‹ Les voleurs d'orChapitre 7 sur 32 · L ATTAQUE DE L ESCORTE · texte numérisé non relu

L ATTAQUE DE L ESCORTE

Le soir, après le thé, ils restèrent dans la salle commune.

Rien n'est curieux comme ces maisons, lies gens qui les hantent ont un cachet à eux qu'on ne retrouverait nulle part dans le monde ; tous sont mal vêtus, mais ils ne sont pas comme les mendiants qui courent la France, couverts de haillons; ils portent des chemises de laine rouge ou bleue, des chapeaux gris, bas de forme et à larges bords; beaucoup laissent croître leur barbe et boivent à perdre la raison dix fois par jour. L'honnête homme qui se

hasarde dans ces endroits couche tout habillé, sa montre et sa bourse sous sa tète. L'éternel sujet de conversation, c'est l'or. Ce soir-là, précisément, on vint à parler des tentatives qu'on avait plusieurs fois faites contre Tescorte.

— Voilà bien des fois qu'on Tattaque, disait un buveur, mais elle se défend bien. Quels gaillards que ces gens-là ! Comme ça fait le coup de fusil. Ce n'est pas étonnant; avec leurs carabines de précision, ils casseraient un œuf à deux cents pa3.

— Ça ne tient pas à cela, répondit un autre buveur, les hommes qui composent l'escorte sont des jeunes gens de bonne famille ; il faut avoir de grandes recommandations pour en faire partie. Vois-tu, on a beau dire, les gens bien nés se battent tout de même avec courage. Tout les hommes ont du cœur, seulement l'éducation Ta plus ou moins développé. Je sais comment la dernière affaire s'est passée, moi I Ils sont restés trois contre dix qui les attaquaient, ils se

, sont défendus comme des lions et ils ont sauvé leur or. Ils ne s'amusent pas à faire des prisonniers ; du reste, ce serait toujours la même chose, ceux qu'on ne tuerait pas seraient pendus.

Le visage de Max s'était assombri, un frisson 8*empara du (Coupeur.

-^ C'est vrai, répondit le premier interlocuteur, qu'ils s'en sont bien tirés, mais ils doivent leur salut à un char attelé de bœufs qui a effrayé les voleurs.

— C'est égal, dit un troisième, vingt hommes ne

leur feraient pas peur, et je ne voudrais pas me trouver dans une pareille affaire.

Le Coupeur alla se coucher, bien résolu à ne pas tenter le coup.

Max le ré\eilla le lendemain de grand matin.

— Partons, lui dit-il.

— Partez vous-même, réponditle Coupeur en bâillant. Je ne suis pas assez fou pour exposer ma vie pour la gloire de faire un acte de témérité. "ïe ne tiens pas à ce que l'cm parle de moi quand je serai pendu ; mieux vaut un chien en vie qu'un homme mort.

— A votre aise, répondit Max, j'irai seul ou j'en trouverai un autre.

Le Coupeur n'avait jamais été plus embarrassé de sa vie : la peur de mourir, la soif de Tor, la crainte de paraître lâche, se débattaient dans sa grosse cervelle.

— Voyons, Max, tu sais bien que je ne t'abandonnerai pas et que j'irai au diable avec toi. Renonce à ce projet.

— Renoncer à un projet qui peut me mettre un million dans les mains ? Vous êtes fou 1

L'idée du million produisit son effet Le gros bon sens du voleur s'évanouit, Tappât de Tor le fascina. Il s'habilla en rechignant, mais il suivit Max.

— Es-tu assez poltron ? disait celui-ci en se rendant sur le terrain . Rien ne dit que nous ferons te coup aujourd'hui.

Max laissait à dessein le Coupeur dans l'incerti-

tilde, mais il était parfaitement décidé à différer de quelques jours. Il ne trouvait pas la terre encore assez détrempée ; il voulait étudier tous les accidents de la route ; et puis le Coupeur ne lui semblait pas assez préparé. Max faisait comme les généraux, qui montrent Tennemi pendant plusieurs jours à leurs soldats avant d'engager la bataille.

Plusieurs jours se passèrent de la sorte.

Une nuit qu'il faisait un temps encore plus affreux que de coutume : — ^Je crois que ce sera pour demain, avait dit Max négligemment en se mettant au lit..

En effet, le lendemain dès la pointe du jour, nous retrouvons les deux complices dans le bois, à terre comme des braconniers, surveillant rapproche de

Tescorte.

Depuis un mois que les pluies duraient, elles avaient rendu les routes complètement impraticables; les mines étaient approvisionnées, les chemins étaient déserts. Le service de l'or et des lettres se faisait seul à grand'peine et souvent avec trois ou quatre jours de retard.

— Écoute ! fit Max en relevant la tête, n'entendstu rien ?

— Si, répondit le Coupeur, j'entends un orage qui arrive et qui ne va pas épargner nos os, j'en ai froid d*avance..

— C'est vrai, répondit Max en regardant le ciel ; mais qu'importe que nous soyons mouillés, si nos armes ne le sont pas ?

— Je crois, répondît le Coupeur, qu'elles auront le temps de se rouiller avant que nous nous en servions.

— Peut-être, fit Max en écoutant avec plus d'attention. ^

— Voilà que ça commence à tomber, grogna le Coupeur en se blottissant sous les arbres ; dans une heure, cette route ressemblera à une rivière.

En effet, la pluie tombait à torrent. On ne peut avoir une idée de ces averses quand on n'a pas été en Australie ; ce sont de véritables avalanches, qui entraînent les arbres et les pierres, transforment les plaines en lacs, et laissent, en se retirant, des ravins qui ont quinze à vingt pieds de profondeur. Le ciel ressemblait à une rivière dont le lit s'entr'ouvrant, laisserait tomber toutes ses eaux.

Le Coupeur monta sur un tronc d'arbre, se reprochant en lui-même d'avoir cédé à Tinfluence de ce jeune fou, et se promettant bien de le quittera la prochaine occasion.

Max, la tête nue, le visage au vent, laissait tomber l'eau de son front sur son visage avec l'impassibilité d'un marbre. Une seule chose semblait le préoccuper de temps en temps, c'étaient ses pistolets, cachés sur sa poitrine qu'il couvrait avec soin.

— J'ai beau me creuser le cerveau, murmura le • Coupeur, je n'y comprends rien. Quand même il n'y aurait pas d'escorte autour de la voiture, qu'en ferais-tu ? on ne met pas ça dans sa poche comme une montre.

Max ne répondit pas, il haussa les épaules ; puis, {osant un bond en avant : — Écoute, dit-il, écoute I II se fit un moment de sUence pendant lequel les yeux de Max brillaient comme des charbons ardents. Il prit une bouteille qui se trouTait dans un creux d'arbre avec ses provisions, il la vida à tnoitié d'un seul trait, puis il la passa à son compagnon, en lui disant : —Tiens, avale du cœur.

Le Coupeur but à son tour : — Boniiè eau-de-vie, dit-il en faisant claquer sa langue; bonne eau-devie, ça vous réchauffe.

— - Écoute, fit Max en parlant plus bas, voilà l'escorte qui avance avec peine. Plusieurs millions vont passer devant nous ; les laisserons-nous échapper en les saluant de loin comme des sots qui n*ont besoin de rien?

—Non I répondit le Coupeur, que Tivresse rendait plus ardent. Si le convoi s'embourbe, le moment est bon pour l'attaque. Je vais monter dans cet arbre» et je te promets de t'en descendre six avant qu'ils m'aient vu»

Max approuva, en lui faisant signe de se taire. En efiët, le convoi avançait accompagné de six hommes à cheval et du conducteur. Msdgré les manteaux imperméables, que le vent et les mouvements des chevaux faisaient flotter, les hommes composant l'escorte étaient traversés par la pluie.

— Le diable est du voyage I grogna le conducteur en apercevant une mare d'eau dans laquelle il al-

lait faire entrer ses chevaux, tandis que les cavaliers s'éloignaient à droite et à gauche pour trouver entre les arbres un meilleur chemin. La voiture n'était pas encore dans l'endroit le plus profond de l'ornière, lorsqu'un coup de feu partit.

Max fit un bond comme le daim qui reçoit une flèche.

— Trop tôt ! cria-t-il d'une voix étranglée. Un homme frappé au front venait de tomber de son cheval.

Le conducteur avança la tête pour voir ce qui se passait, il reçut une balle en pleine poitrine; il lâcha les rênes de ses chevaux en criant au secours.

Les cinq cavaliers s'approchèrent de la voiture et jetèrent leurs manteaux en arrière pour se préparer au combat.

L'un ajusta sa carabine dans la direction d'où il croyait avoir vu partir le second coup de feu; l'arbre était touffu, il ajusta au milieu des feuilles, le coup partit, mais la balle se perdit dans le vide; en même temps, un coup de feu du Coupeur lui traversait le bras.

> —Fouettez vos chevaux 1 crièrent ensemble les cinq cavaliers au conducteur, nous nous défendrons; sauvez l'or !

Le cocher ne bougea pas.

Les chevaux enfoncés dans l'eau ne firent aucun effort pour en sortir.

Max et son complice restaient toujours cacbéS; la

pluie et le feuillage des arbres leur faisaient un rempart à l'abri duquel ils disaient à coup sûr, tandis que les gardiens n'osaient abandonner la' voiture pour courir après des malfaiteurs qui ne cherchaient qu'à les séparer ou à les entraîner dans le bois. Le feu des assassins était si régulièrement entretenu, qu'on aurait pu les croire vingt faisant feu l'un après l'autre-

Il fallait pourtant tenter une défense; deux cavaliers se détachèrent, ils furent renversés sous leurs chevaux.

— Maintenant , cria Max , ils ne sont plus trop nombreux; en avant I

Le Coupeur sauta à terre comme un chacal, tous deux se lancèrent à la tête des chevaux; alors commença une lutte affreuse. L'un cherchait son ennemi en face, tandis que l'autre rampait comme un reptile et mordait au talon. Chevaux et hommes roulaient dans la boue.

Max se redressa. — Es-tu blessé ? demanda-t-il à son compagnon.

—Oui, fit le Coupeur, àl'épaule, mais ce n'est rien.

— Venge-toi , cria Max , finis-les au couteau , il faut qu'ils ne puissent donner notre signalement que dans l'autre monde.

Puis, se penchant sur chaque blpssé pour voir s'ils donnaient encore signe de vie, il leur perçait le cœur, et s'élançant à la tète de l'attelage, le fouet d'une main, la bride de l'autre, dans l'eau jusqu'à la

ceinture, il frappa les chevaux qui firent un effort et enlevèrent facilement la voiture.

— ^Tu souffres ? demanda Max au Coupeur qui devenait fort pâle; tu auras bientôt le temps de te reposer, aide-moi à faire tourner la voiture à droite, il y a là un faux chemin; une fois que nous serons dans la bonne route, nous viderons la caisse, nous enterrerons Tor, et nous ferons traverser la route aux chevaux qui se perdront dans les bois.

La voiture, conduite par Max, était enfin arrivée à un endroit propice pour cacher Tor qu'elle contenait. Non-seulement le Coupeur était blessé et perdait son sang, mais comme il avait peur au point de ne pouvoir parler, chaque goutte d'eau qui tombait sur les feuilles le faisait trembler. Max, au contraire, ne semblait rien craindre ni de Dieu ni des hommes; il se mit à creuser la terre avec uûe énergie fiévreuse qui étonnait son compagnon.

— Je ne sais pourquoi, murmura le Coupeur, la peur me prend, j'ai même peiir de lui.

A ce moment, Max avait fait sauter les portes dû coffre, il prenait les sacs de poudre d'or et les nogets, avec la joie et le calme qu'aurait mis un honnête "homme à compter sa fortune. Le trou qu'il avait creusé était grand comme une fosse et il était pleîa

— Recouvre cela de terre, dit Max au Coupeur, tandis que je vais approcher des branches et des feuilles pour en cacher la place. Le Coupeur fit tomber la terre sur le trésor.

— Voici donc, se disait-il, ce qui m'a fait agir; j'ai iOQt sacrifié à cela, mon père^ la vie de mes sembla* blés, mon repos étemel 1 En voilà de l'or à rassasier mille ambitions, eh bien, si c'était à recommencer... A ce moment, le Coupeur sentit quelque chose de glacé s'appuyer survie derrière de sa tète; il allait se retourner. Max ne lui en laissa pas le temps, il lui brûla la cervelle en lui disant : Je n'ai plus besoin de toi, va te reposer.

Le Coupeur tomba en avant, il ne fit pas i^ti mouvement; Max le fit rouler du pied. — C'est une belle mort, dit-il, il n'ar pas soufi!ert. Il prit son cadavre, le plaça dans la voiture en disant : — La pluie lavera tout cela. Puis il s'éloigna le cœur serré d'abandonner son trésor.

Cet événement fit grand bruit On promit des récompenses à ceux qui livreraient les coupables. On disait qu'ils étaient vingt, puis quarante, on finit par dire qu'ils étaient cent ; puis, comme pour toutes les choses dont on s'occupe beaucoup, on cessa d'en parier; on doubla l'escorte et tout fut dit.

Nous avons laissé Jeanne au moment où il s'était éécidé à faire partir Louisa.

Les inquiétudes qui avaient causé cette détermination subite s'eflfacèrent peu à peu. Voyant que ses terreurs étaient vaines, il retrouva sa confiance;

son cœur n'éprouvait plus qu'un seul sentiment» le regret d'être séparé de sa fiancée. Il n'avait jamais mieux compris la profondeur de son affection pour elle que depuis qu'elle n'était plus là. Il travaillait avec acharnement; la chance, du reste, était favorable, il poursuivait sous la terre un filon qui lui donnait de beaux résultats. Il trouva plus d'or en quelques jours qu'il n'en avait récolté depuis son arrivée aux mines; tout le temps qu'il ne consacrait pas à son travail, il le passait à écrire à Louisa. Il attendait sa réponse avec une impatience fiévreuse. Quand elle arriva, celte lettre tant désirée, il courut s'enfermer dans sa tente, et la dévora des yeux, comme ferait un avare couvant du regard son trésor.

« Mon cher Jeanne , écrivait Louisa, je ne puis » résister plus longtemps au désir de m'épancher » dans votre cœur. Peut-être est-il inconvenant i » une jeune fille de dire ainsi tout ce qu'elle p^ose, )> mais il faut me pardonner, je ne suis pas babi- » tuée aux formes du monde, je n'ai que ma con* » science pour guide, et pour moi, la vérité c'est le » devoir. Depuis que vous m'avez impitoyablement » éloignée de vous, je n'ai éprouvé que chagrin et » tristesse, et cependant personne ne m*a affligée, » rien n'est changé dans ma vie; mais vous n'êtes » plus là, les jours sont sans fin. Je me croyais très- » forte, je me sens faible; je me croyais insou- » ciante, je suis toujours inquiète. N'est-ce pas iw |

» pressentiment? n'ètes-vous pas malade ? ne vous » est-il pas arrivé quelque malheur ? Il me semble » que vous avez un secret que vous n'avez pas » voulu me dire. Je ne puis dormir, et si par hasard, » accablée par la fatigue je me laisse aller au som- » meil, des rêves affreux viennent traverser mon » esprit, j'entends des voix qui me disent que je ne » vous reverrai jamais ; alors je me réveille éper- » due, me promettant bien de ne plus fermer les n yeux. Pour me consoler et pour tromper mon im- » patience, je saisis tous les prétextes qui se pré- » sentent à mon esprit pour sortir, je me promène, » je regarde les magasins, j'y choisis des yeux le tt chapeau blanc que je porterai le jour de mon ma- » riage^ la robe, le châle qui raccompagneront; je » m'habille par la pensée, et je rentre toute fière de » mon bonheur, me croyant appuyée sur votre » bras ; je m'entends appeler de votre nom, et mon » cœur est ivre de joie. Aussitôt que je ferme les » yeux, toutes ces espérances de bonheur s'éva- » Rouissent, ma couronne de mariée se transforme » en couronne d'immortelles , mon lit devient une » tombe, mes lèvres sont de marbre ; pourtant je » sens votre premier baiser, je ne puis vous le rendre. » Si j'étais malade, je croirais que je vais mourir; » heureusement je me porte bien, et il ne faut pas » vous inquiéter de mes folies. Je vous dis tout cela, » parce que je suis sûre que vous n'y verrez qu'une » chose, ma pensée constante pour vous.

» Venez vite, ne soyez pas ambitieux , je suis jeune, )) j*ai des bras, du courage et un cœur qui vous ai- » mera toujours. La richesse ne fait pas le bonheur* » Joanne, ne tardez pas à profiter de celui que Dieu » nous envoie^ de peur qu'il ne nous le reprenne.

» Je viens d'écrire à ma pauvre mère, elle sei^a » heureuse de ma joie. Elle est si bonne ! vous l'ai- » merez, si vous la voyez un jour.

» Que fait notre amie madame Joseph ? Elle me )> manque bien ; embrassez-la pour moi ; il faut » qu'elle assiste à ce beau jour. »

A ce passage de la lettre, Louisa s'était arrêtée. Joanne comprit qu'elle avait dû faire un effort av^t d'ajouter les deux lignes suivantes, qui étaient séparées du reste de la lettre et d'une écriture plus hésitante.

« Vous me dites avoir trouvé de l'or, eh bien, » venez, et nous retournerons ensemble aux mines.»

Joanne embrassa mille fois la lettre de sa chère Louisa, il la lut et relut à madame Joseph qui lui disait : — Elle a raison, partez, vous reviendrez.

— Non, répondit Joanne, je ne veux pas qu'elle revienne ici ; je l'aime trop pour avoir la faiblesse de céder.

11 se mit à la petite table de madame Joseph et écrivit à Louisa, pour la faire patienter, une lettre qu'il recommença deux ou trois fois, ne la trouvant jamais assez tendre et assez persuasive.

« Ha Louisa» ma femme chérie, disait- il, laissez- I moi TOUS donner ce doux nom que ma mort seule I pourrait vous ravir. Je ne trouve pas d'expresision pour vous dire combien je vous aime et

• combien votre lettre me rend heureux. Je vous t remercie à deux genoux de ce que, mettant de

• côté ce que vous appelez les formes du monde, i TOUS me montrez toute votre pensée.

» Que peut être votre impatience à côté de la » mienne ? Votre cœur est celui d'une naïve enfant ; » le mien, à votre seule pensée, bat à briser ma poi- «Irine. Les heures pour moi sont des siècles » pendant lesquels je lutte de toute mon énergie » pour ne pas courir vers vous ; ne m'ôtez pay, en » ^'appelant, le courage qui me coûte tant d'efforts. " La fortune me sourit, laissez-moi la poursuivre. M Yqus me le dites vous-même, il ne faut pas re- » pousser le bonheur que la Providence nous envoie. ^ Si je quittais ma place aux mines aujourd'hui, » ua autre la prendrait demain ; et, quand même je » consentirais à un retour qui me serait impossible, » le hasard ne me favoriserait peut-être plus. Si » vous me dites encore de venir, je partirai, mais le

• plus beau jour de ma vie aura un nuage : Tinquié- » tude de Tavenir pour vous.

» Je me reprocherais toujours de §3 pas vous ^ avoir résisté. Encore un mois de patience l Quoi » qu'il arrive, mon courage ne poussera pas Té-

» preuve plus loin ; il ne faut pas demander à » rhomme plus qu'il ne peut faire.

>' Donnez, dormez en paix, ma bien-aimée; si » votre bonheur dépend de moi, jamais femme » n*aura été plus heureuse. Je n'ai ni parents ni » amis, je n'aime que vous au monde. Vous êtes » pour moi le passé, le présent et l'avenir. Dans un )i mois, vous me verrez arriver avec notre amie, qui » a l'intention de quitter tout à fait les mines pour » prendre un emploi à la ville.

» Si la chance ne m'abandonne pas, j'aurai assez » pour retourner en Europe où nous vivrons modes- )) tement. Si je n'augmente pas ce que j'ai, je pren- » drai un établissement à Melbourn , mais je ne » veux pas que ma femme travaille pour les autres; » les soins de notre ménage seraient déjà pour vous » une trop rude occupation.

» Au revoir, à bientôt ; je ne puis que vous répéter » toujours la même chose: je vous aime. Votre » amour est ma joie, ma vie. Au revoir, écrivez- » moi tous les jours. Je vous aime.

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