‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 107 sur 236 · CHAPITRE IV. 21T · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 21T

clave de la lellrc, el ne craignit pas, tantôt d'ajouler ses proj3res observations au commentaire, tantôt de re- Iranclier ce qui lui semblait dangereux pour les fidèles. D'ailleurs, il n'avait nullement l'intention de faire accepter aux autres les opinions d'Origène; il cédait encore à la priùre de ses amis, qui lui avaient demandé ce travail, mais en leur rendant service, il fut le premier à profiter des leçons et à s'éclairer des lumières du savant prêtre d'Alexandrie.

Voysicfe de SR.int .Térôme en Orèce.

Nous ne comprendrions pas l'humeur voyageuse de saint Jérôme, si elle ne l'avait point conduit en Grèce. Athènes s'offrait à tous les esprits parée de grâces si séduisantes, que les Romains eux-mêmes n'essayaient pas d'y résister, el une éducation n'était censée parfaite qu'autant qu'elle avait reçu ses dernières leçons à l'ombre du Lycée, ou bien au pied des chaires de l'Académie. Cicéron et Horace se vantent d'avoir suivi le mouvement et de s'être laissé entraîner pendant leur jeunesse vers la cité de Minerve; Virgile voulut s'y rendre au déclin de sa vie ; Julien l'Apostat vint y étudier en môme temps que saint Basile et saint Grégoire de Nazianze'. Ce dernier avait sans doute entretenu Jérôme des années qu'il avait passées en Grèce, et il éveilla dans l'amc de notre pèlerin le désir de visiter, lui aussi, la patrie des lettres et dos arts. 11 fit sans doute ce voyage pendant son

' A. iiF. Rrogme, l'Église ot l'Empire romain, part. II, t. I, cli. m, p. 285 et suiv.

séjour à Conslaiilinople, soit lorsque Grégoire était encore dans celle ville, soit après l'abdicalion et le dépari (le l'archevêque.

Combien de temps Jérôme demeura-t-il en Grèce? Quelles villes voulut-il visiter? A quelles impressions livra-t-il son âme en abordant au Pirée? Nous en savons bien peu de chose ^ : « Pendant que j'étais à Athènes, (( dit-il, j'ai vu auprès de la statue de Minerve, une (( grosse sphère d'airain que ma faiblesse me permit à « peine de remuer. Je demandai à quel usage elle pou- « vait servir : quelques citoyens se trouvaient là, ils me « répondirent qu'on l'employait à faire l'essai de la force « des athlètes, et que nul ne descendait dans l'arène « avant d'avoir soulevé ce poids, et montré par celle « épreuve à quel antagoniste il pouvait être opposé. » Il se rendit à l'Aréopage, le sénat d'Athènes % comme il l'appelle, et il crut assister au premier discours de saint Paul en ces lieux; il apprit que l'inscription de l'autel ne portait pas : « Au dieu inconnu, » mais bien : « Aux « dieux d'Europe, d'Asie et d'Afrique, aux dieux incon- « nus et élrangers\ » L'apôtre avait employé le singulier afin de désigner son Dieu, celui qu'il annonçait; les Athéniens entendaient en parler pour la première fois; cependant il tenait rang parmi les autres qu'ils adoraient, sans les connaître, non pas encore dans un panthéon, mais au pied d'un aulel consacré sous un vocable commun à toutes les divinités.

Jérôme nous parle encore de Gorinlhe comme s'il avait visité celte ville^: « Elle partage, dit-il, le gofil

' Comment, in Zachar., Mb. III, cap. xii, pars I, t. III, p. 1780.

* Comment, in Ep. ad Titum, t. IV, pars I, p. 420.

■■' Id. « Diis Asiœ et Europ.-e et Africœ : diis ignoUs et peregrinis. »

* Id. « Ipsi AtUca facundia expoliti, et propter viciniarn locorum Athenlensium sapore conditi sunt. »

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