‹ Les voyages de Giovanni Verrazano [microforme]Chapitre 3 sur 6 · GIOVANNI FLORIN · texte numérisé non relu

GIOVANNI FLORIN

En 1523, Giovanni Florin a Capturé un navire Portugais qui revenait des Indes avec un chargement évalué à 180 000 ducats 1,

En mars 1524, Johanes Florin , Capitaine d'une flotte de Jeañ Ango, s’est EéMpParé, sur Ja route des Canaries, d’un navire Char- 8é de diverses Marchandises €t appartenant à Vicente Fernando.

En août 1524, Johanes

Florin, Capitaine d’une flotte d'Ango, Capture et Pille, au cap Saint-Vincent, Plusieurs navires apparte- Nantà Fernando Vallascie 3,

En septembre 1524, Johanes Florin, Capitaine

1 Lurcr Hucues, Giovanni Verrazzano,

vol. IL, part. V, Roma, 1894.

GALLO, Op. cit. P. 186.

GIOVANNI VERRAZANO

Par lettres des 27 mars et 23 avril 1523, Joäo da Silveira, ambassadeur de Portugal, qui avait l'œil Ouvert sur nos armements Maritimes, écrit à son souverain que Maestro Joäo Verazano vae descobrir 0 Cataio. « Mais », ajoute-til, « on ignore encore Ja date de son départ à cause de différends, je crois, entre lui et ses hommes »,

« Vers le même temps, » dom Joäo III fut informé » Par quelques Portugais, » Qui trafiquaient en Fran- ? €, qu'un certain Joäo » Varezano, Jlorentin de » nation, S’offrait au roi » François Pour découvrir

in Raccolta Colomb ;

3 Requisitoria ne &, in PERAGALLO, Op. cit., p. 186.

d’une flotte d’Ango, pille et coule à fond, aux îles du cap Vert, un navire commandé par Johanes Viegas !.

» en Orient des royaumes » que les Portugais n’ont » pas vus, et que dans les » ports de Normandie des » armadasse préparent,avec » l'appui ouvert des ami- » raux des côtes de France » etl’appui dissimulé du roi » François, pour aller occu- » per la terre de Sainte- » Croix, appelée Brésil. Il » paraîtra nécessaire au roi » de secourir ce pays avec » toute la rapidité possible » et de donner des ordres » en conséquence à Joäo da » Silveira, son ambassadeur » en France » 2.

L’ambassadeur da Silveira et les négociants portugais qui habitaient en France connaissaient sans doute le corsaire Florin et le découvreur Verrazano, qu'ils pou-

t Requisitoria no 3, in PERAGALLO, op. cit., p. 186.

2 FRANCISCO D'ANDRADA : Cronica de muyto alto, e muyto poderoso rey destes regnos de Portugal Dom Jodo o III deste nome; Coimbra, 1796. Prim, part. cap. x, p. 41. — PERAGALLO, op. cit., p. 170.— B. pe CosrTa, op. cit., p. 25. — MuRPHY, op. cit., pp. 162 et seq., donne une traduction de la lettre de Joûo da Silveira, du

25 avril 1523, au roi dom Joûo III.

vaient voir, de temps en temps, à Dieppe et à Rouen; pour cela, ils se gardent bien de les confondre.

Les pièces qui viennent d’être citées montrent qué Florin n’a pu faire le voyage de 1524. Ce voyage a eu lieu pourtant, mais sous la conduite de Verrazano.

Le 8 juillet 1524, ce marin écrit à François ler qu’il a quitté Dieppe en 1523, pour le voyage de découverte qu’il lui a commandé; qu’une tempête l'a séparé de deux de ses navires; qu’il s’est réfugié, avec les deux autres qui lui restaient, pour les réparer, dans un port de Bretagne, qu’il est définitivement parti, le 17 janvier 1524, avec un seul navire, /a Dauphine, d'un rocher désert voisin de l’île de Madère :.

Cette lettre a été écrite en français, même en mauvais français 2, ce qui explique les différences qui existent entre les traductions italienne de Ramusio, anglaise de Hakluyt, espagnoles de Taxandra 3 et de Herrera, car rien ne prouve que ce dernier ait fait usage de la version de Ramusio.

Le 24 août 1524, Fernando Carli se trouvait à Lyon, où l’on attendait le roi. Il informa son père, comme d’une

1 Ramusio, Al christianissimo re di Francia Francesco primo, Relatione di Giovanni da Verazzano Fiorentino della terra per lui scoperta in nome di sua Maestà, scritta in Dieppa, adi 8. Luglio M. D. XXIIII, in Navigationi, t. II, fo 350 4 8.

2 Bibliotheca Americana inédite de l'Espagnol ALcepo, citée par B. de Costa.

3 Taxanpra, Description del nuevo Orbe « Epitome », édit. de 1738, p. 171.

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nouvelle qui devait intéresser tout Florence, de l’heureux retour à Dieppe de Giovanni Verrazano. Il joignait à sa lettre une copie de celle que le découvreur adressait à François ler.

Ces lettres, prêtées, copiées, recopiées, ont fini par arriver à la Magliabecchiana de Florence !.

La version de Ramusio a été publiée, pour la première fois, dans le tome III des Navigationi, en 1556.

A cette époque, beaucoup de Florentins connaissaient les familles Verrazano et Carli; tous les contemporains de Giovanni et de Fernando n'étaient pas morts. Une supercherie aurait causé un scandale énorme.

Ramusio, savant distingué, homme de caractère très respectable, « excellent critique et généralement soigneux » dans la recherche de la date des découvertes » 2, a-t-il pu prendrèé pour authentique un document apocryphe? Non. Dans son discours sur la découverte du Labrador, des Bacchalaos et de la Nouvelle-France, il dit : « En » l'an 1524, un grand capitaine du roi très chrétien, » François, nommé Giovanni da Verrazzano, florentin, » a navigué le long de ladite terre. Il a parcouru toute la » côte jusqu’à la Floride, comme on le voit spécialement » par sa lettre audit roi. Nous n'avons pu avoir que cette » lettre, les autres se sont perdues dans les troubles de » la pauvre cité de Florence. Dans le dernier voyage

1 GEORGE WASHINGTON GREENE, Historical studio, in North American Review, n° 07, p. 293, cité par Murphy et Francis Parkman, 2 À. DE HumBoLpr, op. cit., t. IV, p. 149.

qu’il fit, il voulut descendre à terre avec quelques compagnons; tous furent mis à mort par les sauvages. En vue de ceux qui étaient restés dans le navire, ils furent rôtis et mangés. Quelle fin malheureuse eut ce vaillant gentilhomme! Sans cette disgrâce, avec son savoir, la grande intelligence qu’il avait des choses de la mer et de l’art de la navigation, et la faveur de l’immense libéralité du roi François, il aurait découvert et fait connaître toute cette partie de la terre jusqu’au Pôle, II ne se serait pas contenté des côtes, il aurait voulu pénétrer dans les terres jusqu'où il aurait pu aller. Beaucoup qui l'ont connu et lui ont parlé m'ont dit qu'il avait dans l'esprit de s’efforcer de persuader au roi très chrétien d'envoyer dans ce pays, pour l'habiter, bon nombre de gens... Finalement, avec le temps, il aurait découvert l'intérieur des terres, vu, au milieu de tant d'îles qui s'y trouvent, s’il n’y a aucun passage à la mer du Sud, ou si la terre ferme de la Floride de l’Inde Occidentale s'étend jusque sous le Pôle »1.

Ce passage de Ramusio laisse peu de place au doute.

Hakluyt et Herrera, auteurs graves, estimés, le confir-

ent, et La Popelinière, qui était bon juge, le résume

dans son Histoire des trois Mondes 2.

tu

Nous avons d'autres témoignages non moins précieux. Il y avait à Dieppe un homme bien placé pour savoir ce

!Ramusto, Discorso sopra la terra ferma dell Indie. op., cit. Il, fo 438 4 8.

2 LA PoPELINIÈRE, /istoire des trois Mondes, Paris, 1582, liv. IL, 47:

qui en était du voyage de Verrazano : Jean Parmentier, capitaine au service de Jean Ango.

Dans la relation de son voyage à Sumatra, en 1520, il dit, au chapitre de la Norumbègue : « En allant au-delà » du cap des Bretons, se trouve une terre contiguëdontla » côte s’étend à l’ouest et un quart sud-ouest jusqu’à la » Floride, sur une longueur d'environ 500 lieues. Cette » côte fut découverte, il y cinq ans' par Messire » Giovanni Verrazzano, au nom du roi François et de » madame la régente, et la contrée est appeiée Fran- » ciscane, même par les Portugais »?.

André Thevet dit que Jehan Verazze est parti de Dieppe le 17 mars, par l'ordre de François Ier, qu'il a parcouru toute la côte de la Floride et qu'il a été tué par les barbares de cette contrée.

M. Murphy rappelle, avec plaisir, les critiques exagérées du président de Thou. Thevet 3 ne méritait pas tant

1 Ramusio dit 15 ans. C’est une erreur. Il suppose à tort que le voyage de Parmentier a eu lieu en 1539. Ce capitaine est parti de Dieppe le 28 mars 1529, ainsi qu'il résulte du journal de bord, découvert et publié par Estancelin (Recherches sur les Voyages et découvertes des Normands. Paris, 1832, p. 241).

2 Ramusio, Discorso d’un Gran Capitano di mare francese dell luogo di Dieppa, in Navigationi, t. II, fo 335 À. — ESTANCELIN, op. cit,, p. 241. — Pierre MarcGry, Journal d’une navigation des Dieppois dans les mers orientales, sous François Ier (1529-1530), in Bulletin de la Société normande de Géographie, 1883, pp. 168 etseq.

3 ANDRÉ THever, Les Singularitez de la France antarctique. Notice biographique par PAUL GAFFAREL; Paris, Maisonneuve, 1878.

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de mépris. Il était crédule, mais sa crédulité n'a rien à voir ici.

Son ami Jacques Cartier a continué, par le commandement de François [°", les découvertes du pilote florentin. Il connaissait ces découvertes et, sûrement, il en avait la carte. Aussi fit-il voile droitsur Terre-Neuve et commençat-il son exploration juste à l'endroit où Verrazano avait fini la sienne'. En racontantau bon moine ses voyages de 1534et de 1535, il luidit quelques mots de son précurseur. Thevet les rendit incorrectement. Néanmoins, son témoignage a son prix puisqu'il reflète celui de Jacques Cartier?.

Antonio de Herrera, qui jouit d’une grande autorité, reproduit, sans émettre aucun doute, le récit du voyage de 15243. Ainsi fait Richard Hakluyt 4.

M. Murphy observe que Jean Alphonse ne cite pas Verrazano, Il a raison. Mais Jean Alfonse fait à Verrazano des emprunts; il connaissait donc, il tenait donc

" Relation originale du voyage de Jacques Cartier au Ganada, en 1534, publiée par MicHELANT et RaMÉ. Paris, Tross, 1867, p. 2.

2 ANDRÉ THever, Cosmographie universelle, fo 1002 8.

3 ANT. DE HerRERA, Historia general de los hechos de los Castellanos en las Islas i Tierra firme del mar oceano; Madrid, 1601-1615, dec. I, lib, IV, cap. 1x.

4 HakLuyT, The relation of John Verrazxano a Florentine of the land by him discovered in the name of his Maiestie. Written in Diepe the eight of July 1524, in Voyages, Navigations, etc.

London, 1600, t.III, p. 295, — La traduction anglaise de la lettre

de Verrazano a été publiée pour la première fois en 1582, et pour

la seconde fois dans la grande collection de Voyages parue de 1598 à 1600,

pour authentique et dignedefoi la lettre du 8 juillet 15241. Marc Lescarbot, homme instruit et consciencieux, qui vécut dans l’Acadie, maintenant Nouvelle-Ecosse, raconte tout au long, comme chose indiscutée, le voyage de 1524 2.

Jean Ribaut est né au commencement du xvie siècle. En 1524, il avait une vingtaine d'années. Il a vu, en dieppois et en marin, le départ et le retour de Verrazano. Pareil événement, à pareille époque, était marqué d’une croix dans la vie d'un jeune officier de marine. Or, Ribaut s'exprime ainsi :

« Celle » (terre) « qui est vers le pole Arctique ou sep- | » tentrion est nommée la Nouvelle France, pour autant | » que l’an mil cinq cent vingt-quatre, Jean Verrazano » Florentin fut envoyé par le roy François premier et par » madame la régente sa mère aux terres neuves, ausquelles » il prit terre et descouvrit toute la coste qui est depuis » le tropique du Cancer, à sçavoir depuis le vingt- » huitiesme degré jusques au cinquantiesme : et encore » plus devers le north. Il planta en ce paiïs les enseignes : et armoiries du roy de France; de sorte que les Espagnols » mesmes qui y furent depuis ont nommé ce pais terre Francesque » 3.

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1 B. ne CosTa, op. cit., pp. 14 et seq.

1 Marc Lescarsor, Hist. de la Nouvelle France, édit. de Tross, 1366, pp. 29 et seq.

J’Histoire notable de la Floride... mise en lumière par

M. Basaniér. Paris, Guillaume Auvray, 1586; édit. Jannet. Paris,

Hieronimo Verrazano a dressé un planisphère auquel on peut donner, d’après l'une de ses légendes, la date de 1520,

M. Murphy le discute longuement, MM. de Costa et Desimoni réfutent M. Murphy, article par article, et, il semble, avec assez de bonheur.

Nous présenterons seulement quelques observations.

En 1526, Hieronimo était à Rouen, avec son frère, et s'occupait de sa carte. Ilest bien certain que Giovanni lui a communiqué son journal, ses notes et ses croquis.

Dans la partie supérieure de cette carte on lit : HrEro- NIMUS DE VERRAZANO FActEBaAT. Sous les mots Nova Gallia sive Tucatania se trouve cette légende : Verrazana seu Gallia nova quale discopri 5 anni fa Giovanni di Verrazano fiorentino per ordine e commendamento del Cristianissimo Re di Francia. « Verrazanie ou France nouvelle qui fut découverte, il y a 5 ans, par Giovanni

Verrazano, florentin, par ordre et commandement du très chrétien roi de France ».

Parmi les noms de lieu on relève ceux de Dieppa, Lungavilla, Normanvilla, Sangermano, Angolesme, Vendomo, Navarra, C. de San Luis, Orlean, Bonivetto, C. de Bretion, Loisa, qui marquent un attachement à Dieppe, à François Ier, à Louise de Savoie, à l'amiral de Bonnivet, le chef, peut-être le protecteur de Giovanni.

Le globe de Ulpius, de 1542, reproduit, en grande partie, la nomenclature et le tracé de la mappe de Hieronimo Verrazano. Il porte en outre cette légende :

Verrazana sive nova Gallia a Verrazano fiorentino comperta anno sal. M. D. « Verrazanie ou Nouvelle France, découverte par Verrazano, florentin, l’an du salut 1500 ».

M. Murphy objecte que Hieronimo s'est inspiré de la mappe faite, en 1527, par Ribeiro, pour le voyage de Gomez de 1525, Un emprunt à la carte de Ribeiro n'infirmerait ni la valeur ni l'exactitude de celle de Hieronimo. Cependant il n'en est rien. La dissemblance de la nomenclature et du tracé accuse une double origine; comme le démontre M. de Costa, Hieronimo n'a fait usage, pour le nord de l'Amérique, que des papiers de Giovanni.

Enfin, et cela paraît décisif, Giovanni a porté à Henry VITT, roide la Grande-Bretagne, une copie sur parchemin de la carte de son frère. A quelle époque a-t-il fait ce voyage? Au plus tard en 1527, puisqu'il est parti, au commencement de 1528, pour sa dernière expédition.

Une seconde copie est conservée au musée Borgiano, collège romain de la Propagande, et M. Murphy en a publié une photographie.

Beaucoup de cartographes, et non des moins habiles, ont fait usage de la mappe de Hieronimo Verrazano.

Ces preuves nous permettent d’affirmer que Giovanni a découvert, en 1524, avec un équipage dieppois, les côtes de l'Amérique du Nord.

Nous allons néanmoins continuer le parallèle entre Florin et Verrazzano, car il importe surtout de bien démontrer que Florin n’est pas Verrazano.

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