‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 23 sur 101 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

De cfi qui m'arrîua depuis que ie fus partj âe la riuîere de Parles, iusqu'à mon retour à Halaca , et des relations que ie fis de certaines choses à Pedro de Faria,

Estant party de la riuiere de Parles, vn Samedy enuiron Spleil couché, ie fis toute la diligence qui me fut possible ^ et continuay ma route iusqu^au Mardy suiuant , qu'il pleust à Dieu me faire arriuer aux Jsles de Pullo Sambillan , première terre de la côte de Mallayo. Là de bonne fortune ie treuuay trois Nauires Portugais , deux desquelles venoient de Bengala^ et l'autre de Pegu, où commandoit Tristan de Gaa, qui auoit autresfois esté Gouuerneur de la personne de Dom Laurens, fils du Vice-Roy Dom François d'Almeda , qui depuis (ût rais à mort par Miroocem à la rade de Chaûl , de quoy il est amplement traictédans les Histoires du decouurcmeDt

DE FERNAim MENDEZ Pfl^TO. iSy

des Indes. Ce mesme Tristan me fournit beau* csoùp de choses dont i'avois vn extrême besoing j <^omme de cordages, et de mariniers; ensemble de deux soldats j et d'vn Pilote ; puis luy-mesme , et les deux autres vaisseaux eurent tousiours soing de moy iusqu au port de Malaca. M'y estant desémbarqué y la première chose que ie fis , fut de m'en aller à la forteresse, pour y saluer le Capitaine^ et luy rendre conte de tous les succez de mon voyage. Par mésme moyen ie l'entretins amplement sur ce que i'auois veu plusieurs riuieres, ports, et havres nouuellementdescouuerts en risle de Samatra, tant du costé de la Mer Méditerranée, que de l'Océan. le luy parlay aussi du commerce des habitans du pays, qui iusques alors n'en auoient point eu encore auec les Por-» tugais. En suitte de cela ie luy declaray quelle estoit toute ceste côte , quels ces ports , et quelles ces riuieres. A quoy ie n'oubliay point d'adjouster les situations, les haulteurs, les degrez, les noms, et les profondeurs des ports, suiuant l'ordre qu'il m'en auoit donné à mon partement. Auec cela ie lui fis vne description de la rade où s'estoit perdu Rosado, Capitaine d'vn vaisseau François, et un autre nommé Matalote de Brigas, aussi Capitaine d'vn autre Nauire , qui par vne tempeste de mer fut ietté dans le port de Diu , en l'an iS^ig. du re^e de Sultan Bandur, Roy de

l38 YOTAOJKS ABU41ITDIIB1IX

Gambaye. Ge Prince les ayant tous coniiertis à la Loy Morisque, fîit cause qu'ils renièrent leur foy iusqu'au nombre d'octantedeux, qui après s'estre faits renégats, le suiuirent depuis en Tannée 1 533. et lui seruîrent de Ganonniers, en la guerre qu'il eut contre le Roy de Mogor^ où ces misérables moururent sans qu'il en eschappast un seul. En outre ie luy apportay la description d'vn lieu propre à l'anchrage, dans la rade PuUo Boeum, où se perdit autresfois le Nauire Bisquain , que Ton disoit estre celuy-là mesme^ dans lequd Magellan fist le tour du monde y et que Ton appelle le vaisseau FUtoria^ qui trauersant llsle de looa , fist naufrage à Femboucheure de Sonde. le luy fis aussi récit de plusieurs différentes nations, qui habitent le long de cest Oceau , et de la ri« uiere Lampon, d'où l'or de Menancabo est transporté au Royaume de Campar, sur les fleuues de ïambes et Broteo. Car les habitans du pais affirment que leurs Chroniques font foy, qu'en ceste mesme ville de Lampon , il y auoit anciennement vn Bureau de Marchands ^ estably par la Roy ne de Saba, dont quelques-vns tiennent qu'vn bien-facteur nommé Nausero,luy enuoya vue grande quantité d'or, qu'elle fist depuis porter au Temple de Hierusalem , lors qu'elle y fut voir le sage Roy Salomon. De là mesme quelques-vns tiennent qu'elle s'en reuint enceinte

l'vm fiU» qui succéda depuis à l'Empire d'Ethiopie 9 que nom appelions maintenant le Preste- [eau ^ de la. race duquel le$ Abyssins se vantent d^estre descendus. le luy dis encore Tordre qu'on tient .ordinairement à la pesche de la semence des perles y qui se fait eatre Pullo Tiques, et PuIIq Quenim, d'où les Bâtas en souloieut an* ciei^einent porter quantité à Pazem, et à Pedir, que lies Turcs du détroit de lai Mecque , et les Nauires de ludaa prenoient ea eschange des marchandises qu'ils apportoient du grand Caire, et des ports de toute l'Arabie heureuse, l'oboiets plusieurs autres choses que ie luy racontay, les ayant apprises du Roy des Bâtas , et des Marchands de la Ville de Panaju. loinct que ie luy baillay par escript l'information que i'aiiK)is faicte de l'Isle d'Or, dequay il m'auoit grande*^ ment prié. le luy dis comme cette Isle est le long de la riuiere de Calandor, h cinq degrez.du coslé du Sud , emiironnée de plusieurs bancs de sable, et de grands courants d'eau ; qu'au reste elle peut cstre esloignée d'enuiron cent soixante lieueë de la poîncte de Flsle de Samatra ; de tou& lesqueb rapports Pedro de Faria demeura foirl satisfaîct, tant pour le regard de ce que ie luy en disois, que de la lettre que ie luy aUois apportée de la part du Roy des Bâtas. Aussi en fist-il la relation tout de mcsme 9tu. Roy Dorp

l4o VOTAÔW AnUAimJRKtJX

louan troisiesmc d^heureune mémoire, qui Tannée d'après ordonna pour Capitaine à descouurir ceste Isled*Or, François d*Almeidai Gentilhomme de sa maison , homme de mérite i et grandement capable de ceste charge; comme en effect il Tauoit demandée au Roy long temps auparauant, pour recompense des seruices par hiy rendtn dans les Isles de Banda, de Molucques, de Ternate, et de Gellolo. Mais le malheur voulut que ce mesme François d*Almeida estant parfy des Indes pour s*en aller en ce lieu , mounit dVne fièvre aux Isles de Nicubar. Dequoy le Roy de Portugal ayant eu des nouuelles certaines, il honora de ceste charge pour la seconde fois vn certain nommé Diogo Cabrai , natif de Flste de Madère. Neantmoins la lustice la luy osta depuis par l'exprez commandement de Martin Alpbonso de Sousa, qui pour lors estoit Gotiuerneur; ce qui procoda en partie de ce qu'on disoit quM auoit murmuré contre Itiy. Il la bailla donc k Hierosme Figuercydo^ Gentilhomme du Duc <le Bragance, qui en l'année mil cinq cens quarante deux, partit de Goa auec deux Postes, et vne Garauelle , où il auoit quatre-vingts hommes, tant Soldats, qu'Officiers de marine. Mais l'on tient que son voyage fut sans effect, pource que selon les apparences qu'il en donna depuis, il sembloit qu'il desirast de s'enrichir au de-li^ (k

DE FERICAKI) M£ND£Z PINTO. l4l

son espérance, par l'ordre et la charge qu'il en

avoit. Pour cet effet il passa vers la côte de Ta-

nassery, où il prist quelques Nauires, qui ve-

noîent du détroit de la Mecque , d'Adem , d'Aï-

cosser, de luda, et d'autres lieux de la côte de

Perse. £t vrayeiuent ce butin fut la seule cause

de sa perte, et fist que pour ne l'auoir égallement

partagé auec ses soldats, et n'estre demeuré

d'accord auec eux , ils se mutinèrent contre luy ;

si bien qu'après luy auoir faict plusieurs indigni-

tez, qu'il me semble n'estre pas à propos de

mettre en auant, ils le lièrent pieds et mains,

et ainsi garotté le menèrent en l'Isle de Ceilan :

là il fut mis à terre , au port nommé Galle , et la

'Carauelle, ensemble les deux Fustes, furent

amenées au Gouuerneur Dom loan de Castre.

La nécessité présente fist qu'il leur pardonna

ceste faulte , à cause que soubs sa conduite ils

accompagnèrent l'armée qui s'en alloit à Diu,

pour y secourir Dom loan Mascarenhas , que les

Capitaines du Roy de Cambaye tenoient pour

lors assiégé. Depuis, il ne^se parla point du dé-

couurement de cette Isle d'Or, quoy que cela

semble importer beaucoup au commun bien^de

ce Royaume de Portugal, s'il plaisoit à Dieu

qu'on en put venir à bout.

l4a YOT4GE5 ADUÂKTUREirX

Page 1