CHAPITRE IV
Trogue-Pompée fixa encore son attention, et il le consulta sur les peuples barbares dont cet auteur nous a laissé l'histoire*.
Ces grands historiens ressemblent aux oiseaux de haut vol : tantôt ils embrassent d'un regard toutes les nations de la terre, tantôt ils choisissent un peuple seulement, quelquefois ils se bornent à prendre une période dans l'existence d'un empire. Au-dessous d'eux sont les biographes qui marchent terre à terre, à la suite du personnage dont leur modestepinceau veut ressusciter la figure. Ces tableaux offrent souvent le plus vif intérêt. Jérôme se garda bien de les dédaigner ; le stoïcien Chérémon lui fournit sur les prêtres égyptiens une page curieuse, que nous traduirons plus tard^ : il a pris à Satyrus le portrait de Diogène ^; il cite avec éloge les éludes biographiques du péripatéticien Hermippus, d'Antigone Carystius , du musicien Aristoxène^ 11 rapporte après Cornélius Nepos que le Discours de Cicéron pour le tribun séditieux Cornélius fut publié tel qu'il avait été prononcé'. Ce détail se trouvait sans doute dans la Vie de Cicéron, qui ne nous est point parvenue. A côté de Cornélius Népos, Jérôme parle de Varron % de Sanlra, d'Hygin ,
' Comment, in Daniel, lib. Ul, cap. v, p. 1091.
* Adr. Javin., lib. II, t. IV, p. 205.
» Idem, p. 207 — « Satyrus, » dit notre saint, « qui illustrium virorum scribil historias. » — Voici dans quels termes se trouve racontée la mort du philosophe : « Cum ad agonem Olympiacum jam senex pergeret, febri in itinere dicitur apprehensus, accubuisse in crcpidine viœ : volentibus eum amicis aut in jumentum , aut in vehiculum tollcie, non acquievit ; sed transiens ad arboris unibrani loculus est : « Abite, quœso, et spectatum pergite ; hœc me « nox autvlctorem probabit, aut viclum. Si febrem vicero, ad agonem ve- « niam, si me vicerit febris, ad inferna descendam. » Ibique per nociem ellso gulture, non tam mori se ait, quam febrem morte cxcludere. »
* De virisillust. Prolog., td.,p. 98.
» Ep. XXXVIII, ad Pammach. adv. Joan. Hier., id., p. 313.
* De virts illust., Prolog., loc. cit.
de Tranquillus, qui avaient aussi composé des Vies d'hommes illustres.
Aux Grecs et aux Latins Jérôme ajouta quelques historiens, qui ont écrit dans des langues étrangères; le plus célèbre d'entre eux est le Ghaldéen Bérose. Un extrait de cet auteur nous a frappé, dans un des ouvrages de notre saint; nous voulons le citer, à cause des noms qui suivent, ils attestent la variété des connaissances de celui qui pouvait ainsi, au besoin, invoquer à l'appui de son opinion des autorités si diverses*. « Dans toutes les « histoires des Barbares, il est question du déluge et de « l'arche; le Ghaldéen Bérose parle, à ce sujet, en ces « termes : « On dit qu'une partie de cette arche se voit « encore en Arménie, près de la montagne des Cardué- « niens. Aucuns enlèvent le bitume qui recouvre ce bois, « c'est un spécifique dans l'eau des ablutions et des pu- « rifications. » Jérôme l'Égyptien, quia laissé un admi- « rable travail sur les antiquités phéniciennes , Mna- « séas, Nicolas de Damas sont unanimes à ce sujet.» Quelques-uns de ces écrivains se sont surtout occupés de géographie, d'antiquités, et pourtant Jérôme avait voulu les parcourir, parce qu'il ne les trouvait étrangers ni à la science de l'histoire, ni à l'intelligence des saintes Ecritures. En effet, nous recueillons de sa propre bouche ce précieux témoignage : « Pour comprendre les « derniers chapitres de Daniel, il faut connaître la plu- « part des historiens grecs, Suctorius, Gallinicus, Dio- « dore, Hiéronyme, Polybe, Possidonius, Glaudius, « Théon, Andronicus surnommé Alypius, Josèphe et « ceux qu'il a coutume de citer, entre autres Tite-Live, « Trogue-Pompée et Justin, qui ont écrit l'histoire de la « dernière vision, et depuis Alexandre jusqu'à Gésar
' De situ et nominibus locor. hehr. — Ararat.