‹ Les volcans et les tremblements de terreChapitre 68 sur 98 · SUI.F VIVRES · texte numérisé non relu

SUI.F VIVRES

Les iiioiit;ii;m>s if^novoiiies ponvoiil rosier en .iclivitt'- diiraiil nue longue série de siècles ; mais cette phase de vigueur et d(> force est parfois beaucoup plus courte.

Les phénomènes volcaniques cessent quelquefois d'une manière aussi brusque qu'eurent lieu leurs manifestations, mais, le j)lus souvent, ils s'(''teignent d'une façon lenle et progressive. Lorsque les volcans meurent soudainement, les cratères se referment ; peu à peu les masses qu'ils ont rejetées se décomposenl, se désagrègent par l'action combinée des pluies et de l'air atmosphérique, et comblent, plus ou moins complétenienl, i"orilice par lequel elles sont sorties. fiC cinie, foi'nié par ces déjections, peut lui-même s'affaisser et ne conserver en apparence aucune trace de son existence tourmentée. l'n un mol, la moiilagne passe à r(''lal de volcan t'Ieinl.

Mais il arrive fréquemment que le passage de la période d'activité à celle d'inaction complète s'opère au moyen d'un ('■lat niixlc, caractérisé par la production constante d'hydrof^ène sulfuré et de vapeurs acides, qui laissent dans les fissures. ;'i Iravcrs lesquelles elles s'exhalent, d'abondants dépôts do soufre, (-elle nouvelle manière d'être, désignée sous le nom de solfatare ou de soufrière, peutdui'cr pendant des siècles. Kntre rinlervalle qui sépare deux éruptions, un volcan actif présente parfois l'aspect d'une solfatare; aussi, a-t-on vu plus d'une fois des solfatares reprendre tout à coup Irs allures des volcans enflammés, après être restées duiaiil des siècles dans cet état intermédiaire qui seuiMail annoncer la prochaine et entière extinction des feux soiiti'iiaiiis.

Les solfatares se distinguent des volcans actifs en ce qu'elles ne rejettent ni sables, ni laves, ni scories incandesceutes, ni pluie de cendres; eu outre, l'ouverlure du cratère est fermée comme dans les volcans éteints. D'autre part, elles se distinguent de ces derniers en ce que les vapeurs et les gaz qui s'élèvent à nue haute température des tissures du cratère, démontrent que l'action volcanique contiinie en cii eiiilroit.

[-a soU'alare de Pouzzoles, près de Naples, connue de l(mle .inliipiité, nous offre un exeiu|)le remarquable de la si-

SiM.I ATA l!i:s, /i(j|

inililiidc l'I lies (lilTiM-t'iiccs (|iii cxisleiil ciilrc un ci'alùrc (■Iciiil (III aclil, cl une soulVii'n".

Tous les ur'dluiiiii's l'ocimiiaissciil (iiii' cctli' solfalarc csl un viilcaii (Icuii-rli'iHt. I.a iialiirr des sul)sUuifes(loiil se l'oiiiposc le sol sur Iciiiicl elle se li'ouvc, ol les restes (MU'Oi'e subsislaiilsik' l'aui'ii'ii cratèri' ne laissent aucun doute à cet égard. I.a partie la plus ('levr'e de ces débris porte de nos jours le nom de Molli (Miliaiio ou tiroix des Capucins. Cette soiuinité se coinpose d'une roche taillée à pic du coté intérieur correspiHidanl au cime renversé, et s'incliuant en pente à Fextérieiir. C'est île ce ciité du ci'atère ipie la lave parait s'être répandue au dehors lorsque levolcan l'tait eu pleine activité. Les autres parties, qui formaient avec cette roche les parois du goulïre, se sont leutenient di'couiposées sous l'intluence des vapeurs sulfureuses, des acides et du gaz hydrogène sull'iin''; les eaux pluviales h"sout ensuite enlrainées soit au pied de la luontague. soit dans l'intérieur inèiue du cratère, où elles forment nue plaine qui chaque jour s'accroit du produit des décompositions nouvelles. Lorsque raniu''e dernière, M. l'onqué, dont on ne saurait assez apprécier le zèle éclairé, visita la solfatare, le savant chimiste reinarcjua une décroissance marquée dans rinteiisilé des phénomènes dont cette soulVière est haluluellemi'nl le siège. Les points les plus importants y étaient encore garnis de soufre cristallisé, mais la plupart ne fournissaient plus que de l'air mélangé d'acide carbonique. Ce qui reste encore de l'ancien volcan esl dans un tel état de décomposition et de dégradation |)rogressive, qui' quelques siècles suflironl jiour sa deslriiclioii pi('S(pie

iêL' LES VOLCANS.

totale. Le pic basaltique d'Olibiiiio restera seul pour attester à nos descendants la place ([u'occupail nii des volcans ilu douzième siècle, et l'on aura peine alors à comprendre que cette roche isolée eût pu sortir à l'état d'incandescence et de fluidité, d'un cratère dont rien autour d'elle ne ra})pellerale souvenir.

L'île de Java possède une des plus grandes solfatares que l'on connaisse : celle de Gunung Prahou, dont l'aspect grandiose peut être égalé, mais non surpassé.

Elle est située dans le voisinage du village de Balur, sur une chaîne de montagnes accidentées, dont le point le plus élevé est précisément la solfatare de Gunung-Prahou.

Du milieu d'une forêt s'élèvent des colonnes de vapeur, dont le bruit se fait entendre de très-loin. En approchant de ce lieu, on distingue une muraille naturelle semi-circulaire, de 40 pieds environ de hauteur, et dont la base plonge dans un bassin dont l'eau est dans un état permanent d'agitation.

Au centre du gouffre, dont les bords sont éternellement battus par les vagues écumantcs, l'eau, soulevée par l'action intérieure à une hauteur de 4 ou 5 pieds, dégage sans cesse des nuages de vapeurs (pii s'élèvent dans les airs avec une rapidité extraordinaire.

Les eaux, rejetées du bassin principal, se déversent dans une série de petites excavations qui se tiouvcnl immédiate' MienI au-dessous. Leur chute a lieu avec une telle violence.

SULI' ATA 11 KS. ilM

ilnCllc l'ail liciiililer le .sul cl qu'elle esl accoiiipagiiéc t\'\\i\ luiiil é|i(mvaiitalil('.

Au lioitl (lu j^oulTie, l'eau a une leiiipéraluie de G6 degrés; en général, elle est tniuhle, d'une couleur grise, et elle dépose un sédinienl de soufre blanc jaunâtre.

Les environs de la solfatare se distinguent par une liixul'ieuse végétation ; les fougères y forment des lapis de verdure de <j à 7 pieds d'épaisseur. Son élévation moyenne est de 6, '258 pieds au-dessus du niveau de la mer.

Non loin de celte grande et curieuse solfatare se trouve la vallée de la Mort. Les récits des voyageurs diffèrent au sujet de cet endroit célèbre et sinistre. Suivant M. Junghuhn, on uonnne ainsi un gouffre placé sur le faite escarpé de la montagne; la paroi supérieure domine d'une bauleur de lOO pieds au moins l'antre paroi, la seule qui donne accès à l'intérieur.

I>e ce point, on [donge dans un abime de forme circulaire, donl le sol, enlièrenuMil dénudé, présente au centre nu monlicule de sable et de petits blocs de pierre; son diamètre esl d'environ 100 pieds. La liauleur de la paroi princi|)ale esl (le ."00 pieds, et celle de la paroi inférieure de lOO pieds sculeineiil.

I.a « vallée de la Mort » doit son nom, |taraO-il, aux gaz mépliitiques qui s'y dégagent. Plusieurs voyageurs parlent de la grande quantité de squelettes d'hommes et d'animaux qui eu lapissent le foiul. Toutefois M. Junghuhn n'y vil qu'un seul s(pieleUe, celui d'un Javanais (pii, au dire de ses cuni-

-Wt LtS VOLCAAS,

jiiiliidtcs, \ avait volontairement cherché la iiioil. (ic iialiiralislc ilit même que des chiens, qui furent descendus dans le gouffre, ne cessèrent de jaiqier comme de coiiIumh'.

Par contre, M. [.oudon, l'excellent observateur, raconte (|u"a\aut attache un chien à uin' tige de bambou, on h' descendit dans labinie; quatorze secondes après, il toiidia sans nioiivenient et respira encore dix-huit minutes. Lu autre chien, déposé à la même place, succomba en moins de dixsept minutes. D'autres e.ssais, tentés avec des oiseaux, eurent le même résultat; l'asphyxie se produisit en une minute et demie.

Ces assertions contradictoires s'expliquent aisément, si Ton admet que les gaz ne se dégagent qu'à de certaines périodes, notamment après les pluies, ainsi que l'assurent les indigènes. Les exhalaisons méphitiques paraissent, dn reste, iidluer d'une manière fâcheuse sur la végétation, car le fond du gouffre est aride, tandis que les parois sont couvertes de plantes très-vivaces.

Ou trouve des solfatares dans toutes les jjarties du unnide. Uuelques-unes sont encore, à de rares intervalles, le siège de phénomènes volcaniques assez intenses poui' les faire consi- (h'rer tantôt comme des volcans actifs, et tantôt connue des volcans sur le point de s'éteindre. Parmi elles, je citerai, sur le continent européen, non-seulement la solfataie de l'onzzoles et celle de Budoshegy, en Autriche, mais, dans File d'Ischia, l'Epoméo, et, dans l'Ile deMilo, voisine de Santorin, le mont Calamo, au sonunet du(|nel se trouve une sorte de marais exhalant d'abondantes vapeurs sulfureuses, et dans

s 0 L l' A r A li K S. 465

lequel Olivier et Brugiiières, trompés par son apparente solidité, laillireiit trouver la mort.

En Afrique, il y a un grand nombre de volcans à demi éteints, dont quelques-uns jettent encore des cendres. Les plus connus sont le Djebel-Dokhàn, ou montagne de la fumée, et le Djebel-Kebryt, ou montagne du soufre.

La Chine et le Japon renferment un grand nombre d'anciens volcans, e.xhalant encore de la fumée et des vapeurs sulfureuses et ammoniacales; plusieurs parties de la pres- (pi'ile du Kamtchatka contiennent aussi des crevasses pleines de soufre.

Le Nouveau-Monde nous offre la soufrière de Tacora, au Pérou; la magnifique solfatare de Cerro-Azul (|ui, il y a une vingtaine d'années, apparut inopinément dans les Cordillères du Chili; les solfatares de l'Amérique centrale, où les vapeurs acides sortent d'une infinité de bouches anciennement enflammées; le pic de Makoushkin, dans les îles Aléoutiennes, sur les parois duquel on recueille du soufre en grande quantité ; la soufrière de la Guadeloupe, que M. Charles Sainte- Claire Deville a si magistralement étudiée ; et enfin les solfatares des lies Saint-Dominique et Sainte-Lucie, dans les Antilles, solfatares que nous avons visitées et dont les éi-uptions sulfureuses offrent un caractère tellement particulier, que nous nous proposons de publier prochainement un travail spécial sur ces curieu.v phénomènes.

Quant aux volcans couiplétement éteints, leur nombre est considérable; il me suffira de dire que la plupart des grandes chaînes de montagnes qui sillonnent les deux continents présentent des traces évidentes d'un travail volcanique remontant aux âges antérieurs de notre globe. En outre, les actions multiples, sous l'influence desquelles la surface de la terre se transforme à travers les siècles, ont évidemment fait disparaître une foule de montagnes d'origine ignée, dont on chercherait vainement la trace.

L'Italie, qui renferme le seul cratère du continent européeu (pii soit encore en activité, est aussi le pays le plus riche eu cratères éteints. ludépeudamment de ceux qui, tantôt éluigués, tantôt rapprochés les uns des autres, la traversent dans toute sa longueur, en reproduisant exactement la configuration de la Péninsule, il existe encore une grande quantité d'îles volcaniques dont les foyers sont éteints.

Toute la campagne de Rome, et la ville éternelle elle même, renferme d'innombrables témoins de l'action volcanique ; on y foule à chaque pas des dépôts de tuf et de scories, et l'on rencontre partout, en Italie, des cratères éteints d'où sont sortis des courants de laves.

Au sein de la campagne de Rome, près de cette ville, s'élève le mont Albano, un des volcans éteints les plus re-

s U I. F A T A ii K S.

m,ir([ii,il)l('s (lo rKiiropo. Les coiii'aiils de lave (|iii s'en (''cliai)pèreul ont couli'' sur le tuf, qui, soili (h^s cratères de la Cain- |iaiia, recouvre titule la plaine, et uième les sept fameuses collines de la ville éternelle.

L'ancienne route postale de Florence traverse un courant de lave, issu du Monte Rossi, et près de la dernière station, à Baccano, se trouve un des plus grands cratères éteints de cette contrée.

En Allemagne, en Hongrie, en Kspagne, dans l'Archipel grec, en France surtout, les vestiges de l'action volcanique abondent. C'est dans la France centrale, et notamment dans l'Auvergne, que se trouvent, non pas les plus grands, mais les plus beaux volcans éteints de l'Europe. Sur un plateau

Cratt-res éteints de IWuvei'gne.

de près de 3,000 pieds de hauteur s'élèvent dilTérents cônes très-rapprochés, mais parfaitement distincts les uns des autres. Leur nombre est considérable, car on ne compte pas

408 LES VOLCAiNS.

moins de trente-neuf volcans éteints, sur une étendue do huit à dix lieues, et ce chiffre pourrait être même porté à quarante-trois, si l'on tenait compte de quelques-uns, dont les cratères sont moins bien caractérisés.

La hauteur de ces cônes est fort variable ; quelques-uns s'élèvent à (500 pieds au-dessus du plateau.

Un grand nombi'e des anciens volcans de l'Auvergne ont évidemment rejeté des torrents de laves, et tous sont recouverts de puissantes couches de scories et de pierres calcinées, dont l'aspect donne à toute la contrée ce caractère particulier, propre aux régions volcaniques.

M. Poulett-Scrope observe, avec beaucoup de raison, que les touristes qui parcourent aujourd'hui les montagnes de l'Auvergne, qui voient de tous les côtés les traces de l'action volcanique s'offrant aux regards de la manière la plus évidente, et qui aperçoivent de nombreuses sommités qu'entourent des surfaces de lave raboteuse, s'étonnent à la pensée que personne n'ait songé avant la fin du dix-huitième siècle à attribuer de telles marques de désolation à l'unique puissance de la nature qui soit capable de les produire. Cet aveuglement réel n'est cependant pas sans précédent. En Allemagne, on ignorait encore au dix-huitième siècle la nature volcanique de l'Eifel, et ce fut, je crois, Hamilton qui, après avoir étudié les volcans italiens, révéla l'origine de celle région aux géologues allemands, et encore ceux-ci contestèrent-ils la réalité des faits observés par le voyageur anglais. Les habitants d'Herculanum et de l'onipéi ont bâti leurs maisons avec les laves du Vésuve; ils ont

Page 1