CHAPITRE IV
toutes les âmes généreuses, en présence du vice couronné sous ses formes les plus infamantes, celles de la luxure et de la cruauté.
Après cette esquisse rapide, après cette analyse incomplète, nous ressemblons à cet Anglais qui croyait avoir visité le musée de Versailles, parce qu'en parcourant les galeries il s'était arrêté à la porte des plus belles salles. Cependant cette course précipitée à travers les monuments historiques contenus dans les écrits de saint Jérôme, a suffi pour nous convaincre des avantages qu'il retira de sa traduction de la Chronique d'Eusèbe, et de l'étude qu'il fut obligé de faire des historiens de ranti(|uité. 11 ne pouvait se livrer à ce travail dans un moment plus opportun : le séjour de Gonstanlinople lui permettait de trouver sous la main les manuscrits volumineux, rares et précieux qu'il se fût procurés difficilement ailleurs, surtout dans le désert de Chalcis ou dans son ermitage de Bethléem. Depuis Asinius PollionS les bibliothèques s'étaient multipliées à Rome ; les villes importantes et les Églises imitèrent ce bon exemple, au dire de saint Jérôme, qui eut souvent occasion d'avoir recours à celle de Gésarée pendant son voyage en Palestine ^ Les empereurs d'Orient ne négligèrent rien pour embellir leur capitale : les beaux-arts l'enrichirent de leurs chefs-d'œuvre, la littérature ne lui épargna pas ses trésors, et la bibliothèque, commencée sous Constantin, prit sous ses successeurs un développement merveilleux. Jérôme en usa largement, et bientôt, grâce à son incomparable énergie, il eut parcouru presque tous les ouvrages que l'on avait composés sur l'histoire des
* Recherches sur les Bibliothèques anciennes et modernes, par Ch. Fr, Pclit-Radel. — A. ne. Drogi.ie, Fondation de Constantinople, toc. cit. » Apol. adv. Ruf., t. IV, V\h. III, p. 447.
temps passés. Ses écrits en font foi, les preuves éclatent à chaque page.
Parmi les Grecs, il a lu Hérodote, dont il abrège les longueurs pour raconter en quelques lignes l'expédition de Cambyse en Egypte' : d'après les récils du vieil historien, notre saint rappelle la fameuse invasion des Scythes en Orient, sous le règne de Darius P•■^ seulement il leur donne le nom de Huns; ailleurs, il s'appuie sur le même témoignage pour parler de la guerre que Sennachérib fit aux Egyptiens, du siège de Péluse sauvée par Taraca, roi d'Ethiopie, de la mort de 180,000 Assyriens enlevés en une seule nuit par la peste devant Jérusalem*. « Du reste, ajoute notre saint, le « Chaldéen Bérose le dit en termes formels, il suffit de « consulter son histoire. » Jérôme connaît aussi Thucydide; il le cite à différentes reprises, et le compte, avec Hérodote, Tite-Live et Salluste, parmi les plus grands historiens ^ Il a feuilleté les huit livres de Xénophon sur Cyrus, afin de compléter ce qu'il avait appris dans les prophéties d'Isaïe sur l'heureux vainqueur de Babylone\ Les gros volumes de Polybe et de Diodore ne l'ont pas épouvanté '■ : « lis écrivent des bibliothèques, « dit-il; et pour achever de peindre l'avarice et l'impiété d'Antiochus Epiphanes, il leur emprunte la narration du pillage tenté par le roi de Syrie dans le temple de Diane, à Elymaïs. Il a surtout étudié Josèphe : c'est son historien favori, celui qu'il invoque de préférence. La raison en est bien simple : Josèphe s'est occupé des Antiquités
^ Comment, in Esech., t. III, lib. IX, ch. xxix, v. 17.
» Ep. LXXXIV, ad Oceanum, t. IV, p. G61.
■* Comment, mlsaïam, t. III, lib. XI, cap. xxxvii, v. 8, p. 289.
* Ep. XLIX, ad Paulin., t. IV, p. 5G5. — Ep. XXXV, ad Heliod., id., p. 274.
'■ Comment, in Daniel, t. 111, cap. v, v. 1, p. 1091.
» Idem, cap. xi, v. 36, p. 1131. « Bibliothecarum scribunt historias. »