DE TI0RE9. IM
«-En sommej dii-il résolument, nous n'avons pas dépensé notre argent pour le roi de Prusse^ et Yoty^ il^eurie est priée fie rentrer dans sa chambra.
—Userie^-vous de la violence? s'écria le lion^ qui se mit sur la défensive.
^Avec regret^ répondit Carteri qui donna de la main le signal du combat, et seulement à la dernièr0 ^trémité. Youles-vous nous suivre^ Monsieur Mac- Âulay? Non !... Messieurs^ prétez--moi main-forte^ at mxunenons M. Hac-Âulay !
Au moment où Tintrépide Filowski retroussait ses fflanches pour commencer l'attaque^ des voix s'âe- Yèrent du côté des magasins^ dont la porl€^ s'ouvrit brusquement. On vit le commodore Davidson boxant m domestique qui essayait de lui barrer le passage. Edgard était derrière le commodore.
L'armée des fournisseurs s'arrêta eoaaternée,
—Ah ! ah ! s'écria le commodore, en portant uH WXfi de poitrine au domestique : souvene^vous de IDon nom> l'ami : Robert Davidson 1 Je vous permets de dire partout que je suis un original. Entres^ Edgard. Tiens, voici Hac-Aulay ! Mac-Aulay^ avezvotts vu mon coup de poitrine? Mais quelles figure» ils ont tous! ajouta-t-il en regardant les fouviiis«' saurs.
—Jane a tenu parole^ pensait Christian ; qudMI femme ! I
Il salua Edgard^ qui restait froid et roide auprès de la porte. Puis il se tourna vers les associés.
— Vous ne vous attendiez pas à celle-là, n'est-ce pas? dit-il avec triomphe ; Monsieur Lindsay, je suis à vous, partons !
— La voiture est en bas avec tout ce qu'il faut, répliqua Edgard, partons !
— ^Partons ! s'écria le commodore. Je suis témoin naturel et nécessaire.
Les fournisseurs, qui avaient eu le temps de se remettre, s'étaient massés au-devant de la porte, et tenaient une manière de conseil.
— ^11 faut payer de sa personne ! disait Carter, non sans un léger tremblement dans la voix.
—Nous sommes six contre un, ajouta Filowski, déployons du courage !
—Place ! s'écria Christian en s'avançant vers eux.
Carter parla tout bas à ses compagnons, qui firent un signe d'assentiment.
— Milord, répondit-il à Christian avec résolution, notre parti est pris : vous nous passerez plutôt sur le corps !
—Eh bien l nous vous passerons sur le corps !
(Récria le Hon^ qui s'empara d'une chaise gothique et
la brandit au-dessus de sa tête.
Ëdgard prit un mannequin^ et le commodore saisit
ia machine à toiser qui lui avait donné méchamment
^ux pouces de plus qu'à Mac-Aulay.
—Attention^ vous autres I conunanda Carter aux Ifournisseurs qui s'étaient divisés en trois ou quatre
I groupes, et vivement ! Allez !
Ce fut un coup de théâtre. A ce signal^ tous les associés s'éclipsèrent conune par magie par les différentes portes^ et l'on entendit en même temps le huit de toutes les serrures qui se refermaient en dehors.
LA GUERftË bES TITANS
Ghriâtian tenait teiijoats à la main sa ehaise gothique^ Ëdgard son mannequin^ le coimmodore sa machine à mesurer; ils restaient en face les uns des autres^ Tair penaud^ la bouche ouverte. Des éclats de rire étouffés se faisaient entendre derrière toutes les portes.
— Que veut dire ceci? s'écria Edgard le premier.
Le Commodore jeta S9 machine métrique et s'élança vers la porte des magasins^ dont il secoua le bouton.
r— Fermée I murmura-t-il.
— ^Fermées ! répétèrent Edgard et Christian qui venaient d'éprouver les autres serrures.
— Il n'y a pas à se faire illusion^ ajouta le tueur de tigres^ nous sommes prisonniers.
— Toat cela par jalousie, dit le commodore; je pénètre leurs desseins : on a voulu tout bonnement ffî^eoipécher d'être votre témoin !
Edgard se promenait à grands pas dans la chambre.
— Il faut pourtant en finir, dit-il.
— tMonsieur^ répliqua Christian avec aigreur^ je m& tout aussi pressé que vous !
-rrEt moi donc ! s'écria le commodore ; c'était une occasion unique. Voyons la fenêtre !
n souleva le châssis et regarda au dehors^
— Peste l fit-il en se retirant vivement, c'est un peu haut; Messieurs, reprit-il en se rapprochant de ses compagnons de captivité, je vous propose de mettre le feu à la maison.
Edgard et Christian haussèrent les épaules ; le commodore les retint diacun par un bras.
•—C'est original^ n'est-ee pas? dii-ilj oomprenes^ iQoi bien : tous ceâ vieux meubles vont brûler comme paille; on viendra au secours, et nous noua esquive» rons adrioitementt
— Pardieu I dit Christian^ battons-Hous ici 1
--4e vous remercie d'avoir eu ôette idée^ s'écria Edgard avec chaleur*
*-Moi aussi, Mac-Àulay^ moi aussi, fit le commo? dore qui fouilla précipitamment dans ses po^s<
Rien de plus aîsé^ grâce à Dieu ! voici la poudre^ voici les balles...
— Diabolique ! diabolique, s'interrompit*il d'un air désespéré; les pistolets sont restés en bas dans la voiture.
Les deux jeunes gens firent un geste de défit
— ^Écoutez, reprit Robert Davidson^ à la guerre comme à la guerre^ n'est-ce pas? Vous pourriez toujours boxer un petit peu pour vous entretenir.
— ^Monsieur, dit Edgard solennellement^ c'est un combat à mort qu'il me faut.
—Une anne! nous ne trouverons donc pas une arme ! grondait le lion qui perdait patience.
Le Commodore se tordait les bras.
•—Mes amis^ mes chers amis^ dit-il^ vous êtes en train^ véritablement^ c'eût été magnifique^ et je donnerais tout au monde pour vous tirer d'embarras... Voyons ; voulez-vous prendre chacun un de ces tisonniers?
Il montrait les deux lourdes barres de fer appuyées contre les parois du foyer.
—Bien entendu, ajouta*t-il en voyant que les deux jeunes gens souriaient avec dédain, bien entendu que nous les ferons rougir au feu préalablement.
Edgard et'ttiristian tournèrent le dos.
—L'excessive originalité de cette idée les effraye, pensa le commodore; je vais imaginer quelque autre chose.
f>eux ou trois minutes se passèrent.
—C'est un supplice ! dit Edgard en frappant du pied.
» —-Morbleu, Monsieur, s'écria Christian,vouIez«vous en venir aux tisonniers?
Le commodore se mit à genoux devant le foyer et fourra les deux barres de fer entre les charbons.
Mais Edgard et Christian poussèrent à la fois un cri de joie; ils venaient d'apercevoir les deux trophées. C'était tout un arsenal qu'ils avaient à leur disposition. Us décrochèrent les masses d'armes : 06 n'était pas facile à manier ; ils décrochèrent les épées à deux mains et firent la grimace; le conunodoreles suivait de l'œil dans tous leurs mouvements, et une allégresse infinie lui dilatait le cœur.
n était là, lui Robert Davidson, seul témoin des péripéties excentriques de ce drame; il grandissait dans sa propre estime et se sentie croître à la taille d'un géant.
•^Tout cela ne vaut rien, «dit Edgard, prenons les arquebuses.
2(^ LE TFEUR
--^Les arquebuses! répéta Christian qui monta sur une chaise^ c'est évidemment notre affaire !
Le Commodore appuya ses deux mains contre son cœur.
— De toute beauté l ^fit-il avec un sérieux enthOHsiasmôt Mes amis J'ai voulu vous laisser le mérite de ridée ! Sir Edgard^ tenez^ vous êtes un vrai gentld? man! si vous tuez Mao-Aulay^ je vous promets que vous serez mon gendre !
Christian époussetait son arquebuse; Robert Davidson la lui prit des mains : il çiontrait un z^ im comparable.
^^Laissez^ dit-il^ c'est ma besogne i Je vais ebar^ ger} préparez les fourches et les mèches.
Eldgard et Christian placèrent les fourched fMk* vis Tune de l'autre aiix deux extrémités de la salle.
^Un peu loin ! fit le commodore. Après ça^ teê arquebuses doivent avoir la portée du canon. Dites* moi^ j'avais apporté vingt-quatre balles^ j'^i meis douze dans chaque^ n'est-ce pas?
•*— Douze balles 1 répétèrent Christian et sir Edgiirdt
-^e n'ai quecela^ naes amis.», à la guerre eommi à la guerre ! Je pense qu'avec six charges es poudrs cela pourra marcher ?
Edgard et Christian firent une grimace inv^knitâirei
BB TIORSS. JK»
—Il reste quatre charges dans ma poire^ poursuivit le Commodore^ je vous les partage fraternellement^ puisque vous paraissez le désirer.
Tout en parlant^ il bourrait les arquebuses à tour
-rAye9rV0i}0 les màcbes? demanda-t-il> Bonl«»i Quel tapage cela fera demain dans les journaux I Jei âôQperai moiHnéjina tous les détailsM. £t il faudrait <iue les rédacteurs fusseat bien idiots pour ne psui VD^ter quelque utidse emum ceci : « I^ seul témoin de ce duel prodigieux était le brave (oommodore Oi^ vidson, si eonau psr son originaUté. »
0 se frotta les mains> tandis que Christian et son Adversaire regardaient les arquebuses chargées avee «ne sorte de défiance.
'^ions^ am chers ^axû», reprit le coniinodore^ en place ; voici vos armes !
Au moment oùEdgard et Christian prenaient chacun une arquebuse^ il ajouta sans sourcilla :
—Désirez-vous que quelque chose soit fait aftfès votre mort?
--lia dernière pensée à votre fiUe^ Monsieur, dit tout bas Edgard,
—Bien î très-bien ! mon pauvre garçon, Je remplie ,. fai votre message» . . Et vous, Mao^ulay ?
Christian pensait :
— Jane ne m'ainïe plus !
Il prononça tout haut et d'une voix ferme :
—Rien !
—Plein de caractère, ce rien! murmura le commodore; j'en ferai cadeau à lady Bridgeton pour sa prochaine tragédie.
—A vos pièces ! mes enfants^ commanda-t-il en se penchant vers la grille de la cheminée pour allunier les deux mèches. Je pense que pas un seul Aof^ ne pourra se vanter d'avoir vu pareille chose !
Les arquebuses étaient d'aplomb sur leurs fooT' ches. Edgard et Christian reçurent les mèches sans mot dire. Nous sommes forcés d'avouer que leur ardeur était un peu tombée.
Le conmiodore^ au contndre^ ne se possédait plus.
—Tout est bien réglé conune cela^ dit-il. Visez avec soin; au troisième coup^ vous Urerez.
D frappa dans ses mains.
— Une! Bt-il, deux!...
Edgard et Christian détournèrent la tête en fe^ maiit les yeux à demi. Les yeux du conunodore 'V flamboyaient comme deux étoiles.
—Trois I prononça«t-il avec éclat.
On peut être très-brave et ne pas aimer à se battre dans une chambre close^ à trois mètres de distance^ avec des arquebuses bourrées de hait charges de poudre et de douze balles. Ce n'est pas un combat en efiet^ mais bien un double suicide. Edgard et Christian ne pouvaient pas conserver Tombre d'un doute; leur dernière minute était commencée. Ils répugnaient également tous les deux à cette boucherie stupide qui ne donnait satisfaction ni à Tun ni à Tautre^ et qui^ après la lutte, ne laissait point de vùnqueur; mais ils n'osaient pas reculer parce que le Commodore était là.
Beux hommes d'intelligence et de cœur pourtant 1 deux caractères décidés qui n'eussent point faibli devant une contrainte sérieuse ! Le préjugé les tenait; la présence d'un foules garrotait.
Ils allaient se mitrailler à bout portant^ parce que ce pauvre bonhomme, Robert Davidson, avait dit : une ! deux î trois 1
Les deux mèches s'abaissèrent vers le petit cône de poudre qui recouvrait la lumière des arquebuses. D faudrait être Anglais et féru pour exprimer dignement ce qui se passait dans la tête du commodore. C'était une fièvre froide, un délire à la glace,
niais c'était bien de la fièvre et du délire. Son imagi-
nation travaillait; il voyait par avance le résultat des deux explosions. Ëdgard et Christian allaient dispa-* raître criblés^ déchiquetés^ anéantis. Les arquebuses allaient peut-être crever? Peut-être que la aiaisoo allait sauter !
Quel monient dans la vie du comnu>dore I quelle attente ! qqe d'angoisses et que de joie !
C'était^ h tout prendi^e^ un excellent hoi3ima> qm ne voulait de mal à personne ; il aimait beaucoup sii Ëdgard, et encore plus Mac-Aulay. Mais sa ë^m^ songez-y, mm sa renommée d'eccet^tricman, scfdlée à tout jamais par un coup de tonnerre!
Il respirait à peine, son cœur et ses teniptes battaient.
hes deux mèjches touc)aèrent les ^niof ces m mêm» instant; le commodore tourna, sur lui-naéme et poussa un cri 4'allégresse extravagante. La poudre brùta silencieusement et lança vers te plafond une double spirale de fumée. Ce fut tout.
Ëdgard et Christian resti^rent immobiles et plus pâles que des cadavres ; ils ne savaii^t pas m justa s'ils étaient mort£ ou vivants.
— Keu me danme 1 fit le c^Humôdore en se ém* nant un grand coup de poing dans la poitriiis, eei ehoaes-là n'amvâii qu^à moi I
•—Nous allons recommencer, reprit-îl tfuti ton insinuant^ car la piteuse mine des jidversaires lui causait bien de l'inquiétude ; ce n'est rien du tout, mes chers amiSé.. un peu de rouille dans les cheminées.
n prit une longue épingle sur la pelot.te de M. Lewis et se mit à déboucher les lumières des arqtiebiiftesA
—Faites vite ! murtnura Edgard d'une voil altérée; cette attente est intolérable!
—Le fait est, ajouta Mac-Aulay en faisant pour sourire uft effort inutile, qtfon n'est pas Ici sur un lit de rosés !
Vous auriez eu pitié. Leurs visages se décomposaient comme si un poison violent eût agi sur eux. Quand leurs regards tombaient sur les gueules béantes des arquebuses, une sourde convulsion agitait leurs membres, et de grosses gouttes de sueur Voulaient le long de leUrs joUes livides.
Mais ils restaient à leur poste,
"--C'est ma faute, disait le commodorè, bavardant comme tin dentiste qui veut amuser son patient ; je suis un maladroit! Si j'avais songé à cela plus tôt, tout serait fini maintenant.
•^Là ! s'înterrompit-il> après aVolr renouvelé les
amorces; cette fois^ nous allons marcher comme sur des roulettes. Je réponds de tout ; ajustez !
Les deux agonisants se mirent en joue^ soutenus qu'ils étaient par je ne sais quelle force machinale.
— Y êtes-vous? demanda Robert Davidson— Une ! deux!...
Un cri de détresse retentit au dehors. H. Carter avait eu la curiosité de mettre Tœil à la serrure. ÏÏ ouvrit la porte et s'élança tout haletant dans la chambre.
—Trois 1 fit le commodore en se jetant à sa rencontre; feu! mes enfants^ feu! vous avez tout le temps!
Les fournisseurs étaient déjà entre les deux adversaires. La pose du tendre Filowski rappelait celle de cette jeune Sabine^ agenouillée^ dans le tableau de David^ entre Romulus et Tatius.
Le commodore désespéré s'était laissé choir dans un fauteuil.
— Affaire manquéeî affaire manquée! répétait-il sans savoir qu'il parlait; je n'ai pas de bonheur!
Les autres poiies s'étaient ouvertes, la salle était pleine de fournisseurs. Derrière eux se tenaient discrètement quatre constables avec leur baguette.
— Messieurs^ leur dit Carier; veuillez faire votre devoir.
Edgard et Christian n'avaient pas encore prononcé une parole; ils avaient Tair de deux hommes tombés d'un premier étage et qu'on vient de relever tout étourdis.
— Lequel de ces deux gentlemen est sir Edgard Lindsay? demanda le chef des constables.
— Celui-ci, répondit Carter.
Le constable s'avança vers Edgard et de sa baguette lui toucha l'épaule en disant :
— Au nom de la reine! sir Edgard Lindsay, je vous arrête pour une lettre de change de cinq cents livres. •
Il tenait à la main des chiffons qui naguère étaient dans le portefeuille de Carter.
Ceci fit sur Edgard l'efifet d'un seau d'eau fraîche.
— C'est un guet-apens ! s'écria-t-il en retrouvant tout à coup son sang-froid.
Puis il ajouta en regardant Mac-Âulay avec un sojuverain mépris :
— Ce sont de vieux moyens, Monsieur, mais qui réussissent toujours.
v-*Oseriez-vous penser?... s'écria Christian;
Ud LE TUEUR
•^Je pense que tout oelâ était eonceHé d'aVance^ répondit Edgard en lui tournant le dos.
Le commodore s'était levé latiguis6ainment; il s^apprdchai Les dernières paroles d'Edgard furent pour lui comme un trait de lumière*
— Ah! Mac-Aulay! Mac-Aulay ! dit-il ave(5 méM- 6oUe; e'est dcme Téritablemeni votisi qui ttteÉ fait manquer Faffairè?
—Emmenez M. Lindâfty! tottitiidiida le cOiistable à ees hommes.
— Je vous retrouverai, Monsieii#> dit Edgard k Christian.
-^PlttB tôt que vous ne penser, Motisieur, répliqua le lion, car Je vais m'occuper de payer vos cinq eents livres pour avoir le plaisir de vous revoir.
Au moment où sir Edgard sortait, eifitratilé (jar les constables. Carter s'approcha dli comniodore et Im toucha le bras.
— ^Yous ne devinez pas? fit-il en seuriant et k
demi-voix.
—C'est pourtant bien simple, dit arec finesse le sensible Filowski en Fabordant de l'autre côté.
— Quoi donc? demanda le commodore;
Carter haussa les épaules | Filowski cligna de l'œil j
Dfl TIQRBS. 811
Lewi$ et Staunton eurent un rire méprisant et plein d'ironie.
—Que veut dire tout cela? »*écria le oommodôre impatienté.
—Cela veut dire^ Hilord, répondit Carter^ que le petit homme n'est pas maladroite m U s'est fait arrêter exprès.
Le Commodore fut aussitôt frappé d'un nouveau trait de lumière.
—Bah! fit-il^ vraiment? Et moi qui soupçonnaict cecherHac-Aulayl Je sais bien ce que je vais faire; je vais lui donner ma fille.
n se précipita vers Christian^ qui restait seul et pensif auprès de son arquebuse. Mais^ à moitié cheniin^ il fut arrêté par un gros gaillard^ marchant les daains dans les poches, et qui lui barra sans façon le passage.
Le Commodore recula d'un pas. et mit le binocle à l'œil.
—Encore ce drôle 1 fit-il ett reconnaissant Tom Borne qui avait pu pénétrer jusqu'au fond dil sanctuaire, à la faveur de la bagarre.
Tom avait une figure de bonne humeur* ■^Gomment va? dit-il en faisant à Mac-Aulay un signe de tète familief ; j'ôi mangé mon argent.
— Voilà un coquin qui nous ruinera! dit Carter à ses asiâociés.
•Christian tira son porte- feuille.
— Je sais ce que tu veux, commença- t-il.
Le Commodore lorgnait toujours; il prit une pose méditative et pensa, frappé qu'il était d'un troisième trait de lumière.
— ^Est-ce que lady Bridgeton aurait dit vrai? C'est une femme comme il faut... Pourquoi Mac-Aulay ne jette-t-il pas ce maraud à la porte?
— C'est vingt-cinq livres! n'est-ce pasîditChristiao.
— ^Vingt-cinq livres ! s'écria le commodore , tous les quatre jours ! Il me vient une idée bien extraordinaire! Mac-Aulay est peut-être un ancien brigand de la Calabre. II portait alors un autre nom, et cet homme de mauvaise mine était son lieutenant ; il est obligé aujourd'hui de lui donner de l'or pour payer son silence.
— Non, non, ce n'est pas vîngtrcinq livres, répliqua Tom qui haussa les épaules.
Christian referma le portefeuille. Tom lui arrêta le bras en disant :
— C'est cinquante livres, cette fois-^î.
Mac-Aulay hésita un instant, puis il remit à Tom Borne cincj banknotes de dix livrçs,
— C'est cela ! s'écria le commodore; j'ai pénétré le secret de Mac-Aulay! Un autre s'éloignerait avec horreur. Moi, je vais profiter de l'occasion pour faire quelque chose de souverainement original... Je vais être le beau-père d'un ancien brigand de la Calabre !