‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 9 sur 236 · CHAPITRE l · texte numérisé non relu

CHAPITRE l

brillante lumière dont les rayons ont éclairé l'Orient et l'Occident, dont la chaleur a vivifié l'Eglise grecque et l'Eglise latine? Plusieurs réponses ont été faites à cette question ; elle présente des difficultés sérieuses dont nous trouvons la racine dans la manière même de compter les années que saint Jérôme semble avoir empruntée à Pylhagore. Ce philosophe, si nous en croyons Diogène Laërce\ partageait la vie humaine en quatre périodes de vingt ans, dont le cours emporte insensiblement l'homme à travers les phases diverses de l'enfance, de l'adolescence, de la jeunesse et de la vieillesse. Pythagore faisait correspondre ces quatre âges aux quatre saisons, le printemps, l'été, l'automne et l'hiver; pour lui vEavtoxo; voulait dire jcunc homme, et veavlaq était synonyme d'homme fait.

Saint Jérôme a suivi l'exemple du philosophe de Samos, et quand il rappelle un souvenir de son passé, il n'en précise pas la date, il se contente de faire connaître à laquelle des quatre périodes de sa vie se rapporte l'évément dont il fait mention. En rapprochant les faits, en comparant les dates, en collationnant les textes, peutêtre en pourrons-nous faire jaillir assez de lumière pour éclairer nos pas incertains au milieu des ténèbres qui nous environnent. Dans sa grotte de Bethléem, Jérôme attendait la visite d'un de ses amis qui, malgré sa cécité, voulait entreprendre ce long voyage pour vivre auprès de lui le reste de ses jours. Castrucius était le nom de cet ami dévoué : il fut obligé de s'arrêter en chemin» Jérôme s'empressa de lui écrire. A la fin de sa lettre, il lui demande la permission de lui raconter une petite anecdote qui s'était passée au temps de son enfance ^

* Diog. Laërt. De vitd philosoph. Pythagoras.

* Ep. C, ad Castrucium. Ib., p. 802.

Saint Athanas3 avait fait venir à Alexandrie le bienheureux Antoine, pour réfuter les ariens. Le savant Didyme s'empressa de rendre visite à l'illustre solitaire ; entre autres choses, on parla d'Ecriture sainte; Didyme, qui en avait fait l'objet principal de ses études et de ses enseignements, fit briller sa science et son génie. Chacun l'admirait. « Ne regrettez-vous pas d'être aveugle ? » dit Antoine à Didyme, qui depuis longtemps avait perdu la vue. Le commentateur des livres sacrés garda le silence. Pressé de répondre, il finit par avouer la peine que lui causait cette infirmité. « Je m'étonne, s'écria Antoine, « qu'un sage puisse déplorer la perte d'une chose qui « lui est commune avec les fourmis et les mouches, et « qu'il ne songe pas à se réjouir d'un bier: qu'il partage « avec les apôtres et les saints. » Or, la chronoiogie la mieux fondée * donne à ce voyage de saint Antoine à Alexandrie la date de 355. Nous écartons ainsi de la discussion ceux qui voudraient, avec la Chronique deProsper Tiro, fixer la naissance de saint Jérôme en 331 : à ce compte, il aurait eu vingt-quatre ans, et par conséquent serait sorti de l'enfance, époque à laquelle il a pourtant bien soin de rapporter ce petit événement.

Expliquant le mot Drys Membre de la Genèse % saint Jérôme rapporte* que l'on montraitencorejusqu'au temps de son enfance et au règne de Constance, un vieux térébinlhe sous lequel Abraham aurait habité, et dont la grosseur attestait la renjarquable antiquité. Constance mourut en 3G1, nous devrions donc placer la naissance de notre saint en 341 ; mais dans son Commentaire sur IsaïeS il dit encore que pendant son enfance il y eut un

' Vallarsii cIMaffei, vila S. Hieron, cap. i.

• De situ et nominihus locor. Jhhraic. Diys. ' Idem.

* Comment, in Jscïam, lib. V, cap. xv, v. 1 ; t. \U.

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