‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 24 sur 101 · CHAPITRE XXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXL

Comme il arriua h la forteresse de Halaca un Ambassadeur da Roj d'Aaru , el de ce qu'il j fisi dorant 50= séjour.

Vingt-cinq ioursapres que ie fus arriué à Malaça , auec la roesme responce du Roy des Bâtas, dont Tay desia fait mention; ie treuuay qiie Doro Estienne de Gamay estoit encore Capitaine de la forteresse. Cependant il y arriua yn Ambassadeur du Roy d' Aaru , pour luy demander secours de gens , ensemble quelques munitions de guerre, comme de la pouldre, et des balles » pour se deffendre dVne grosse flotte que le Roy d*AcheiD foisoir acheminer contre luy, en intention de le priuer de son Royaume y et nous pouuoir estre plus proche voisin , afin qu'ayant gaigné ce passage, il luy fust à Taduenir plus facile d'ennoyer ses armes contre nostre forteresse de Malaça, joinct que depuis peu trois cents Turcs luv estoient venus du détroit de la Mecque : dequoy Pedro de Faria ne fut pas si tost aduerty, que so représentant combien importante estoit cesto

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affaire au seruice du Roy, et à la conseruation de la forteresse; il en donna aduis à Dom Es tien ne de Gama, qui après l'auoir receu, fut encore Capitaine de ce mesme Fort, par l'espace de six sepmaines. Cela fut cause en partie qu'il s'excusa enuers luy de traitter du secours dont il estoit question , disant que le temps de son Gouuernement s'en alloit escheu , et que luy commençant le sien , le deuoir de sa charge l'obligeoit à disposer de cette af£aire, et à penser au danger qui le menaçoit.

A ces paroles Pedro de-Faria fist response , que s*il vouloit renoncer au temps qui lui restoit d'estre Gouuerneur, ou luy donner vne libre commission de disposer des magasins publics , il pouruoiroit au secours qu'il iugeroit nécessaire. En vn mot sans m'amuser à desduire au long ce qui se passa entre l'vn et l'autre , il me suffira de dire que cet Ambassadeur fut entièrement esconduit de sa demande par ces deux Capitaines, dont l'vn luy dit pour excuse, qu'il n'estoit en* core entré en charge , et l'autre qu'il se voyoit sur le point de finir la sienne; il s'en retourna ibrt mal satisfaict de ce refus, et eust vn si grand ressentiment de l'iniustice qu'il croyoit estre faicte à son Roy, que le mesme matin qu'il s'embarqua, ayant rencontré fortuitement ces deux Capitaines à la porte de la forteresse, il dit tout

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haut douant eux publiquement , et la larme aux yeux, a O Dieu ! qui par un pouùoir et une Majesté souueraine , règnes au plus haut de tous les Cieux y c'est maintenant qu'auec des soupirs arrachez du plus profond de mon ame , ie te prends pour iuge en ma cause , et pour tesmoin du iuste sujet que i'ay de voua faire ccste requesteà vous autres Messieurs les Capitaines , et ce au nom de mon Roy fidèle vassal qu'il est par hommage iuré par ses Ancestres à Tancien Albuquerque, Lion espouuentable au bruit des vagues de la mer, au puissant Roy de toutes les nations , et aux peuples des Indes , qui sont aux terres du grand Roy de Portugal , qui nous promist qu'en cas que les Roys de ce Royaume ne rompissent iamais l'hommage de bons et fidèles subjects , luy et ses successeurs s'obligeoient de le défendre contre tous leurs ennemis , comme leur souuerain Seigneur qu'il estoit. Puis qu'il est donc vray que nous n'auons point encore rompu cet hommage, quelle raison auez vous Messieurs de ne point accomplir ceste obligation et vérité de vostre Roy, principalement puis que vous sçauez que pour son seul respect ce perfide Tyran d'Acfaem nous prend nostre pais. Car il n'a point d'autres raisons à nous reprocher, sinon que mon Roy est aussi bien Portugais et Chrestien, que s'il estoit né en Portugal. Et tontesfois maintenant

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qu'il VOUS prie de le secourir au besoin, en qualité d'alliez et de vrais amis, vous vous en excusez auec des raisons qui n'ont point de force. Car tout le secours que nous vous requérons pour nostre asseurance, et pour empescher que cet enuieux ne s^empare de nostre Royaume , est fort peu de chose , et nous vous demandons seulement quarante ou cinquante Portugais qui nous dressent en l'art militaire auec^eurs arnlTes et arquebuses , afin que ce nous soit vn moyen de prendre plus à gré la fatigue de la guerre. Auec cela nous vous prions de nous assister de quatre barils de poudre, et de deux cents bou* lets de pièces de campagne. Ce qui est fort peu de chose à comparaison de ce qui vous restera. Que si vous ne nous refusez point vostre ayde, outre que nous serons grandement satisfaicts de ▼ostre amitié, nostre Roy vous en demeurera si fort obligé , qu'il seruira tousiours auec vne grande fidélité, comtne esclaue et captif, le Prince du Grand Portugal vostre Maistre, et le nostre aussi , au nom duquel et du mien , ie vous supplie Messieurs , vne, deux , et cent fois que vous ne laissiez pas d'accomplir ce qui est de vostre deuoir, car ce que ie vous demande publiquement est de si grande importance , qu'en cela il s'agist d'auoir le Royaume d'Aaru pour vostre, et de rendre asseurée cette forteresse de

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Malaca, afin que le Roy d'Achem nostre ennemj ne s'en puisse rendre maistre comme il désire, se seruant pour cet effect des mesmes moyens qu'il a cy-deuant practiquez , s'aydant à présent de diuerses nations estrangeres , qu'il ne cesse de retirer dans son Royaume. Or d'autant qu'il hiy importe grandement d'auoir le nostre, pource qu'il l'eropesche plus que tout autre de naettre son dessein en exécution , il le veut vsurper sur nous maintenant, en quoy son dessein n'est autre que de ne bouger de ce destroit auec ses armées, iusqu'à ce (comme les siens mesmes ne feignent point de s'en vanter tout haut) qu'il vous puisse empescher le commerce des drogues de Randa et des Molucques , ensemble le commerce et la nauigation des mers de la Chine, de Sunda, de Rorneo, de Timor, et du lappon. Dequoy nous sommes bien asseurez, pour l'aaoir appris par l'accord qu'il a faict n'agueres auec le Turc par l'entremise do Racha du grand Caire, qui luy a £siict espérer qu'il l'assisterait auec de grandes forces ; ioinct que vous le pouuez encore auoir appris par les lettres que ie vous ay rendues. le vous remets derechef en mémoire la requeste que ie vous &is auiourd'huy au nom de mon Roy, pour ce qui touche les seruîces du vostre, de la part duquel ie vous requiers encore vne fois, que puis qu'à présent vous pouaez

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mettre remède au mal que vous voyez sur le poinct d'estre conceu^ vous l'effaciez promptement* Et ne sert de rien que I'yu de vous s'en excuse sur ce que le temps de son Gouuernement s'en va finy, et que l'autre allègue pour sa raison qu'il n'est point encore entré en charge , puis qu'il vous doit suffire de scauoir que tous deux estes esgalement obligez de le faire. »

Ayant finy ceste harangue en forme de requeste , qui pour lors ne luy fut en rien profitable , il se baissa contre terre ^ d'où il leua deux pierres , auec lesquelles il frappa sur vne pièce d'artillerie; puis ayant presque les larmes aux yeux y a Le Seigneur qui nous a créées, adjous- 9 ta-il , nous deffendra s'il luy plaist. » Il s'em^barqua à mesme temps , et partit auec vn grand mesoontentement , pour 'la mauuaise response qu'il remportoit. Cinq iours après son parlement il fut dit à Pedro de Faria que Ton murmuroit sourdement par la ville , à cause du peu de respect que luy I et Dom Estienne auoient tesmoigné à ce Roy ; combien qu'il fust leur amy , et des Portugais; joinct qu'il auoit rendu de fort bons offices à la forteresse , pour le subject de laquelle l'on prenoit maintenant son Royaume. Cest aduis luy faisant reconnoistre sa Êiute y et mesme auoir honte de son procéder, il tascha de le pal-

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lier par quelques excuses j puis il enuoya pour secours à ce Roy trois quintaux de pouldre à canon, vn demy quiutal de pouldre fine, f^ent pots à feu , cent baies de Berches ( pièces de canon ainsi nommées, ) cinquante baies de Suçons, douze harquebuzes,quarantesacquets de pierre, soixante morions, vne cotte d'armes &ite d*escailles de lames de fer, auec des doux dorez, le tout doublé de salin cramoisy pour sa personne; ensemble plusieurs autres vestements de diuerses sortes, et vne vingtaine de pièces de Caracas , qui sont des toiles peintes , ou des tapis de coton qui viennent des Indes, et des draps de Malayos> qui est ce de quoy ilss'habillent tfoi^ dinaireen ce pais, tant pour sa femme, que pour ses filles ; ainsi ayant mis tout cela ensemble dans vne Lanchare à rames , il me pria de les ctmduire et de les présenter de sa part au Roy d'A.ani. A. quoy il adjousta que telle chose importoit grandement au seruice du Roy de Portugal , et qu'à mon retour auec ce qu'il me récompenserait il me donnerait vue bonne paye; joinct qu'il m'employeroit en vn voyage où je pourrtMs fiûre fortune, ce que i'acceptay, et ce fut bien à la mal-heure, et pour mes péchez, à cause de ce qui m'en arritia depuis, comme l'on verra cy^ api-es. ie in'embarquay doncques vn Mardy ma- »àm cinquu'sme d'Octobre 1539. et fis tant de

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diligence , que le Dimanche ensuiuant i'arriuay k la riuiere de Punetican , sur laquelle est située la ville d'Aaru.

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