‹ Les volcans et les tremblements de terreChapitre 79 sur 98 · HYPOTHÈSES · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSES

Après avilir l'ail l'i^ximst.' des phéiioiiiùnes volcaiiiqucs, iiuus croyons devoir dire quelques mots des dilTérenlcs théories par lesqueUes ou a clierchi' à les expliquer. Les idées les plus étranges ont été émises à ce sujet, et chacune d'elles a trouvé, en son temps, des partisans et même des admirateurs. Divers systèmes ont tour à tour régné dans la science ; mais aucun n'a pu se vanter de reposer sur des vérités incontestées, quelquefois même ils n'avaient pour étais que les écarts de l'imagina lion. He là leur peu de durée. A peine une théorie était-elle admise, qu'elle se trouvait aussitôt battue en brèche par d'autres observateurs, et ne tardait pas à succomber aux attaques dont elle était l'objet. La science s'éclairait par suite de ces discussions incessantes, et le jour se faisait peu à peu dans les esprits, grâce aux recherches continuelles d'infatigables explorateurs.

!,(• (lix-liuiliciiic siècle fui ('écoiid eu Ihéories do toutes natures. Une des idées le plus généralement admises à cette é|t()i|uo, se résumait ainsi : les volcans sont produits par l'embrasement des couches de houille et de pyrites, qui s'enflainmciil i(U'squ'elles se trouvent en contact avec l'eau. Mais on ne tarda pas à se convaincre que l'embrasement des mines de houille et des masses de pyrites ne donnait lieu à aucun des phénomènes que nous présentent les volcans, même les moins actifs. Eu outre, cette théorie n'expliquait en aucune façon les alternatives de repos et d'activité de prescpie tous les volcans.

hliypothèse de Léniery, qui avait précédé celle dont on vient de parler, était plus ingénieuse; ce savant la J'aisail reposer sur une (expérience de laboratoire qui (humait à sa théorie les apparences de la vérité. 11 playail dans un llacon un mélange de soufre en poudre et de limaille de fer, préalablement réduit en pâle au moyeu d'un peu d'eau, laissait s'opérer la réaction des deux corps, puis exposait le mélange au contact de lair. La petite masse s'échauffait bient(jl an point de devenir incandescente. I.émery donnait à cette exp(''rience le nom de volcan artihciel ; il prétendait que la même réaction s'opérait en grand dans la nature, et (pu» tous les j)hénomènes volcaniques d(!vaienl être attribués à la ivaction du feu, du soufre et de l'eau qui se trouvent dans rinl('rieur de la terre.

Cette théorie eut, au commencement du dernier siècle, un grand nombre de zélés partisans. On ne eonsid(''rail point que lés gaz produits par la condjustion du mélange seraieni

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impuissants, quelque grauilo que i'ùL leui' quantité, pour soulever les masses incandescentes que rejettent les bouches volcaniques, et cpie rien, dans cette hypothèse, n'explique les tremblements de terre précurseurs ordinaires de l'éruption. De plus, Lémeiy était forcé d'admettre que l'incandescence des matières volcaniques ne pouvait commencer et se continuer que par suite de l'entrée de l'air dans les cavernes souterraines; or celte supposition est contraire à tous les faits observés.

Breislak attribuait les éruptions volcaniques à finllamniation spontanée du pétrole à l'intérieur de la terre. Patrice, pour expliquer ces phénomènes, fit jouer un yivand rôle à l'acide chlorhydrique, qu'il représenta comme le principal élément des feux intérieurs. L'une et l'autre de ces deux théories sont tombées dans l'oubli ; mais on a cru devoir les mentionner ici pour montrer combien l'intelligence des naturalistes a fait de laborieux efforts pour trouvei- la solution du grand {)roblème.

Buffon, revenant à riiy|)0thèse de Lémcry, sup])ose que les volcans sont produits par la fermentation des matières qui se trouvent dans le sol. L'inflammation de ces matières (soufre, bitume, minerais, etc.) causerait une explosion proportionnée à la quantité des matériaux, a Voilà, déclare notre grand natui'aliste, ce que c'est qu'un volcan pour un physicien ; et il lui est facile d'imiter l'action de ces feux souterrains en mêlant ensemble une certaine quantité de soufre et de limaille de fer qu'on enterre à une certaine profondeur, et de faire ainsi un petit volcan dont les effets sont les mêmes,

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inopurlioii gardée, que ceux des grands; car il s'euflaiiiiiic par la seule fernienlalioii, il jetle la terre et les pierres dont il est couvert, et il fait de la l'uiuée, de la flamme et des explosions. »

Suivant Buiïon, le voisinage de la mer est indispensable au développement des feux souterrains ; plusieurs géologues ont soutenu, après lui, cette thèse qui s'appuie sur des faits d'une incontestable valeur. Mais la partie la plus singulière de la théorie du grand naturaliste consiste en ce qu'il place le foyer des volcans dans, le voisinage du sommet de la montagne : cette idée, que d'autres avaient déjà soutenue, est absolument inexacte; les nombreuses éruptions qui se l'uni à la base des volcans les plus élevés le prouvent surabondamment.

l'ourquoi ne mentionnerais-je pas la théorie fantaisiste de Beriundin de Sainl-l'ierre, qui prt'tend que les volcans sont de vastes fourneaux alhnnés sur les bords de l'Océan puni' purger les eaux des matières (|n"elles contiennent? A en croire l'illustre auteur de Paul cl \'ir(jiiiir, les volcans se seraient priniilivement allumés par les lérmentalions v(''g(''lales et animales dont la terre fut couverte après le d('luge, lorsque les débris des forêts et des animaux gigantes(pies de cette époque nageaient à la surface des mers, et formaient de monslrueux dépiHs que les courants accnnuilaienl dans les bassins des montagnes. Ces débris auraient piis feu s|iontanémenl, à la suite d'nne fermentation plus ou moins active, de même que les meules de foin senllamment sous nos yeux dans les prairies; les éruptions qui se sont succédé dej)uis ces temps })rimitifs ne seraient autre chose que le résul-

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lai ilo celte reiineiilalidit so perpétuant à travers les âges.

Aux diverses opinions (ju'on vient de rappeler, en snccédèriMil nn i^rand noiniire d'autres qui, pour èli'e plus scientifiques, ne paraissent pas énoncer la vérité. La plus célèbre de toutes ces hypothèses fut, sans contredit, celle de sir lluniphryUavy, l'illustre chimiste anglais, nutrten 1829. S'appuyant sur les phénomènes que les nu'taux isolés par lui, ealcium, sodium, potassium, magnésium, présentaient à la tenipératui'e ordinaire, au simple contact de l'air et de l'eau, ce savant ]iensa que les éruptions et les feux volcaniques provenaient de la combustion de ces substances à l'intérieur de notre globe. Cette hypothèse avait, sur toutes celles émises auparavant, l'avantage d'expliquer la formation des laves, des basaltes et autres productions volcani(pies ; aussi futelle universelUMuenl accueillie comme l'expression de la vérité. On crut fermement ipiil existait, au-dessous des volcans, des dépôts immenses de ces singuliers métaux, dout l'existence venait d'être révélée, et que les éruptions volcaniques provenaient de l'action de l'air et de l'eau mis en contact avec ces matières, grâce à l'existence de vastes cavit('s souterraines. Ni-anmoins, cette savante théorie rencontra, dès le début, ipielques incrédules, et sir H. Davy liiiil luimême par renoncer à son hypothèse, très-ingénieuse, du reste, et qui uiérite d'être uK'dilée, même après avoir été abandonnée par son auteur.

Après le chimiste anglais vint Gay-Lussac, (pii admit comme cause princijiale des phéiunuèm^s volcaiiicpies Taclion de l'eau, el surloiil de l'eau de la nier, sur Icschlorui'es

métalliques, action produisant une chaleur suffisante pour fondre les matières dont se composent les laves, et communiquer aux fluides gazeux renfermés dans le sol, une force suffisante pour briser la croûte terrestre et projeter à la surface du sol ces substances à l'état de fusion. S'il en était ainsi, le chlore et ses composés devraient se trouver en abondance dans les déjections de tous les cratères. Or, on n'a point reconnu, que je sache, la présence du chlore dans les exhalaisons des volcans, mais on rencontre de grandes quantités de chlorures autour des bouches ignivomes.

Brongniart, fondant ensemble et modifiant les idées de ses deux illustres prédécesseurs, émit l'opinion qu'il fallait le concours de plusieurs circonstances pour produire des effets aussi complexes que les phénomènes volcaniques. Il admit l'action de l'eau, pénétrant à travers l'écorce du globe, sur les métaux, à l'état de chlorure ou de sulfure, que contiennent les couches terrestres, et expliqua la fusion de ces substances et leur dégagement violent par une série de combinaisons et de décompositions rapides, d'autant plus violentes que l'eau était plus abondamment mise en contact avec les parties de l'écorce du globe, où se trouvent du soufre et des métaux alcalins et terreux.

Comme les précédentes, cette théorie fut d'abord acceptée, puis combattue comme insuffisante. De nos jours, l'opinion généralement admise, l'hypothèse populaire est que la cause première de tous les phénomènes que nous venons d'étudier se trouve dans le feu central de la terre, dont les couches intérieures n'ont pas encore été atteintes pai' le refroi-

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dissomont ([ui, dil-oii, a consolida les coiu-ho.s siipoi'liciclhs.

(lotte croyance au feu central esl tellement ciiracim'c dans toutes lésâmes, elle parait si bien établie, si bien diMiKuilrée à tous, que s'y attaquer ici, en passant et comme par nu''<iarde; serait chose ti'MK'raire aux yeux d'iiii grand nombre de nos amis. Nous avouerons donc que ce feu ceniral, (pie Flatou a[)- |)(dail iiyriphlégétlion, nous semble une grande et ingénieuse (^(luceptiou de Tesprit humain; nous dirons même qu'en admettant cet aperçu de l'esprit comme une réalité, une foule de phénomènes que présente le globe s'expliquent aisément et d'une manière qui lait naître dans l'àme Inimaine ce sentiment d'admiration et d'étonnement qu'elle éprouve toujours eu présence des grands agents de la vie planétaire.

Et cependant, il convient de ne pas oublier que cette théorie, qui revêt un si grand aspect, n'est qu'une hypothèse, et que bien des faits lui sont opposés.

Ce qui esl certain, ce qui est d'observation, c'est que la chaleur va en croissant à mesure que l'on pénètre plus profondément dans l'intérieur de la terre; mais, cette progression est-elle indéfinie? Personne ne pouvant ralTirnier, on devrail, ce semble, dire simplement qu'il existe au sein de la lerre une intarissable, une immense source de calorique. Cela est incontestable et suffit pour expliquer les grands ijImmioniènes que présentent les volcans et les tremblements de teire. Pourquoi dès bus aller plus loin? pourquoi affirmer ce que l'on ignore, el énoncer, cdMinie vérité absolue, l'embrasement intérieur de hmlc la planète? Sans doin; leclier-

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cher, du moins en ce moment, la source mystérieuse de la chaleur souterraine, je vois dans cette chaleur la force dont émane la série de phénomènes qui constituent les éruptions volcaniques, et je crois que ces phénomènes éclatants et terribles sont causés par les effluves de calorique qui, s'élevant de l'intérieur de la terre, mettent en fusion les couches rocheuses, et déversent à la surface du globe les flots de ces masses embrasées.

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