UN VOLCAN SANS NOM
Ues trois volcans dont on vient de raconter l'Iiisloire, le premier, le Monte-Xuovo, send)le avoir épuisé dans une éruiition unique toute son énergie; le deuxième, le .lorullo, se repose depuis un demi-siècle; l'Isalco seul est eu pleine croissance et en pleine activité. Mais, quoique le plus jeune jiarmi les grands volcans actifs, l'Isalco est déjà centenaire.
Je voudrais maintenant raconter la naissance d'un volcan
encore enlant, et qui compte à i)eiiie une quinzaine d'années. M. Squier, le célèbre voyageur américain, a pu contempler et étudier un des phénomènes les plus curieux qu'offre la nature ; il a pu assister à la naissance d'un nouveau volcan, qui promet de grossir le nombre des pics élevés dont est couverte la grande plaine de Léon dans l'Amérique centrale.
Le 1 1 et le 12 avril 1850, on entendit dans la ville de Léon des bruits sourds, semblables aux grondements du tonnerre, qui semblaient venir du côté des volcans. On pensa qu'ils provenaient du grand volcan de Momotombo, qui souvent rejette de la fumée et donne divers signes d'activité. Cependant, ce volcan ne présentait à ce moment aucun signe extraordinaire. Les bruits devinrent plus fréquents et plus forts dans la nuit du 12, et l'on sentit jusqu'à Léon quelques oscillations du sol ; dans le voisinage des montagnes, il y eut de violentes secousses, qui frappèrent de terreur les habitants. Dans la matinée du 13, il se fit une ouverture près delà base du volcan de Las Pilas, depuis longtemps éteint, éloigné d'une vingtaine de milles de la ville de Léon. Les convulsions terrestres devinrent en même temps très-fortes dans les environs. L'endroit où la terre s'était ouverte se tiouvait, à vrai dire, dans la plaine, mais un peu au-dessus de son niveau, car ce lu ta travers la couche de lave rejetée des siècles auparavant par le volcan de Las Pilas, que se produisit l'éruption. Comme il n'y a d'habitations qu'à plusieurs milles de cet endroit, M. Squier ne put rien savoir de précis au sujet des premiers phénomènes que présenta ce nouveau volcan. Il paraît cependant que l'éruption fut d'abord accompagnée de
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gniiulcsfl.iiiiiiu's iM que (les malièreson l'iisioii riiinit rojelées dans tnulos los diroclioiis. Une excursion ([uc lil M. S(|ni('i' ([uelques jours après montra clairement qu'il avait dû en être ainsi. De gros fragmenis de uialirros analogues à du fer récemnicMil Inndii avaient été lancés à une grande distance. Ce phénomène, cette décharge irrégulière, n'avait duré que quelques heures; un courant de lave lui avait succédé et avait coulé vers l'ouest en formant une masse ]ilus élevée que les arbres ; il avait tout entraîné sur son passage. Cet épanchement dura tout le reste du jour; pendant ce temps, il ne se produisit (pTune légère oscillation du sol, qui ne se fit sentir (|u';i une distance de quelques milles. Mais le 14, la lave cessa de couler, et le mode d'action changea complètement. H se produisit uiieséried'éruiitions, durant chacune environ trois minutes et séparées l'une de l'autre par un intervalle à [leu près égal. Chaque éruption était accompagnée de secousses assez légères pour qu'on ne les sentit pas à Léon, et d'un jet de flamme haut de cent pieds et plus. Une pluie de pierres incandescentes était lancée à la hauteur d'une centaine de mètres ; la plupart de ces pierres retombaient dans le cratère, le reste tombait sur les bords et formait graduellement un cône. Le frottement de ces pierres les unes contre les autres les arrondissait plus ou moins, ce qui explique le caractère particulier que présentent beaucoup de pierres volcaniques. Ces explosions continuèrent sans interruption pendant sept jours ; on les voyait très-bien de la ville de Léon, pendant la nuit.
« Dans la matinée du '23, raconte M. Squier, je partis avec
k' doctciu' Livingstoii, consul des EtaLs-Uiiis, puiir visiter le théâtre de ces phénomènes. Personne ne s'en était encore approché, mais nous décidâmes sans peine quelques pâtres des liaciendas d'Orota à nous servir de g\iides. Nous allâmes l)énihlenient à cheval, à travers des lits de lave, jusqu'à un mille et demi du vulcan. Là, nous mimes pied à terre, et, dans le but de bien voir le nouveau volcan, nous uravinies un monticule de scories qui le dominait. Il ressemblait de là à une immense chaudière renversée, percée dans le fond iluni,' ouverture formant le cratère. Un courant de lave en sortait en bouillonnant et coulait d"nn seul côté. Les éruptions avaient cessé le matin même, mais il s'échappait encore de la fumée qu'un vent impétueux du nord-est chassait dans la plaine.
« Le cône était eà et là taché de jaune par les dépôts de soufre cristallisé qu'avaient laissés sur lespierres les vapeurs brûlantes. Toul autoui', les arbres, dé|iouillés de leurs bi'anches, de leurs feuilles et de leur écorce, ressemblaient à des squelettes gigantesques. Séduits par le calme (lu volcan, et désireux de le voir de plus près, en dépit des avertissements de nos guides, nous descendîmes, et, marchant sons le veut, nous grimpâmes vers le cône, à travers les lits de lave, les cactus et les agaves épineux. De tous côl(''s nous trouvions les fragmeuls de matières fondues qui avaient été rejetés le premier jour de r('ni]tlion et s'étaient moulés sur les objets sur les- (juels ils étaient tombés. Nous alleignimes sans peine la base du cône. 11 avait une hauteur de loO à 200 pieds, et environ "200 mètres d'épaisseur à la base. »
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Criait 1111 cône très-rôgiilii'r. Il se r(iiii|iosail eutièroiiiL'iil de pieiTL's plus ou iiiuins arroiulies cl de toutes les grosseurs ; on n'entendait d'autre bruit (ju'un grondement sourd, accompagné d'un léger tremblement. Curieux d'examiner de plus près le phénomène et de vérifier l'exactitude de la croyance populaire d'après laquelle tout déplacement de quelque importance dans le voisinage des orifices volcaniques provoque infailliblement une éruption, les deux explorateurs se préparèrent à gravir le cône. Craignant que les pierres ne fussent trop chaudes au sommet, M. Sqiiier se munit de deux bâtons pour se soutenir. Le docteur dédaigna de prendre cette précaution. L'ascension fut très-pénible; les pierres roulaient sous les pieds des voyageurs Cependant les deux amis étaient presque arrivés au sommet, lorsque M. Livingston, qui se trouvait un peu en avant, recula tout à coup en poussant un cri de douleur; il venait d'al teindre une couche de pierres tellement chaudes, que ses mains se couvraient d'ampoules au moindre contact.
« Nous fîmes halte, dit M. Squier, je regardais à mes pieds, lorsqu'une exclamation de terreur poussée par mon compagnon me lit tressaillir ; il descendait eu faisant des bonds presque surhumains. Au même instant je fus assourdi par une sorte de rugissement étrange; il y eut comme un tourbillonnement dans l'atmosphère ; la masse sur laquelle je me trouvais parut s'enfoncer. Je jetai au-dessus de moi un regard rapide comme la pensée ; une nuée de pierres obscurcissait le ciel, un millier d'éclairs brillaient dans les ténèbres. Je vis cela en une seconde; au même instant je descendais en faisant des bonds prodigieux
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et j'arrivais au bas avec mon compagnon, assez tôt pour échapper aux pierres qui tombaient avec un fracas épouvantable à l'endroit que nous venions de quitter. Je n'ai point besoin de dire que malgré les épines des cactus et les rugosités des couches de lave, nous eûmes bientôt mis une distance respectable entre nous et le terrible objet de notre curiosité. »
Cette éruption dura près d'une heure; le volcan semblait par intervalle prendre longuement haleine. F^e bruit était tel que l'on eût dit une multitude de hauts fourneaux en pleine activité; l'air était de toutes parts sillonné par des pierres. Puis tout se calma brusquement, et les voyageurs attendirent vainement une autre éruption pendant plusieurs heures. Leurs guides leur assurèrent qu'une seconde tentative de leur part, ou tout dérangement qui se produirait sur les flancs du cône, serait immédiatement suivi d'une autre éruption ; mais ou n'eut garde de tenter l'expérience.
Un mois après l'excursion des deux Américains, le monstre eut une crise violente, au commencement des grandes pluies. A partir de cette époque, jusqu'au départdeM. Squierde l'Amérique centrale, le volcan ne donna point de signes d'activité ; aussi le voyageur américain émet-il l'opinion que les premiers efforts auront sans doute été trop énergiques et l'auront prématurément épuisé. Toutefois on nous a affirmé que le cratère a éclaté plusieurs fois dans ces dernières années, et qu'il forme maintenant une haute colline ou plutôt une montagne.
Quelques jours avant la visite que les deux amis firent au jeune volcan, une députation des pâtres et des habitants du voisinage de Las Pilas s'était rendue à Léon pour prier révoque
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(It'voiiir iKipliserle V(ilc;iii naissant, aliii de lo faire rester dans lesliniiles d'une salntaire modération. « Jeerois.dit M. Squjer, que l'évèque avait consenti, et l'on pailail beaucoup de la ce rémonie prochaine, à laquelle j'aurais été extrèineinent curieux d'assister; mais le prompt rétablissement du calme dissipa les craintes du juniple, et la fête n'eut pas lien, à mon grand désappointement, car j'avais linlcnlion d'èlre le parrain du volcan des Américains du Nord. »
La coutume de bénir les volcans est une pratique tort ancienne. Peu de temps après la conquête, une cérémonie de ce genre avait eu lieu pour tous les volcans du Nicaragua, à l'exception du Moniotombo, qui n'a pas encore reçu la bénédiction. On n'a jamais entendu parler des vieux moines qui étaient })artispour aller planter la croix à son sommet.