‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 25 sur 101 · CHAPITRE XXn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXn

Comment îe m'en May treauer le Roy d'Aaru, h qui ie donnay le présent qae Pedro de Faria Iny enuojoit, et de ce que ie fis estant auec Iny»

Ie n'eus pas si tost gaigné la riuiere de Punetican , que ie mis pied à terre , et m'en allay droict à vne tranchée , à laquelle le Roy fidsoit trauailler en personne à l'entrée de la riuiere, pour empescher le débarquement aux ennemis. Infestant présenté à luy, il me receut auec yne grande démonstration d'aUegresse. Alors ie luy donnay là lettre que Pedro de Faria luy euuoyoit, par laquelle il luy faisoit espérer qu'à l'aduenir il l'iroit secourir en personne , s'il en estoit besoing, et y adjoustoit plusieurs autres compliments , qui ne coustoient rien à dire, dont le Roy se tinst pour grandement content ; car il s'imaginoit desia que Teffect s'en deust ensuiure véritablement*

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Mais après qu'il eust veu le présent queie \uj fit, qui consistott en poudre ^ et en autres munitions; il en fut tellement ioyeux , que s'estant nus à m'embrasser; Mon bon amy, me dit-il , ie t'asseure que la nuict passée i'ay songé que de b forteresse du Roy de Portugal mon Maistre^ me venoient tous ces biens que ie 'vois maintenani deuant moy, par le moyen desquels , auec Vsamtance de Dieu i'espere deffendre mon Royatnne, et le seruir comme i'ai tousiours niict iusqu'à maintenant; de quoy peuuent rendre bon te»moignage tous les Capitaines qui ont cy-deuant commandé dans Malaca. Là-dessus après s'estre enquis de moy de certaines choses qull desiroit sçanoir, tant pour le regard des Indes, que da Royaume de Portugal ; il recommanda à ses gens le trauail de la tranchée, où tous s'occupoient avec beaucoup d'ardeur; puis itie prenant par la main, tout à beau pied qu'il estoit , auec cinq oa six Gentils-Jiomnjes qu'il auoit prez de luy , sans aucune autre compagnie, il me mena droict à U YÎlle , qui estoit à m quart de lieue de la trancliée ; là il me fist vn fort bon accueil dedans son Palais, où il me traitta magnifiquement , et mesme il me fist saluer sa femme, chose qui se practique fort rarement en ce pays là , et que Ton impute à un honneur particnUer. Alors me la faisant rcir auec les larmes aux yeux , qu'il respandoit en

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grande abondance; Portugais , me dit^il, yoicy le sujet pour qui ie redoute la venue de mes ennemia; car n'estoit que ie suis retenu de ma femme, et engagé à ce que l'honneur m'oblige de fkire; ie te iure par la Loy de bon More , que ie les preuiendrois en leurs desseins , sans y employer d'autres hommes que les miens. Car ce n'est pas d'aujourd'huy que ie sçay quel homme c*e8t que le perfide Achem , ensemble combien loing s'estend sa puissance. £t sans mentir, c'est le seul or qu'il possède en abondance, qui couure la foiblesse des siens, et par le moyen duquel il gaigne les forces des Estrangers, dont il se sert tous les iours. Or afin que tu acheue d'oûir com-* bien vile, triste, et odieuse est la pauureté et combien elle est nuisible à vn panure Roy, tel que ie puis estre; yien*t'en auec moy , et par ce peu de choses que ie te feray voir à présent , tu connoistras s'il n'est pas vray que la fortune m'a esté grandement chiche de ses biens. Cela dit , il me mena dans son Arcenali qui estoit couuert de chaume , et me monstra tout ce qu'il y auoit de* dans , dont il pouuoit dire auec raison que ce n'estoit rien à comparaison de ce dequoy il auoit besoiog pour repousser l'effort, de deux cens trente vaisseaux , remplis de gens aguerris , tels que sont les Achems, meslez auec les Turcs Malabares; Ensuitte de cela, me racontant auec vne

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actkm fofft tiîste, comoie w p^^^^fie qpd par ce rocît qull me faisoil^ déchaigcuift son corar de b grande pàiie où 3 estoîl ^ et de raffirool qui le meoaiçoît ;iliDedit^ qu'il nauoil pour tout que SIX mille hommes Aartm&, sus secours d'aocone autre persomie, ensemble 4o^ pièces de petite artilleiie, comme Fauconneaux et Berdies^ où il j anoît aussi tu demy Spoir de Jîbnte, qui luj auoit esté vendu autresfois par tu Portugais, nommé Antonio Ganàa, jadis Receueur des péages, ports, et entrées de la forteresse de Faœm^ que George d'Albuquerque auiùt depuis faict e»» cartder dans JVIalaca , à cause qu'il traittcHt par lettres auee le Roy de Rinthan , par vne manière de trahison qullstramoient ensemble. Par mesme moyen il me dit qu'il auoit aussi quarante mousquets, vingt-six £lephansy cinquante hommes de chenal pour garder la place ^ dix ou douxe milliers de bastons à demy bruslez, et qu'ils nomment SaligneSy dont les pointes estoient fîrottées de poison; et pour dcffendre la tranchée cinquante lances , quantité de pavois > mille pots de chaux viue, reduitte en poussière, pour s'en seruir lors qu'on l'attaquerait, au lieu des pots de feu; ensemble trois ou quatre barques toutes chargées de gros cailloux. En vn mot il m'entretint de ses autres misères et pauuretez , qui me firent connoistre qu'il estoit telleroeqt desppur-

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ueu des choses qui luy estoient fort nécessaires pour remédier à vne si grande nécessité , que ie ugeay dés Fheure ' que les ennemis n'auroient pas beaucoup de peine à s'emparer de ce Royaume. Neantmoins m'ayant demandé ce qui me sembloit de ceste abondance de munitions qui estoit dans ses magasins, et s'il en auoit assez pour receuoir les hôtes qu'il attend oit; le luy respondis qu'oûy, et que cela suffîsoit pour les traicter : mais luy reconnoissant mon dessein , fut quelque temps à songer, puis branslant la teste; Certainement, me dit-il, si le Roy de vos autres Portugais , sçauoit maintenant le grand gain que ce luy seroit, si ie ne perdois mon Royaume, et aussi combien il perdroit, si les gens d'Achem me prenoient Âaru , il chastieroit sans doute le peu de soing de ses Capitaines, lesquels , aueugles qu'ib sont , et veaultrez dans leur auarice , ont laissé prendre pied si auant aux forces de mon ennemy, que i'ay belle peur que loi^s qu'ils le voudront tenir en bride, ils ne le puissent faire , ou s'ils le peuuent , que ce ne soit* auec vne grande despence. le voulu respondre à ces paroles qu'il m'auoit dites auec vn extrême ressentiment ; mais il me défist toutes mes raisons par des veritez si claires, que ie n'eus plus le courage de luy faire aucune responce , pour n'auoir dequoy contredire toutes ses plainctes

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D'aiUeurs, il me représenta plusieurs actions assez noires et criminjelles, dont il chargeoit quelques particuliers. Dequoy ie suis bien content de ne rien escrire, tant pour ne m'esloiguer de mon récit y que pour n'auoir fait dessein de. descouurir les fautes d'autruy. Pour conclusion de son discours, il me dit le peu de chastiment ordonné aux çoulpables de ces choses, et les grandes recompenses qu'il auoit veu faire à ceux qui ne Tauoient point mérité, Â quoy il adjoùsta , que si le Roy desiroit d'accomplir entièrement le debuoir de sa charge, et conquester par armes des peuples si esloignez de son Royaume , et les conseruer; il luy estoit aussi nécessaire de punir les meschans , que de récompenser les gens de bien. Toutesfois , que si par aduanture il estoit tel de croire que la nonchalance , et le peu de soing de chastier les criminels , luy pussent acquérir le tiltre de débonnaire ; qu'en tel cas ses subjets n'auroient pas si tost reconneu si cela procedoit de son inclination naturelle, qu'ils prendroient à l'heure mesme telle liberté qu'ils poudroient ; ce qui pourroit estre cause à l'aduenir, de réduire les forces de ses conquestes, au mesme estât où Malaca se voyoit reduitte. Geste harangue finie , il se retira dans sa maison , et m'enuoya loger' en celle d'vn Marchand Gentil, natif du Royaume d'Andragie, qui durant ciuq

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iours que i'y demeuray me trftitta magnifique* meut; quoy que pour en dire le vray, en ce tempa-là l'eusse treuué bien plus agréable quel* que pauure viande en vn autre logis que le sien^ pour ce que ie m*y fusse tenu plus asseurément , car en ceste maison ie n'estois qu'en crainte , pour les continuelles allarmes que les* ennemis y donnoient; joinot que le lendemain de mon arriuée y des nouuelles certaines vindrent au Roy, que les gens d'Achem estoient desia partis de leur paye, et qu'auparavant qu'il fust huit iours ils arriueroient. Ce qui fut cause que le Roy se hasta de tout son possible , tant pour donner ordre aux choses ausquelles il n'auoit pas encore pourueU| qu'à faire sortir de la Ville les femmes > et tous ceux qu'il iugea n'estre propres au combat ; comme ils furent dehors , il commanda qu'ils se retin^ssent 5. ou 6. Ueuèsauant dans le bois, ce qui fut exécuté auec vn désordre où la pitié se mesloit si fort, que l'en estois effrayé moy-mesme, et Dieu sçait si ie ne me repentois pas d'y estre venu , car à n'en point mentir , c'estoit vue chose bien digne de compassion de voir comme quoy la Royne faisoit sa retraitte dans le bois, montée sur vn Eléphant, accompagnée de quarante, ou de cinquante vieillards qui la suiuoient peslemesie, si transis dé peur, que i'acheuay d'inferér par là que les Achems prendroient infailliblement

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ce pays auec fort peu de despence. Cinq iours après mon arriuée , le Roy m'enuoya quérir et me demanda quand ie m'en voulois en aller; à quoy ie fis responce que ce seroit quand sa grandeur me le commanderoit, mais que ie serois bien-aise que ce * fust au plutost , pour ce que le Capitaine me deuoit enuoyer à la Chine auec ses marchandises; Tu as raison, me respondit-il j puis ostant deux brasselets d'or massif qu'il portoit aux poignets, et qui pesoient enuiron trente escus d'or ; le te prie , me dit-il en me les baillant, de ne m'imputer point à auarice si ie te donne si peu de chose : car tu peux t'asseurer que mon désir a tousiours esté d'auoir beaucoup pour donner beaucoup. Par mesme moyen tu donneras de ma part cette lettre , et' ce diamant à ton Capitaine à qui tu diras que ce que ie crois luy deuoir de surplus pour les plaisirs qu'il m'a faict en me secourant de ses munitions qu'il m'a enuoyées par toy, ie remets à les luy apporter moy-mesme , lors qu'auec plus de repos que ie n'en ay maintenant , ie me verray des* Uuré de mes ennemis.

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