CHAPITRE IV
lecture de l'ouvrage qu'il avait composé contre Eunomius, évoque hérétique de Gyzique dans la Propontide'. Notre saint docteur apprit de lui des détails sur ces nouvelles erreurs qui attaquaient à la fois Jésus- Christ et le Saint-Esprit% et qui condamnaient le culte des reliques^; les partisans d'Eunomius voyaient en leur maître l'incarnation de l'esprit de vérité % comme Manès et Montan passaient aux yeux de leurs sectateurs pour être le Paraclet.
Cependant le concile s'était assemblé : d'abord favorables à saint Grégoire, tous les évoques s'empressèrent d'approuver et de consacrer par leur assentiment le choix de l'empereur Théodose ^ Bientôt je ne sais quel mauvais génie troubla ces heureuses dispositions, le yenin de la discorde se glissa dans les cœurs; un parti se forma, un violent orage ne tarda pas à éclater sur la tête du patriarche. Son exquise nature ne lui permit pas de souffrir longtemps les misérables trames que l'on ourdissait contre son élection; ami du calme et de la paix, il offrit au concile et à l'empereur de résigner une dignité qu'il n'avait pas ambitionnée, pour retourner à la solitude, où son âme de poëte devait se trouver plus à l'aise qu'au milieu des agitations d'une foule envieuse et grossière. Malgré sa haute vertu, Grégoire fut attristé de l'empressement avec lequel sa démission fut acceptée. Quelques paroles amères vinrent expirer sur ses lèvres, on dirait qu'une larme mouilla sa paupière, son émotion se trahit dans les adieux qu'il adressa sur-le-champ au peuple réuni à Sainte-Sophie. .îamais sa voix ne remua
' De viris illust., CXXVHl, t. IV, p. 128.
' Apol. ailv. Kuf., id., lib 11, p. 409, 413.
' Adr. Viçiilantium, id., p. 285.
* Comment, in Matth., id., lil). 11, cap. xi, V. 27.
'■ Vii.i.TMAiN, Tableau de l'éloquence, saint C,iè(). de Nmianze.
214 LES VOYAGES DE SAINT .TÉrAmE.
plus profondément les cœurs, jamais il ne fut plus éloquent qu'au moment où il s'écria, saluant, dit M. Villemain, tous les lieux qui sont présents à sa mémoire, tout ce qu'il aimait, tout ce qu'il va quitter :
« Adieu, Eglise d'Anastasie*, qui tirais ton nom de « notre pieuse confiance; adieu, monument de notre « commune victoire, nouvelle Siloë, où nous avons pour « la première fois planté l'arche sainte, depuis quarante « ans agitée et errante dans le désert ; adieu aussi , « grand et célèbre temple, notre nouvelle conquête, qui « dois à la parole sainte ta grandeur présente, bourgade « de .lébus, dont nous avons fait une Jérusalem; adieu, « vous toutes, demeures sacrées de la foi, les secondes « en dignité, qui embrassez les diverses parties de celle « ville , et qui en êles comme le lien et la réunion ; « adieu, saints apôtres, céleste colonie, qui m'avez servi « de modèle dans mes combats; adieu, chaire ponlifi- « cale , honneur envié et plein de périls , conseil des « pontifes, orné par la vertu et par l'âge des prêtres; i( vous tous , ministres du Seigneur à la table sainte, a qui approchez de Dieu quand il descend vers nous; « adieu, chœur des Nazaréens, harmonie des psaumes, « veilles pieuses, sainteté des vierges, modestie des « femmes, assemblée des orphelins el des veuves, re- « gards des pauvres tournés vers Dieu et vers moi ; « adieu, maisons hospitalières, amies du Christ el se- « courables à mon infirmité!
« Adieu, vous qui aimiez mes discours, foule empros- « sée, où je voyais briller les poinçons furlifs qui gra- « valent mes paroles. Adieu, barreaux de cette tribune « sainte, forcés tant de fois par le nombre de ceux qui se « précipitaient pour entendre la parole. Adieu, ô rois de
^ Sancii Greg. Naaiangeni Opéra, t. I, p. 76G.