‹ Les voleurs d'orChapitre 28 sur 32 · GÉNÉALOGIE DE PARALLÉLIPIPÈDE · texte numérisé non relu

GÉNÉALOGIE DE PARALLÉLIPIPÈDE

Sir Edgard Lindsay appartenait à une famille considérable ; c'était un jeune homme doux, modeste et d'une rare distinction ; avec un peu plus de fortune, il eût fait assurément grande figure dans le monde. Hais sir Edgard n'était pas très-riche. Son père ne lui avait laissé, en mourant, qu'une gentilhommière démantelée et un nom insirit honorablement au baronnetage du Royaume-Uni.

, C'est en Angleterre, surtout, que les réputations se font vite. La gloire anglaise a toujours je ne sais quel faux air d'engouement. A Londres, la vogue naît par surprise et s'épanouit du soir au matin,comme un champignon de couche. Peut-être à cause de cela, l'Anglais regarde avec une certaine défiance mêlée de dédain quelques-uns des sentiers mal fré-

quentés qui conduisent au temple de la gloire : la littérature, par exemple, surtout cette littérature qui se produit par la voix des journaux et des recueils périodiques.

Il faut Tavouer, le journaliste de Londres est à peine gentleman; il occupe, à peu de chose près, cette position subalterne du poète librettiste en Italie. Tel lord épousera volontiers une danseuse de second rang, ou une cantatrice légèrement dépréciée, mais Sa Seigneurie ne donnera pîts le doigt à un folliculaire. En France, au contraire, Mécène, marquis ou banquier, invite les gens de lettres à sa table et n'épouse pas souvent les actrices.

On pourrait presque dire, qu'audelà du détroit, tenir une plume est métier de femme, car cette défiance méprisante qui étouffe les premiers vagissements du poëte, s'évanouit, dès qu'une fille d'Apollon accorde son luth inconnu. Tout livre qui porte sur sa couverture le nom d'une femme éveille chez nos voisins une curiosité soudaine. Pour peu que la fauvette nouvelle ait dans le gosier deux ou trois notes passables, la bienveillance devient tout de suite entraînement : la fièvre commence; Londres se détermine flegmatiquement à être fou delà muse; les hommes-affiches portent son nom radieux sur leur

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dos, et les confiseurs mettent leurs pralines sous le patronage de sa renommée.

Quelquefois même, et c'est Tapogée de la vogue, la muse devient, à son insu, marraine d'une jument savante du Ratty's new amphithéâtre, qui est le cirque olympique 4e Londres.

Sir Edgard était modeste, nous Tavons dit, mais il était poète, et, par conséquent, il avait soif de succès. Pour cela un peu, un peu pour la raison qui engageait autrefois les grands seigneurs à jeter sur leurs épaules un manteau couleur de muraille quand ils couraient les aventures de nuit, sir Edgard avait mis ses premières poésies sous te nom fantastique de lady Desdemone Bridgeton. Depuis quatre jours, il savait qu'une femme, une véritable femme portait ce nom de lady Bridgeton ; cette femme se parait de sa gloire à lui, et respirait sans façon l'encens qui brûlait pour l'auteur de David Rizzio. Il l'avait aperçue; elle était belle comme l'Amour; sans la besogne terrible que lui avait donnée bien inutilement son duel avec Christian Mac-Aulay, sir Edgard n'eût point attendu quatre jours pour avoir le mot de cette énigme bizarre.

Mais enfin, il allait voir lady Bridgeton, son charmant sosie I Edgard n'avait nul parti pris sur la con-

duite à tenir dans cette entrevue; il se sentaîl»fort à l'aise; tous les avantages étaient de son côté. Ea somme^ il penchait pour la clémence.

Jane parut en toilette de ville^ simple^ mais, d'unft élégance exquise; Edgard s'avoua involontairement que son pseudonyme n'était point trop mal porté. II se disait, car les poètes eux-mêmes raillent cette pauvre poésie :

— ^Jamais tache d'encre n'a souillé ces jolis doigts roses, et tous ceux qui cQpnaissent les montagnardes du Parnasse verraient bien qu'elle n'est pas de ce pays-là ! ^

Jane lui fit en rentrant un salut gracieux.

— Sir Edgard, dit-elle tout de suite, et comme si elle eût voulu prévenir une première question, j'aurais eu dès hier le plaisir de vous voir, sans le misérable incident qui vous a privé de votre liberté pour une nuit.

— Pennettez-moi d'abord, Milady, interrompt Edgard, de vous offrir mille grâces...

Jane l'arrêta. Elle souriait encore, mais ses yeux étaient baissés, et ses joues se couvraient d'un incarnat plus vif.

— Epargnez-moi, Monsieur, murmura-t-elle ; il me

serait pénible de penser que vous manquez de générosité.

Edgard se mordit la lèvre. On ne voulait pas de sa clémence^ ou plutôt on exigeait bien davantage.

— ^Nous nous expliquerons, sir Edgard Lindsay, poursuivit Jane avec une dignité sérieuse et presque

hautaine. Vous ête*mon créancier, vous m'accorde-

rez du temps, s'il vous plaît, et je promets de vous payer fidèlement le solde de notr» compte.

—Madame... balbutia Edgard.

— Parlons de choses plus graves, je vous prie, interrompit Jane; la folie que j'ai faite me regarde ; ce qui est de votre compétence, c'est le tort que je puis vous avoir causé...

— Ab ! Milady , s'écria le jeune homme ; vous avez donné une réalité incomparable à ma fiction, qui serait éternellement restée dans les nuages de 1^ fantaisiel L'auréole de votre beauté illumine mon pauvre Damd Rizzio !

Jane fronça le sçurciK

—Aimez-vous mieux votre tragédie que votre fiancée? demanda-t-elle brusquement.

—Ma fiancée? répéta Edgard étonné.

-—Je vous disais que nous allions parler de choses

plus graves; je tiens ma promesse... Miss Davidson devait vous envoyer chez moi, hier au soir.

— ^Yous connaissez donc miss Davidson^ Milady? demanda Ëdgard vivement.

— Je suis son amie; répondit Jane^ sa meilleure amie, et c'est à ce titre que je voulais vx)us entretenir... Asseyez-vous, sir Ëdgard, reprii-elle d'un ton de familière bonté, là, près de moi*, et causons comme si nous étiqps de vieilles connaissances.

Edgard obéit. Jane continua^ en retrouvant son beau sourire :

— Il faut que vous soyez son mari. Monsieur, car elle vous aime. Et il faut que vous la rendiez la plus heureuse des femmes !

— Oh 1 s'écria Edgard, qui baisa la main de son homonyme, si cela dépend de moi...

— Distinguons, répliqua Jane; pour ce"quiestde la rendre heureuse après le mariage, cela dépend assurément de vous, et de vous seul. Mais quant au mariage lui-même, je ne vous cache pas qu'il dépend un peu de moi.

— Il se pourrait?... ^

— Je travaille de mon mieux à le rendre possible. — Ah! Milady! s'écria le jeune homme avec effusion, ma reconnaissance...

. —Permettez, sir Edgard. Je compte vous mettre à même de me prouver votre reconnaissance.

— Que ce soit à l'instant !

-—Permettez ! Chacun a ses petits intérêts, vous savez... Et si, pendant que je m'efiPorce pour vous, pendant que je veille autour de votre bonheur comme une fée bienfaisante, vous. Sir Edgard, aveuglément et sans savoir, vous travaillez de votre côté pour me ravir ma dernière espérance. . .

— Moi, Madame ! balbutia le jeune homme étonné.

— Si vous me poursuivez le jour et la nuit. Monsieur, continua Jane en s'animant, si vous vous acharnez à faire de moi la plus infortunée créature qui soit au monde...

— ^Mais, Madame, sur mon honneur !

— Sir Edgard Lindsay, prononça ^e lentement, il n'est donc pas vrai que vous veuilliez vous battre avec M. Christian Mac-Aulay ?

— Si fait, pardieul s'écria le jeune homme, incapable de dissimuler sut ce point.

— Vous Tavouez?

— Pour *cela, oui. Madame ! J'irai au bout du monde, s*B le faut, pour me battre avec M. Christian Mac-Aulay !

—J'allais cependant vous prier... commença Jane.

—Ne priez pas^ Madame^ ce serait inutile ; je suis déjà la fable de Londres ! Cette histoire-là^ pour cesser d'être ridicule^ a besoin d'un dénoûment tragique.

— ^Monsieur Lindsay, dit Jane, je veux qu'elle se dénoue pacifiquement.

— Milady...

— Je le veux ! Et je vous fais observer que j'aunds pu prendre votre parole avant de vous donner la liberté. Est-ce à un gentilhomme comme vous de me faire regretter ma confiance?

Edgard baissa la tête.

Jane continua^ et sa douce voix prit, malgré elle, des inflexions menaçantes. ,

— Je suis votre alliée en ce moment, dit-elle; je ne vous conseille pas de me déclarer la guerre!

— Mais enfîilf demanda Edgard avec impatience, quel intérêt si puissant?..,.

— ^Vous êtes indiscret, Monsieur ! interrompit Jane, qui fronça le sourcil.

Edgard frappa du pied et fit un geste de colère en murmurant :

—Je ne voulais pgs deviner! Ah! Milady, une femme comme vous, aimer un homme comme lui !

Jane se redressa, et prit ce petit air de reine qui lui allait si bien.

— Sîr Edgard^ dit-elle^ je tiens M. Mac-Aulay pour un galant hommew Je vous défends de le calomnier devant moi.

Edgard s'inclina et se tut. Jane lui gardait ran*cune»

—Nous ne sommes pas ici pour discuter à notre aise^ Monsieur^ reprit-elle; permettez-moi de vous rappeler au vrai de la situation : il faut que nous nous entendions à Tinstantméme ou jamais. Voulezvous me promettre^ sur Thonneur^ de ne pas vous battre avec Mac-Aulay?

Edgard ouvrait la bouche pour répondre négativement.

—Réfléchissez avant de me refuser, dit Jane.

— Croyez, Madame, que je suis désolé... murmura le jeune baronnet.

— Prenez garde. Monsieur, interrompit Jane, qui se leva toute pâle; une fois la lutte engagée, je serai sans pitié I

—Miss Davidson l annonça en ce moment Trilby.

— ^Amy ! fit Edgard en tressaillant.

-^Décidez vous-même, acheva Jane d'une voix

contenue, mais pleine de résolution, si vous voulez,

oui ou non, qu'elle soit votre femme. -

Edgard hésita. On entendait le pas léger d'Amy dans la chambre voieine.

— Madame^ s^écria le jeune baronnet^ j'ignore si vous avez le pouvoir d'exécuter vos promeâses et vos menaces : mais je Taime tant 1 Dès qu'il s'agit d'elle^ je ne sais plus résister. Je .cède. Madame; je vous promets sur mon honneur...

— ^Tant mieux pour vous, sir Edgard, dit Jane en lui coupant la parole, tant mieux pour elle et tant mieux pour moi I

Elle lui donna une bonne poignée de niain pour sceller le contrat, et s'élança au-devant d'Âmy qui entrait.

Edgard restait tout pensif auprès de la cheminée^ tandis qu'Âmy et Jane s'embrassaient comme deux sœurs.

— Gomment 1 s'écria miss Davidson en apercevant son fiancé, il est ici ! Moi qui venais vous dire...

—Vous veniez me dire, chère enfant, que M. Lindsay avait disparu comme un feu follet; que vous l'aviez cherché en vain hier au soir; qu*il était introuvable!... Sir Edgard, s'interrompît-elle en élevant les^ jolis doigts d'Amy jusqu*aux lèvres du i baronnet, nous vous octroyons la permission de baiser respectueusement notre main.

«-«Bon Dieu» chère mignonne^ repri^elle avec pétulance en se tournant vers Amy, si vous saviez comme hier est loin déjà l Depuis hier, nous nous sommes battu en vaillant chevalier, nous avons été en prison, nous avons recouvré notre liberté, nous sommes réconcilié avec notre ennemi mortel, et nous ne songeons plus qu'à aimer à deux genoux miss Amy Davidson, laquelle nous le rend bien, je Tespère.

Elle était entre les deux jeunes gens, et son regard brillant de gaieté les interrogeait tour à tour.

— Est-ce que tout cela vous paraît bien lugubre? demanda-telle.

— Les obstacles restent les mêmes, murmura Edgard.

— Eh! dit Jane, je me moque des obstacles! Voyons, Amy, venez à mon secours.

— ^Mon père est plus coiffé que jamais de ce Mac- Aulay! soupira miss Davidson.

— Qnand je vous disais... commença Edgard.

— Quand vous me disiez! quand vous me disiez I fit Jane en colère; moi, je vous dis que vous êtes des trembleurs 1 Tout ceci me regarde autant que vous, je pense, et vous pouvez bien vous fier à moi. Attaquer de front maintenant Tengouement du com-

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modore^ ce serait peine perdue : il faut de la diplomatie.

—C'est long, la diplomatie 1 dit Edgard.

—Et pendant cela, reprit Amy, si Ton allait me marier?

Vous vous en apercevriez, belle ingénue, prononça Jane solennellement, et, alors, il serait temps de résister, de pleurer, de pâlir, d'employer enfin . toutes nos ressources', à nous autres femmes. Biais, en attendant, ai'mez-vous tant que vous pourrez : espérez, ayez confiance; Je suis sur la brèche et j'ai mon dessein.

Un coup magistral fut frappé à la pgrte de la rue.

—Ce doit être mon père! s'écria miss Davidson ; j'avais oublié de vous annoncer sa visite.

Jane se tourna vers Edgard et lui fit un signe d'intelligence.

—Le Commodore, dit elle en riant, vient offrir ses hommages à l'illustre auteur de David Rizzio: cela ne vous regarde pas du tout.

— Je me retire, Milady.

Jane lui montra la porte du jardin.

—Par cette voie, s'il vous plaît. Il est utiieipour

nos petits projets que le commodore vous croie toujours en prison. Adieu, sir Edgard, et souvenezvous de votre promesse.

— Que me dit-on? que me dit-on? bavardait le commodore dans Tanticbambre ; ma fille est chez lady Desdemone? Jolie taille de tigre, mon filsl Quel âge? Dix-sept ans. Qi\el poids? Cinquante-neuf livres. Parfait !

II entra fort affairé, en continuant tout d^une haleine :

— Milady, je dépose mon respect à vos pieds. Ma fille, je suis heureux et flatté de vous voir ici ; vous ne pouvez que vous former en fréquentant une personne qui sait faire les tragédies.

Le commodore fit une pause; Jane restait en admiration devant lui. Le commodore était en effet superbe; il portait sur la tête, au lieu de chapeau, une casquette collante de forme oblongue, et ressemblant à ces moitiés d'œufs durs queFonsertsur de Toseille; son paletot ouvert laissait voir une casaque de soie dont la coupe dessinait sa taille maigre et osseuse ; sesjambes decerf avaientpour vêtement une culotte juste, boutonnant à la hauteur du genou, sur laquelle remontaient des bottes molles. Une longue

cravache et des éperons de course complétaient ce

costume^ sous lequel Robert Davidson brillait d'un

lustre tout nouveau.

— Je vous prie humblement de m'excuser^ DUlady^ reprii-il en cherchant de Tœil une glace^ si ie me présente à vous en "tenue de sporting-gentleman. Nous avons un petit steeple-ehase^ là-bas^ àCroydoa^ et]e me suis engagé à mont^ moi-même PoroUi* lipipèdej mon excellent coureur.

Jane ne put que s'incliner en souriant.

— J'ai assez Fhabitude du monde^ continua Rob^ Davidson^ pour savoir que Tusage n'est pas de faire visite dans cette toilette, mais l'usage et moi nom sommes brouillés mortellement; je ne fais riea comme les autres ! Connaissez-vous Parallélipipéde, Milady? Non? Voulez-vous faire sa connaissance? Vous n'avez pas le temps? Ce sera pour une autre fois. Je puis voua exposer en deux mots sa généalogie : il est par Hypothenuse et par Prismatic ; Prismatic était par Synecdoche et Polygone; Polygone était par Equation et Logarithme; Logarithme était par Problème, et...

— ^Mais c%st un cheval savant ! s'écria Jane en riant aux éclats.

—Et mère inconnue, je dois l'avouer, ajouta le Commodore d'un air un peu confus. Tout porte à

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croire^ cependant qae Problème n'avait pas pu se commettre avec une jument du commun. Milady^ je serais le plus heureux des hommes si vous vouliez bien accepter ma voiture pour suivre la course.

— Ce serait pour moi une véritable partie de plaisir^ Mylord^ répondit Jane; seulement...

Le Commodore ne Vécoutait pas; il était parvenu à se poser en face d'une glace^ il avait rejeté les revers de son twine^ et se contemplait lui-même avec un contentement naïf.

—J'espère que mon costume est du goût de ces dames? reprit-il en mettant la cravache sur la hanche: toque bleu de ciel^ casaque pourpre^ ceinture orange frangée d'or et... et...

Malgré l'audace de son excentricité^ il n'osa pas prononcer le mot : culotte^ qui est shocking au premier chef; mais il frappa sur sa cuisse^ salua et acheva :

—Vert de mer, comme vous voyez !

— Tout cela est charmant, Milord, dit Jane.

—Mon Dieu, Madame, aux dernières courses d'I^n,Mao-Aulay «avait copié ce costume.

—D'avance... murmura la blonde Amy.

--Ne vous comparez pas à Mac-Aulay, Hilord ! $'écria Jane.

Le Commodore fit le gros dos et répéta :

— ^Rien comme les autres ! neuf des pieds à la tête ! il n'y a encore eu queMac-Aulay à porter des éperons comme ceux-ci. Et la vis de ceux de Mac-Aulay tourne à gauche^ tandis que les miens vont à droite. Il ne sait pas celai... Vous a-t-on dit^ Madame^ ajouta-tr-il en se rapprochant^ que je cherchais quelqu'un pour avoir un duel à l'arquebuse ?

Il se pencha tout à coup à l'oreille de Jane et poursuivit d'un ton insinuant :

— Ma tille n'est pas sans intelligence^ au fond; si vous pouviez seulement lui apprendre à faire quelques poésies légères et insignifiantes ?

—On peut eissayer, Hilord^ répliqua Jane.

Robert Davidson posa la main sur son cœur.

— Ceux qui parlent conune tout le monde^ commença-t-il^ vous diraient que vous êtes une enchanteresse. Moi^ je vous dis... je me borne à vous dire que vous possédez un philtre!... Yenez^ miss Davidson^ puisque milady ne daigne pas nous honorer de sa compagnie.

Il jeta un dernier regard au miroir et prit la main de sa fille.

—Vous seraittil agréable^ demanda-il au moment de passer le seuil^ de connaître dans ses plus intimes

détails ce combat extraordinaire dont j'ai été IMnstîgateur et le témoin? Mais j'oublie que Mac-Aulay a le malheur de vous déplaire.

Il quitta la main d'Amy et se précipita vers Jane.

— Chut ! chut ! fitTii en roulant ses yeux ; on ne peut pas parler mariage devant cette petite fille. Je reviendrai après la course et Tamour me prêtera ses ailes.

— ^Ah! Milord^ fit Jane langoureusement^ vous êtes unique au monde pour trouver de ces délicieuses fadeurs!

—Fadeurs ! diable ! fadeurs ! répéta lecommodore triomphant; vous avez entendu ma fille?

Jane embrassa miss Davidson et lui serra la main en disant :

— ^Adieu^ chère enfant^ et bon courage !

—-Ne faisons pas attendre Parallélipipèdey Milord> ajouta-t-elle tout haut.

Le conunodore sortit d'un air affairé comme il était entré. Pendant qu'il traversait l'antichambre, on put l'entendre déclamer :

— Ah ! Miss, ah ! Miss, si j'étais le père, le tils ou l'époux d'un auteur de tragédies !...

Jane regarda la pendule, qui marquait trois heures, et un nuage d'inquiétude vint assombrir son front;

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elle reprit sa place au coin de ta cheminée, et se mit ^ pompter les minutes. C^était Fheure à laquelle Christian venait d'ordinaire. Et Christian aujourd'hui ne venait pas.

Deux ou trois fois^ pendant que Jane suivait d'un œil attristé la marche des aiguilles sur le cadran^ les figures curieuses de M. Carter et de M. Lewis se montrèrent aux fenêtres de la galerie. Mais Jane éUdt tout entière à sa préoccupation et ne les voyait pas.

*-Est*il venu hier pour la dernière fois? se disaitelle.

Les minutes passaient. Tout à coup^ un bruit de voiture se fit dans la rue^ et Jane se leva radi^ise,

— Dieu soit loué ! s'écria-t-elle, c'est lui I

Elle courut à sa glace et passa la main dans ses cheveux. Tout à Theurc^ le miroir lui souriait; maintenant^ elle avait peur de n'être pas assez beBe. C'était lui^ c'était Christian ! Le coeur de Jane battait comme à l'heure du premier rendez-vous*

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