‹ Les volcans et les tremblements de terreChapitre 8 sur 98 · LES MUGISSEMENTS DU VOLCAN · texte numérisé non relu

LES MUGISSEMENTS DU VOLCAN

Après la dèloiiation, (|iii annonce le eoninieneement de la crise, les explosions se succèdenl avec rapidité et se conlinuenl avec une inconcevable énergie, (le qni pronve que ces bruits ne prennent jtas naissance dans quelque région lointaine et que c'est bien le volcan qui les produit, c'est qu'à chaque détonation, il sort delà bouche embrasée une épaisse bouffée de vapeur, et parfois aussi de la cendre et des matières incandescentes.

Hunq)liryl)avy, le célèbre chiniislc anglaisqni giavit le Vésuve pendant (pu' le volcan était en feu, a bien étudié le caractère de ces mugissements.

« Dans (juatre voyages, dit-il, (pie je lis sur le cratère dn Vésuve, j'avais appris à estimer la violence des éruptions d'a- |)rès la nature de la (h'tonalion :nn tonnerre souterrain, Irèssonore et longtenq)s continué, annoinjait une explosion considérable. Avant l'explosion, le cialère |);naissait tranquille.

MONiAr.NES VOLCANIQUES. 97

cl son l'oiiil. sMiis anciiiic ouvcrliirr ;iip|i;ir('iil(', ('hiit coiivci'l (le f(Mi(li-('. Soiiil.iiii (les liniits siuinls cl cunf'us se t'aisaieiil ciilciulrc, coimiic s"ils venaient d'une gnuide dislanee : peu à peu le son ap|)rocliait et ressemblait bientôt à une artillerie i|iii aurait ét('' sous mes pieds. Alors des cendres et de la vapcui- enmnieneaient à s'échapper du fond du cratère : eidin la lave et les nialicres incandescentes étaient projetées avec les plus violentes explosions. Je n'ai pas besoin de dire que lorsque j'étais sur le bord du cratère, étudiant le phénomène, j'étais placé du côté d'où venait la brise, qui soultlait avec force. Sans cette circonstance, il y aurait eu du danger à y rester. Toutes les fois que l'intensité du bruit m'annonçait une explosion violente, je m'éloignais toujours, eu courant aussi vite que possible, du siège du danger'. »

Ces détonations se font parfois entendre à de grandes distances. On a déjà fait observer que, lors de la crise du Cotoytaxi, en I74i, le mugissement du volcan fut entendu dans la ville de Honda, sur les bords de la rivière Magdalena. Nous ferons remarquer ici, non-seulement que la distance qui sépare le volcan et la ville est de '2'20 lieues, en ligne droite; mais encore que la différence de niveau entre la ville et le sommet du volcan, est de 5,200 mètres, et que les deux points sont séparés par les masses colossales des montagnesde Quito et de Pasto, ainsi que par des ravins et des vallées sans nombre. 11 est donc évident ipie le son ne fut pas transmis par l'air, et ipi'il se propagea dans la terre, à une énorme profondeur.

' Sur les phénomènes des volcans, par sir IlLiiniilny Diivx .

98 LKS VOLCANS.

Certes, l;i ])ro|);ii;atiuii du son à des dislauces si emisidérables esl un lait des plus siirprenaiils ; loulelbis, ce qui nous senibli' jilus l'Iraiitic eiieure, c'est (jue, nulle part, ces tei-ribles déloualiuns n"iMi|iiinièrenl au sol un mouvenienl perceptible.

Il en lui de uièiue, en lSl"2, loi'S([ue le morne (iarou, dans l'ile Sainl-\ incent, lit (''ruption. A Caracas, dans les plaines de Colaboza, et sur les bords du llio-Apure, l un des afthients de rOrénoque, c'est-à-dire sur une ('tendue de I ,."00 niyriamctres cai'rés, on enlendit une effroyable délonalion, sans éprouver de secousse, au moment où un torrent de lave sortait de ce volcan, situé dans les Antilles, à une distance de l,'200 kilomètres. C'est, par rapport à la distance, coninie si nneérupli(ui du Vésuve se faisait entendre à Paris'.

Cette fois le bruil semblait si bien transmis pai' l'air, qu'on le prit i>onr des décbarges d'artilleiàe, et qu'il donna lieu, sur lieaucoup de points du continent américain, à des dispositions militaiies.

11 est curieux d'obseiver (juau moment de l'éruption, le sol de l'île Sainl-Vincent n'éprouva aucune secousse, et que les d(''loualions (pii se lirenl entendre à une si énorme distance ne jiarurent pas plus fortes aux liabitants de l'Ile que celles d'un canon de j^ros calibre. C'est là un fait (jui avait été révoipu' en doule; mais il m'a été conlirin('' par tant de ténioiiis oiiilaiics delà calaslropbe. (pu' je le considère comme parfaitement établi.

' Al. dr lluiiibolcJt, Cosmos,

Mn\ T \(;.\ i;s V (» LC A M (J liK S. 9«J

Au ii'slc, iKdis avons, plus d'une t'ois ciilcndu, dans les iles \dlcani(|U('s des Antilles, des hruits souterrains sans (lu'ils tussent aeeonipa^nés lie secousse: c'étaient des hi'uits sourds el ra|Mdes, eoiunie le lirnil d'une lourde voit ure (|ui passe dans le lointain, ils n'avaient ni la violence, ni la duiée de ces {'oi'uiidahles hrantidos ou inugissenieiits soutei'raiiis qu'on enlendit sous la ville de Ciuanaxato, au Mexiipie, el dont Iluiulioldt a donne'' une curieuse relation, d'après les documents que lui avait couinuini(iués la municipalité decette ville « riche et c(''lèlu<'. » (les hruits coininencèrt'ut le U janvier 17Si et durèrent plus d'un mois. .Vprès avoir j^rondé sourdement pendant une (piinzaine de jours, Titrage souterrain se manifesta avec une effroyable énergie; on entendait les éclats secs et brefs de la foudre, alternés avec les longs roulements d'un tonnerre éloigné. Le bruit cessa graduellement. Il ('-tait limité dans un faible espace ; à quelques myriauK"'tres plus loin, on ne l'entendait plus. Il ne fut accompagm'' d'aucune secousse, ni à la surface, ni dans les mines voisines à 500 mètres de profondeui'. Pres(pn" tous les habitants fui'ent l'rappés d'épouvante ; ils quittèrent la ville, où de gramles quanlitt's d'ai'gent en barres se trouvaient amassées, et il fallut (pu' les plus courageux revinssent ensuite disputer ces trésors aux brigands qui s'en étaient emparés.

On imaginera difficilement, ajoute Ilumboldt, à quels excès d'autorité les magistrats de ce grand centre d'industrie métallurgique crurent devoir recoui'ir, lorsipie la teneur, causée par le tonnerre soutei'iaiii, l'-tait à sou comble. '< Toute famille qui prendra la fuite, sei'a punie d'une amende de mille

piastres, si elle est nclu", r[ de deux mois tle prison, si elle est pauvre. I.m niilirf ;i ordre de poursuivre les fuvMrds. » Ce (pi'il y a de plus curieux dans cette iiisloire singulière, c'est la conlianee alTectée par le calbildo ou la municipalité. Dans un de cesarrètésou lit : « La municipalité saura bien reconnaiire dans sa sagesse {en su sabiduria) le moment où le danger sera imminent ; alors elle |)ourra songer à la fuite; pour le présent, il suffit que les processions soient continuées. » L'autorité, dans sa haute sagesse, avait songé à loute chose, même à la liiile ; elle avait seulement oublié de pourvoii' à la subsislauce de celte population, (pi'elle voulail releuir dans la villeinenacée.La fajiiine survint, car la peur des bramnlos empètdia l(\s liabilantsdes hautes terres (rapporter leurs grains au niarclK-. Uuoique la ville de (iuauaxato soil distaiile de 40 lieues du volcan de .huaillo, el de 60 lieues des volcans de l'uebla, Alexandre de Humboldt penche à croire que ce fut le feu atiif de ces volcans éloignés qui produisit l'orage souterrain, don! le liiuil était d'autant plus effroyable, qu'il n'était accompagné d'aucun autre phénomène '.

Au surplus, ces mystérieux bramidos ne sont pas aussi rares qu'on le croyait anciennement, lls^ ont lieu assez fréquemment dans les Andes, et l'on a reniar([ué qu'ils se manifestaient surtout dans les contrées où les volcans sont très-élevés. M. .Iules Reniy, qui a beaucoup é'tudié les phénomènes volcani((ues, assure que, pendant un s(''i(iur de trois années dans les lies Sandwich, où le maiiiiilitiue el lenible volcan de

I \l. (le Humboldt, Essai politique sur lu Souvelle-Espagne.

Af,Mii);il(i;i «'-lève sa ciiiic embrasée à 'k^OO nièlirs au-dossiis du iiivi'aii il(> r(1c(';ni, il n'a |)(iinl (■(ttislah' de liciiildi'iiii'iiK sérieux; niais(iiril a plusieurs l'ois euleiidii des liiiiils souterrains i''|i()iivanlalile.s.

lievononsau mugissement des volcans. Il f'aul avoir entendu les loniKM'i'i^s du San^^ay pour seCaii'i' une idéetle la ])uissanee de ces voix souterraines. Le .Sanyav, un des volcans de la (•haine de 'Jnile, a 5,0(tO mètres d'allilnde el se Ironveeu éi'uplion iiermanenle. En iN'f,", il a nni^i avec laiil de Idrce, ipu' pendant loule celle aun(''e, on l'enliMulil à l'ayla, à une dislance de l'iOiieues, et lorsque le volcan deCoseguina, silué dan- JeGualeinala, lil ('■rnpiiiiu en I SôT), ses mugissements se lirent enlendre sur le plateau de Ito^ota : c'est comme si l'on enteudail dans les duchés de l'Kllte ou en Ecosse, les (h'Iouations du mont Etna en Sicile.

Quels sont les agents qui produisent ces bruits épouvantables? Dolouiieu ' soupçonuail que le l'en iulérieur pouvail dégager l'hydrogène des matières voisines du volran, el ipu' cel ageul subtil arrivait par des canaux souterrains dans le cratère, où il s'enflammait et causait ces détonations. Unand on songe aux t'm-midables explosions que diMerinini' uiu' petite quantité de ce gaz dans nos a])pareils, on peut admettre que dans ces immenses cavernes, il pioduil des elfets bien autrenuMil considérables. Toutefois, nous ci-oyons (pie la principale cause de ces bruits terribles, c'est la vapeur d'eau (pii. brisant les laves qui la conq)rimenl, l'ail

' Voyniiex uiix ilex i/r' Lipari.

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explosion au fond du cratère. Les fracas souterrains causés par ces incessantes explosions se propagent non-seulement à travers l'air, mais encore à travers la terre; el comme les décharges d'arlilleric s'enlendent à plus de vingt lieues, on ne doit |ias s'(''|{inner outre mesure que la voix des volcans, incomparalilciiicnl iiliis forte, ait été entendue à des distances dix fois plus consid(''rables. Toujours les torrents de vapeurs et de llnides gazeux, ([ni circulent dans les cavités immenses des volcans et qui cherchent une issue, mugissent avec fureur ; et l'on peut leur appliquer ces beaux vers de Virgile :

Illi indignantes niagno cuni muiniure montis Circum claustra freminit.

An reste, il est rare que dans le voisinage des volcans, on n'entende pas des bruits souterrains, alors même que le volcan ne se trouve pas dans un état de crise violente. Qnand ce ne sont pas ces grands et formidables mugissements que l'on vient de décrire, ce sont des détonations fréquentes et profondes. Ces bruitssoutexcitéspar les coups que la lave liquide frappe contre les parois internes de la caverne embrasée dans laquelle elle s'agite en bouillonnant : c'est ainsi qu'un fluide qui ('prouve inie forte ébnllition dans un vase fermé et qui n'est pas entièrement rempli, heurte avec violence contre les parois de ce vase. D'autres fois, les pierres qui se détachent du nnir intérieur du cratère, et tombent en roulant dans l'abiuie, ou celles qui, lancées eu haut, s'entre-choquent dans la cavih'', produisent un bruit sourd ([ui, répercuté de toutes parts, resseiublenl au bruissement des vagues de l'Océan.

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