‹ Les volcans et les tremblements de terreChapitre 62 sur 98 · VOLCANS S 0 U S - M A R I \ S · texte numérisé non relu

VOLCANS S 0 U S - M A R I \ S

Il faudrait remonter au delà des temps historiques pour trouver l'origine de l'une de ces îles sur laquelle des événements tdut à fait contemporains appellent l'attention publique. Je veux parler de l'ancienne Théra, aujourd'hui Santorin, dont la côte occidentale, affectant la forme d'un croissant, paraît être le bord d'un ancien cratère. Cette île est renommée parle grand nombre d'éruptions sous-marines qui se sont succédé dans son voisinage, et dont chacune a modifié plus ou moins profondément sa configuration.

Les données historiques sur lesquelles nous pouvons nous appuyer avec quelque certitude, nous montrent d'abord la petite ile de Thérasia, et peut-être aussi celle d'Aspronisi, sortant d'une mer de feu, 256 ans avant Jésus-Christ; viennent ensuite Hiéra, la Sacrée, et Thia, la Divine, qui surgissent successivement à plus d'un siècle d'intervalle.

Ces deux derniers îlots se réunissent en 726 par suite d'une éruption nouvelle, et forment une seule île, la grande Kaiméni, que de nouveaux phénomènes volcaniques agrandissent 700 ans après. En 1575, on voit sortir des flots un rocher noirci par l'action du feu, auquel on donne le nom de petite Kaïméni. En 1650, nouvelle éruption qui dure près d'un an, et que le père Richard a minutieusement décrite. Des colonnes de feu s'élèvent de la mer, des nuages de cendres sont pro-

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jetés du sein des eaux et portés par le vent jusqu'à Smyrne et Constantinople.

Thévenot, le célèbre voyageur français, aborda dans l'Ile de Santorin dix-huit ans après cette grande éruption. Il remarque que depuis cet événement la plupaii des insulaires demeuraient dans des grottes qu'ils avaient faites sous la terre; ensuite il raconte que la catastrophe commença par un trèsgrand bruit qui se lit dans le iiort de Santorin et qu'on entendit jusqu'à l'ile de Chio. On crut, dans cette ile, que c'était l'armée vénitienne qui combattait contre celle des Turcs, ce qui fit que, dès le matin, chacun monta aux lieux les plus élevés pour en être spectateur.

« Je me souviens, dit Thévenot, que le révérend Père Bernard, supérieur des capucins de Ciiio, homme vénérable et très-digne de foi, me conta (pi'il y avait été trompé comme les autres, car il crut, aussi bien qu'eux, entendre plusieurs coups de canon ; cependant ils ne virent rien ; et, en effet, ce fut un feu qui se prit dans la terre au fond du port de Santorin, et y fit un tel effet que, depuis le malin jusqu'au soii', il sortit de la mer quantité de pierres de ponce, qui montaient en haut avec tant de roideur et de bruit, qu'on eût dit ([ue ce fussent autant de coups de canon, et cela infecta tellement l'air, que, dans ladite ile de Santorin, il mourut quantité de personnes, et plusieurs de la même ile en perdirent la vue, qu'ils recouvrèrent pourtant quelques jours après. »

Il paraîtrait que cette infection s'étendit aussi loin que le brnitqui l'avait pi'écédée, car, au dire de cet excellent voyageur, à Chio et même à Smyrne, l'argent, « soit qu'il fût

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dans les coffres ou dans les poches, » et tous les calices dans les églises, eu étaient devenus rouges ; mais, an bout de quelques jours, l'infection se dissipa et l'argent reprit son éclat. Les pierres ponces, dontparleThévenot, sortirentensi grande abondance du volcan sous-marin et couvrirent tellement la mer de l'archipel, que, durant quel({Me temps, siutoul (juand il régnait certains vents, il y avait des ports qui en étaient obstrués, de façon qu'il n'en pouvait sortir aucune barque, si petite qu'elle fût. Les marins étaient oldigés de se frayer un passage avec des pieux à travers ces couches de pierres cpii nageaient sur l'eau comme d'immenses îles flottantes.

Le 25 mai 17U7, le volcan sous-marin éclate de nouveau : ou voit flotter à la surface des eaux, à peu de distance de S.iiiluriu. une masse blanche qu'on prend d'abord \)tn\v un navire échoué. C'était un écueil, composé entièrement de pierre ponce rejetée par le même volcan qui allait vomir des cendres et des flammes. L'écueil continua de s'accroître et de s'élever; et vers le milieu du mois de juin, il était haut de sept à huit mètres et mesurait près de huit cents mètres de circonférence; il formait une île de forme à peu près sphérique et recouverte d'une couche épaisse de terre blanche et légère. Jusqu'à ce moment, le développement de l'ile nouvelle n'était accompagné d'aucun autre phénomène extraordinaire ; mais le 15, la mer devint houleuse, une forte odeur sulfureuse et une chaleur insupportable se dégagèrent de l'île; le 10, plusieurs roches noirâtres se montrèrent alentour; les jours suivants, on entendit des grondements souterrains ; l'île fut couverte d'une fumée épaisse, au milieu de laquelle on voyait

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briller des flammes ; des pluies de cendres et de pierres incandescentes jaillirent de ce nouveau cratère et furent lancées à plus de deux lieues.

Le nouveau cratère sous-marin s'était ouvert entre la petite et la grande Kaïméni ; l'éruption dura jusqu'en 1SI2. et elle donna naissance à un groupe considérable d'îlots et d'écueils Des crises violentes se succédèrent pendant phisieurs années; les deux Kaïméni furent ébranlées jusque dans leurs fondements par de terribles secousses qui détachèrent des portions de leur sol, puis les différents ilôts finirent par se joindre au premier écueil. C'est l'Ile, formée par la réunion de ces îlots, et grande d'environ 12 kilomètres de tour, qui reçut le nom de Néa Kaïméni, ou INouvelle-Brùlée'.

Depuis cette époque on n'avait rien signalé d'anormal dans ce groupe d'îles, à l'exception de très-forts tremblements de terre, lorsque, le 28 janvier 1 860, on observa à Santorin des secousses qui, d'abord légères, ne tardèrent pas à prendre un caractère plus sérieux ; la mer se mit à bouillonner fortement, il en sortit d'épaisses colonnes de fumée, et, le 2 février, une île nouvelle se montra au-dessus des flots.

Cette île continua à s'élever et à grandir les jours suivants ; la nuit, elle paraissait couverte de petites flammes. Elle croissait à vue d'oeil, disent les témoins de ce singulier phénomène, et son accroissement n'était accompagné d'aucun des bruits sous-marins qui avaient précédé sa naissance. Elle avait

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à poil près 50 mètres de longueur sur 1(» à \'2 de l;iri;i', lorsqu'on lui ilonna le nom d"Ile du roi (icorges, eu llionueur du jeune monarque de la Grèce.

L'exhaussement cuiilinua du "2 au 7 et senil)la s'arrêter ce jour-là. Déjà les nombreux spectateurs, attirés de tous les points du littoral par l'étrangelé d'un pareil spectacle, s'apprêtaient à l'aire une descente sur cette singulière possession hellénique, lorsque les phénomènes reprirent avec une intensité plus grande qu'auparavant. La coloration laiteuse des flots, qui s'était dissipée la veille, reparut le 8 ; la mer était violemment agitée et rendait extrêmement dangereuse toute tentative d'exploration. Le 9 , l'Ile n'avait pas moins de 140 mètres de long sur 65 de largeur et 40 à 45 de hauteur. Elle rejoignait presque Néa-Kaïméni et préseutait une forme conique. D'une, couleur noirâtre, comme ses voisines plus anciennes, elle était le siège d'un travail incessant qui se trahissait par des grondements souterrains, par des fumées épaisses qui se répandaient dans tout le voisinage et dégageaient une forte odeur de soufre. La surface de l'Ile paraissait sillonnée par de nombreuses crevasses, du fond desquelles on voyait parfois sortir des matières incandescentes.

La chaleur de la mer était telle qu'à une assez grande distance il était impossible d'y plonger la main ; le bouillouueuieiit des eaux ne cessait pas ; il était surtout très-prononcé entre l'ile nouvelle et celle de Santorin. Chaque sondage démontrait un exhaussement du fond de la mer dans cetti» parlie; en même temps, file de Xéa-Kaïméni s'affaissait visiblement.

M. Lcdoulx, consul de France à Syra, curieux d'observer ces phénomènes extraordinaires, s'embarqua à bord d'un vapeur, et dix jours à peine après les premiers indices de la crise, il se trouvait dans les eaux de Santorin. A une distance de dix lieues environ de cette île, on voyait déjà s'élever une haute colonne de fumée. .^- mesure que Ton approchait, la mer, quoique calme, offrait un aspect singulier ; elle prenait une couleur d'un vert foncé ; ce n'était plus cette couleur particulière de l'Océan, celte teinte glauque et si bien connue. Aussi les marins purent-ils assurer à M. Ledoulx qu'ils n'avaient observé cette couleur nulle part. Lorsqu'on entra dans la rade de Santorin, dont la forme, avons-nous dit, est celle d'un croissant, les trois ilôts volcaniques qui en occupent le centre, les trois Kaïméni, étaient enveloppés de tourbillons de flammes et de vapeurs. La mer était brûlante ; elle s'agitait, elle tourbillonnait violemment, et près du foyer mystérieux, elle avait, dit-on, des retlets métalliques qui ajoutaient à la singularité du phénomène. « Cependant, dit M. Lcdoulx, dans quelques moments d'éclaircie, l'œil exercé de nos marins observait avec étonnement d'étranges changements survenus; un petit promontoire, vers le sud-ouest, attenant au plus grand ilôt, contenant une vingtaine de grandes maisons blanches et servant de lieux de plaisance et de bains thermaux en été, avait presque disparu dans l'eau et ne laissait plus voir que quelques toitures désolées. Un affaissement de 1 à 5 mètres avait dû avoir lieu dans cette partie du sol. » C'est à peine si les habitants eurent le temps de se sauver en se jetant dans leurs barques. Avant de quitter Santorin,

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