‹ Les voleurs d'orChapitre 10 sur 32 · LA POSTE AUX LETTRES · texte numérisé non relu

LA POSTE AUX LETTRES

Comme l'avait prévu Tom, la marée en montant Qe tarda pas à atteindre Max, qui était resté étendu

sur le sable. Max n'était qu'évanoui. La fraîcheur de Teau le rappela à lui-même. Après s'être tordu comme un serpent, et avoir lutté contre les flots qui allaient l'engloutir, il se traîna sur les mains, et faisant un eflbrt suprême, il se releva. L'instinct de conservation lui rendit vite la mémoire. Jetant autour de lui un regard effaré, il s'assura que le rivage était désert.

• — Allons, se dit-il, vais-je attendre là comme un niais qu'on vienne m*arrêter. J'ai une fortune dans ma voiture.

Il se redressa comme un fantôme, quitta le bord de la mer, et entra dans les taillis ; le vent, qui faisait trembler les feuilles , l'effrayait ; son domestique l'attendait avec là voiture à la place qu'il lui avait indiquée.

Il lui donna une somme importante, à la condition de ne pas reparaître dans le pays.

Il avait hâte d*être seul. Prenant le coffret où étaient renfermées ses valeurs, il s'enfonça dans les bois, qui de ce côté entourent l'Australie comme d'une ceinture.

Son premier projet était de s'éloigner le plus vite possible, et de ne jamais revenir dans une ville où tout était danger pour lui ; mais il fut arrêté par cette main invisible qui conduit l'homme, et qui est souvent en contradiction avec sa volonté. Sa passion pour Mélida, le besoin de rester près des lieux où elle habitait l'aveuglèrent au point de lui

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faire oublier sa sûreté. Il se forgeait à lui-même des illusions et des raisonnements, pour s'étourdir sur les faiblesses ije son cœur. Cet homme implacable était deveQi\ un enfant.

— Que pourraîs-je faire? pensait-il; oùvais-je? Les endroits les plus fréquentés ne sont-ils pas généralement les plus sûrs ? En me déguisant un peu je serai plus en sûretéàMelbournquepartoutailleurs. Une voix murmurait en lui : « Garde-toi de suivre cette idée, elle te perdrai » Mais la passion, plus forte que la raison, Tentraînait.

Il erra tout le jour dans le bois, et quand la nuit fut venue, il se dirigea vers Melbourn. où il entra par Richmond. *

Il loua une petite chambre dans une maison de la plus modeste apparence, se fit couper la barbe, les cheveux, endossa un costume d'ouvrier, et se promit de sortir le moins possible.

Il resta ainsi plusieurs jours, caché à tous les yeux, fuyant le contact des humains, en proie à toutes les terreurs et à toutes les agitations, seul avec ses pensées. Un châtiment horrible commença pour lui : parfois il tombait dans des abattements profonds; il voulait revoir Mélida, se faire arrêter et mourir. Dans d'autres moments , le souvenir de Thumilialion qu'il avait subie dans sa lutte avec Tom, le mordait au cœur. Il voulait tuer Mélida et se venger de Tom, qui lui avait enlevé sa victime. Bientôt la solitude lui devint insupportable ; un

peu rassuré par le'calme qui régnait autour de lui. par le temps qui s'était écoulé, il se hasarda à sortir le soir; il s'avança même jusqu'à Saint- Kilda.

Souvent, caché dans Tangle d'une maison, enveloppé par Tobscurité, il passait des heures entières à regarder les croisées de Mélida.

Un soir, il ne vit plus de lumière aux fenôtres, la maison était vide*

Max rentra chez lui désespéré*

S'il avait osé, il aurait fait des recherches, pris des informations, mais la peur le retint. En reve^ nant le soir, il s'était figuré être suivi» et le lendemain, caché derrière les rideaux de sa croisée, il lui sembla qu'un policeman avait regardé de son

côté avec une attention particulière.

Force lui fut de se condamner à une séquestnir tion absolue.

Privé de la seule distraction qui pouvait l'arrar cher à ses pensées, les ressorts de son âme se détendirent. Il se fit en lui comme une révolution^ Pour la première fois de sa vie, il envia le bonheuf des honnêtes gens. Deux enfants jouaient dans lara^y il les s\iivait des yeux depuis quelques minutes, et il fut tout surpris de se sentir attendri. Il se prit à songer à son enfance, et sentit passer comme un souffle rafraîchissant le souvenir d'impressions de^ puis longtemps effacées de sa mémoire.

Max était né à Lima.

Il n'avait point connu ses parents ; mais en re-

montant bien loin dans le cours des années, il retrouTait Pimage d'une femme qui avait pris soin de son enfance* Elle se nommait Marlhe. Max avait payé ses bontés d'ingratitude, et pourtant c'était la seule personne qui lui eût jamais prodigué ses ivresses ; quelquefois il s'était demandé si ce n'était pas la voix du sang qui mettait au cœur de cette femme des paroles si douces pour lui et de si grands trésors d'indulgence.

Eq ce moment le souvenir de cette femme s'imposa à rame dévastée de Max avec une irrésistible puissance.

Seul, craignant la mort, à bout de passions, rassasié de crimes, il était ramené en quelque sorte, malgré lui, au point de départ de sa vie; et, prenant une plume, il écrivit à sa bienfaitrice pour lui adresser un appel suprême, comme s'il pouvait y avoir . c»iGore pour lui quelque part une espérance de bonheur.

« Pardonnez-moi, lui écrivait-il, pardonnez-moi, « vous qui avez recueilli l'orphelin en haillons » dans votre mante de soie , vous qui l'avez ré- » chaufiTé sur votre sein et qui ne l'avez plus aban- » donné jusqu'au jour où il s'est rendu indigne de » vos bontés ; le jour où votre mari m'a chassé, je » vois encore couler vos larmes. PourqucM mes pa- » rents, au lieu de me déposer à votre porte, ne » m'ont-ils pas écrasé la tête?

» J'étais sans doute Tenfant du crime. J'ai mar- » ché dans la voie où la fatalité m'a poussé ! Si je » vous racontais les horreurs de ma vie errante, » abandonnée, je vous révolterais. Je suis riche, » j*ai plus d*un million à moi, mais ma tète est » proscrite, et j'aime une femme qui me livrerait » au bourreau si elle pouvait; jugez de ce que je » dois souflFrir 1

» Dans mes longues nuits sans sommeil , j'ai » pensé à vous ; votre souvenir a rafraîchi mon cer- » veau brûlant : je me rappelais le temps où, assis » près de vous, vous me parliez d'avenir ; où vous » disiez à votre fille : « Blanche, embrasse-le, mon » enfant, aime-le comme ton frère, il n'a que nous » au monde, » et la petite fille m'embrassait avec » tendresse. Comme elle était jolie avec ses doigts » roses et ses cheveux d'or I et, plus grande, comme » elle était bonne I Si vous saviez les pensées qui » me.sont venues quelquefois à l'esprit... maisnon, » ce sont des rêves insensés. Je n'ai plus qu'à mou- » rir. Si j'échappe au châtiment dont la colère des )» hommes me menace, je mettrai fin moi-même à » ma misérable existence; mais je ne veux pas » mourir sans vous dire adieu, à vous, le seul bon » souvenir de ma vie. Il me semble que je mourrais » moins désespéré si je pouvais emporter votre par- )) don dans la tombe. »

Pour savoir l'effet que produisit celte lettre, nous

sommes obligés de faire assister le lecteur à une scène qui se passait à quelque temps de là dans une des plus belles maisons de Lima.

Un homme d'une cinquantaine d'années, grand, maigre, au teint hâlé, aux traits caractérisés, se promenait avec agitation dans son salon et se disposait à tirer le cordon d'une sonnette, lorsqu'une femme qui était assise près d'une table à ouvrage se leva et vint à lui. Elle avait dû être belle; elle pa* raissait faible ou craintive.

— Au nom du ciel, mon ami, dit-elle d'une voix tremblante, ne m'humiliez pas au point d'interroger vos domestiques devant moi.

— Vraiment, dit-il avec un sourire ironique, il me semble, ma chère Marthe, que quand vous les preniez pour confidents, vous étiez moins fière; votre femme de chambre ouvrait la porte, pendant que les autres épiaient jnon retour.

— Encore I reprit Marthe plus bas ; Raymond, vous manquez de charité, vous m'aviez promis d'oublier.

— Et j'oublierais, répondit Raymond avec moins de colère, si vous ne vous obstiniez pas à me faire souvenir; mais non, on dirait que vous vous plaisez à envenimer une plaie toujours saignante dans mon cœur. Je vous ai défendu de recevoir ses lettres ici, de lui en écrire. Vous ferez tant et si bien que ce bâtard saura un jour que vous êtes sa mère, qulil viendra vous mettre à contribution, et peut-être

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empêcher par un éclat scandaleux le mariage de ma fille.

Raymond tira le cordon de la sonnette à le rompre; un domestique parut.

— Remettez-moi, dit-il avec autorité, la lettre que madame vous a donnée tout à l'heure ?

Le domestique hésitait.

Raymond lui fit un geste impérieux ; il s'inclina et descendit.

Marthe se cacha les yeux avec son mouchoir.

— Allons, dit Raymond avec impatience, il ne vous manque plus que de vous poser en victime et de montrer vos yeux rouges à mes enfants.

— Mon Dieu, monsieur, ayez donc pitié de moi; je n'ai pas écrit depuis longtemps, et si une mère ne pardonne pas, qui donc pardonnera?

— Pour la dernière fois, Marthe, épargnez-moi vos reprQches ; ils sont injustes» je vous l'ai prouvé cent fois. Lorsque je vous ai épousée, vous n'aviez rien, mais je vous aimais. Personne ne vous a forcée à accepter ma main. Votre père savait-il que vous aviez au cœur de Tamour pour un vaurien, bandit sur terre, corsaire sur mer, qui ne pouvait même pas vous donner son nom, puisqu'il était marié? Je rigoore, mais il ne vous contraignit pas. Je fus forcé de faire un long voyage ; vous savez ce qu'il m'en coûta pour vous quitter. Je vous laissais mon cœur, ma vie...

Raymond marchait avec plus d'agitation; ses

traits s'altérèrent II remuait une grande douleur dans son âme.

— Je vous laissais plus encore, continua-t-il en s'arrètant en face de sa femme, qui, les mains jointes, la tète basse, les yeux fermés, semblait demander grâce; je vous laissais mon honneur I mon honneur I pour lequel j'aurais sacrifié amour et fortune; qu'en avez-vous fait?

Le corps de la malheureuse femme se pencha en avant.

Raymond la redressa par un mouvement presque brutal.

— Regardez-moi donc, dit-il, et surtout écoutezmoi pour la dernière fois. En partant je vous ai entourée de tant de soins, de preuves de tendresse, que j'avais au moins droit à la reconnaissance, au respect Au respect 1 continua-t-il les dents serrées avec un sourire de mépris, qui donc y a droit aux yeux d'une femme 1 A peine le canon vous avait-il appris le départ du navire qui m'emmenait, que votre amant était à vos genoux, dans ma chambre.

Il s'arrêta ; Marthe fit un mouvement. Peut-être allait-elle répondre ; mais son mari reprit avec un sourire amer :

— Ah ! je. sais bien que vous allez me dire que vous ne l'attendiez pas, que vous vous êtes défendue, défendue 1 dix minutes à peine.

— Voussavezbien,réponditMarthe,quivenaitenfin ietrouverdes larmes, que j'ailutté contre mon cœur.

— Malheureuse ! s'écria Raymond au paroxysme de la colère, ton cœur, te l'ai-je pris de force? Pourquoi m'as-tu épousé? Parce que j'étais riche et que lu savais sans doute que ton écumeur de mer était marié. C'est infâme de m'avoir ainsi sacrifié 1

— Raymond, vous n'avez jamais été si cruel ; ayez pitié de moi, j'ai failli par faiblesse, mais sans calcul. Ce dont vous m'accusez est odieux!

— Par faiblesse, reprit ironiquement Raymond, par faiblesse, la femme qui, toutes les nuits, jette une échelle par sa fenêtre et met en sentinelles deux domestiques dans la crainte que le frère du mari ne surprenne les rendez-vous ; vous appelez cela de la faiblesse, vous ; mais alors il faut pardonner au voleur qui a la faiblesse de prendre votre argent.

— Ah! si vous aviez été là, Raymond, cela ne serait pas arrivé, mais je suis restée treize mois seule, persécutée par cet homme que j'ai méprisé depuis, autant que je vous ai aimé. Puisque vous m'aviez pardonné, pourquoi me torturer ainsi.?

— Quand j'ai été assez lâche pour vous faire grâce, pour ne pas vous chasser comme vous le méritiez, c'est que votre désespoir me faisait peur, que vous ne m'aviez fait qu'un demi aveu, et que votre amant était mort. Je vous avais pardonné, mais dix-huit ans plus tard, quand j'ai su que le jeune orphelin que vous protégiez, et que vous aviez placé chez moi comme employé, était votre fils, que l'enfant de i'adùUère était sous le toit conjugal, presque traité

comme Tenfant légitime, j'ai cru devenir fou etj'allais vous tuer. Malgré tous les soins que vous preniez à cacher ses vices, je vous ai prouvé, livres en main, qu'il nous avait volés vingt fois. Pourtant vous tenant compte de vos prières et de vos larmes, je l'ai renvoyé sans bruit, sans scandale, me contentant de le menacer de poursuites s'il ne quittait pas cette ville. Je lui ai donné une somme d'argent pour partir, je vous ai fait jurer de ne jamais chercher à le revoir; s'il vous écrivait, de ne pas lui répondre, vous me Taviez promis, et...

Au même instant le domestique entra, tenant une lettre à la main. II la remit à son maître et sortit.

— Eh bien, reprit Rayoïond, en se retournant vers sa femme, qui était tombée à genoux, voici une lettre qui me parait fort longue, à son adresse: « Monsieur Max, poste restante, à Melbourn, Australie. »

Raymond avait soulagé son cœur; en parlant, sa colère s'était passée. Il regarda sa femme, pâle, tremblante ; il s'approcha de la cheminée, prit une allumette, ralluma lentement, et brûla la lettre; puis il vint à Marthe, la releva et lui dit avec douceur :

— Vjyons, ma pauvre amie, sèche tes pleurs; est-ce que je n'ai pas été tout pour toi? Est-ce que dans mes craintes et dans mes reproches lu ne vois pas encore ma sollicitude ? J'ai peur que tu ne le compromettes aux yeux de ta fille; je veux qu'on t'estime, Marthe ! A cause de ce que j'ai souffert,

j'ai le droit de le dire : « Du courage, notre tâche» à .tous, arrive à sa fin : nous mourrons jeunes, parce que notre cœur est bien vieux» »

Marthe ne répondit pas ; ses yeux étaient fixés sur les flammes qui dévoraient sa lettre.

— Tu as raison, murmura-t-elle en cachant sa tète dans ses mains, je lui disais tout; mais aussi^ est-ce qu'une femme peut rester muette à la prière de Tenfant qui lui demande le nom de sa mère 7

— Marthe, dit Raymond presque attendri, on peut toujours luî répondre que sa mère est morte.

— Tenez, fit Marthe en tirant un papier d'une boîte, lisez sa lettre.

Raymond eut un moment de frisson nerveux; mais il la prit et la parcourut des yeux.

— Eh bien, dit-il en rendant la lettre à sa femme, ces misères, qui les a causées ? S'il s'était bien conduit, peut-êlre serait-il encore ici. Qu'aurait fait de plus une mère que vous n'avez fait, Marthe ? Croyezmoi, il y avait de mauvais instincts dans ce cœur. Ne vous laissez pas aller à des sentiments de pitié qui TOUS perdraient sans le sauver. D'après ce qu'il dit lui-même, qui sait ce dont il s'est rendu coupable?... Tenez, continua Raymond avec plus^de tristesse que de haine, je ne veux pas vous affliger davantage, mais je dois vous dire que cet homme, alors qu'il était enfant, avait une méchante nature, et que rien... rien ne me surprendrait de sa part. Ne répondez pas, je vous en conjure.

— Je ne répondrai pas, dit Marthe en se laissant tomber sur une chaise.

Raymond sortit ; il rencontra sa fille, il l'embrassa et il l'envoya près de sa mère.

Marthe, en la voyant, eut un mouvement d'eflfroi, et comme si Blanche pouvait deviner le contenu du papier qu'elle serrait convulsivement dans sa main, elle le jet a au feu.

Raymond, en descendant, ordonna qu'on ne remit qu'à lui les lettres venant de l'étranger.

Les bureaux de la poste, à Melbourn, sont situés dans un grand bâtiment en fer, qui n'a qu'un rezde-chaussée. Les jours où un navire arrive porteur de dépèches, ces bureaux sont littéralement assiégés. Comme aucun émigrant ne sait en partant où il demeurera, toutes les lettres sont adressées bureau restant ; aussi l'immense rue de la poste estelle encombrée de monde. C'est un mouvement, une cohue, un vacarme à défier toute description.

Il y a toujours un grand nombre de policemen à la porte et dans les couloirs pour maintenir l'ordre; mais en dépit de leurs efforts, et malgré la précaution qu'on a prise d'établir un tourniquet en fer, on se précipite, on se pousse, on se bouscule pour arriver plus vite.

Jamais Jeanne n'avait vu autant de monde devant les bureaux de la poste que le jour où il porta la lettre de Mélida. 11 laissa passer devant lui les plus pressés. En promenant son regard vague sur cette

masse, il aperçut un homme dont il crut reconnaître l'allure; mais ce fut une de ces lueurs subites, sur lesquelles la pensée ne s'arrête même pas. Au même instant d'ailleurs, son attention était détournée par Tarrivée d'un jeune homme et d'une jeune femme. La jeune femme portait encore la capote blanche ornée de fleurs d'orangers, marque distinctive en ce pays de la nouvelle mariée.

Elle était appuyée sur le bras de son mari, avec un laisser aller plein de tendresse. Ils lisaient une lettre à deux, leurs visages étaient rapprochés comme pour se donner un baiser.

Joanne les regarda avec envie ; tout son bonheur perdu lui revint en mémoire ; il pensa à la pauvre Louisa qui aurait l'âge de cette femme. Je pourrais être aussi heureux qu'eux, se dit-il; tout son sang reflua vers son cœur. Un soupir qui ressemblait à une plainte s'échappa de sa poitrine; il baissa la tête comme un homme accablé, et lorsqu'il sortit de sa rêverie, le couple avait disparu.

Allons ! pensait-il en s'avançant. Dieu ne Ta pas voulu, puis, passant sa main sur ses yeux, il murmura avec l'accent de la rage : Non, ce n'est pas Dieu qui m'a fait tant soufl'rir, c'est

Joanne était en face de la boîte aux lettres, il y jeta machinalement la lettre de Mélida; mais au même instant, il fit un bond en arrière et dévora du regard un groupe d'hommes assemblés autour d'un guichet; un de ces hommes avait la tête baissée pour

parler à remployé. Joanne ne pouYâit le voir comme 3 le voulaif, il se rapprocha et écouta en retenant sa respiration. La voix qu'il avait devinée, plutôt qu'entendue, avait dû parler fort Las, car remployé fit répéter: Je demande, dit la voix un peu plus haut, si vous avez une lettre au nom de Max.

Un cri qui ressemblait à celui d'un chacal s'échappa de la poitrine de Joanne. Il fendit la foule à l'aide de ses coudes, et se plaça en face de Max qui venait de relever la tête: Je te retrouve donc enfin- ! lui dit-il, avec un rire sinistre.

Max jeta autour de lui des regards éperdus, un tremblement convulsif agita ses membres, il s'appuya à la muraille.

— Eh bien ! dit Joanne dédaigneusement, est-ce

que tu vas t'évanouir, et faudra-t-il que ces braves

geus t'emportent? Il désignait du doigt deux poli-

cemen qui s'avançaient.

Ces mots rappelèrent Max au danger qu'il courait.

— Faites attention, Joanne, murmura-t-il à voix hasse, si vousdites un mot de plus, c'est mon arrêt ûe mort que vous prononcez.

^ Je l'entends bien ainsi, répondit Joanne; à force de me faire souffrir, vous avez endurci mon cœur, j'irai vous voir pendre sans pâlir. A l'aide, policemen, s'écria-t-il en montrant Max, assurez-vous de cet homme, c'est un convict échappé du bagne de Sydney I un assassin !

Un des policemen toucha Tépaule de Max du bâtoai royal. Il était prisonnier.

Un instant Tamour de la liberté le mordit av cœur, et sa physionomie prit cette expression particulière de férocité qu'on lui a vile quelquefois. S'il avait pu se frayer un chemin, même sur des mon* ceaux de cadavres, il n'eût pas hésité. Cinq ou six policemen se rapprochèrent de lui, comme par un un mouvement instinctif, et renfermèrent dans un cercle dont il n'aurait pu sans folie tenter de sortir.

L'accusateur et Taccusé marchèrent à côté l'un ' de l'autre, jusqu'à la porte de la prison, escortés par la foule des curieux.

Rien n'est violent comme les natures douces^ quand, à la longue, elles finissent par se révolter.

Jeanne ressemblait à un tigre qui, voulant dévorer un homme, rencontrerait sous sa dent une cuirasse de fer.

— J'aurais dû te tuer moi-même, disail-il à Max, je me serais mieux vengé.

— Vous auriez eu trop peur que je me défendisse, répondit Max, qui avait retrouvé tout son orgueil Vous avez pris un moyen plus sûr et moins dangereux. Vous êleSvUn garçon prudent, Jeanne, et la prudence chez certaines gens passe pour de la lâcheté.

— Misérable ! criait Joanne fou de colère, je donnerais la moitié du sang que tu m'as laissé pour te . prouver le contraire.

— Gardez donc votre sang-froid , vous en aurez

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oin tout a l'hetire pour aller demander votre répense chez le magistrat. Vous savez bien sans te que ma tète est mise à prix.

- Empêchez-le de minsuller, disait Joanna au xysme de la fuïfeur, ou je vais me faire justice lOi-même.

—Je rirais bien si tu faisais cela, répondait Max ec un cynisme affreux; si tu ne me tues qu'à ilié, tu seras pendu avec moi.

loanne était épuisé. Il n'était pas de force à lutter ce Thorrible énergie de cet homme.

— Comment 1 reprit-il après un moment de sice, il n'entre pas une ombre de repentir dans voàme, vous mourrez sans demander pardon à Bieul Là, en face de cette prison, Mélida est mourante; si vous voyez sortir son cercueil ou celui de ▼otre enfant, vous n'aurez pas une larme, pas un regret?

On allait franchir la porte de la prison lorsque Jeanne prononça ces dernières paroles. Max s'ar- *^> l'œil fixé dans la direction qu'avait indiquée Joanne.

"- U l là ! répéla-t-il comme s'il eût été frappé aocœur;elleestlàI

îû ce moment, comme pour lui répondre, Bijou apparut sur le balcon. Max poussa un cri et étendit les bras en prononçant à demi-voix le nom de ilé- "<•», puis il s'affaissa sur lui-même, et on fut obligé 4e l'emporter

— Il faut que vous nous suiviez, monsieur, dit un des policemen à Joanne, pour renouveler votre déclaration devant le juge.

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