‹ Les voleurs d'orChapitre 31 sur 32 · COURS DE BOXE · texte numérisé non relu

COURS DE BOXE

' — BorqoHri Mçç5ipur§;i lîW^our, dit te oonttoôdare

\ \r%yfir^ ^n m^que; JQ parierai^ capt \\yvm ffm

wA €0Qtc6 hxûaml J9m0s n'a quô la Uv^ç^ pQuç lui;

moi, i'ai l'adresse et la science.

n pU^ les jarrets et fit le dévidoir avec sî^s paicig^*

Les fournisseurs le conten^plaiapt avec ^4wi1^tiûn. — f ai viihieQ des Im^em^-M Goau»€inça Carter. — Et de fameux boxeur&J poursuivit 54ewis%

— Mais^ reprit le mçffohaftd de çheyanxi ÏIJilord a je ae sais quelle façon k\^*.^

-—La méthode ! interrompit le commodoi^% ^e

p$frsd'm^ prinoipe> i^/est^^ p^? e'est de «te rien faire comme les autres. Qua^d je ^im que les Fr£^i)Q$lia OQt doQi;^ le nom "de boxe è leur ignoble lutte ! Un gentleman ne doit pas ruer ooiame un

cheval^ que diable! Les pieds sont faits pour marcher^ les poings pour assommer; ne sortez pas de la nature !

Un murmure approbateur accueillit ces belles paroles.

— ^La boxe, dit sérieusement Filowski^ considérée à ce point de vue philosophique^ a quelque chose de grand.

— ^Voilà ! interrompit Robert Davidson ; moi^ je mets de la philosophie dans tout! Et savez-vous pourquoi j'ai tant de gaieté ce matin^ car je me sens gai comme pinson^ malgré le brouillard? C'est que mon professeur de boxe^ vous savez^ Danie de Ck>vent-Garden^ vient de m'enseigner un coup nouveau^ à Taide duquel je lui ai immédiatement écrasé le nez.

—Vraiment! fit Carter.

—Ah! il n'y a que Milord pour ces choses-là! dirent les autres en riant.

Le Commodore marcha droit sur le maquignon.

— ^Boxez-vous ? demanda-t-il en lui présentant le poing.

—Non, Milord^ non^ pas du tout! balbutia Carter, qui reculibde plusieurs pas.

— Alors^ reprit le ccftnmodore, je vais vous ensâgner le coup.

D se mit en garde et rejeta la tète en arrière. Carter^ sérieusement effrayé^ reculait toujours.

•—N'ayez pas peur^ dit Robert DaVidson en faisant deux ou trois passes courtoises autour des joues du malheureux Carter^ on n^en meurt pas ! Regardez bien, vous autres, c'est au nez que j'en veux !

— Hais , Miiord... criait le maquignon suppliant.

— ^Un peu de complaisance ! disaient les trois autres fournisseurs.

Le Commodore était calme et souriant, mais à travers les trous du masque son regard fascinait Carter.

—Parez deux fois le coup droit du h^ut et du bas, reprit-il; changez la main... tournez en cherchant la ceinture... changez encore, cela fait deux fois... menacez dessous vivement, gagnez à la parade et détachez du poing droit en changeant pour la troisième fois.

Ce disant, il lança un coup de poing au maquignon qui bondit en arrière en hurlant. Les autres fournisseurs eurent la lâcheté d'applaudir.

— Ce n'est pas plus malin que ça ! dit* le Commodore en reprenant haleine ; deux feintes, un demitour et trois changements de maini Ne vous éloignez

p^3, IfoQ^eu]^ Car(^r^ j^ m^ un autre emp qui est encore plij^ jpli,

-^Ah l Wilopcî, s'écrift le najirphftnd de chevaux, perdauj; patience, je pède ma plaPê h un autre*

.^l) bien, pipttez^vQus là. Monsieur Filowski l

Le eoi^modore parut se ittviser fout à coup.

•^Mai^ je suis bien bon, moi, s'écria-t-il de vous donner des leçons pour rien, quand il m'en eoùtç 4aux guiné^s par séance avec Danie ! Me^iaurs, je ne fais rien comme les autres, c'est vrai ; mais je VOUS prie de pe point oublier la distance qui nous sépare» Vou@ êtes des commerçants, ¥oilà tout^ et je ne sais pas quelle idée vous avez de vouloir boxer gveç UA gentleman ! Ne mêlons pas les castes, restons cjiacua h notre rang, et qu'une vaine ambition ïlQ nous porte pas h franchir les limites I

™]Eb, (^b ! s'interrompit-il avec une joie d'enfant, vou^ pouv^9 bien juger par cet échantillon que j'aurais fait un orateur distingué, si j'avais voulu. Hais, t^all l parlons de choses sérieuses 5 je veux renouveler @i) blOQ tous noea équipages.

Les figures up peu rembrunies des fournisseurs SQ déridèrent.

n^Voitures , chevaux , mobilier , garderobe , poursuivit Robert Davidson, je change tout de fond

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en comble. Pourquoi? Parce que je mis l'homme le plus heureux de runivei'S^ parce que Dia imsîlâoti est un temple où deux divinités se sont doiiné retidezvous : le dieu de la mode. Messieurs, et là déesSé de Tamour. Lady De«klemofte Bridgetori, tîîott illustre fiancée, va venir ici atrjourd'hui fliéniei et je possède déjà ^e2 moi Christian Mac-Âiilay !

n exécuta un moulinet rapide et retomba èii gàf dô 6D répétant avec tme indicible expression de bbilheur :

••^Christiair Mac-Aulay t

Les fournisseurs firent comme s'ûé etissfént éh^^ dié en vain des paroles de félicitatiOfi à là hauteur de la circonstance^

•^De sorte cfue, conclut le éomnïiodo^é, dôîit là voix tremblait d'émotîôtt, mOïi f crfl àbritêî*a du même coup l'auteur de Datid Ri%zio et le seul hôtnme qui, dans l^ère moderne, se s6it bàttd eA dûël avec màe arqucbuâe du temps (te Hetiri VIII \

On aurait pu lui objecter qué radvefsaîfér de cet hoMtme avait ett néées&airefflertt lé méfflé honneur, mais sir Edgard Lindsay ne cotôptaît point :' ce îf était pas un original.

•^-Ave^-vous été admis à sètliiêr Mac-Aulay ée ffaàtita, Messieursî demanda le cdmmodoi'e.

— Milord, répondit Carter^ nous avons fait tout ce que nous avons pu pour cela^ mais il a pris la fuite à notre approche.

— ^Pourquoi?

— n est attaqué d'un très^fort accès de spleen.

^De spleen! répéta Robert Davidson^ dont la

voix^ tout à l^eure si joyeuse, prit incontinent des

inflexions lugubres; le spleen I ah ! ah !••• il fiiit

noir!... il fait gris!... Pourquoi tous ces papillons

" en deuil dans la chambre ?

n cessa de faire des passes^ et ses bras détendus tombèrent le long de ses flancs.

— >Ah ! ah ! gémissait-il, le spleen ! ... il a le spleen I

Il arracha son masque avec fureur et Taplatit contre la muraille ; il ôta ses gants fourrés pour se presser les tempes à deux mains.

— Ne voyez-vous pas que moi aussi j'ai le spleen!

£'écria-t-il^ en jetant sur tes fournisseurs des regards désespérés. Eloignes-vous ! laissez-moi seul avec le découragement qui ine torture !

— ^Mais Votre Seigneurie disait tout à l'heure... voulut objecter Carter.

—Silence ! H'a-t-on vu faire quelque chose comme un autre ! Celui qui m'accuserait d'imiter quelqu'un, je le poignarderais ! Allez-vous-en ! Mac-Aulay n'a

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pas voulu VOUS voir; vous me fatiguez d'une manière incroyable : vous êtes gros, gras, souriants, bien portants, j'ai envie de vous faire jeter par les fenêtres I Âh 1 je me souviendrai de cet accès de spleen 1

—Retirons-nous, Messieurs , dit Carter en se dirigeant vers la porte.

—C'est cela, retirez-vous 1 je n'ai jamais vu d'êtres aussi ennuyeux que vous I

Il se ravisa tout à coup, au moment où les fournisseurs passaient le seuil.

-*Dites-moi, demanda-t-il, pensez-vous que Mac- Âulay songe à se détruire ?

-—Franchement, Milord^ répondit le maquignon, qui gardait son coup de poing sur le cœur, cette crainte nous est venue.

-—Il suffit. Messieurs, prononça lentement le Commodore en croisant les bras sur sa poitrine ; je vous fais mes adieux pour toujours. Vous ne me reverrez plus en ce monde. Je vais me suicider par la vapeur du charbon.

•—Que dites-vous, Milord ? s'écrièrent les fournisseurs en rentrant dans la chambre.

—Cela vous semble commun ! reprit Robert Davidson, qui réfléchissait; vous. avez peut-être raison. Si la chute du Niagara n'était pas si éloignée. •• Tenez I

ii y a aussi le rocher de Leucade^ d'où Sapho se précipita dans la mer; mais, c'est pour femme. On peut^ d'ailleurs^ se laisser mourir de faim comme Hontaigu^ ou avaler sa propre langue^ selon le procédé ingénieux des Malais... Soyez certains^ Messieurs^ que ma mort ne démentira point mayie, et que je saurai trouver lUi expédient original pour me lancer dans l'éternité.

Il bâilla trois fois de suite^ et si sincèrement^ que ses yeux s'emplirent de larmes.

— Je m'ennuie, je m'ennuie, je m'ennuie ! répétait-il en se démenant sur place conune un possédé.

Tout à coup il saisit le bras de Carter et celui de Filowski.

— Fermez toutes les portes ! commanda-t41 d'une voix saccadée; si vous voulez, je vous admettrai à l'honneur de mourir avec moi î

Tandis que les fournisseurs restaient abasourdis^ Robert Davidson s'élança vers une armoire d'où il retira un petit baril.

—De la poudre ! s'écrièrent les malheureux marchands.

Le Commodore ouvrait déjà son Mquet de fumeur.

Heureusement qu'un pas léger se fit entendre

dans le corridor voisin. Les fournisseurs soulagés s'écrièrent tout d'une voix :

— Lady BridgetonI voici lady Desdemone Bridgeton!

Le Commodore remit son briquet dans sa poche, n s'avança vers la Jeûne femme et lui baisa la main d'un air tragique.

— *Âu point où j'en suis^ Madame^ dit-il^ quelques minutes de plus ou de moins ne sont pas une affaire. Je parlais tout à l'heure de Sapho^ qui n'avait certes rien fait d'aussi fort que Davtd Rizzio^ ou que votre l&iuit %UT le paupérisme.

•^Âh çà; mais vous êtes tout pàle^ Milord 1 interrompit Jane^ qui le regardait avec étonnement.

— Avant de se détruire^ répondit le commodore^ Caton lut un Traité sur timm4)rtàlité de tûme. Je possède des livres pareils dans ma bibliothèque; niais pourquoi imitierais-je Caton, moi qui n'ai jamais imité personne ? Milady^ vous aviez en moi un admirateur enthousiaste...

^J'avais ! interrompit Jane^ mise au fait déjà par la pantomime des fournisseurs. Vous ne m'admirez donc plus^ Milord?

Robert Davidson montra le baril de poudre et déclama sourdement :

—Je ne suis plus de ce moade !

— ^Un verre d'eau ! un verre d'eau! s'écHa Fady BridgetoQ^ comme si elle eût craint de se trouver mal.

Le Commodore était bien fier de Tetfet produit. Il avait tout lieu d'espérer une syncope sérieuse. On apporta des verres et une carafe; Jane saisit la ca* rafe^ en versa le contenu tout entier dans le baril.

— Je noie les poudres I s'écria-t-elle en éclatant de rire.

—Ah t Madame^ fit douloureusement le commedore^ c'était ma dernière ressource 1 Mac-Âulay et moi nous avons un spleen aiSreux I

—Eh! Milord, répliqua Jane^ cela vous passera!

— ^Je suis sûr que Mao-Aulay s'est déjà fait saut^ la cervelle.

—Du tout, Milord, du tout 1 Je viens d'apercevoir M. Mac^Aulay dans le parc. Il a l'air excessivement joyeux.

—Vous êtes sûre de cela, Milady ?

—Très-sûre !

Le Commodore regarda furtivement les fournisseurst

— ^Voyez, si je ne suis pas un être à parti murmura-t-il; tout à l'heure je songeais à me tuer, et maintenant j'ai le cerveau plein d'idées fol&tF66* Je

suis gâi^ mais très-gai ! je dis gai^ au point de commettre quelque extravagance !

Il ébaucha un pas de polka sur le tapis.

— Il n'y a que vous pour cela, Milord ! fit Jane.

4es fournisseurs chuchotaient sans rire :

— Étonnant sur ma parole !

—Véritablement unique !

— Rien comme les autres!

Le Commodore, encouragé, se mit %. chanter du gosier une gaudriole à porter le diable en terre.

— ^Milord, lui dit Jane, je suis charmée d'être venue; je ne connaissais pas encore ce côté joyeux de votre caractère. Puis-je vous demander si c'est ici votre appartement?

— ^Non, Milady ; j'ai cédé tout ce pavillon à Mac- Aulay.

—Ah ! fit Jane, qui devint rêifcuse.

Pendant qu'elle réfléchissait, le commodore disait aux fournisseurs :

— Vous voyez si je vous ai trompés? Ce n'est pas une visite; elle vient s'installer chez moi. .. Et dans les termes où nous sommes ensemble, je vous prie de croire. Messieurs, que cela n'a rien de choquant.

—On peut regarder le mariage comme fait, dit Carter.

294 LE TUBUR

Le Commodore inclina la ^te en sonnant et planta une chiquenaude sur le nez de Filowski.

n était gai.

— ^Hilord^ reprit Jane en ce moment, vous m'avez dit que je pouvais choisir dans toute votre maison la retraite qui me conviendrait le mieux.

— Chère lady, de la cave au grenier, tout est à vous, répliqua le commodore, qui ajouta, en se tournant vers les fournisseurs : Est-ce clair?

—Eh bien, dit Jane^ j'ai déjà parcouru la plupart de vos appartements; mais je suis difficile; je voudrais me consulter.

— ^Je crois que Milady a le désir d'être seule, souffla Carter à Toreille du commodore.

—Voulez-vous que nous nous retirions? demanda celui-ci ; parlez, vous êtes chez vous!

Jane s'inclina sais répondre.

— Allons, venez, Messieurs! s'écria le commodore, nous avons, pardieu! de la besogne! Commençons par récurie, Carter. Âh! je suis extraordinairement gai, je veux dépenser de l'argent; venez, venez !

n salua Jane et s'élança dehors, suivi des quatre fournisseurs.

Jane était seule ; elle alla s'asseoir à la place oc-

cupée naguère par Christian. Il y avait sur le charmant visage de la jeune femme je ne sais quelle gravité vaillante et résolue; elle écoutait les bruits du dehors avec une inquiétude mêlée d^espoir.

— C'est ici qu'il s'est réfugié pour me fuir! murmura-t-elle; et moi je le poursuis. Chose étrange I à mesure qu'il s'éloigne de moi, je suis entraînée vers lui.

Elle demeura pensive durant quelques instants et perdue dans sa rêverie. Un bruit de pas l'éveilla en sursaut; elle se redressa; elle passa la main dans ses cheveux et drapa coquettement les plis moelleux de sa robe.

^Le voilà! dit-elle en essuyant une larme qui roulait sur sa joue un peu pâle. Du courage, pauvre Jane ! Rappelle ton sourire pour livrer ta dernière bataille I

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