odeur de soufre. Vers midi, le sol qui s'était abaissé de 4 mètres depuis le uialiu, s'éleva de nouveau, dit-on, en même temps ipu', près du lac Averne, un formidable cratère s'ouvrait et vomissait, avec une violence extrême, de la luinée, des flammes, des pierres, des cendres et de la vase ; leforinidai)le craquement, pareil au bruil du loiiiiei-re, ([ui accdinjiaL^iiail celte éruption, se fit entendre jusqu'à Naples. La fumée élail tantôt sombre, tantôt blanche, et tandis que la première couvrait de ténèbres la contrée, l'antre avait la blauclieui- el l'éclat ilii ciiloii.
D'après Marc-Ântoine Falcoiii, t('m()iii occiilairc, les pierres et les cendres étaient expulsées avec un bruit semblable à des décharges de grosse artillerie, et en quantités qui semblaient devoir couvrir tout le globe terrestre. En quatre jours, leur chute avait formé dans la vallée, entre leMonte- Barbaro et le lac Âverne, une montagne d'au moins trois milles de circonférence, et presque aussi élevée que le Barbare luimême. Le narrateur, comme s'il avait prévu les dénégations de la doctrine moderne de soulèvement, a soin d'ajoiiterquela formation d'une montagne par ces substances, dans un temps aussi court, paraîtra une chose incroyable à ceux qui n'auraient pas été les témoins du phénomène.
Jacobeo de Tolède, qui avait également vu la montagne se lormer, dit que quelques-unes des pierres rejetées par le volcan étaient plus grosses qu'un bœuf; les plus grosses furent lancées en l'air à une portée d'arquebuse au-dessus de l'ouverture, puis retombèrent les unes sur les bords, les autres dans l'intérieur du cratère. « La boue rejetée, dil Jacobeo, formée de cendres mêlées d'eau, était d'abord fort liquide, puis moins, et si abondante, qu'avec les pierres précédemment mentionnées, une montagne de 1,000 pieds fui élevée le troisième jour. Je montai au sommet et regardai au fond, dans lequel les pierres, qui y étaient tombées, devenaient liquides et bouillaient comme de l'eau qui liout dans un grand chaudron. »
Une odeur insuppoilable de soufre se répandit dans les envii'ons, mais le ciel ne cessa pas lui instant d"èlre clair et seicin.
QUATRE VOLCANS NOLVEAUX. 595
Les effets causés par les cendres furent encore plus remarquables ; par suito (lu refroidissement et de la condensation des vai)eurs, elles retombaient sous forme de boue d'abord liquide. Laquantité (Ml fut si grande, qu'en moins de douze heures elles formèrent une montagne de plus d'un niilb^ de hauteur. Non-seulement cette pluie de boue couvrit la ville de Pouzzolcs et les environs, mais encore elle se fit sentir à Naples, à Eboli et jusqu'en Calabre, sur une étendue de plus (le 70 milles, ravageant les prairies, les vignes et les arbres. Le règne animal paya également son tribut à cette œuvre de destruction; un grand nombre d'oiseaux et de petits animaux périrent étouffés ou ensevelis sous les cendres.
L'éruption dura , avec intensité, pendant quarante-huit heures, accompagnée de détonations comparables à celle de l'artillerie de deux armées en campagne. Enfin, elle cessa peu à peu, et, le 5 octobre, on put gravir la montagne nouvellement formée ; on découvrit au sommet une excavation mesurant environ un quart de mille de largeur. Toutefois, le 6 octobre, le cratère n'était pas complètement éteint, et un grand nombre de personnes qui s'étaient trop avancées vers ses bords payèrent de leur vie leur imprudence.
Le Monte Nuovo ou Monte di Cenere ne conserva pas longtemps sa forme primitive; en 1770, Hamilton ne trouva plus au sommet qu'une petite ouv(M'ture, d'où s'échappait un jet de vapeur.
Si l'on en croit une lettre de Francesco del Nero, les tremblements de terre qui ont précédé la formation de la Montagna Nuova ont du être terribles, principalement à Pouzzoles.
Pendant phisienrs jours, les habitants eurent à supporter jusqu'à dix secousses par heure, et la ville fut presque en tièrement détruite.
Naples se trouvait dans le plus grand danger, et le viceroi ordonna des processions pour détourner le fléau ; il lit creuser de plus un grand nombre de puits entre ^aples et Pouzzoles, afin «do livrer passage au feu. »
Après la formation du volcan, on ne ressentit plus aucune secousse dans la contrée.
Le volume du Monte-Nuovo n'est pas tellement considérable qu"il no puisse être le produit d'une éruption unique. Eneffet, M. Philippi estime à 58 millions de pieds cubes de lapilli et de 4 à 5 millions de pieds cubes de sable la masse de produits volcaniques rejetés par le Vésuve on 1S59, c'est-à-dire lors (funo éruption tout à fait ordinaire.
Il faut donc se rendre à l'évidence, et reconnaître avec Simon l'ozzia et avec ceux de ses contemporains qui furent, comme lui, des témoins occulaires, que le Monte-Nuovo s'est formé en quelques jours par l'accumulation des cendres et des pierres, et qu'il n'a pas été soulevé, comme l'ont aftirmé M. Klio de Beaumont, le grand et savant géologue, et M. Diifr'énoy, son ami et son émule.
Au reste, un fait irrécusable et (|ui a si fort embarrassé M. Ihifrénoy, prouve encore qu'il no p(Mit y avoir eu aucun soulèvement du sol. Vu piod mémo du Monte-Nuovo, siir les bords du lac Averne, s'élèvent onoore plusieurs liantes colonnes, restes d'un temple d'Apollon. Il est clair que ces
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colonnes n'auraieul pu conserver leur position vcriiiiilc. si \c Muiiic-Nuovo ci'il l'ti'' soulevé.
Après avdir monlré que ce volcan s'est Ibrnié par les substances quil a vomies, il eoiiviciil dailmettre aussi i|ii"iiiie légère élévation ilu niveau général de la baie de Pouzzoles peut avoir accompagné la lorniatidii du cratère; il est même probable qu'après cet événement, le rivage s'est tour à tour abaissé et relevé, à en juger du moins par un curieux pliéudiuruc (|ue présentent les colonnes du temple de Sérapis, phénomène que j"aur;ii roccasidii île mentioinicr l(irs(|ue je j)arlerai des Ireniblenients de terre. Mais il est à remarquer que de semblables mouvements des côtes sont assez fréquents, et qu'il n'y a guère de rapport entre cesoscill.itidiis et le soulèvement subit d'une haute montagne terminée par un cratère central.
LE JORUIJJ)
Un des plus grands événements ([ue pui--e (iHiii l'hi-toire de notre planète s'était accompli en plein dix-huitième siècle, sans que le nmnde scientilique. (pi'illustraient abirs de si beaux et de si nombreux génies, en eût connaissance, il est vrai que l'événement avait lien dans la Nouvelle-Espagne, au centre de la vice-royauté; or, à cette époque, tout Ttait mys-
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tère dans ces parages, et là, conimc dans tous les immenses ddriKuiit's sdiimis au sceptre du roi des Espagnes, le gouvernemcHl veillait à ce qiron ignorât au dehors ce qui se faisait au sein de ces régions inconnues.
Il était réservé à Humboldt de révéler l'existence du volcan de Jorullo, et d'ajouter ainsi une merveille de plus à tant d'autres choses étonnantes qu'il avait découvertes.
C'est dans la nuit du 29 septembre 1759, que la terre s'est ouverte à l'endroit qu'occupe aujourd'hui la montagne de Jorullo. .\le\andre de Humboldt a raison de dire ([ue ci'tte grande catastrophe, dans laquelle un terrain d'une étendue considérable a totalement changé de face, est une des révolutions physiques les plus extraordinaires que nous présentent les annales de Thistoire de noire planète. En effet, c'est le seul e.\emplc où, dans l'intérieur d'un continent, à près de trente lieues des côtes et à plus de quarante lieues de tout autre volcan adil', il se soit formé, au centre d'un millier de pelits cônes cnflanimés, nue montagne de scories et de cendres , haute de oOO mètres, en ne la comparant qu'au niveau ancien des plaines voisines. Mais, je crois que le célèbre naturaliste est dans l'erreur qu;ind il dil (pu' celte montagne est sortie de terre soudainement el toute formée. Mais avant d'opposer les témoignages d'autres observateurs à son opinion qui, au premier abord, semblerait décisive, je dirai, d'après sa prt)pre narraticui, comment se produisit le grand el terrii)le phénomène.
Auloui' d'une vaste plaine appelée las Playas de Jorullo, jadis célèbre par ses belles cultures, s'élèvent les collines
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d'Aguasarco, ihuil les cimos sont couronnées de |i,iliiiici's e( (le rlièiies loiijonrs verls. dette lielle végétation contracte siiigulièrenieiit avec laridité de la plaine, qui a été d(''vastée |iar TetTct du l'tMi volcanique.
.Ins(|u";ui milieu du di\-liuitiènH' siècle, des eliainps cnllivés eu caiiue à sucre el en indigo s'étendaient entre deux ruisseaux appelés Cuitiuiba et Sau-l'edro. Ils étaient hordes par des montagnes basaltiques, dont la slrnelure send)le indiquer (|ue tout ce pays, à uneé|ioque très-reculée, avait déjà été bouleversé plusieurs l'ois [)ar des volcans. Ces champs, arrosés avec art, appartenaient à l'habitation, à l'hacienda de San Pedro de Jorullo, une des plus grandes et des i»lus riches du pays. Au mois de juin de l'année 1759, un bruit souterrain s'y ht entendre ; des mugissements épouvantables lurent accompagnés de fréquents tremblements de terre. Ils se succédèrent pendant cinquante jours et plongèrent les habitants de l'hacienda dans la plus grande consternation. Depuis le commencement du mois de septembre, tout semblait annoncer une tranquillité parfaite, lorsque, dans la nuit du "28 au '29, un liorrible fracas souterrain se manifesta de nouveau. Les Indiens épouvantés se sauvèrent sur les montagnes d'Aguasarco. Ceux qui, de ces hauteurs, ont été témoins de cette catastrophe, assurent que l'on vit sortir des flammes sur une étendue de plus d'une demi-liene carrée, et que des l'ragnuMits de rochers incandescents l'nrenl lancés à des hauteurs prodigieuses. Les rivières deCuilimba et de San Pedro se jnrcipitèrent dans les crevasses eidlanuuées, el alors, la décomposition de l'eau contrilniait à ranimer les llannnes. Un les
dislingua de la ville de Pascuaro, qiiuique située sui un plateau très-large et élevé de 1,400 mètres au-dessus de la Plaine de Jorullo.
Des milliers de petits cônes, qui n'ont que deux à trois mètres de hauteur et que les indigènes appellent des « hornitos, » des fours, entourent le cône principal. Quoique d'après le témoignage des indigènes, la chaleur de ces foyers volcaniques eût beaucoup diminué, Humboldt y a encore vu le thermomètre monter à 95 degrés en le plongeant dans des crevasses qui exhalaient une vapeur aqueuse. De chaque petit cône s'élevait une fumée épaisse, à l'époque où le naturaliste allemand faisait ces curieuses observations. Dans plusieurs, on entend encore de nos jours, comme à l'époque du voyage d'Alexandre de Humboldt, un bruit souterrain, qui semble annoncer la pro\iinit(' d'un tleuve en i'']iulliti(Ui.
Au milieu de ces hoviiitos s'élèvent six eùncs énormes, dont le plus considérable est le grand volcan de Jorullo, qui a vomi iiiie immense (|ii;iiititr' de laves scoritiées etbasaltiques.
Les Indiens, épouvantés du fracas lidirihle causé pai- le nouveau vdlcan. avaient d'abord abandonné les villages situés à se|il eu liuil lieuesde dislance. Ils s'accoutumèrent néanmoins à ce spectacle effrayant. Retournés dans leurs chaumières, ils descendirent vers les luontagnes d'Aguasarco pour admirer les gerbes de feu lancées par une iulînité de grandes et de petites bouches v(d(aiiiques. Les cendres alors couvraient les toits des maisons de la ville deQueretaro, à plus de quarante-huit lieues de distance en ligne droite du lieu de l'explosion.
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','iiui([uc le iï'U soulcii-Jiiii IVil déjà peu :ictir;iu (•imiiiiii'iil'Ciiienl de ce siècle, eUjue le grand volcan comnu'iu-àt nicnic à se couvrir de vcgélau.x, liuiulioldt o( son ami lionidaud lioiivèrent |iourlaiil l'aii- aniliianl Icllcnient échauffé par Taclion des hoiuilos, (|uç, Ircs-éloigué du sol,ct à ronilnc, le llicimomètre uimila à iô degrés. Ce fail donne quelque consistance au témoignage de quelquesvicnx Indiensqui assurèrent aux deux amis, que plusieurs années après la première éruption, même à de grandes dislances de la catastrophe, les plaines de Jorullo étaient inhabitables à cause de l'excessive chaleur qui y régnait.
On voit encore aujourd'hui, à une grande distance du volcan, deux cours d"eau (pii seraient le Cuitiniba et le San l'edro, dont les eaux linq^ides arrosaient jadis les cannes à sucre de riiabitation de don André Pimentel. Ces sources se sont perdues dans la nuit du 29septcnilire 17511 ; mais jdus à l'ouest, à une distance d'une demi-lieue, dans la plaine couverte de laves qu'on appelle el Malpays, on voit aujourd'hui deux rivières qui brisent la voûte des hornitos et se présentent comme des eaux thermales dans lesquelles le thermomètre monte à h'I degrés. Les Indiens leur ont conservé les noms de San Pedro et de Cuitiniba parce (pic, dans plusieurs endroits dans la plaine du Malpays, on entend couler de grandes masses d'eau.
Selon l'opinion de> iiiiligène>, ees niasses de scories, cet incendie volcanique et toute la grande convulsion qu(> nous venons de décrire sont l'ouvrage des moines. Ce serait, comme l'observait Humboldt, le plus grand, sans doute, qu'ils aient
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produit dans les deux hémisphères. Aux Phiyas de .lorullo, dans h\ chaumière que ce naturaliste habitait avec Bonplaiid, leur hôte indien leur raconta qu'en 1759 des capucins en mission prêchèrent à l'habitation deSan Pedro, mais que n'ayant pas trouvé l'accueil qu'ils désiraient, ils chargèrent cette plaine, alors si belle et si fertile, des imprécations les plus horribles et les plus compliquées; ils | rophétisèrentque d'abord l'habitation serait engloutie par des flammes qui sortitiraient de terre, etqueplus tard l'air ambiant se refroidirait à tel point que les montagnes voisines resteraient éternellement couvertes de neiges et de glaces. « La première de ces malédictions ayant eu des suites si funestes, dit Humboldt, le bas peuple indien voit déjà dans le refroidissement progressif du volcan le présage sinistre d'un hiver perpétuel. »
Nous disions dans une des pages précédentes que l'argument principal, et sans cesse invoqué par la théorie de soulèvement, c'était l'apparition subite de la montagne volcanique de JoruUo, laquelle, selon le témoignage de Humboldt, se serait élevée sous forme de cloche, en une seule nuit, avec ses grands cratères et ses milliersde cônes fumants !
En effet, dans le récit qu'il a donné de cette violente commotion, le grand naturaliste dit expressément « (|u'uu terrain (le trois à quatre milles carrés, que l'on désigne sous le nom de Malpays, se souleva en forme de vessie; » et plus loin il ajoute que le volcan se forma « soudaineiiieut. » Si, pour trancher la question eu litige, il suffisait de la parole du maître, moi qui le vénère, qui l'admire et qui ai pieusement recueilli son enseignement, je devrais m'incliner. Nier
OUATliE VOLCANS NOUVEAUX. 403
un liiil (luc lliuiibohU aflinnerail avoir vu, ce S(M'ait de ma jiart un sacrilôgo. Mais, je le Jeuiaude, lluuiboldl lïil-il le témoiu oculaire de ce soulèvement? le phénomène qu'il relate et (jui a dnuni' lieu à une si grande méprise, lui a-t-il même été affirmé par des témoins oculaires habitués à observer les choses de la nature? Non, et toujours non ! De qui Icnail-il donc ce lait unique dans l'iiistoire du globe? De quelques anciens habitants qui viient de fort loin la série des phénomènes ; et encore lui relatent-ils ce fait vaguement, pittoresqucnuMil, et comme |iar métaphores; si bien que le naturaliste, qiuiiiiue tout disposé à accueilli!' un témoignage qui eût étayé la théorie ([u'il avait peut-être entrevue dès cette époipu', ne dit pas que ces Indiens rirent le terrain se soulever, mais qu'ils crurent voir ce soulèvement. 11 raconte simplement que ces Indiens, qui, d'une distance considérable, c'est-à-dire, de la cime d'Aguasarco, contemplèrent le volcan, assurent « qu'à travers une nuée épaisse de cendres, éclairée parle feu volcanique, semblable à la mer agitée, un crut voir se gonller la croûte ramollie de la terre '. »
On sent, on voit la nuance : le naturaliste croit fermement que le volcan ne peut avoir pris naissance que par un soulèvement ; et cependant il ne peut étayer cette opinion quepar un vague témoignage. Le seul fait qu'il puisse citoj' à l'appui, est douteux, c'est à peine une tradition : il se voit donc forcé. pour le relater, d'employer des termes indécis. En effet, que penser de la réalité d'une chose que des hommes, frappés
' Ai. de lliimbolilt, Essai po inique sur la Souvelle-Espayne.
404 LES VOLCÂiNS.
de terreur, « croicul voir ù Iraveis une nuée épaisse semblable à la mer agitée?»
Et cependant c'est sur un tel lémuignage qu'on s'est appuyé pour nier les laits nombreux et patents qui montrent que les volcans s'accroissent par leur propre activité.
M. de Saussure et M. Schleiden ont visité ces parages après Humboldt ; ils ont examiné avec le plus grand soin et la plaine et le volcan et les matières rejetées ; mais ils n'y ont reconnu aucune trace de ce soulèvement que, dans leur terreur, les Indiens du dix-buitième siècle croyaient avoir aperçu. M. Scbleiden, qui examina la contrée il y a une vingtaine d'années, reconnut que le Malpays avait été Ibrmé parla première coulée de laves de l'éruption de 1759, coulée qui fut suivie de jets de cendres el de sables ; il constata aussi que trois autres éruptions de laves eurent lieu et ([ue les coucbes épaisses de ces coulées ont acbevé d'exbausser le volcan. M. de Saussure, en exposant les résultats de son voyage, s'exprime en ces termes : « Le volcan de Jorullo n'a certainement pas été formé par soulèvement, et ses jibénomènes, loin de plaider en faveur d'une action expansive par la force volcanique, démontrent au contraire que les plus formidables explosions peuvent se manifester sans occasionner la moindre perturbation dans les couches superficielles. »
Plus j'étudie la question et moins je comprends comment le grand naturaliste allemand ait pu considérer comme un fait authentique le bruscjuc soulèvement de la plaine; il raconte lui-même que sur ce terrain existent encore des vieilles fermes et des troncs de goyaviers et de cactus ; il ajoiilf même que
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ces témoins de la grande catastrophe n'ont i)itint éprouvé de |i(n'l\irbations, cmoiqu'ils fussent placés au sein du Malpays, au pied même du .l(U iilhi. Or, n"est-il jias évident que si le terrain s'était soulevé eu lonuc de vessie, fermes, cactus et Ijoyaviers eussent été fortement endommagés, sinon anéantis? M:iis la préservation des jirlires et des maisons, qui serait un ])hénomène miraculeux si la plaine s'était vraiment soulevée en ampoule, s'explitpu^ facilement : cet endroit préservé était une petite émiuence que le déluge de laves entoura sans la recouvrir.
L"IS\LCO
Le volcan d'Isalco, dans la république de San Salvador, est un des rares volcans qui se trouvent depuis plus d'un siècle dans une activité continue, incessante; et, de plus, il offre celte particularité intéressante d'être une montagne brûlante que nos pères ont vue naitre, dont quelques-uns de nos contemporains ont connu Fenfancc. En effet, les hommes les plus âgés de la génération actuelle l'ont vue lorsqn'clh^ n'était encore qu'une petite colline; ils l'ont vue grandir en énergie et en hauteur.
Souvent les hommes du siècle dernier ont raconté à leurs enfants et à leurs petits-enfants les merveilleux incidents
'lOr, LES VOLCANS.
qui accompagnèrent la naissance de cette montagne de feu ; souvent, ils leur ont fait le récit de l'inexprimable terreur qu'ils éprouvèrent lorsqu'un jour le sol s'ouvrit sous leurs pieds et que du sein d'un plateau que recouvraient une vaste forêt et de vertes prairies, jaillirent tout à coup, avec un bruit formidable, des torrents de feu qui dévastèrent la contrée et des nuages de cendres qui la couvrirent de ténèbres.
L'Isalco est un des plus remarquables volcans qu'il y ait sur iKitre globe. Son origine ne remonte pas à plus de quatrevingt-dix ans. M. Squier dit que cette montagne couvre l'emplacement qu'occupait jadis une l)elle liacienda. Vers la lin de l'année 1769, les habitants de cette propriété furent alarmés p;ii- (les biiiits souterrains et par des secousses du sol qui persistèrent avecunc intensité croissante, jusqu'au 25 février de rann(''e suivante. Ce même jour, la terre s'ouvrit à nue distance il"iiii demi-uiille des habitations, et rejeta delà lave, du [vu cl (le la fumée. Les haiiilants s'enfuirent ; nuiis les pâtres qui venaient chaque joui' aux champs, rapportèrent que la fuiMi'c et la tlauune augmentaient constamment, que les éruptions de lave étaient parfois interrompues, et qu'il soiUiil iihirs des entrailles de la terre de grandes quaiilil(''s(le cendres et de pierres qui formaient autour de rouveiliiic nu cùne croissant continuellement. Cela dura ainsi pendant longtemps; mais, depuis plusieurs années, le volcan n'a pas rejelé de lave. Il est néanmoins resté constamment en activité. Des explosions semblables à des décharges d'artillerie se font entendre à peu près tontes les seize minutes; il s'élève un épais nuage de fumée; puis une pluie de cendres et de pierres vient