‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 10 sur 236 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

grand Iremblement de terre qui fit déborder la mer et renversa plusieurs villes. Il parle de ce même tremblement de lerre dans sa Chronique', et dans la Vie de saint Hilalion^ Or, si nous ajoutons foi au récit d'Ammien Marcellin', de Sozomène% de Socrale % d'Orose % ce désastre épouvanta l'empire romain, la seconde année du règne de Valentinien et de Valens, consuls tous deux en 365. Nous ne pouvons donc reculer la date de la naissance de saint Jérôme au delà de l'an 346, sous peine de nous mettre en désaccord avec sa manière de compter les années de l'enfance, et de n'en pas arrêter le cours à sa vingtième année.

La naissance de saint Jérôme vers 345 ou 346 nous semble encore s'accorder pleinement avec ce qu'il dit de son frère : Paulinien avait trente ans lorsqu'il fut ordonné prêtre en 394^; sa naissance nous reporte donc à 364, époque à laquelle Jérôme, suivant nous, avait dix-huit ans. Nous savons par lui-même qu'il vint en 372 à Aquilée, pour prendre soin des intérêts de son frère, alors tout petit enfant, puisqu'il n'avait que huit ans ". Il touchaitàsavingl-septièmeannée, d'après l'opinion quenous appuyons, et pouvait fort bien remplir, à l'égard de Paulinien, les obligations de tuteur. Ceci, d'ailleurs, achève de ruiner le sentiment des auteurs qui font naître Jérôme en 331; il aurait eu trente-trois ans à la naissance de son frère Paulinien, cela n'est guère probable, à moins de sup-

' Chronic, an. 3C9.

* Sancti Hilarionis vita, t IV, pais. 11, p. 88. 3 Amm. Marckl , lib. XXVI.

* SozoMÈNES, Ilist. cccles., lib. V, cap. xx. " SocRATES, IHst. ecclcs., lib. IV, cap. m. " Orosu's, lib. vil, cap. xxxii.

' Ep. XXXIX, ad Theophil. adv. Joan. Hicrosolym. 7b., p. 337. ' Ep. 1, ad Rulinum monaclium. ib., p. i. — Vallarsii et Maffei, Vila Ilicron., cap. v.

poser à sa famille une bénédiction vraiment patriarcale.

Dans d'autres passages, saint Jérôme fait allusion à des événements qui se sont accomplis, comme il l'atteste lui-même, pendant le temps de son enfance ou de son adolescence; nous aurons occasion d'y revenir, ils servent à confirmer notre opinion, car ils s'expliquent aisément si l'on veut bien fixer, vers l'an 346, la date de la naissance de notre saint docteur.

Puisque cette solution semble dissiper nos doutes, essayons maintenant de savoir comment s'appelait cet illustre solitaires dont le nom fut moins souvent répété par les échos des grandes villes que par les rochers et les profondes solitudes du désert. Jérôme, mieux Hiéronyme et Hiérôme, selon la vieille orthographe du mot, n'est qu'un surnom qui fut peut-être donné au savant Dalmate pour signifier combien il était en grande vénération dans toute l'Église. Dans l'antiquité, on attachait une grande importance à ces surnoms, ils n'étaient point arbitraires, assignés ou imposés sans discernement par un caprice de la foule ou par la vengeance d'un individu ; ils avaient leur raison d'être, prise le plus souvent dans l'homme lui-même dont ils signalaient un vice ou une vertu, un défaut ou une qualité, une victoire ou des conquêtes, et, dans ce cas, c'était un titre de noblesse, un insigne de triomphe, pour arrêter les regards et suspendre l'attention de la foule. Jérôme fut donc un surnom donné à l'ermite de Bethléem pour attirer sur lui les respects des fidèles; sa racine veut dire en grec nom sacré et non sainte loi^.

* « Legitimus o/do nominum, dit Orelli, militum prœcipuc signandoium hic erat : prœnomen, iiomen genlilicium, nomen patris, tribus, cognomen, palria. » (Orellius , De nominum ratione apud Romanos, t. I, cap. viii).

■ Ic'fîv i'vcu.x et non h'fc; v^'acç.

Son véritable nom était Eusébius, qu'il avait reçu de son père suivant l'usage des Latins, il le dit lui-même dans son De viris illustribusK Je ne sais vraiment pas comment certains auteurs ont pu croire que notre saint fut appelé de ce nom parce qu'il avait traduit et continué la Chronique d'Eusèbe. Cette hypothèse ne saurait avoir pour elle l'ombre de la vraisemblance, et ne mérite, par conséquent, point que nous nous arrêtions un instant à la discuter.

Jérôme porte encore le nom de Sophronius dans deux manuscrits de la bibliothèque Ambrosienne, mais ils ne remontent pas au delà du xii*^ siècle. Est-ce un nom qui lui fut donné dès l'enfance? Est-ce un surnom qu'il aurait reçu à cause de son admiration pour les philosophes de l'antiquité, et qui fait honneur à sa connaissance des lettres païennes, comme celui de Jérôme est un hommage à sa science du christianisme? Nous ne pouvons l'affirmer ; rien dans ses écrits ne vient appuyer nos conjectures à ce sujet.

Saint Jérôme naquit donc à Stridon, vers l'an 346, sous le règne de Constance et de Constant I", sous le pontificat de saint Jules I". Sa patrie était loin de compter parmi les régions les plus civilisées de l'empire; aussi que de fois n'a-t-il pas rappelé cette origine barbare à laquelle il imputait la rudesse de son caractère et l'impétuosité de son âme! Il n'a point gardé le silence sur tous ses secrets d'enfant, et, comme Horace, il nous a révélé quelques petits mystères domestiques ^ Dans des vers charmants de grâce et de fraîcheur, le poëte parle de la tendresse de son père, de ses sages conseils, de ses attentions à l'instruire par des exemples conlempo-

' De viris illust., cap. cxxxv, id., p. 128. - Satire IV du lib.l, v. 105.

rains, à lui montrer le mal sous ses tristes couleurs, pour l'amener à aimer et à pratiquer le bien. Tel nous apparaît Eusébius dans les quelques lignes que Jérôme, dans sa piélé filiale, douce et modeste, a consacrées à la mémoire de l'auteur de ses jours. C'était un homme pieux et grave; la sainteté du père était l'égide de la maison, tandis que lesvertus de la mère en faisaient l'ornement. Ils n'avaient qu'un désir, celui d'élever chrétiennement leurs enfants, de former leur cœur, et de développer leur esprit par le bienfait d'une brillante éducation, en tout semblable à celle de la jeune noblesse romaine. Attachés tous deux du fond de l'âme à la religion catholique, ils ne se laissèrent point emporter, comme la paille légère, au vent des fausses doctrines qui soufflait alors de toutes parts sur le champ du père de famille, l'erreur ne les compta point parmi ses adeptes, et ils prirent garde de n'approcher jamais des lèvres de leurs fils que le lait de la plus pure doctrine'.

On a dit qu'ils avaient porté le joug et mangé le pain de l'esclavage ; ce sentiment n'est guère probable ; saint Jérôme ne reprocherait pas au pélagien Palladius^ la bassesse de son caractère, la corruption de ses mœurs, sa méchanceté d'esclave ; il ne le raillerait pas sur sanoblesse à laquelle il est loin de porter envie, s'il avait pu craindre qu'on lui renvoyât ces traits. Etaient-ils d'origine illustre? Les intimes relations de leur fils avec Bonosus, dont la famille occupait un rang distingué dans la société, feraient croire qu'ils pouvaient eux-mêmes se glorifier d'une haute naissance. Une chose paraît hors de doute, c'est qu'ils étaient fort riches, qu'ils avaient de

' Prefat. Hieron. in. lib. Job. — Ep. XXXIX, ad Theoph. : « Ab ipsis incunabulis, ut ita dicam, catholico sumus lacté nutijti. » Id., p. 335. * Dial. adv. Pelag. Prologus, Id., p. i84.

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