‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 106 sur 236 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

« la terre, palais des rois, serviteurs et courtisans des (. rois, fidèles à votre maître, je veux le croire, mais « certainement la plupart infidèles à Dieu! Applaudissez, « élevez jusqu'au ciel votre nouvel orateur; elle s'est « lue, la voix incommode qui vous déplaisait.

« Adieu, cilé souveraine et amie du Christ (car je lui « rends ce témoignage, quoique son zèle ne soit pas u selon la science ; et le moment de la séparation adoucit « mes paroles); approchez-vous de la vérité, corrigezu vous, quoique bien tard.

« Adieu, Orient et Occident,. pour lesquels j'ai com- « battu, et par qui je suis accablé, .l'en atteste celui qui (( pourra vous pacifier, si quelques autres évêques savent « imiter ma retraite. Mais je m'écrierai surtout : Adieu, « anges gardiens de cette église, qui protégiez ma pré- « sence et qui protégerez mon exil ; et toi , Trinité (( sainte, ma pensée et ma gloire! Puissent-ils te conser- « ver! et puisses-tu les sauver, sauver mon peuple! et K que j'apprenne chaque jour qu'il s'est élevé en sagesse u et en vertu! Enfants, gardez-moi le dépôt sacré; sou- « venez-vous de ma lapidation. Que la grâce de Notre- « Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous* ! »

Saint Jérôme avait suivi avec angoisse ce drame, dont le dénoûment lamentable venait sitôt mettre fin à la carrière épiscopale de son ami, carrière si brillante à son aurore, si pleine de mérites, malgré sa courte durée, si poétique à son déclin. Il assistait à celte scène d'adieux : ce fut la dernière fois qu'il entendit la voix du saint évoque. 11 perdit ce maître chéri et vénéré, car Grégoire se hâta de quitter Constantinoplc pour se retirer au bourg d'Azianze, où il était né et où il acheva sa vie, loin des

' Cette traduction est si belle que nous avons voulu la garder telle que nous l'a donnée M. Villemain. Tableau de l'éloquence, loc. cit.

cours et des conciles, occupé de la culture d'un petit jardin, et revenant à celte passion des vers qui avait enchanté sajeunesse^

Les pères du concile se séparèrent, peu glorieux, il faut le croire, de ce qu'ils avaient fait. Avant leur dépari, saint Grégoire de Nysse prononça devant eux l'oraison funèbre de sa sœur Macrine, et il ne tarda pas à retourner vers son Église, car il était au nombre des évoques choisis pour être le centre de la communion catholique dans le Pont^ Jérôme demeura seul à Constantinople ; ce séjour dut lui paraître dépouillé de son principal ornement, après le départ de saint Grégoire de Nazianze. Pour combler le vide que celte absence laissait dans sa vie et dans ses éludes, il se livra avec une nouvelle ardeur aux travaux d'exégèse qu'il avait entrepris sur la sainte Écriture. Origène fut le guide qu'il choisit cette fois. Après avoir consacré sa vie et son génie à l'explication des livres sacrés, cet illustre commentateur avait trouvé dans la mort le repos qu'il ne voulut jamais prendre dans sa vie, croyant, sans doute, comme plus lard le grand Arnauld, l'éternité assez longue pour se reposer. En mourant, il laissa un grand nom, objet d'admiration ou d'envie, autour duquel la critique n'a point cessé de s'agiter, sans garder toujours un juste milieu entre la louange exagérée et le blâme trop sévère. Fatigué des séparations continuelles qui venaient déranger ses projets et attrister sa vie, Jérôme le prit pour maître, espérant que les coups de la fortune qui lui enlevaient les vivants passeraient au moins sans emporter les morts. 11 se mit à traduire les homélies d'Origène sur Jérémie et sur Ézéchiel; fidèle à ses principes, il ne se fit pas es-

* ViLLEMAiN, Tableau de Véloquence, loc. cit.

* Le Nain de Tili.emont, Saint Grt'g. de^Nyxsc.

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