‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 21 sur 101 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

De ce que ie fis auecque le Roy des Batns j iusqu'à ce que ie m'embarquay pour aller h Malaca •

Le Mahometan et moy nous en estant retournez en nostre logis ne partismes, encore de quatre iours , et prismes ce temps pour acheuer ^ç faire embarquer cent barres d'estain, et trentç

laa VOYAGES ADUANTUREUX

de benjouin , qui estoient encore sur terre. Alors comme nous fusmes entieremenl salisfaicts de nos marchands , et prests à partir, ie m Vn allay treuuer le Roy à son Passeiuan, qui est vne grande place deuant le Palais, où ceux du pais font leurs plus solemneiles foires. Là ie luy fis sçauoir qu'il ne nous restoit plus rien à faire qu'à partir s'il plaisoit à sa grandeur de nous le permettre; l'accueil qu'il me fist alors fut fort bon , et il ne dist pour'responce ; le suis grandement ioyeux de ce que Hermon Xabandar ( qui est le chef de la Iqstice de guerre ) m'asseura hier que la Marchandise de vostre Capitaine auoit esté bien vendue , mais possible que ce qu'il en disoit n'estoit pas tout de bon , et qu'il espargnoit la vérité pour me complaire, et pour s'accommoder au désir qu'il rcconnoissoit que i'en auois ; voila pourquoy, continua-il, ie te prie de me déclarer librement si ce qu'il m'en a dit est véritable , et si le Mahometan qui Ta amenée est entièrement satisfisiict : car ie ne voudrois point qu'aux despens de mon honneur ceux de Malaca eussent de quoy murmurer contre les Marchands de Panaaju, disant qu'ils ne sont point véritables en leurs paroles , et qu'il n'est point de Roy qui les puisse contraindre à payer leurs debtes; et ie te iure par la foy de bon Payen , que cest affront ne me seroit pas moins insupportable à rna

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eouditioD, que s'il m'aduenoit de faire la paix auec ce Tyran et parjure ennemy que i'ay, qui est le Roy d'Achem. A cela luy ayant respondu qu'asseurément nous auions fait tontes nos afr faires ^ et qu'il ne nous estoit rien deub dans son pays; certes, nous reptiqua-^il , ie suis fort content desçauoir que cela est ainsi. Cest pourquoy puis qu'il ne reste plus rien à faire dans ces con^ trées, ie treuuc à propos que tu t'en ailles, sans, t'arrestcr dauantagc. Car voicy vn temps grandement propre à faire Toile, et csuiter les grandes chaleurs qu'on endure ordinairement en passant le Golphe. Ce qui est cause que les Nauires sont bien soùuent iettées à Pazem par vue fortune de mer ; dequoy ie prie Dieu qu'il te preserue , car ie t'assure que si la mauuaise fortune t'y portait, les gens d'Achera te mangeraient tout vif à belles dents, et que le Roy mesme s y emploiroit le premier, pour ce que la chose du n[iojide dont ces inhumains se vantent le plus, c'est de porter sur ie timbre de leurs armes la deuise de beuueurs d^ sang troublé des misérables Coffrés y qu'ils disent estre venus du bout du monde, les appelant hommes tyranniques , et usurpateurs en souuerain degré des Boyaumes d*autruy aux terres des Indes y et aux Isles de la mer. Aussi est-ce le tiltre dont ils font gloire plus que de tout autre, et qu'ils se donnent particulièrement pour.leu^

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auoir esté eouoyé de la maiiOD de la Mecque , eu recompente des lampes dW qulls ont offertes k TAlcoran de leur Mahomet , comme ils ont ac- Ci>ustumé de fiiire toutes les années. Au reste combien que par le passé Taye souuent doooé sJuis à ton Capitaine de Malaca de se donner soigneusement garde de ce Tyran d'Achem , tu ne laissera» pas de fen aduertir encore de ma part; car sçachequ*il n*eut et n'aura iamais d'autres pensées que de chercher tous les moyens à luy possibles pour le tirer hors des Indes, et en rendre maistre le Turc, qui pour cest effect pretctnd de luy enuoyer vn grand secours; mais i'espere que Dieu y mettra si bon ordre, que toutes les malices et les ruses de ce desloyal réussiront au contraire de ses intentions. Apres m'auoir tenu ces langages , il me bailla vue lettre pour responce à TAmbassade que ie luy auois iaicte, aucc vn présent qu'il me pria de donner iU) sa part au Capitaine de Faria , qui estoit de six iauelois ferrez d'or; ensemble de douze Gates de bois Calambuco, chacune desquelles pesoit Ao. onces I ensemble vne boite de grand prix, fttlcte de coquille de tortue de mer, garnie d'or, et plaine de grosses semences de perles , où il y uuuit encore seize belles perles de conte; pour moy il me donna deux Gates d'or, et vn petit v:oulclus, %tkvny do mosme, Puis il me congédia

DE FERNAND MENDEZ Pim'O. idS

auec la mesme démonstration d'honneur qu'il m'auoit tousiours donnée/ me tesraoignant en particulier que Tamitié qu'il auoit faicte auec ceste nation , demeureit tousiours inuiolabie de de son costé. Ainsi ie m'emliarquay pour m'en retourner auec Aquarem Dabolay, son beaufrere, qui estoit celuy-là mesme qu'il auoit eniioyé Ambassadeur a Malaca j comme i'ay dit cydeuant. Estant party du port de Panaaju , nous arriuasmes à deux heures de nuict , en vne petite Isle nommée Apefingau, esloignée d'vne Keuë et demie de l'emboucbeure , et peuplée de pâuures gens , qui ne viuent que de la pesche qu'ils font des aloses, encore n'en peuuent-ils garder que les œufs des femelles, à faute de sel, conune aux riuieres d'Auru et de Siaca, de l'autre costé de la mer Méditerranée.

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