LA PERLE DES FEMMES
Miss Âmy Davidson leva sur Jane ses grands yeui étonnés; elle était loin d'être rassurée, et cependant quelque chose l'attirait déjà vers cette femme qui ^ tout à l'heure^ lui inspirait une véritable aversion.
—N'ayez pas peur, dit Jane, dont la voix était douce et presque tremblante, c'est moi qui vous ai écrit cette lettre. Mademoiselle; c'est moi qui vous ai donné rendez-vous ici.
—Ah! fit Amy, avec un geste de défiance; et que me voulez-vous. Madame?
— Je veux savoir, d'abord, si vous l'aimez.
— Miss Amy prit ce petit air grave et digne de
l'Anglaise blonde qui va prononcer le mot : sAoking !-
178 LE TUEURr
— Écoutez, s'écria Jane avec pétulance, point d'enfantillage, au nom du ciel ! Nous serons amies dévouées toutes les deux, ou nous serons mortellement ennemies. Dites-moi bien vite que vous ne Taimez pas ! ♦
Sa parole commandait, mais ses yeux suppliaient, et miss Âmy sentait qu'elle lui pressait les mains doucement.
—Qui donc? demanda-t-elle enfin.
— M. Christian Mac-Aulay.
— ^Madame ! fit Amy oflensée.
Jaiie 86 méprit et devint pâle.
*— Sèfâit-il donc vrai que vous l'aimez? murmura-
t-elle.
— Mais non, assurément! s'écria miss Davidson.
Jane riant et pleurant lui jeta ses deux^ras autour du cou.
— Merci I s'écria-t-elle avec effusion ,'vous ne savez pas le bien que vous me faites ! Vous êtes si jolie, Mademoiselle I J'avais bien peur de vous. Il faut que vous me connaissiez, et, comme je vous le disais tout à l'heure, nous serons amies, car nous avons désormais les mêmes intérêts. Vous aimez sir Edgard Lindsay, puisque vous êtes venue ; notre avenir se joue du même coup.
Elle s'assit auprès de miss Davidson et garda ses deux mains serrées entre les siennes.
—Ecoutez-moi bien, poursuivil-ellé; je ne suis pas ce que je parais être, et ce masque de hardiesse m'est bien lour^^à porter. Je suis une pauvre jeune fille comme vous, Mademoiselle, une jeune filje qui souffre et qui combat pour son amour. Il m'a abandonnée, il m'a trahie, peut-être qu'il ne pi'aîow plus. TAoi, je Taiine et je Taimerai toujours : c'est ma destinée !
Elle seiitit la main d'Amy qui répondait à son étrânte ; la^ blonde misji avmt déjà poussé deux «ou trois gros soupirs eu levant ses y^ux bl^us vi^rs le ciel»
—J'ai fait tout ce que j'ai pu pour le haïr, emii" nua Jane, pour le mépriser, pour l'oublier; je sentais bien que c'était impossible 1 Mais^ quand il s'ggit de lui, je n'ai plus ni raison, ni conscience?
—D'ailleurs, s'interrompit-elle, comnie si elle i^t craint d'en avoir trop dit, il est bon, malgré le tnsJL (pi'il ma fait ; il est noble, malgré le rôle qu'on lui impose. Son malheur, c'est d'être ambitieux. Hai^t de bonne foi, n'a-tr-il pas le dmt d'être wibitieux, lui le plus beau, le plus intelligent, le plus br#ve des hcœames? Autrefois... oh! j'étais tjcop b^ureuse, il
m'adorait. Maintenant... .mais j'espère toujours^ j'espère et je m'efforce. Quand je n'espérerai plus il sera temps de mourir !
Une larme tremblait aux longs cils de miss Davidson. ^
— Mourir ! répéta-t-elle, vous, si belle et si digne d'être aimée! Oh! non, non, vous ne mourrez pas, Milady,nous unirons nos efforts comme deux sœurs.
— Et combien je vous aimerai, chère petite sœur! interrompit Jane, en couvrant son front de baisers.
Elles étaient là, toutes deux, serrées l'une contre l'autre; la chevelure noire de Jane ruisselait parmi les blonds anneaux de la chevelure d'Amy; elles étaient là, plus charmantes par le contraste, les yeux humides et à la fois souriants. Il n'y avait point d'exagération dans leurs paroles : elles se chérissaient déîà comme deux sœurs.
— Ah çà ! s'écria tout à coup miss Amy en secouant sa gracieuse indolence, je le déteste, moi, ce M. Mac-Aula'y ! c'est lui qui vous fait tant souffrir, et c'est lui qui a perdu Edgard dans l'esprit de mon pèrel
—Je vous en prie, dit Jane, ne l'accusez pas devant moi !
—Puisque vous le voulez, je me tais. Mais com-
ment faire? le commodore est absolu dans ses volontés»
—Nous avons^ nous aussi^ nos volontés^ répliqua Jane^ qui se redressa d'un petit air vaillant.
— Il est le plus fort^ soupira miss Amy.
—Eh bien^ s'écria Jane^ nous serons les plus braves !
Amy se sentait comme électrisée au contact de cette nature hardie.
—Ma sœur^ dit-«lle en appuyant sa jolie tête sur Pépaule de Jane^ je crois que vous me donnerez du courage.
—Moi, j'en suis sûre ! A Fœuvre^j^ ma sooKir ! occupons-nous d'abord de ce duel. *
—Oh! ce duel! fit miss Davidson, qui redevint pâle.
— Étes-vous prête à tout pour Tempêcherî demanda Jane.
—A tout !
—Eh bien, je vais vous dire un grand secret, reprit Jane, qui mit son doigt mignon sur ses lèvres, Mao- Aulay est ici. •
— Ici ! répéta miss Davidson étonilÉe.
Jane souriait tristement.
—Quand il est malheureux, dit-elle, il pense encore
à moi. n m'a écrit ce matia. L'intérêt de ees maiv chands y qui spéculent sur sa folle renommée^ s'esl mis jusqu'ici entre les deux adversaires : Christian est prisonnier dans cette maison.
Amy fraj^ joyeusement ses mains l'une contre l'autre.
— Tant mieux^ tant mîeui ! s'écria-t-elle.
—Ne chantons pas enc(H*e victoire! S'il % pu m'écrire^ il a pu écrire aussi à sir Edgard Lindsay*
•«-C'est vrai j murn^ura miss Davidson^ qui perdit son sourire et baissa la tête.
— Il faut donc empêcher à tout prix sir Edgard d'approeb^r de cette mais(Hi. C'est pour cda que j'ai compté sur vous.
*— Et vous avez bien fait !
'—Vous savez où trouver sir Edgard ? demanda J^e*
—Je sais toujours où le trouver^ répondit jvm Davidson en rougissant.
Elle se leva pour sortir; Jane l'arrêta.
^^Un mot encore^ dit-elle, tandis que sa voi< prenait, à son insu, un accent de gravité, avez-vous confiance en mi^i, Amy ?
-r-Youç me le demandez l s'éeria la blonde fille avec reproche.
— Eii bien ! dites à sir Edgard Lindsay qu'il faut que je le voie ce soir^ sans témoins.
Miss Davidson ne put s'empêcher de répéter i
—Sans témoins?
—Chez moi^ ajouta Jane. J'ai bien des choses à lui dire.
Amy là regarda en faee.
— ^ane» dit^lie^ Edgard ira che2 voùs^ ce soir.
Elle tei\jlit la joue à Jane^ qui la pressa contre soil coeur ; puis elle sortit vivement par les magasins^ en murmurant : A bientôt 1
Jane était seule; elle appuya sa tète sur sa main et resta p^isive. La foule ne cessait point d'encom* brer les comptoirs. Jane n'entendait rien de tout le bruit qui se faisait près d'elle.
—Chère enfant! se disait-elle, on l'aime ! Et cominent ne Taimeralt-on pas? si charmante et si bonne!
Ah ! se reprit-elle , tandis qu'une larme roulait lentement sur sa joue, quelle (fifférence entre nous deuxl
Elle se renversa sur son fauteuil, et regarda sans le voir le trophée d'armes qui lui faisait face.
—Ces idées de fortune l'entraînent et l'enivrent, niurmura-l-elle; mais ne sais-je pas qu'il a bo?> cœur? Je combattrai, je resterai sur la brèche jusqu'au jour
OÙ son mariage aura brisé ma dernière espérance. Et je n^aurai ni fausse honte, ni scrupule. Non 1 car nulle femme ne Taimera jamais comme je Taime, et ne se donnera, comme moi^ tout entière à son bonheur!
Un violent coup de pied ébranla les panneaux g(h thiques de la porte qui communiquait avec les appartements particuliers de M. Lewis. Jane se redressa et reprit sa cravache. Ce fut Taffaire d^un clin à'càl : lady Desdemone Bridgeton se retrouvait elle-même avec toute sa crânerie.
— Ce doit être lui, pensa-t-elle.
Un second coup de pied enleva le pène^ et Christian, fait comme un bandit, se précipita dans la chambre. Il avait Tœil hagard, les cheveux en désordre, et tenait encore à la main le fameux couteau de^table à- l'aide duquel il avait voulu exterminer Sam. C'était bien un prisonnier qui s'évadait de son cachot. A la vue de Jane, il fit un pas en arrière et se mit en garde.
•-Ah! dit-il en la reconnaissant. C'est vous,lhdame!
n avait la voix brève des fiévreux.
—Comme vous voilà fait, mon pauvre Christian f s'écria Jane^ qui ne put réprimer sa gaieté.
— ^Ne riez pas, dit le lion d'un air sombre, je vous défends de rire I Je suis dans une position terrible I
— En vérité? contez-moi donc cela.
— Sur mon honneur. Madame, les coquins me le payeront I Je fais serment d'en assonuner trois ou quatre !
— ^Mais, pour Dieu ! Christian, qu'avez-vous donc?
Le lion s'élança vers elle et lui saisit le bras.
— ^Vous me demandez ce que j'ai ! s'écria-t-il en grinçant des dents ; ce sont des scélérats, lladame I des drôles ignobles! Ils m'ont enfermé! enfermé comme un enfant méchant! De par tous les dia* blés ! je suis sujet anglais et libre ; ils en verront de belles !
— Calmez-vous, je vous en prie, dit Jane.
Christian fut sur le point de la battre ; il écumait.
^Alors vous n'êtes pas indignée de cette violence infâme? reprit-il en croisant ses bras sur sa poitrine; Jane, Jane, vous avez bien changé ! Et voulez-vous savoir ce qu'a imaginé ce honteux pendard de Lewis pour motiver ses excès à mon égard? Madame, il me fait passer pour fou ! pour fou furieux. Madame! Les valets, en m'approchant, s'aiment de balais et de tisonniers...
— Pauvre Christian I murmura Jaoe^ qui se détourna pour sourire.
—J'ai brisé, la porte de ma prison^ espérant gagnw la rue^ mais toutes les issues sont gardées ! Les corridors sont pleins de commit qui ont des pistolets^ et les coupeurs brandissent leurs grands ciseaux dans les antichambres. Figurez-vous que le cuismier a voulu me passer sa broche au travers du corps!
Christian .mettait un tel feu à ce réeit^ que Jane eut beau faire> elle ne put retenir un éclat de rire.
^Yous riez^ Jane I s'interrompit le malheureux lion^ qui laissa tomber ses deux bras le long de son Êorps^ cela vous fait rire^ Madame ! Je vois bien que vous n'avez plus de cœur !
Jane devint sérieuse^
«—Je ne croyais pas mériter vo's reproches^ Christian^ dit-elle ; il y a «ne demi-heure que j'ai reçu votre lettre et me voici.
— Vous êtes bonne^ ma chère Jane^ vous»* Aes 93^cellente ! s'écria le lion> passant d'un extrême à l'autre; vous serez toujours ma meilleure limie, voua qui devriez me haïr 1
1— Pourquoi cela? demanda Jane gaiement.
—Au fait^ c'est vrai^ dit Christian d'un air piqué; j'oublie toujours que vous êtes entièrement câusolée.
Et je dois vous faire compliment^ Madame^ sur la façon vraiment expéditive. ..
Jane eut un sourire espiègle et coquet.
—Vous teniez donc beaucoup h me voîf pleurer éternellement? murmura-t-elle.
—Laissons eela^ dit Christian d^un ton brusque ; je suis fou de vous parler de ces fadaises. Jan^j il s'agit d'une afiaire sérieuse : mon bonaeur est engagé.
—Votre honneur^ mon 6hristian î
—Je vous fais juge : j'avais pris rendez-vous pour aujourd'hui...
—Pour un duel^ peut-être? interrompit Jane gaillardement.
—Pour un duel... qui a déjà été remis quatre fois.
Jane fronça le sourcil et secoua la tête.
—Quatre foisl répéta-t^elle en faisant un cerceau de &a cravache^ circonstance aggravante !
—Vous sentez bien> Jane^ que si je ne piiid me trouver à ce rende^vous^ je suis à tout jamais déshonoré?
—Je ne vous cache pas^ mon ami^ que cela me paraît évident.
Christian joignit ses mains sur son estomac pour h regarder (ivec admiration.
— ^Vous êtes la seule femme au monde pour comprendre ces choses-là, Jane, dit-il, et je suis sûr que vous allez me. servir.
— Gomment donc! s'écria la jeune femme, de tout mon cœur !
Christian se précipita sur sa main et la secoua vigoureusement.
—Voilà ce que j'appelle une amie ! dit-il. Il faut me fournir les moyens de quitter cette maison.
— ^Je ne demande pas mieux. Seulement, si Ton vous a fait passer pour fou, je ne vois pas...
—Cherchons !
— C'est cela, cherchons.
— ^En prévenant la police?
— C'est une idée... Mais la police empêche les duels. ^
—A qui le dites-vous, Jane ! Ah ! coquin, coquin de Lewis! Savez-vous ce qui va arriver? le commodore me regardera comme un lâche, et adiea mon mariage!
•—Ceci est fâcheux au dernier point ! murmura Jane qui se pinça les lèvres.
— ^Fâcheux pour moi et fâcheux pour vous, reprit le lion, car enfin, si je me retire, ce petit Edgard
pourrait bien épouser ma fiancée. Et vous, Taimezvous, Jane, ce petit Edgard?
Jane sourit, tourna la tête et balbutia :
•—On ne peut donc rien vous cacher !
— Joli choix, pardieu! joli choix! grommela Christian. Ah çà 1 nous tfen sortirons pas! J'ai beau chercher, je ne trouve rien.
Il §e frappa le front tout à coup.
— ^Victoire! s'écria-t-il ; nous y sommes! j'ai le moyen !
—Voyons le moyen, fit Jane en dissimulant son inquiétude.
— Le Commodore, ma chère ! Faites seulement savoir au commodore l'embarras où je me trouve; dites-lui que je l'ai choisi pour témoin, et je vous jure qu'il me tirera de peine.
— n en serait bien capable ! pensa Jane.
Elle ajouta tout haut :
— ^J'approuve le moyen, et je suis prête.
Christian ne se sentait pas de joie.
— ^Voîlà mes drôles qui viennent, dit-il. Partez vite, Jane I
Lewis et Carter avaient déjà passé le seuil et
^'avançaient avec précaution.
—Dieu veuille que je rencontre le commodore!
190 Ui TUEUR *
pensait Jme, Vàcm Christian Tattendra longtemps!
— Comptez sur moi^ ajoutâ-t^Ue ea prenant congé.
— ^Vous m^aufea sauvé plus que la vie I dit le lion qui lui baisa la main.
Lady Desdemone Bridgeton passa oomme une reine devant la haie des fournisseurs respectueux^ et disparut par la porte des magasins «
Ce n'était pas seulement le quatuor important composé de Carter^ de Lewis^ de Staunton et de Filowski) on avait convoqué rarrière-l)an des intéressés : l'association tout entière était réunie. Il y avait un chapelier^ un chemisier^ un bonnetier; il y avait un coiffeur^ un bijoutier^ un dentiste; il y avait un marchand de meubles^ un fabricant de chocolat^ un entrepositaire de vermouth^ et d'autres dont le dénombrement' serait par trop homérique. C'était une armée.
Us se tenaient rangés au-devant de la porte^ le chapeau à la main et Téchine courbée; on voyait bien qu'ils^étaient prôts-à faire toutes les soutiiissions possibles pour regagner les bonnes grftces du eher lord. ^
Le cher lord jetait sur eux de fauves regards^ et semblait aiguiser la foudre dont il allait les fk^apper.
**-ApproeheE ! dit-il tf un accent terrible.
Les fournisseurs tressaillirent sur toute la lign#* (Christian se redressa <
— Voulea-vouft me dire quel jeu nmn jouôHi ensemble? reprit-il en contenant sa voix; aveè-tmià eni que j'étais un croquaAt de Totré espëèlit Parce que je vous al loué mon corps^ à vous^ Moiîsietlf^ ^ Carter, pour orner vos voitures et faire vaidr* vos obevaux; à vous, Motisieur LeWis, pouf thettrë en lumière le drap que vous vendez à trois ceîitst potii* eent de bénéfice; à vous, Mohsleur FlloMrskl, jk)ur donner un certain vernis à vos chaussures ; à VÔtlâ tous enfin pour illustrer Vos produits divers, et ehanget votre plomb en or, avei-VôuS cru que jô vous avais vendu mon hotineur !
Filowski joignit ses mains osseuses éù 11 y ttvètlt beaucoup de verrues et beaucoup de bàgttes.
— Une si coupable pensée!... cottiiwencërent à là foi» Carter et Lewis;
•^Messieurs, vods toud étés trompas, corttîtiuâ Christian, si f Otts âtez cru cela, C*cfst mol qui tous le dis!
^«-Hélas! èhèt Monsieui*!... voulut Interrotîip» Staunton.
âi^La pâi* I i& me èhai^ge de tous faire vdf j moi,
la différence qu'il y a entre des banquistes et un homme de cœur !
— ^Banquiste! soupira Fiiowski. Ah! banquiste! moi qui avais cinq mille paysans esclaves quand la Pologne était libre !
—Voyons, cher lord, de quoi vous plaignez-vous ? demanda Carter d'un ton pénétré, M. Lewis vous aurait-il laisser manquer de quelque chose?
— Je crois que vous me raillez ! rugit le lion, qui bondit et saisit Carter au collet.
Personne ne fit un mouvement pour défendre le maquignon en péril. .
--Permettez, permettez, dit-il avec supplication; je suis père de famille ! Nous sommes tous pères de famille ; nous avons fait fabriquer à force; nos maga* sins regorgent...
— Que m'importe cela? s'écria Christian, qui le secouait à tour de bras.
—Vous pouvez me tuer, sanglotait Carter, je vous dirai la vérité. Quand une vie est précieuse comme la vôtre, on n'a pas le droit de la jouer! * — Se battre 1 appuya Lewis, pendant que le maquignon respirait, c'est bon pour les petits jeunes gens, auteurs ou artistes!
—Mais un homme d'importance ! ajouta Staunton.
—Songez, Mîlord, songez, s*écria Carter, qu'il y a des millions sur votre tête!
—Songez, Milord, songez, répéta la voix attendrie du Polonais, que vous êtes le patrimoine de nos enfants !
Il y eut un mouvement général, et tous les fournisseurs, accueillant celte idée sympathique, entourèrent le lion en répétant les larmes aux yeux :
—Oui, Milord, oui, vous êtes le patrimoine de nos pauvres enfants !
Christian lâcha prise, tant il fut stupéfié. D y avait je ne sais quoi d^anthropophage dans l'émotion de tous ces braves gens. Christian eut comme un éblouissement ; il les vit tous avec de grandes dents affamées, prêts à le dépecer et à le manger en famille.
—Alors, murmura-t-il en reculant d'un pas, vous prétendez...
—Nous ne prétendons rien, dit Carter; nous sommes littéralement aux pieds de Votre Seigneurie.
—Humbles, poursuivit Levns.
—Soumis, ajouta Staunton.
—-Dévoués sincèrement et profondément ! acheva Pilowski.
—Nous étendons nos mains vers notre cher lord^ reprit le maquignon, et nous lui représentons avec
184 LE HJJEVR
respect qu'il ^agit tout au plus de vîBgt-^uatre heures.
•^Mais» misérables que vous étes^ gronda Ghristiao^ ^s vingH[uatre heures suffisent è^ me désb^ norer!
r-Du tout! repartit Carter en clignant de Pœil avee trioniffee^ ear il avàit> eette fois^ un argumrat sans réplique; du toUt> Milord! Nous tenons les Journaui^ vous savet bien } les journauï diront tout simplement que sir Edgard Lindsay a eu peur el a pris la fuitê«
L'indignàti(»i étouffât Ghriètian^ il ne put dirs fn'un mot i
«^Infamie ! infamie i
Isa fournisseurs se regardèrent. On araît fait toitt
ce qu'on avait ptt.
# — Il faut bien pourtant que nous écoultOBS tm
produits^ dit Carter^ exprimant l'opinion de tous^ et
puisque Ba SeigfieUrie ne Teut entendre à mB) j«
propose...
— J'appuie! interrompit LewiSy en prêtant l'oreille à un bruit qiii se faisait dans les magasins...
— On vient, dirent à la fois Staunton et Filowskl.
Cafter s'avança v«rs Cbristian et dé^siim un cérémraieiis salut.