VOLCANS SOUS-MARINS
M. Ledoulx iiitiMid^oa mvoc anxiété toutes les personnes les plus compétentes et le plus expérimentées du pays sur les rraintes qu'on pouvait avoir an sujet de ce volcan caché, mais toujours menaçant. 11 lui fut répondu généralement que ce jeu terrible de la nature se terminerait, d'après toute apparence, sans autre déchirement ultérieur. On va voir que les insulaires s'étaient trompés dans leurs prévisions.
Le volcan sous-marin parut rester assez calme pendant quelques jours; du moins son action continuelle ne présentait aucun symptôme trop inquiétant, mais le 21 février survint une tempête. Les mugissements souterrains, qui semblaient s'être apaisés, se changèrent alors en grondements terribles ; d'épaisses colonnes de fumée, des nuages de cendres et des grêles de pierres incandescentes, furent lancées de l'Ile du Roi-Georges à une hauteurconsidérable; un grand nombre de personnes furent tuées ou blessées dans les lies voisines et sur les navires surpris à la fois par l'orage ([ui troublait ["atmosphère et par l'ouragan volcanique.
Les lies Âçores, découveites de 145'2 à 1446, doivent être sorties de la mer à une époque inconnue, à la suite de phéiiuiaènes analogues à ceux que nous a montrés l'Archipel Grec. La plus grande de ces lies, San-Miguel, a souffert de plusieurs éruptions attestant la présence, dans son voisinage, d'un vol-
caii sous-marin des plus actifs. En 1658, après une série de convulsions violentes, on vit surgir du milieu des flots des jets de flammes et des bouffées de fumée, puis des fragments de roches volcaniques furent lancés dans les airs, et retombant dans la mer où ils surnageaient, ils ne tardèrent pas à former une île de près de cent mètres de hauteur. Cet amas de rochers disparut bientôt sans laisser de traces. Une autre convulsion sous-marine eut lieu en 1719. et donna naissance à une île qui présenta pendant quelque temps tous les signes d'un véritable cratère en activité, et disparut en 17'2Ô.
En 1811, après une éruption qui dura huit jours et fut accompagnée de violents tremblements de terre, il se forma, sur les côtes mêmes de San-Miguel, un banc de roches, à un endroit où l'on ne trouvait auparavant le fond de la mer qu'à soixante brasses. A deux milles à l'est surgit, quelques mois après, une montagne de trois cents pieds de haut; un torrent d'eau chaude s'échappait d'uneouverturesituéeàsonsommetet se jetaitdans la mer. Cette montagne, à laquelle on donna le nom d'Ile Sabrina, s'enfonça peu à peu dans les vagues ; en 182'2, elle avait totalement disparu; quelques bouffées de vapeur s'échappaient de temps en temps de la mer, à la place où l'ile avait existé.
C'est une convulsion seuiblable du volcan sous-marin des Arores qui a formé le port de Yillafranca, sur la côte sud de l'ile San-Miguel. Les navires, entrant par l'ouverture latérale, propre à presque tous les cratères, viennent jeter l'ancre dans l'intérieur de l'ancien gouffre.
Les traditions, malheureusement obscures, que nous ont laissées les premiers navigateurs portugais qui Iireut la cou-
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quèle des Ayorcs inentionnoiit un grand iiuinlnc d'iluts ol d'écuoils dont l'apparition concorda avec de violents tremblements de terre. Toute l'iledeCorvo parait devoir son origine à une éruption survenue peu de temps avant larrivôe des sujets dAlphonse V.
Les eûtes d'Islande possèdent également des volcans sousmarins dont on a pu observer quelques éruptions. En 17S0, à (pielque distance du cap de Reykianes, on vit des flammes sortir de la mer, et une grande quantité de pierres ponces lut rejetée sur le rivage ; on prétend qu'il se i'orma une ile qui disparut peu de temps après sa naissance.
V.n lS31, des phénomènes curieux se manifestèrent au milieu de la mer, entre l'Ile de Pantellaria et la petite ville de Sciacca, située sur la côte de la Sicile par 57° 2' de latitude nord et 10" 16' de longitude. Les habitants de la Sicile prétendent que. dès le mois de juin de la même année, ils ressentirent de nombreuses secousses, et que la mer se montra trèsagitée, particulièrement près de la côte. Toutefois on ne peut attacher un grand poids à ces allégations postérieures à l'origine du volcan sous-marin qui a rendu célèbres les eaux de ces parages.
Francesco Treliletti, capitaine du brigantin sicilien// Glissa
iJi LES VOLCANS.
tara, est le premier qui ;iit donné sur cet événement des renseignements dignes de foi. Il aperçut, le 8 juillet, une énorme masse d'eau qui retomba tout à coup après s'être élevée, pendant dix minutes environ, à une hauteur de 80 pieds, et fit place h une épaisse colonne de fumée. Le même phénomène se renouvela à différentes reprises, avec des intervalles de 15 à 20 minutes; mais ce ne fut que le 12 juillet que les habitants de Sciacca virent au milieu des flots une quantité considérable de poissons morts et de scories. Ces dernières s'amoncelèrent sur la côte, en couches épaisses.
Aussitôt que ces faits furent connus, plusieurs naturalistes allemands qui se trouvaient alors en Sicile, et notammeul MM. Hoffmann, Sclmlz et Pliilippi, se rendirent sur le thé;',trc de l'événement, où ils arrivèrent le 20 juillet. Ils s'y Iroi.vèrent en présence d'une ile formée par les bords d'un cratère, d'où s'échappaient sans cesse quelques scories et une colonne de vapeur d'une blancheur éclatante, s'élevant dans les airs à une hauteur de près de 2,000 pieds.
Par intervalles de huit minutes, le cratère vomissait une nuée de pierres noirâtres, sillonnée d'éclairs ; et les pierres retombaient en gerbes, api'ès avoir atteint une grande élévation. Aucun autre bruit n'accompagnait ces éruptions, si ce n'est le fracas causé par les scories rejetées dans le cratère. Le côté oriental de l'île paraissait à ce moment être le plus élevé; il mesurait environ 60 pieds; la plus grande lai'geur était de 800 pieds.
Le 2 août, les Anglais arrivèrent et prirent possession, solennellement et suivant les règles du droit maritime, de la
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nouvelle terre, à laquelle ils donnèrent le nom d'ile Graham ; le '28 septembre, les Français y vinrent, à leur tour, hisser le pavillon tricolore. Mais cette possession leur fut contestée, l'Ile ayant pris naissance dans les eaux siciliennes. On ne put s'accorder davantage au sujet du nom de cette lie, ot elle s'appela successivement Graham, île Julie, Nerita et Ferdiiiandi''a.
Ue Juh.
Lorsque, le 4 août, M. Gemellaro arriva devant File, les bords du cratère étaient détruits dans la partie nord-est, et à chaque éruption, l'eau s'échappait avec violence par cette ouverture, d'où elle retombait dans la mer. Enfin, le F2 du même mois, on n'apercevait plus, des côtes siciliennes, la colonne de fumée qui, au début de l'éruption, s'élevait à une hauteur prodigieuse.
Le 26 septembre, M. Hoffmann, le géologue, visite File de nouveau, et il reconnaît que l'aspect en a changé totalement;
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à l'ouest, s'élève une petite montagne de 40 à 50 pieds, tandis que, le 20 juillet, le sol s'y trouvait à peine à quelques pieds au-dessus du niveau de la nier. Le côté oriental s'était, en revanche, affaissé considérablement.
On ne rencontrait aucun fragment de lave dans toute l'étendue de l'ile, formée de sable grossier et poreux renfermant çà et là des fragments considérables de scories, et composant des couches inclinées, très-régulières, de deux à trois pouces d'épaisseur, séparées entre elles par des bancs de sel marin.
Le cratère dégageait encoi'e de l'hydrogène sulfuré et des vapeurs bitumineuses.
M. Constant Prévost, un des rares géologues français (pii se soient déclarés les adversaires de la théorie des cratères de soulèvement, M. Constant Prévost ne pouvait manquer d'accourir à son tour pour étudier des phénomènes qui l'intéressaient si fort. Il explora l'ile dans toute son étendue. Il constata qu'elle s'élevait à pic du fond de la mer. L'ile entière mesurait 700 mètres de circuit, et sa plus grande hauteur était (le 70 mètres environ.
L'eau ruussâtre renferiii(''(' dans le cratère, dont les parois élaii'ut (MKbiites d'efforescences salines blanches, paraissait être dans un état de bouillonnement constant, car il s'en dégageait sans cesse une grande quantité de vapeurs saturéesde soufre. Chaque bulle de gaz soulevait un amas de sable volcanique, formant ainsi de tout petits cratères, dont l'ile renfermait plnsieurs milliers.
Le sol de cette île offrait peu de résistance aux efforts