‹ Les voleurs d'orChapitre 29 sur 32 · LA PORTE DE DERRIÈRE · texte numérisé non relu

LA PORTE DE DERRIÈRE

M. Carter et M. Lewis étaient pres<iue aussi impataents que Jane elle-même; il y avait plus d'une heure qu'ils erraient dans le jardin/et ils commençaient à craindre qu^ Christian ne vint pas.

— ^L'honnête Saunders se sera *lassé d'attendre dans la rue^ se disait le marchand de Chevaux; et Qieu sait où nous le retrouverons 1

Le marchand de chevaux ne connaissait pas Saundere de Newcastle. Saunders était homme à faire faction depuis le matin jusqu'au soir. Nous verrons, d'iiiilears> qu'il avait eu de quoi employer son temps.

Les deut fournisseurs devinèrent l'approche de Christian è la joie soudaine qui parut sur le visage de Jane. Us échangèrent un sourire en la voyant

s'élancer vers son miroir c t réparer le désordre de sa toilette.

-—Bichonne-toi bien! murmura Lewis.

— Fuis-toi belle! ajouta Carter.

— ^Tout cela pour Toncle Saunders ! reprirentriis en même temps et en riant de bon cœur.

Le lion entra d'un air préoccupé ; il y avait dans son regard je ne sais .quelle amertume provoquante.

'Bonjour^ chère^ dit-il pourtant^ en baisant la main de Jane.

—Bonjour^ mon Christian^ répliqua celle-ci^ qui ne prit point la peine de cacher sa joie.

-r Pauvre Jane! fit Mac*Aulay avec moquerie^ nous avons passé une triste matinée !

— Pourquoi cela? ^

—Nous n'avohs pu voir nos amours.. «.

— Qui vous Ta dit?

— Oh! repartit Christian, vous avez tort déjouer la comédie avec moi ; je connais les petites info^

tunes du héros de votre roman La prison pour

dettes...

— N'est-ce que cela? s'écria Jane en riant; il s'agissait d'une plaisanterie : cinq cents livres !

— Encore faut-il les p£|yer, dit Christian.

—Je les ai payées, fit Jane négligemment-

Le lion eut un violent mouvement de dépit.

-^Ah! ah! grommela-Ml; vous^ Jane? Peste!

—Mon ami^ interrompit la jeune femme doucement Je vous le demande : laisseriest-vous dans rembarras celle que vous aimez pour une si misérable somme?

Chdstian fit la grimace.

— Alors^ vous Tavez vu? dit-il au lieu de répondie.

— n sort d'ici.

—A merveille! Eh bien^ Jane^ je vous fais mon* compliment sincère.

— Mais^ dites-moi, se reprit-il en changeant de ton et en se renversant sur le dos de son fauteuil^ ma visite n'est pas tout à fait désintéressée ^ et je ne venais pas seulement pour avoir des nouvelles de ce précieux sir Edgard. Avez-vous fait quelque chose pour moi auprès du-commodore?

Jane soutint vaillamment le regard inquisiteur que Christian jetait sur elle et répondit :

—Mais, certes, j'ai fait quelque chose, bien des choses! D'abord, je me suis mise en rapport, avec M. Davidson. Il fait grand cas de moi; sa fille est mon intime amie.

■—Déjà! s'écria le lion; c'est charmant, en vérité !

Alors, mes affaires doivent aller très-bien?

t54 LB TtJEUH

— HélâSU^ fioupirà Jane;

— Que veut dire cet hélas?

—Elles vont très-mal > vos affaires, mon pauvre Christian I Vous tne voyé2 dans la désolaticm; tons mes efforts ont été inutiles ; j^ai eu beau vous porto auxnues..;

— Peutr-étre avez- vous dit trop de bien de moi, Jane? prononça le lion avec une nuance de raillerie.

M. Carter et H; Lewis traversaient en ce moment la galerie à pas de loup, et gagnaient l^àntichambre.

•—Nous le tenons ! murmura Lewis.

— Pour peu que Saunders soit à son poste, Ajouta le marchand de chevaux, qui ouvrit avec précautioo la porte de la rue.

Ils disparur^t sms que Trllby lui-même les eût aperçus.

—lion Dieu! Christian, poursuivait Janej je ne vois qu'une manière d'expliquer notre échec* Il fant que quelqu'un vous ait nui dans l'esprit dti commo- 4oreé

•— QnBlfeidéel —Je Faffirmerais.

^Bàh I El ne deviœz-vaRflf pas tm peu fe nom drf

méchant?

DE TIGRES. jfô5

«-^mment d6vm^ai&-}e? fit Une, demi te sourire était plein de candeur.

— Cherchez^ insista Christian^ cherchez bien/ et Yons troiiveress peut-être.

Son regard ironique et dar couvratit Jane^ qoi sfe troubla enfin et rougit.

—Je fle àaîs... bailbutîa-t-elle.

— Puisque vous ne trouvez pas, îflterfomp4f te lion, èri metfaut plus d'atfïertuïûe dans sa raifferie, je me vois forcé de vous aider, Milady. Ces! ftffe ancienne amie à moi, ififïcf cbarnianfè créature que j'ai comfiue folle e*l bonne fille, généreuse^ étourdie, le cœur sur hi main. Malheureusement, elle a pïh ée Fanairiftiôrt avânl Fâge : Cel^ sè fèncùnire. Le cwnmodore Davidson est aussi riche que ridîcnte. La cbarman?te créature dont je vous^parîe a fermé les yeux pour ne poim voir te r iéfeu le ; elte veuf épotiser fe fert«iïe/ Ici est Fobstacte : le côttiniodore a tftoe fille, et la fille du commodore avait deux préteUdaîûts. Lar éharnïaHte créature, afin de les éloigner tous les deux du même coup, s'est fait aim^ (te l'uh et calomnie Fautre.

-^h! dît Jane aveô i?eproche, est-ce vote qui parlez ainsi, Christian?

•^Tout cefe poui^ gardei* la dot! acheva- lé lion

impitoyable. La charmante créatm^ a déployé une adresse de fée !

Jane avait les larmes aux yeux.

•— Vous ne le croyez pas I murmura-i-elle^ tous me connaissez bien, Christian; vous savez si Tamouf de Targent...

—Les goûts changent. D'ailleurs^ les faits sont % Miss Jane : puisque vous ne m'aimez plus^ conuneot expliquer autrement votre conduite auprès du cornmodore !

Jane avait relevé la tète avec fierté^ mais ses (an^ ces la trahirent; elle prit les deux mains de Christian étonné pour les serrer entre les siennes.

—Puisque je ne vous aime plus! répéta-i-ell6; tandis que de grosses larmes roulaient sur sa joue. Et si vous vous trompiez? Si mon pauvre cœur...

Son émotion gagnait déjà Christian^ qui détournait les yeux pour ne pas la voir pleurer. Elle était si belle^ et il Tavait tant aimée!

— Regardez plutôt I dit une voix à la porte entnf ouverte.

' Christian et Jane bondirent sur leurs sièges.

—A la bonne heure! reprit une basse-taille enrouée, ne vous gênez pas^ mes enfants !

Les mains de Christian étaient encore dans les

mains de Jane. L'oncle Saunders. écarta la portière et entra tout à fait dans la chambre. Derrière lui venaient le tailleur et le marchand de chevaux^ qid triomphaien t malicieusement.

L'oncle Saunders avait toujours sa large face,^ plantée carréAient sur des. épaules d^HercuIe; ses cheveux épais avaient un peu grisonné; son gourdin fameux pendait^ attaché à son poignet par une lanière de cuir.

Jane restait comme frappée de stupeur. Christian jeta sur elle^ puis sur Fonde Saunders un regard soupçonneux. Le bonhomme s'avança vers la cheminée lentement et en faisant sonner son gourdin à chaque pas sur le plancher.

— Bonjour^ manièce^ dit-il quand il fut arrivé devant Jane; on ne peut pas plus empêcher les fillettes d'aimer que les oiseaux de chanter. Je ne vous en veux pas.

n se tourna vers Christian et ajouta rondement : —Bonjour, mon neveu!

Lewis et Carter échangèrent im regard de surprise. Ils ne riaient plus déjà qu'à moitié. Christian voulut prendre un air de grand seigneur.

^Bon^ bon^ fit Saunders de Newcastle^ sans se fâcher encore. Il y a longtemps que je vous cherche.

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