‹ Les voleurs d'orChapitre 30 sur 32 · K LE · texte numérisé non relu

K LE

nm gttUard ! Poisqne je toii« trouve, en&ii, nous aDoDs légler nos comptes. Ne soyons pas fiar^l Je Yoos préviens que vous êtes pris ki comme dans un pi^eàloup!

n eut un gros rire content.

«^Un guelrapens! murmura Christian , qui jeta sor Jane, atterrée, un regard de souT^ain m^ pris,

— ^J'ai ici près, au détour de la rue, continiut Saunders, une demi^uzaine de bons gargoos du pays.

•i^Nous n'étions pas convins de celai murmura Qarter à Toreille de Lewis.

—Diable dliomme! diaUd dlKMnme! gronda le tailleur.

^<-Et le vicaire de notre paroisse, ajouta Sauih ders, est venu avec nous pour voir une fois m sa vie la grande ville de Londres.

Carter et Lewis laissèrent tomber leurs bras. Jaue restait immobile et ressemblait à une charmante statue de rÉtonnement. Christian faisait des efforts inouïs pour garder bonne contenance.

— Quand on a les deux fiancés et le vicaire > acheva Saunders paisiblement, la besogne marche vite, n'est-ce pas, vous autres) Nous allons bous

DE TtOREîS, 25Ô

marier^ comme de joyaux Anglais, )ea pieds aa tm, sans tambour ni trompette.

Carter et Lewis, accablés tous deux, se tenaient à côté de la porte. Ce n'était certes pas pour arriver à ce résultat qu'ils avaient si bien travaillé î

^—Bonjour, leur dit Tom. Borne, qui avait trouvé toutes les issues ouvertes et qui était entré, siiivaat sa coutume, sans en demander la permission j c'est trente livres chacun pour les renseignements sur la demoiselle.

Carter et Lewis mirent la main à la poche avec découragement. Tom Borne, après avoir reçu son dû, fit un pas vefs le groupe principal, mais le gourdin de Toncle Saunders lui donna sans doute à réfléchir, car il rebroussa chemin et se glissa dans la galerie.

— Mon oncle, disait cependant Jane suppliante, au n(»ndu ciel)...

— ^Vous, mon cœur; interrompît Saunders, taisezvous ! Je vais aller chercher notre vicaire, et je vous engage à ne point vous impatienter, mes enfants.

Il se dirigea vers la porte. Jane, aiguillonnée par le regard méprisant de Christian^ le suivait les mains jointes et répétait :

— ^Mon oncle, mon oncle ayez pitié de me» l

SeD LE TUEUR

-—La paix^ fillette! dit Saunders^ une fois maié^ ce garçon-là fera la perle des maris !

— ^Vous autres^ reprit-il en s'adressant à Carter et à Lewis^ dont les figures désolées étaient à peindre, voulez-vous que je vous laisse avec eux? je vais mettre quatre bons drilles en sentinelles dans Tanti* chambre^ et personne ne sortira.

Carter et Levais se regardèrent.

— ^Nous n'avons plus rien à faire ici, dit le marchand de chevaux en levant les yeux au ciel.

— Diable dhomme! diable d'homme! répétait Lewis en a parte. .

— ^Alors, emboîtez le pas ! commanda Fonde en leur montrant la porte.

Il sortit le dernier, et on put Tentendre qui murmurait dans Tanticbambre :

—Si le gentleman tente de passer, vous Tassomiperez : je me charge de tout.

Jane et Christian restaient seuls dans le boudoir. Tom Borne les regardait par une fenêtre de la galerie. Il ne comprenait pas très-bien ce qui se passait, mais il sentait qu'on pouvait faire là un superbe coup de filet. Jane revint vers Christian, accoudé au marbre de la cheminée.

--Il faut me croire^ dit-elle^ je vous jure que je suis étrangère à tout ceci !

— ^Ma foi^ Madame^ répliqua le lion arec amertume, je commence à croire que je m'étais trompé tout à rheure. Ce n'est pas le commodore que vous voulez épouser. Votre conduite est une énigme dont on n'est pas forcé de deviner le mot comme cela du premier coup. Quant à moi, je me perds dans ce dédale d'intrigues!

— L'arrivée de mon oncle, protesta Jane, m'a causé plus de surprise qu'à vous.

Christian eut un rire impertinent et murmura :

— ^Je suis désolé. Madame, de ne pouvoir ajouter foi à vos paroles.

— ^Vous ne me croyez pa^! s'écria la jeune femme, dont les yeux se mouillèrent; Christian, Christian! vous me blessez cruellement !

—C'est bien malgré moi, Madame, et je vous prie de me pardonner. Votre oncle l'a dit : je suis ici dans un piège à loup.

U vit une grosse larme rouler sur la joue de Jane, et sa bonne nature reprit le dessus.

— Vous pleurez ! s'interrompit-il en changeant de

ton.

98» LB TUBUR

June 669uya ses ywx précipîUomeaU elle ne voulait pas de pitié.

—Je pleure parce que je 8ui$ foUe t s'épm-t«elle. Vm cber Christian^ uou3 ne sommes pas c(aiis xm r41esu Tout ceci est la comédie : me$ larmes y sout au$^ déplacées que votre sarcasme trop amer.

JlUe était forte; elle parvint à sourire^ malgré l'angoisse qui lui torturait le cœur<

— ^Yoyons^ reprit^lle^ soyons r^isoQDatdes, J'ai un moyeu tout simple de vous prouver quQ vos soupçons n'ont pas le sens commun. Vous vou^ prétendez prisonnier : voulez-vous être libre?

— Quoi! s'écria Christian tout joyeux, il y a une autre issue?

Cette joie si franche et si vive acheva d'accabler la pauvre Jane, qui tout à l'heure espérait encore.

— ^11 y a une autre issue, répéta-t-elle.

— ^Ah ! Jane, fit Christian, qui lui prit les deux itf^s, voici un trait!...

— ^11 ne prend même pas la peine de cacher son bonheur ! pensait Jane désespérée.

Elle choisît une clef à son anneau.

—Ceci ouvre la porte du jardin, dH-elle.

— Vous êtes un ange ! s'éoria le Bot, qui s^mpar ^ de la clef comme d'une proie.

œ TIGRES. 96S

n voulut en même temps baiser la maia da Jane^ qui le repcHissa doucement.

— ^Hâtez-vous^ mon cher ChristiaBa dit-elle aveo tristesse ; mon oncle va revenir ^ et je n'ai pas plus envie que vous de ee mariage !

Christian voulait biep se conduire en homme qui p'aiioe plus^ mais il éprouvait je ne sais quel bizarre colère quand on lui faisait sentir qu'il n'était plus

--C'est juste^ fit-il avec dépit^ eu lâchant les naaiu9 de Jane^ je ne songeais plus à cet heureux sir Ed* gard! Pauvre sot que je suis! ma présence voua génait> voilà tout. Eh blen^ Madame^ adieu ; je vous débarrasse 1

!l s'élança vers la porte de la galerie conduisant au jardin. Tom Borne était debout devant le seuil avec ses larges épaules et son sourire normand^ — Vous êtes pressé? dit-il.

Christian, au lieu de répondre, essaya de le pousser de c6té. Tom Corne resta ferme compte un pilier ' de cathédrale*

— Je peux vous arrêter là» jusqu'au retoiir de l\>ncle^ poursuivit'ilj à moins que vous ne me donniez ma rente.

— Combien te faut-il î

26ê LE TUEUR

—Cette fois^ c'est cent livres.

Oiristian lui jeta son portefeuille à la figure et s'enfuit en courant.

Tom Borne s'assit auprès de la porte, afin de visiter le portefeuille. Jane s'était laissé choir sur un fauteuil et tenait sa tête entre ses mains. Tout était fini; la dernière espérance venait de mourir dans son cœur.

— ^Eh bien! eh bien! dit la voix du commodore Davidson dans l'antichambre, je vous salue, mon révérend. S'il y a noce, j'en suis ; laissez-moi entrer, on m'altend.

•—Escroc ! grondait Tom Borne en refermant le carnet de Christian; il n'y a que quatre-vingt-quinze livres!

Jane n'eut que le temps d'essuyer ses yeux. Le commodore parut; il avait une bosse au front et le bras en écharpe.

— ^Ah! Milady, s'écria-t-il, ah! Milady, quelle course ! Farallélipipède a été très-remarquable ! Je suis tombé quatre fois, dans quatre fossés différents.

Il montra son bras et son front avec triomphe.

— ^Mais qu'avez-vous donc? s'interrompit-il cai voyant la pâleur de Jane.

— Rien> Milord, répondit la jeune fenune.

—Tant mieux ! j'avais presque peur d'une migraine. Trois gentlemen tués sur le coup au passage du grand mur, un cheval éventré^ onze jambes cassées. A propos^ il y a un vicaire dans Tantichambre^ Madame^ vous savez cela?

—Oui, Mylord.

Robert Davidson se redressa de toute sa hauteur et vint se poser devant Jane.

—Madame, dit-il, je vous ai déclaré mes sentiments. Si vous voulez profiter de ce vicaire, je vais vous épouser, séance tenante.

— Entrez! entrez! dit la grosse voix de Saunders au dehors; j'ai les papiers, tout est prêt. Entrez, mon révérend.

Saunders passa la porteet regarda tout autour de lui. •

•—Bien campé! beau boxeur! murmura lé Commodore, qui avait mis le lorgnon à Tœil et qui le considérait curieusement.

Saunders examina tour à tour Tom Borne et Robert Davidson. Il se retourna vers les paysans qui étaient derrière lui pour les Inteiroger.

—Nous n'avons vu personne, dirent ceux-ci^ et le vicaire répéta : Je n'ai vu personne !

—Au nom du diable! où estril? s'écria Saunders furieux.

cèdent^ on avait commis un crime; la tête est lourde et vide; les tempes se prennent dans un étau; la gorge^ rétrécie^ arrête le souffie au passage. On se lève; derrière les carreaux^ le brouillard a Tair d'ua linceul.

Ailleurs^ la fantaisie a ses charmes, et ropinm des rêves évoque de gracieux fantômes; ici, c'est Fennui sinistre et le découragement énervé. L'ftme se rétracte, empoisonnée par cet affreux fluide qui inspira les Nuits cT Toung et tant d'autres déclamations malsaines. Un crêpe descend sur Fesprit; le nerf optique se paralyse et voit tout noir. On est Anglais; on a la maladie de la joyeuse Angleterre; on tressaille d'aise en songeant qu'on est mattre de se couper la gorge ou de se faire sauter le ct^ne.

Elle est dangereuse pour la paix du monde, cette nation malade du spleen ; il lui faut bien se consoler, sinon se guérir; elle a des envies de femme grosse. Elle veut tout ce que les autres possèdent: elle prend un jour l'Irlande, pour amuser sa migraine désespérée; le lendemain, Gibraltar, le surieademain, Terre-Neuve ; puis, il lui faut Flnde et ses extravagants trésors, les plus belles Antille^ l'Ile de France, en passant pour aller reconquérir Timmense Océanie; Halte et l'Archipel ici, les Philippines li-

bas^ et jusqu'à ce rocher lointain^ prison et tombeau^ qui s'appelle Sainte-Hélène! —

C'était un pièce octogone, formant Tintérieur d'un pavillon qui dépendait de la maison du commodore. Afin de ne rien faire comme les autres, Robert Davidson avait envoyé son décorateur prendre un croquis du pavillon de chasse du vicomte de Douro. C'était très-original, dans la bonne acception du mot; le luxe y avait une saveur véritablement britannique; les estampes coloriées à plat, suivant la mode adoptée pour les sujets du turf et du ring S représentaient des courses et des scènes de pugilat. On y voyait l'éternel Fox-Hunting avec ses gentlemen en habits rouges et ses piqueurs à cheval * donnant la fanfare, le poing sur la hanche. Le portrait de Parallélipipéde, en pied, de grandeur naturelle, tenait tout un pan de boiserie. Partout où il y avait de la place, pendaient des trophéesde sport, des cravacl^s en croix sous des casquettes de jockeys, des masques, des gants et des ceintures de boxeurs. Christian était là tout seul, assis auprès d'une table et la tête entre ses mains. Il ne bougeait pas ; son visage exprimait le (lécouragement le plus pro-

* Enceiute qui entoure les boxeurs.

270 l^Si TUfîUR

fond* I^a pluie fouettait contre les canreaux, et la vent du nord faisait pleurer les ehftssis^ oomme s Ton eût été au fin fond de la campagne.

La maison du commodore était située au bout d'York-Terrace> et donnait sur le parc du Régent. Ces beaux parcs de Londres^ si pittoresques et si vivants aux rares sourires du ciel d'été^ prennesit un aspect lugubre quand le soleil d'hiver étend son crêpe noir au-dessus des bosquets dépouillés. C'est encore un ornement pour la ville mélancolique^, noais un ornement s<Mnbre et sévère conune la parure de jais que Tusage permet aux veuves.

Le regard de Christian allait parfois vers le parc^ dont il distinguait vaguement le paysage à travers les vitres obscurcies ; des filées désertes ou glis^ saient^ à de long^ intervalles^ quelques équipages fermés; dlnunenses pelouses ruisselantes où le troupeau des moutons de la reine se pelotoanait au lieu de paître, ^

Christian avait accepté rhoq[>italité du commodore pour fuir la poursuite acharnée du bon Saunders de Newcastle, Saunders avait juré que Christian. épouserait Jane, en dépit de Christian, d'abord, en dépit de Jane elle-même. C'était un de ces braves Saxons qui ont le diable flegmatique au corps. Pour arriver

! k ses ^m, Sauioders eût mis le feu f roidemeat et de r parti pria aux quatre coins de Londres,

Ce n'était pas à Saunders de Newcastle que Chris- I tiaa songeait en ce moment; il se faisait à lui-même : une épouvantable querelle.

"—J'ai revu, pensait-il avec un dégoût amer, j*ai i iievu dans le monde, depuis deux mois, presque tous \ mes aneiens compagnons d'Université. John est lieutenant aux horse-^guards; William plaide au banc ! de la reine ; Tony est membre des communes ; James i est attaché d'ambassade. Il n^y a pas jusqu'au petit

Harry qui ne soit...

! Il s^interrompit pour étreindre convulsivement sa poitrine à travers le cachemire moelleux de sa robe de chambre.

-^Moi, moi seul, gronda-t-<il avec une colère con-œntrée, je ne suis rien! Je mène un métier qui n'a pas de nom! Les autres sont des hommes; moi, je suis un mannequin pour tailleur, moi, je suis l'enseigne vivante d'un maquignon. Voilà moi^ lot dans la vie!

Il regarda le.plafond, de l'air qu'avait Oreste provoquant les diçux implacables et criant du fond de ^^ désespoir : Merci ! je suis content ! Le vent du nord fit une trouée dans les nuages.

et 'découvrit un tout petit coin d'azur. Londres tout entier se mit aux fenêtres^ et crut qu'on allait apercevoir-le soleil. Ces Anglais ne doutent de rieQ!

Le soleil ne se montra points il est vrai^ mais il y eut je ne sais quel rayonnement lumineux qui colora de tons violàtres et faux la coupole vaporeuse suspendue au-^lessus^e la ville. Sur les deux rives de la Tamise, les patients, du spleen eurent uiç minute de répit.

—J'avais des bras robustes^ pourtant ! se dit notre lion, non sans une certaine complaisance, j'avais un cœur ardent et fort, une tête où fermentait bar* diment la pensée. J'étais au-dessus de mes rivaux jadis, et je me souviens...

Un gros nuage vînt matelasser la pauvre trouée d'azur; la tête de Christian retomba comme un plomb sur sa main; il continua, en poussant un lamentable soupir :

—De tout cela que me reste-t-il? Une fatigue pesante qui est venue sans que j*aie travaillé! Le découragement morne du vaincu qui n'a pas même pris part à la bataille !

Un gémissement sourd s'échappa ^e sa poitrine. Il resta, pendant plusieurs minutes, immobile et comme engourdi.

La pluie redoublait^ mais le gris de Thorizon pre? naii des nuances nacrées. Le brume se dissipait^ et bientôt on put apercevoir audelà du parc les silhouettes rondes des collines de Barrow et de Primrose. Pour le coup^ Londres^ considéré au point de vue du spleen^ éprouva un mieux subit et général.

Christian releva la tête; ses narines se gonflèrent^ et une étincelle s'alluma dans ses yeux.

— Ah! s'écria-t-il en ouvrant gaillardement sa hotie à cigares^ quand j'errais tout seul et la bourse plate dans les bruyères d'Ecosse ou sur les belles grèves de l'Irlande^ en attendant l'héritage de mon excellent oncle; quand je défiais l'avenir^ cherchant une équipée qui fût au-dessus de mon audace^ que j'étais jeune^ mon Dieul que j'étais fier et que j'étais heureux !

n présenta le feu au bout de son cigare^ dont la fumée bleue monta en spirales vers le plafond. Son spleen n'était plus que de la rêverie.

—L'amour vint, murmura-t-il, tandis qu'un sourire naissait autour de ses lèvres; une ivresse délicieuse! Et je me sentis- aiguillonné; mon ftme grandit, mon intelligence s'éclaifa, toute cette vigueur inoccupée qui était en moi doubla comme par magie... Jane, belle Vision qui rayonna au milieu de

SfJA LB TUEtJH

ma jeunesse ! Regard d^enfant^ taille de reiâe^ êourire d'ange! Jane mon premier et moa dernier iimour! Jaiïe^ que j'ai abandonnée».^

Ceci fut dit avec une sorte de frémissement douloureiii. C'est qu'un grand diable de nuage arrivait feur Primrose^Hill. Quand le ^rand diable de nuage eut caché la bande nacrée qili éclairait Thoriion, Christian jeta son cigare et dit en frappant du pied.

—Je mourrai fou et ce sera bien fait !

Il tourna le dos à la fenêtre, comme S'il eût voulu se soustraire aux mystérieuses influences du dehoni. Il se sentait en train de lutter vaillaftiment et de mettre en fUite l'odieux cauchemar qui lui écrasait la poitrine. En somme, poiirqtioi tous ces souvafiî^ et pourquoi tous ces remords aujourd'hui plutôt qu'hier ? Que s'était-il passé depuis la veille? Etait^ il une femme oU un poète pour se laisser énerver par la malaria britannique?

Il évoqua la blonde image d'Amy comme ott crte au secours dans un danger pressant. Elle était belle aussi la fille dti commodore.

—Elle ne m'aime pas, il eSt vt^ai, disait la conscience de Christian.

— ^Mais, répondait son orgueil, elle 'm'aimera plus tard.

DE tîGRES. 2r75

* — D'ailleurs, s*écriait son ambition, il faut bien que je sois riche...

— Puisque je tf espère plus ê^re heureux! achevait la conscience désolée.

Miss Atny, comme on le voit, n'y pouvait rien. Christian croisa ses bras sur sa poitrine et n'essaya plus de combattre; il ferma les yeux; les fantômes du passé l'entourèrent. Son oncle le vieux philosophe lui avait dit souvent : «Sois bon pour être heureux. » La première soullrance afaière et profonde de Christian datait du jour où il avait abandonné Jane. Le lehdemain de ce jour, quand il avait cherché en rain à son réveil le sourire ami de sa compagne, une étt*einte glacée lui avait serré le cœur. Et Christian avait bettii regarder en arrière, il ne trouvait pas depuis lors dans sa vie un seul instant de vraie joie.

Christian avait lu dans l'histoire impartiale de l'empereur Napoléon, par sir Walter Scott, le récit de l'abandon de Joséphine. Il se donna le plaisir innocent de comparer sa fortune à celle de l'empereur. Jâne était su Joséphine, et miss Amy sa Marie-Louise. Avec la première, que de l)onheur tranquille t.avec la seconde que de solennels ennuis !

Napoléon avait mis en avant la raison d'Etat pour contracter son deuxième mariage. La raison d'Etat^

c'est-à-dire les dix mille livres sterling de revenus de miss Davidson^ excusait anssi Tinfidâité de Christian.

Christian frissonna en songeant à Sainte-Hélène.

— ^Hais^ pensa-lril^ et ceci était une consolation bien amère^ Joséphine adorait Tempereur!

Tandis que Jane!.». Hélas! Tinconstance de Jane avait devancé Theure de l'abandon; Jane le lui avait dit elle-même là-bas^ à Brighton : Jane ne raimait déjà plus^ Jane avait distingué un autre homme^ ce haïssable sir Edgard ! Christian avait douté l<»igtemps^ car les femmes essayent parfois contre Tindifiérence le remède héroïque de la coquetterie; Christian s'était dit : elle joue un rôle^ elle se cache pour pleurer derrière son sourire^ elle m'ainae encore^ elle m'aimera toujours !

Cela le tenait en paix. « Soyez bon^ pour être heureux ! d L'onclç philosophe avait semé sur le sable.

Hais la foi la plus robuste cède à l'évidence de certaines démonstrations; la clef du jardin^ la clef donnée par Jane au moment où l'oncle Saunders revenait avec le vicaire^ c'était bien le sceau de la séparation et l'adieu éternel.

En offrant cette clef^ notre lion s'en souvenait.

Jane avait la gaieté aux lèvres et sa jolie main ne tremblait pas.

—L'ingrate !

A ce mot qui venait de lui échapper^ et qui fran« chissait les limites de la naïveté^ Christian eut un éclat de rire sarcastique.

— L'ingrate I répéta-t-il. J'ai dit : l'ingrate! Me Toilà qui me plains^ ma parole! C'est une excellente lûstoire! Âh! çà^ où en serais-je^ si elle s'était jointe A ce brutal coquin de Saunders pour me forcer à l'épouser?... L'ingrate! je me trouve impayable! on mettrait ce mot-là dans un livre !

— Non^ non^ s'interrompit-il d'un ton raisonneur et rassis^ elle ne m'a jamais fait que du bien^ia pauvre Jane^ et son inconstance est un dernier service!

n se leva brusquement et repoussa son fauteuil d'un violent coup de jarret.

—Tout cela est bel et bon^ fit-il en fronçftit le

sourcil^ mais je suis prisonnier chez ce lunatique de

Commodore. Les chevaux de miss Amy deviennent

plus fades^ ses ^ents allongent. Il m'a semblé^ hier

^ir^ qu'elle avait des yeux de porcelaine. Elle boude^

sur ma foi^ elle joue à l'Iphigénie sacrifiée par son

père^ et j'entrevois de temps à autre la figure de ce

grs ta ïuÈuft

petit fat d'Ëdgdrd. Le ûèmmodorè tout ^ettl tûè fâft ici bon visage, parce que je suis lion, et qifil est fim i

Il vint se planter devant la fenêtre, et plongea ses regfirrds mornes dâfis la brûïie reveûuê, qui fte collait aux vitre» comïne tm voile. Il bftilte <^âtre ad tàni fois de suite avec emportementé

—Je lïi^ennofel je m'eimtiîe! balbutut-f-il les IsFmefli flut yeux et 1» màclidré démise, je €t(M qtt'on n'a jamaris vu mt la teffe im homme phi^ malheoreux que moi 1 te m'enntrie \ je n^'ehâtiie !

Sa voix avait êtes inflexions tout à fait ^tit^ vagantes. Il essaya de battre tme mafcbe sett tei carreaux, puis, saisi d'un véritable transport S: se prit les cheveux k poignées en criant :

-^Miséricorde I miséricorde ! je donne ma sHiûbéSh sion à celui qui me brûlera la cervelle !

Un domestiqne à livrée entr'onvilt ta porte, comme s*il eût voulu répondi^é à cet appel désespéré.

—Qtte voule2-vous? demaaîdâ Christian, copiant à sm inso le bûcheron de la Fontaine.

— Ctes messîeirrs démrerateûi bien parler h Hilord/ répHqtia le domestique.

—Quels messiettrs?

—Les messieurs de fous fes jours, le marthattif de cbeiranx, le taîUenr, le bottié?...

Christian ne le laissa pas achever^ il ^e mit dans une colère terrible; cela soulage; les malades du spleen cherchent roccasion de sd fâcher, comme les épagneuls indisposéi^ courent après le chiendent.

-^lfe$ iiaiçérables î s'écria-t-il, \U m me laisseront donc ja^iaijs en repos ! Qu'ils aillant m diabte I

Le domestique s'inclina. Christian prit aon chapeau et renfonça oonvulaivemeqt sur sa tête,

—Je ne sais pas, gronda-t-ij, pourquoi je ne leur ai pas encore brisé les côte$ I

Il gagna la porte de sa chambre à coucher.

—Que faut-il dire à ces mes^ieuris? demanda le domeitique.

—Que je les voudrais tous à cent piedg SQU& terre l répliqua Christian, qui rejeta la porte avec fracas et disparut.

Le domestique ^ tourna paisiblemeut vers Tantiphamhre,

—Messieurs, dit-il, donuez-vous la peipe d'fïotrer, «'il VOUS plaît.

Carter , " Lewis , Staunton et le doux Filowski

passèrent augsit^t le seuil chapeau bas et la bpuche

W wur j le complimept préparé s'arrêta sîir leurs lèvres.

— Eh bien ! fit Carter^ regardant autour de luij Milord n^est plus là ?

— Non^ Messieurs^ répondit le domestique.

— ^11 n'a rien dit pour nous ?

—Oh ! si fait^ Messieurs !

Les quatre courtisans se rapprochèrent^ et le marchand de cheraux demanda d'un air empressé :

— Qu'a-t-ildit?

Le domestique les salua bien poliment^ et répliqua en tournant le bouton de la porte :

—Il a dit que vous alliez au diable!

Les fournisseurs échangèrent des regards ass(Hnbris. Le domestique était déjà dehors.

— ^Mauvais! murmura Carter en secouant la tête doctoralement.

—Mauvais! répétèrent Filowski^ Staunton et Lewis.

— Messieurs^ reprit le maquignon fashionable^ il faut prendre garde! Quand un lion n'a plus rien à désirer^ il se brûle la cervelle.

—C'est la règle! soupirèrent les trois autres en chœur.

—Que faire, cependant? demanda Lewis.

— ^11 n'y a plus qu'une seule chose, répondit Carter, c'est de le marier.

Filowski haussa les épaules.

— Replâtrage! dit-il avec dédain et en polonais.

— Sa lune de miel durera tout au plus quinze jours^ fit observer Lewis.

— Eh bien! s^écria Carter^ ne fabriquons plus et cherchons une autre combinaison. En attendant^ écoulons nos produits avec un peu de grosse caisse, quinze jours suffisent pour cela. Dans quinze jours, sll se brûle la cervelle...

— Dame I... fit Staunton.

— ^Ha foi... appuya Lewis.

— Ça le regarde! acheva le tendre Filowski.

La porte s'ouvrit de nouveau, et le domestique annonça le commodore. Les fournisseurs reprirent leur attitude respectueuse. Par la porte ouverte, au fond de la perspective des appartements, ils aperçurent un spectacle bizarre. Le commodore était nu comme un ver, à l'exception d'un.caleçon de boxeur, qu'il portait autour des reins. Ses jambes maigres, longues et osseuses, s'agitaient en mesure; au bout de ses bras noueux et velus, on voyait ses mains recouvertes de gants fourrés qui faisaient «le moulinet et lançaient des coups furieux dans le vide. Il avait un masque de fil de fer sur le visage.

— ^Parez I criait-il d'une voix essoufflée ; la tête en

9ffî LE TIJEUR BE TIGRES.

arrière ! la jambe de dev^t lit>r0 1 Prolég^ la poitrine ; l§ plu§ m^uvai§ coup ^t au prey» da TesteiQac... Yûilà le covip de Smih ; t/^xm ! Il envoya une bourrade à 1^ muf^U^ ■t-Lq coup de PauluR f^t doubla ©k vient après ^Qi^ f^i^tçg en ohfiQgfiaai; la maia.««t« Paul pan!

pai^K., Vlm!

Il aasonupa la porte de deux eoupa de poipg ; puis il fit son entrée^ toujours en garde> MMiCOantoâmme une baleine et ruisselant dâ aueur^

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